CHAPITRE XXII
r36 la garnison de Calvîsson , avertie par des espions , se présenta à Timproviste ponr s'emparer des prédicants. Ils ne se sauvèrent qu'en se retirant, sous la conduite de quelques jeunes gens du pays, dans une garrigue pierreuse, nommée la Combe-de-Biau. C'est là que Paul Rabaut passa sa première nuit de terreur.
Son désir le plus ardent était d'annoncer en public l'Evangile du royaume de Dieu. 11 s'y essaya, W pendant le cours de l'année 1737, dans les réunions intimes de ces familles pieuses chez lesquelles il était logé, et qui, après le repas du soir, lui demandaient de célébrer le culte domestique. Lorsqu'il fut capable de prêcher avec assuras rance, il fut placé, en 1738, comme simple proposant dans l'Eglise de Nimes, auprès du pieux Corteis.
r39 L'année suivante, il se maria avec Madeleine Gaidan , au courage et au dévouement de laquelle il dut, plus tard, en diverses circonstances, la conservation de sa vie.
Ne se trouvant pas à la hauteur de son poste , à cause dés études incomplètes qu'il avait faites , puisque sa position dans une Eglise aussi importante exigeait qu'il pût combattre les adversaires de la Réforme avec les armes de l'Ecriture-Sainte , de l'histoire et de la philosophie , il se décida à partir pour Lausanne, afin d'y suivre, dans le séminaire français, les cours de théologie. Il s'y rendit 40 le 7 mars 1740, et fut accueilli par Antoine Court avec la plus cordiale bienveillance et la plus sincère affection. Il y demeura trois ans, au bout des-
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quels il commença , en 1743 , à exercer à Nîmes ^"^^ un ministère régulier qui dura cinquante-deux ans.
A cette époque , les protestants du royaume jouissaient d'un moment de calme , parce que la guerre européenne, qui éclata, en 4744, au sujet de la suc- ^'^^ cession de l'empereur Charles VI , avait forcé le gouvernement français à retirer les troupes, de leurs cantonnements pour les envoyer à la frontière. Par suite de cette circonstance, les commandants de place , n'ayant plus à leur disposition les forces nécessaires pour attaquer les assemblées religieuses , prirent le parti de fermer les yeux sur ce qui se passait dans leur juridiction militaire. Ce qui permit au duc de Richelieu, qui avait succédé à Roquelaure dans le gouvernement du Languedoc , de suivre l'impulsion de son caractère tolérant , € en entretenant des relations presque amicales avec les Eglises qui , par reconnaissance , lui firent, dit-on , le présent chevaleresque d'un- régiment nommé de Septimanie (1). »
Ce fut alors que le quatrième synode national du désert put tenir ses séances dans le bas Languedoc, le 18 août. Paul Rabaut en fut nommé modérateur adjoint, quoiqu'il ne fût âgé que de vingt-six ans, et qu'il ne comptât dans l'Eglise qu'une année de ministère, ce qui marque le degré de confiance qu'il avait déjà su inspirer aux pasteurs André Migault, Jean Loire, Simon Gibert, Jean Roux , Jean-Pierre Gabriac , Michel Viala ,
(1) Hist. des pasteurs du désert, t. II, p. 403.