‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 95 sur 253 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

il avait pris toutes les précautions nécessaires pour empêcher de remuer une population dont on froissait si fort les sentiments. Le régiment de Sault, arrivé tout exprès dans la ville, avait été passé en revue sur l'Esplanade, et on l'avait groupé par détachements à la Canourgue , à Saint-Firmin , a. la place des Cévenols et devant les Capucins. Les soldats y restèrent jour et nuit , jusqu'à ce que les démolitions fussent terminées. C'est à la chaire que l'on s'attaqua tout d'abord; elle vola en éclats. Les ouvriers montèrent ensuite sur les toits, et le dimanche 4 décembre la démolition était terminée.

Isabeau Paulet se constitua prisonnière dans le délai voulu, et le procès continua devant le parlement.

A l'appui de son instance, elle fit rédiger un facium ' qui fut imprimé chez A Colomies, dans l'Enclos du Palais, en 1683. Ce factum, extrêmement remarquable au point de vue de la science du droit, est d'un prix infini par les détails dans lesquels il entre sur l'enfance d'Isabeau Paulet. Il discute l'un après l'autre les témoignages dont on voulait se servir pour établir In réalité de l'abjuration, et les fait tomber dans des contradictions choquantes. Les argumentations du procureur général y sont passées au crible d'une raison solide, qui en montre bien la faiblesse. Il établit

1 Nous devons la communication de ce factum à M. le pasteur Vaurigaud, de Nantes. D'après cette pièce, la population protestante de .Montpellier était alors de 12,000 âmes.

sur témoignages ce fait fort important, à savoir: que «l'Église de Lussan étant en désordre , le sieur Paulet, lors ministre, baptisa Isabeau, sa fille , et coucha le baptistère sur un registre qu'il tenait à la maison.» Or, ce registre marque le jour de la naissance d'Isabeau au 25 avril 1663, et celui de son baptême au 8 mai suivant. Voici les propres paroles du registre , folio 64, verso : « Ce jourd'hui 25 avril audit an 1 663, Dieu a délivré ma femme d'une fille, par moy baptisée, et présentée au baptême par Jacques Ducros et Isabeau Boûete, le 8 may audit an, nommée Isabeau.» Ce factum fait vivement ressortir le parti pris de n'avoir aucun égard aux réclamations les plus simples et les plus justes. Des incidents qui auraient pu être vidés tout de suite subissaient des retards interminables, et n'étaient même pas résolus. Enfin, le 5 mai 1683, le parlement rendit un second jugement confirmatif du premier. Nous en avons trouvé un dictum manuscrit aux archives de la mairie de Montpellier (S. du n° 6 de la liasse consulaire I683). Benoît ne le donnant pas dans la précieuse collection de ses pièces justificatives, nous croyons devoir le reproduire ici :

«Par son arrest prononcé le 5me du présent mois de may 1 683. Sans avoir esgard aux lettres et réquêtes de la dicte Isabeau de Paulet des 23 mars 5,13 et 23 avril dernier de l'effect et interinement desquelles l'a desmise et desmet, nya inscription en faux et remise de procédures par elle demandées , déclare le procès eslre en estât d'estre jugé deffinilivement sans en-

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