‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 139 sur 227 · CHAPITRE xvm · texte numérisé non relu

CHAPITRE xvm

Tous ceux dont la conscience ne fut pas assez docile et Tabnégation assez complète pour donner ainsi leur approbation écrite à Tédit qui révoquait celui de Nantes, et à ce qui en était la conséquence, durent penser à émigrer du royaume. Il n'était pas facile de le faire ; les plus secrets passages des frontières étaient gardés; dès archers couraient les grands chemins et battaient la camps^e. Les côtes étaient surveillées avec une exactitude incroyable; les vaisseaux étaient soumis à des perquisitions minutieuses. — Malgré ces obstacles, en apparence insurmontables, quatre à cinq cent mille personnes sortirent de France. Dans une seule semaine, il en arriva douze cents à Genève. L'Angleterre forma onze régiments des réfugiés français qui voulurent prendre les armes. Des colonies d'émigrés se formèrent en Brandebourg , en Hollande^ en Suisse, jusque dans le sud de l'Afrique et dans l'Amérique du Nord. Ceux qui partirent de Nîmes emportèrent leur fortune pécuniaire, leurindustiîe et le fruit de leurs lumières , de manière que la population de la ville , naguère si nombreuse et si florissante , fut réduite à quatre raille quatre-vingt-douze familles , composées de quinze mille huit cent quatre-vingt-trois individus, logés dans quatorze cent

contient trois cent vin^-six signatures autographes : deux cent quarante*sept apposées par les contractants eux-mêmes, et soixante-dixneuf de personnes illettrées , transcrites par la main du greffier Chastaug. En tête de cette nombreuse liste , qui forme huit pages, on trouve les noms de Elie Gheiron, Pierre Paulhan, Ledignan, de Possac, Sigalon , Froment, d*Âygremont, d*Âlbeiias, Du Ronre , Vampère, Pl^ucbut, Maltrait, Baudan, etc., etc.

326 HISTOIRE DE l'ÉGLISB RÉFORMÉE DE NIMES.

quatre-vingt-quatorze maisons (1). Les émigrés ♦• nimois , qui s'étaient fait un nom dans la république des lettres , étaient François Graverol , Pierre Ducros , Jean Saurin , Jacques Saurin , Etienne Chauvin , Antoine Teissier , È^^ du Noyer née Madeleine Petit, Jean Graverol, Louis Bourguet et Claude Claparéde.

En 1687, Bâville et le duc de Noailles, dans le ^< but d'empêcher les progrès de l'émigration et de comprimer les mouvements insurrectionnels des religionnaires que leurs exactions tendaientà exciter, obtinrent de la cour l'autorisation de faire construire ' une citadelle. La première pierre en fut posée le 18 mai , sur un coteau placé au nord-nord-est de la ville, appelé Crémat, et dans une année elle fut finie, parce que les entrepreneurs y employèrent des régiments entiers, avec tous les hommes, les femmes et les enfants qui se présentèrent pour y travailler. On la peupla de troupes après l'avoir armée de canons , et dès ce moment la force brutale sut contenir les habitants de la ville dans une soumission passive aux édits les plus rigoureux (2).

Séguier se démit de son évêché le A septembre, à cause de son grand âge et de ses infirmités habituelles , et Esprit Fléchier, évêque de Làvaur, lui succéda. Il arriva dans son nouveau diocèse avec le

(1) Elle est maintenant de 53,619 habitants, sur lesquels on compte 38,638 catholiques, 14,385 protestants, 408 Israélites et 188 professant d'autres cultes.

(2) C*est aujourd'hui la maison centrale de détention, dans laquelle les prisonniers protestants, venus de onze départements et au nombre moyen de 200 sur 1 ,400 , ont une chapelle et un aumônier.

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