CHAPITRE H
quérir de la vérité des reproches de la dicte de Paulet atteinte et convaincue du crime de relaps , à elle imposée ; pour réparation duquel l'a condamnée et condamne au banissement perpétuel hors de nostre royaume , déclare tous ses biens acquis et confisqués ta quy de droit appartiendra. Distrait la somme de six cent livres d'amende à nostre profit. Ce faisant ordonne nostre dicte cour que l'exercice de la religion prétendue réformée demurera interdit à jamais dans nostre ville de Montpellier et juridiction d'icelie, et le temple de ceux de la religion prétendue réformée desmoly, h la place duquel sera eslevée une croix sur un piedeslail; et quand tout le surplus l'arrest du 6 novembre dernier sera exécuté suivant sa forme et teneur; condamne la dicte de Paulet aux despens, la taxe réservée envers quy il appartiendra. »
Une chose que l'on a bien le droit de trouver étrange est celle-ci : la sentence du jugement relative au bannissement reçut une commutation qui , en réalité, était une aggravation de peine, et qu'Isabeau n'avait pas demandée. Le roi décida qu'au lieu d'aller en exil, elle resterait perpétuellement en prison.... Pourquoi ce changement? Craignait-on les révélations qu'Isabeau Paulet pourrait faire à l'étranger; ou bien , ceci est plus probable, espérait-on la gagner au catholicisme par des menaces et par des séductions"? Les deux suppositions sont permises , et la dernière est surtout autorisée par ce qui se passa. On se fait facilement une idée de l'abattement qui dut s'emparer d'une jeune fille con-
damnée à passer ses jours dans une prison dont les portes ne devaient jamais s'ouvrir. Ce que les menaces auraient peut-être été impuissantes à produire, la séduction l'opéra. On fit entrer chez elle un jeune homme d'une éducation soignée, d'un extérieur agréable. Ce jeune homme la visitait fréquemment et paraissait s'intéresser beaucoup à sa triste position. Le premier sentiment qu'Isabeau éprouva fut celui de la reconnaissance; mais peu à peu , à son insu peut-être, un autre naquit à l'ombre de celui-ci : elle aima;.... des rêves de bonheur passèrent devant son imagination , et l'on ne manqua pas de lui faire remarquer que ces rêves pourraient devenir des réalités. Pour lui procurer à la fois la liberté et le bonheur, il fallait deux choses qui se réduisaient à une : abjurer le culte pour lequel elle souffrait tant, et signer une demande en grâce. Que pouvait faire une jeune fille poussée à la fois par la crainte et par l'amour? ïsabeau succomba, et reçut avec sa grâce 3,000 livres d'argent, une pension de mille livres et un mari, avocat à Toulouse, qui, l'année suivante, fut fait capitoul-
Un an avant la démolition du grand temple, le pasteur Isaac Dubourdieu a\ait publié un livre intitulé : Deux traitez d'un docteur romain, pour le retranchement de la coupe au sacrement de l'Eucharistie, avec deux réponses , etc. (un vol. in-12 de 540 pages). C'est un ouvrage de controverse, écrit dans le goût du temps, c'est-à-dire où les questions sont traitées à grand renfort de citations des Pères et de considérations