‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 28 sur 227 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

5*2 La sévérité avec laquelle il traita partout les protestants, et l'interprétation arbitraire qu'il donna aux édits, le rendirent odieux dans la province.

Un ministre , nommé Mouton , ayant osé monter en chaire à Uzès et prononcer quelques paroles de blâme contre lui , il le fit pendre sur-le-champ sans forme de procès. Si quelques villes ou communautés témoignaient la plus légère opposition à ses ordres vexatoires, il laissait vivre à discrétion sur leur territoire les Albanais et les Esclavons dont il était toujours accompagné.

Mais si la cité occitanienne fut ainsi forcément rendue au repos par la répression des armes , elle ne tarda pas à être désolée de nouveau par un désastre commun envoyé de Dieu pour amener les cœurs à l'humiliation et à la repentance. La peste, en effet , se déclara dans le mois de juillet. C'était pour la cinquième fois qu'elle vint porter la désolation dans son enceinte; comme à l'époque des invasions précédentes, en 4M8, en 1455, en 1459 et en 1534 , les gens aisés prirent la fuite , les pauvres moururent abandonnés* dans les rues ; les portes des couvents furent fermées , et les moines allumèrent de grands feux pour purifier l'air; les magistrats suspendirent l'exercice de la justice, et se sauvèrent aux champs ; des quartiers entiers forent isolés , et les morts enterrés pêle-mêle. Pour éviter l'action contagieuse du fléau, les catholiques suspendirent les sermons dans leurs églises, et invitèrent les protestants à imiter leur exemple ; ceux-ci s'y refusèrent par un motif de conscience et de fidélité à leur religion , aussi le plus grand

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nombre de victimes fut parmi eux ; de telle sorte ^6ê qu'un voile de deuil couvrit toutes les têtes qui se regardaient fièrement naguère pour se provoquer.

La peste avait cessé ses ravages , lorsque le prince Louis de Condé , qui venait de conclure le traité de Hampton-Court avec la reine Elisabeth d'Angleterre , se recommanda aux prières des Eglises de France. Quoique au fond il fût plus ambitieux que croyant, et que le peu de sévérité de ses mœurs fît douter de la sincérité de sa foi , cependant, comme il avait été instruit dans les véritables doctrines évangéliques par sa femme Eléonore de Roye et par sa belle-mère , il était sous l'impression d'idées sérieuses , d'autant plus que , retiré à Orléans et ayant reçu un renfort de sept mille lansquenets allemands , amenés par Dandelot , il croyait que le moment était venu de tenter un coup de main sur Paris : voilà pourquoi il désirait que des prières unanimes demandassent pour lui au Dieu des batailles sa protection et son secours. Le consistoire 'de Nîmes , plein de condescendance pour un prince qui était né grand , courageux , prudent et pauvre , fixa les trois premiers jours de la semaine de novembre pour les consacrer à un jeûne public et solennel, pendant la célébration duquel des prières ferventes et des discours adaptés à la circonstance furent successivement prononcés. Les événements de la guerre ne tardèrent pas à devenir décisifs et graves; le 19 décembre, en effet , les deux partis qui déchiraient la France se rencontrèrent à Dreux , et se livrèrent la pre- '\

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