CHAPITRE XIX
689 frir quelques remèdes à leurs maux accablants , et les mouvements de sa conscience le poussaient à leur venir en aide pour adoucir leurs souffrances ou mourir avec eux.
Après avoir renoncé encore , par un dévouement sublime , à la vie tranquille qu'il aurait pu mener à Amsterdam , où son frère avait établi une maison de commerce, il était retourné à Lausanne; là , ayant différé de deux ou trois mois de répondre à cette vocation intérieure , l'Esprit de Dieu qui l'agitait était devenu si violent qu'il était tombé dans une maladie que les médecins jugèrent mortelle; et ce fut précisément lorsque son corps, affaibli par une fièvre dévorante , pouvait à peine se tenir debout , que , cédant à sa douleur et à son enthousiasme , il prit et exécuta la résolution de venir rejoin<}re ses frères errants dans le désert. Dieu le dirigea providentiellement dans ce voyage , puisque, au milieu de ses fatigues, il lui rendit la santé.
Brousson arriva dans le bas Languedoc l'année où Jacques II, roi d'Angleterre, ayant soulevé contre lui ses sujets en essayant de rétablir la religion romaine dans son royaume , venait d'être détrôné par Guillaume d'Orange, que le peuple tout entier avait appelé à la royauté et qui était déjà l'âme de la ligue d'Augsbourg qui suscita tant d'embarras à Louis XIV. Le moment paraissait donc opportun pour essayer le rétablissement, en France, du culte évangélique qui y était proscrit.
Brousson , qui avait pris pour compagnon de ses travaux un ministre réfugié, nommé Debruc, se fit
330 HISTOIRE DE l'ÉGLISB RÉFOEMÉE DE NIMES.
consacrer dans les Cévennes par François Vivens, *• natif de Valleraugiie, qui lui-même avait reçu l'ordination apostolique en Hollande , où il s'était rendu pour s'y établir, par suite d'un traité que Bâville avait conclu avec lui , mais dont les conditions, ayant été indignement violées par cet intendant, l'avaient décidé à son tour à rentrer dans son pays. Sans partager les vues ambitieuses et l'esprit remuant, intrépide et singulièrement aventureux de ce jeune montagnard , Brousson le surpassa par son zélé et par son dévouement héroïque. Avant de mettre la main à l'œuvre, il prit, pour sa sûreté personnelle, le surnom de Paul Beausocle , et il écrivit à sa femme : < Je suis en peine pour vous , sachant que vous avez si peu de force d'esprit pour supporter les épreuves par lesquelles il plaît à Dieu de nous faire passer. Il m'a retiré des occupations du siècle, et il a daigné m'appeler au sacré ministère de sa Parole ; il m'a fait la grâce de m'em ployer à une œuvre des plus extraordinaires et des plus importantes dont on ait jamais ouï parler. C'est là, sans contredit, ma couronne. » Sa mission fut extraordinaire, en effet, puisqu'il échangea une vie sédentaire, studieuse et paisible contre la carrière la plus fatigante et la plus dangereuse ; mais , quoiqu'il fût déjà avancé en âge et que sa constitution physique fût d'une extrême faiblesse , il ne s'en livra pas moins sans relâche à l'exercice de ses pénibles fonctions. Elles consistaient à réunir les fidèles, de nuit, entre deux rochers, dans des lieux éloignés et solitaires , et là , à la lueur de quelques