‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 189 sur 227 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

&5 que les cendres du dernier martyr Rochelle fussent à peine refroidies, pourtant la persécution violente avait cessé ; car , outre que le consistoire avait pu fonder un hôpital protestant (i) sans être inquiété, le conseil royal, de son côté, avait déclaré, le 4? juin 1764, à Tunanimité des voix, l'innocence de Calas, et, par suite de cet arrêt de réhabilitation, exécuté le 9 mars 4765, ses biens furent rendus à sa veuve, qui vécut encore pendant trente ans à Paris. Louis XV, de plus, sur la fin de ses jours, faisait concevoir aux protestantsdegrandesespérancesdeliberté, parce que, par suite deTabolition des jésuites dans le royaume , il n'était plus excité par leur intolérance, leurs intrigues et leur ambition.

56 Aussi le synode provincial put-il se rassembler avec une entière sécurité le 16 avril 1766 ; il se fit un devoir d'honorer la mémoire du pasteur Jean Guizot ; que la mort venait d'enlever à son troupeau , en mettant sa veuve et ses enfants sous la protection de la province et en leur assignant une pension viagère. Cette décision fut prise au moment où la pénurie d'argent se faisait vivement sentir , puisque la guerre de Sept-Ans avait ajouté trentequatre millions de rentes annuelles à la dette publique, et où il s'agissait de fonder à Paris, sur une grande échelle , une banque protestante , dont le gouvernement aurait pu tirer un bon parti. Comme c'était un moyen étrange de céder la tolérance aux

(1) Il fut établi rue Saint-Laurent, dans une maison que J. Lavernhe, ancien et trésorier du consistoire , loua en son nom pour le terme de six ans.

438 HISTOIBB DE l'AGUSE ifiFOlMÉE DE HIMBS.

religionnaires proscrits , moyennant finance , Paul *''• Rabaut et son fils le combattirent vivement. Mais , d'un autre côté, ils s'unirent pour travailler de concert à rapprocher les esprits , si éloignés les uns des autres par la haine religieuse. Ils le firent non pas seulement par devoir de position , mais par suite de leur caractère qui était aussi doux que tolérant ; aussi la tolérance, la soumission aux lois, l'amour du monarque et le pardon des injures furent les sujets habituels de leur&,discours publics et de leurs conversations particulières.

Une telle conduite était d'autant plus opportune, que quelques actes particuliers de la vieille intolérance se renouvellaient de temps en temps ; ainsi , cette année-là , un protestant de Générac , nommé Bougel, fut arrêté et enfermé dans la citadelle de ,;: Nîmes, parce qu'il avait ouvert une école; et le proposant Jean Gachon fut chassé de Soramière's, où il avait établi sa résidence, quoiqu'il prit la précaution de ne sortir de son logis que de nuit, parce que quelques femmes bigottes le dénoncèrent. Il est vrai que le prince de Beauveau écrivit, à son délégué de Nîmes , que par ces mesures il n'avait pas le dessein d'inquiéter les protestants , mais qu'il les avait prises dans le but de les décider à réduire leurs as- ' semblées au nombre de trois à quatre cents personnes seulement. Cette réduction était impossible, parce que, précisément en 1767, beaucoup de ca- ^ tholiques , voyant célébrer à la porte de la ville un culte qui, pendant si longtemps avait été proscrit, s'y rendaient avec empressement, soit par curiosité , soit par esprit philosophique.

Page 1