‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 75 sur 253 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

voix, et demanda ouvertement que cette proposition fût mise en délibération devant le Conseil de ville. Le plus grand nombre y opina par complaisance, dit d'Aigrefeuille, et les autres par crainte. L'affaire passa, mais non pas sans opposition- Le sienr Fournier, bon bourgeois, avait été prié par M. de Valence d'être de son avis. — Mais si je n'en suis pas, que me ferez-vous? lui dit-il. — Rien, répondit le gouverneur. — Eh bien ! monsieur, puisque vous me laissez dans ma liberté, je vous déclare ne pouvoir être pour vous. — Le sieur La Farelle, seigneur d'Aumes , cita en plein conseil la fable du cheval, qui , pour se venger du cerf, se laissa mettre une selle, une bride et un mors. Ainsi, messieurs, dit l'opinant, M. de Valence se servira contre nous de la citadelle que nous aurons bâtie. Toutes ces représentations n'entravèrent pas le projet, et une députation fut envoyée au roi pour lui demander une citadelle. La première pierre en fut posée par M. de Montmorency, le 10 juillet 1624. Cette même année, et le 20 mars, il y avait eu à Montpellier, au témoignage de Dutertre , une controverse religieuse entre Bansillon, pasteur d'Aigues-Mortes, et Fenouillet, évêque de Montpellier ; celui-ci seul fit imprimer un compte-rendu, La discussion dura pendant huit séances. L'année suivante , Bansillon eut une autre controverse avec le Père Véron, jésuite. Ii en existait une relation manuscrite dans la bibliothèque du marquis d'Aubaïs.

Les protestants étaient toujours beaucoup plus nom-

breux que les catholiques dans la ville; aussi, en 1625, pour trouver un premier consul de cette religion, fut-on obligé de le demander aux compagnies de Justice, ce qui ne s'était jamais vu. Celte innovation eut lieu en faveur de M. de Grasset.

La construction de la citadelle avait dépossédé les protestants du cimetière, dont ils jouissaient depuis 1565, car il se trouvait absorbé par la place ou ses glacis. Il ne paraît pas que le gouvernement, qui les dépouillait d'une propriété légitimement acquise, se montrât très-disposé à les dédommager , car ils durent se pourvoir devant la chambre de l'Édit de Castres , et ce ne fut que le 1 6 mars 1 628 que les consuls de l'une et de l'autre religion furent condamnés à fournir aux protestants un cimetière de la même valeur et grandeur que celui qui leur avait été enlevé. Les consuls conservaient le droit de se pourvoir auprès de Sa Majesté pour le paiement de l'ancien cimetière. Ils achetèrent alors , entre les portes de Lattes et de la Saunerie , trois jardins qui réunis faisaient 7 sétérées et demie , plus 14 dextres, contenance égale à celle de l'ancien cimetière. Les propriétaires de ces trois jardins étaient les sieurs Mariotte, de Maureilhan, et les héritiers du sieur Rey, marchand.

Un procès fort étrange fut suscité à l'occasion de ce jugement. L'acte de donation pour l'établissement du premier cimetière , fait par le seigneur de La Vaulcière, portait que la terre en question ne pourrait être affectée à aucun autre usage qu'à l'inhumation des pro-

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