CHAPITRE XIX
Claude Brousson.
689 En 1689 , Bâville se glorifiait de son triomphe sur l'hérésie , qu'il croyait complet et définitif, lorsqu'une lettre qu'il reçut de la Suisse vint toutà-coup troubler son repos et renouveler ses in-
328 HISTOIRE DB l'ÉGUSB RÉFORMÉE DE NIMES.
quiétudes. Elle était de Claude Brousson , qui <^ l'avertissait que des motifs de conscience l'avaient déterminé à rentrer dans sa patrie.
Depuis son départ de Nimes, en 1685, il avait exercé sa profession d'avocat à Lausanne, -où sa seconde femme , Marthe DoUier , et Barthélémy Brousson, son fils unique, né d'un premier mariage avec N. Combelle , étaient venus le rejoindre. Ses frères, fugitifs comme lui, l'avaient envoyé en négociation vers les puissances protestantes du nord de l'Europe , et il était entré successivement en rapport avec le pensionnaire Fagel , avec le prince d'Orange et avec l'électeur Frédéric-Guillaume. C'était lui qui avait présenté à ces hauts personnages un projet d'union pour le salut de l'Eglise réformée , d'où était sortie la ligue d'Augsbourg , qui avait réuni dans une résistance commune les E^ats réformés et les Etats catholiques , également alarmés de l'ambition de Louis XIV, et indignés des conquêtes qu'il venait d'accomplir en pleine paix, en vertu des arrêts de ses chambres de réunion (1). L'électeur, en particulier, avait été si charmé du plan de cette confédération protestante qu'il avait offert à son auteur une chaire dans l'académie de Berlin; mais Brousson l'avait refusée sans hésitation, parce qu'un projet hardi, qui demandait autant de dévouement que de sacrifices , couvait au fond de son âme.
Il se reprochait de laisser ses frères de France sous la croix des persécutions , sans essayer d'of-
(1) Hist, des réfugiés prqtesL fran.y par Weis, t. II, p. 41.