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'^"^^ que tout s'était fait par ses ordres ; il en résulta que plusieurs réformés de Nîmes , indignés de cette rétractation, voulaient qu'on recommençât sans plus tarder les assemblées religieuses , malgré la défense expresse et absolue qui en avait été faite; mais un conseil extraordinaire, présidé par Denis de Brueis, décida que, pour ne pas détruire les fruits de la paix conclue , il fallait ne pas reprendre les prêches jusqu'à ce que le roi en eût donné l'autorisation.

Cette condition ne fut acceptée qu'avec une extrême répugnance ; aussi ne fut-elle pas observée longtemps, puisque à la fin du mois de septembre les assemblées avec port d'armes recommencèrent.

Joyeuse, pour étouffer ces mouvements séditieux à leur naissance , envoya, le 2 octobre, de Montalet à Nîmes , pour enjoindre à ses habitants de déposer les armes et de faire sortir de la ville tous les étrangers. Le conseil s'assembla de nouveau , et décida que, tout en demeurant fidèle au gouvernement et en promettant de ne faire aucune levée de troupes, que dans le cas où la défense de la ville le nécessiterait, il ne pouvait chasser' les étrangers sans inhumanité , vu qu'ils étaient venus chercher un asile contre la persécution et que leur conduite était exempte de reproche. De plus, il fit demander à Joyeuse, par l'organe de son délégué Montalet , la permission d'envoyer au roi, sous sa sauvegarde, deux députés, l'un catholique et l'autre protestant, pour lui présenter les hommages des Nîmois et recevoir directement ses or-

^0 HISTOIRE DE l'ÊGLISE RÉFORMÉE DE NI3IES.

dres.(^). Cette décision si énergique fut prise, dit 45' Jean de Serres, parce que le conseiller de Clausonne, homme d'un grand crédit, fit comprendre à tous les membres du conseil que la fermeté seule pouvait les sauver.

Catherine de Médicis et Charles IX , après avoir fait condamner par le parlement de Paris la mé-' moire de l'amiral Coligny comme conspirateur , avaient espéré que tout serait fini ; mais cet arrêt fut accueilli avec tant d'indignation dans toute l'Europe et surtout en France , même de la part des cathoHques honnêtes , qu'une multitude d'entre eux embrassèrent spontanément la Réforme. On lit , en effet , dans un mémoire adressé par Vauban à Louis XIV , « qu'après la Saint-Barthélémy , un nouveau dénombrement des huguenots prouva que leur nombre s'était augmenté de cent dix mille (2). » De plus, la guerre civile se réveilla plus terrible que jamais pour la quatrième fois , puisque d'une part les habitants des Cévennes , du Rouergue et du Vivarais, se retranchèrent à l'abri de leurs montagnes ; et que d'autre part cinquante villes des plaines du midi fermèrent leurs portes ; Nîfties fut de ce nombre. Le parti des politiques se réorganisa sur les bases de l'ancienne république des douze florissantes villes de la Grèce, et sur le modèle des amphictyons du temps de Pausanias. Les plus illustres seigneurs de France s'y associèrent : Lanoue, Cossé, Biron, François de

(1) Délib. du cons. gén.» du vendredi 3 octobre 1572.

(2) Affaires des calvinistes. Mss Bib. roy , XI.

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572 Montmorency , Thoré et Damville ; ce dernier , il est vrai , ne le fit point par religion , mais pour avoir dans les réformés de Nîmes un appui qui pût le maintenir dans son gouvernement du Languedoc.

Cependant- La Rochelle , qui était assiégée par mer depuis le mois de décembre , dans la crainte qu'elle ne se donnât aux Anglais, fut investie par

573 terre dans le mois de février 1573. Les habitants se défendirent avec une telle vigueur, malgré la famine qui les décima , que le duc d'Anjou, fatigué de

• perdre ses troupes et sa réputation dans un siège qui durait depuis trois mois , saisit l'occasion de s'en retirer sans trop de honte , en acceptant la couronne des Jagellons , que des députés de Pologne vinrent lui offrir. Quelque temps après cette retraite, parut un nouvel édit, daté de Boulogne le 44 juillet, qui autorisa l'exercice public de la religion , mais seulement dans les villes de La Rochelle , de Nîmes et de Montauban.

Il fit beaucoup de mécontents qui , réunis par délégation à Milhau en Rouergue, le 46 décembre, resserrèrent leur union en se promettant fraternité mutuelle, parfaite et durable à jamais, dans les choses saintes et civiles , retenant toujours leur entière fidélité à l'Etat de France, n'ayant d'autre but que la gloire de Dieu, l'avancement du règne de Christ, le bien et le service de la couronne, et le commun repos du royaume.

Bientôt après Charles IX, bourrelé de remords, en proie à un délire continuel , occasionné par la vision des spectres de ses victimes qui se dressaient

8â IIISTOIKE DE l'ÉGCISë RÉFORMÉE DE KIMBS.

devant lui livides et sanglantes, pendant les insom- IS*: nies de la nuit, mourut au château de Yincennes , le 30 mai IS?^, n'ayant pas encore vingt-quatre ans accomplis.

Le duc d'Anjou , son frère , alors roi de Pologne, lui succéda sous le nom de Henri III.

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