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CHAPITRE IV

60 les joindre Jeanne d'Albret, avec son fils, le prince du Béarn. Ce fut le commencement de la troisième guerre de religion , qui débuta par la bataille de Jarnac, sur les rives de la Charente. Condé, après un combat héroïque , y fut lâchement assassiné par Montesquiou, capitaine des gardes du duc d'Anjou, qui commandait les catholiques , et mourut à Tâge de trente-deux ans. Goligny resta le seul chef de Farmée protestante ; avec l'aide d'un corps de troupes allemandes que lui conduisit le duc de Deux-Ponts, il prit Toffensive, et après avoir été vainqueur au combat de la Roche-la-Belle, en Limousin, livré le 24 juin 1569, il fut vaincu à la bataille de Montcontour, où il reçut une blessure grave. Les protestants alors se retirèrent vers le Midi et se cantonnèrent pendant l'hiver à Montauban. Les Cévennes, le Languedoc, le Daupbiné, le Vivarais, jusqu'aux montagnes du Béarn, fournirent leurs gentilshommes, leurs bourgeois et leurs paysans, pour leur venir en aide. Coligny, à leur tête, traversa la moitié de la France au

1570 printemps de 1570 y passa la Loire, livra le combat d'Amay-le-Duc , où Henri de Navarre et le jeune fils de Condé firent leurs premières armes , et marcha hardiment sur Paris. A son approche , la cour , remplie d'épouvante , offrit elle-même les conditions de paix , et le traité en fut signé le 8 août suivant à Saint-Germain-en-Laye , sur les exigences de Maximilien II , empereur d'Autriche , avec la fille duquel Charles IX allait se marier.

Ce fut Honoré Desmartins, baron de Baux, célèbre dans les guerres civiles du Languedoc, sous

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le nom du capitaine Grille , qu'il avait pris du ^ nom de sa mère , qui vint faire proclamer à Nîmes redit de pacification, dans un conseil extraordinaire présidé par Pierre de Malmont , conseiller au présidial ; tout s'y passa dans un esprit de modération et sans la moindre résistance. Aussi, à la faveur de ce traité , qui accordait amnistie pour le passé , droit égal d'admission aux charges publiques, permission aux religionnaires de célébrer librement leur culte , ces derniers purent s'occuper avec sécurité de leurs affaires religieuses.

Un synode provincial fut convoqué dans ce but. U Les pasteurs de Nîmes auraient vivement désiré , vu la gravité des circonstances , que Théodore de Bèze y assistât. Ils écrivirent aux Pères de Genève pour les prier de l'envoyer; mais ils répondirent, à la date du 5 mars 1571, « qu'ils ne pouvaient y consentir , dans la crainte , cfirent-ils , que notre Eglise , n'étant pas de celles de France , nous soyons accusés de vouloir nous arroger quelque supériorité sur elles. »

11 y vint cependant l'année s*uivante , pour assis- 48 ter au huitième synode national (1) qui y fut convoqué le 6 mai 1572, et dont Jean de La Place , pasteur à Montpellier, fut nommé modérateur. Le recteur de l'académie de Genève fut choisi d'une voix unanime pour faire l'ouverture des séances , par la célébration d'un culte public qui eut lieu

fi) Le sixième s'était assemblé à Vertueil , en Angouraois, le 1er septembre 1567, sous la présidence du pasteur de Leslre; et le septième, à La Rochelle, le 2 août 1571, et avait eu pour modérateur Théodore de r.V.p. lui-m^nie.

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'S dans le temple de la Calade. Jamais assemblée religieuse ne fut plus imposante; la réputation d'éloquence et de savoir du prédicateur avait attiré en foule le peuple , les magistrats et les gentilshommes ; de plus, à des places réservées au-devant de la chaire, à côté de vingt députés laïques de toutes les provinces de France, se trouvaient les pasteurs Capel et Du Moulin , de Paris ; Viriart , de la Champagne; de ^eaulieu, de la Normandie; Baysseul, de la Bretagne; de Léry, d'Orléans; Bocquet , de la Touraine ; Colombiers , de l'Anjou ; Blachière, du Poitou ; Chauveton , delaSaintonge; Hauget , de l'Angoumois; de Cazaux, du Périgord ; de La Pize , du Vivarais ; de La Place , de Montpellier ; de Chambrun , de Nîmes ; Pélissier , du haut Languedoc ; de La Garde , du Bourbonnais ; de La Roche-Chandieu , de la Bourgogne ; Labbat , de la Provence ; de Saint-Ferréol , du Dauphiné; Julien, d'Orange; de Saule, du royaume de Navarre; et de Vaux, du Rouergue. Toute cette assemblée d'hommes d'élite put , pendant deux heures consécutives que dura le sermon de l'orateur genevois, apprécier l'élévation de l'âme et les sentiments de profonde piété que possédait à un si haut degré le grand propagateur des doctrines de la Réforme, dont la parol^ facile et abondante , Tesprit éclairé, le jugement 'ékquis , la mémoire merveilleuse, l'éloquence singulière et l'affabilité engageante , gagnaient le cœur de tous ceux qui l'entendaient (1). Cet illustre disciple de Calvin

(i) Lafnye, Vie de Th. de Bèi^e , p 207 et 208.

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avait déjà prêché à la cour du roi de Navarre en *^ 1560, et à celle de France le 24 août 1561, après son arrivée à Poissy pour le colloque. Aussi sa réputation d'orateur, jointe à celle d'historien et de poète, qu'il avait acquise par son Histoire des Eglises réformées de France jusqu'à Van i562 , et sa traduction en vers d'une partie des Psaumes, l'avaient fait nommer par ses coreligionnaires « le phénix de son siècle , » parce qu'il était devenu , selon le témoignage de Bayle, l'un des plus solides soutiens de la Réforme.

Il prit par cela même une part active aux séances du synode, qui durèrent dix jours; et ce qui prouve que les protestants n'étaient pas animés de l'esprit démocratique , comme on les en accusait ouvertement à la cour d'un roi absolu , c'est que cette assemblée de leurs plus éclairés représentants rejeta le sentiment suivant de Ramus , savoir : « que ce n'était pas un petit nombre de membres de l'Eglise, mais l'Eglise toute entière, qui devait juger de la doctrine , élire ou destituer les ministres, et excommunier ou absoudre les fidèles. »

Coligny, fatigué 'des guerres civiles, arriva à la cour, gagné par les avances de Charles IX. Il y assista aux fêtes célébrées à l'occasion du mariage de Henri de Navarre avec Marguerite de Valois j mais le duc de Guise, qui avait juré la mort de l'amiral , parce qu'il lui imputait le meurtre de

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^T^* son père , choisit Maurevel pour instrument de sa vengeance , et ce tueur du roi lui tira un coup d'arquebuse qui le blessa au bras gauche et lui coupa rindei^ de la main droite. Charles IX en éprouva d'abord un profond chagrin ; mais ensuite, aigri jusqu'à la rage par les craintes que lui donna son artificieuse mère , au sujet des menaces proférées par les seigneurs protestants contre l'auteur de cette blessure et ses complices , il donna luimême, dans la matinée du 24 août, le signal des massacres de la Saint-Barthélémy , qui , selon révêque Péréfixe , firent périr cent mille huguenots. — Ceux de Nîmes en furent heureusement préservés ; les catholiques de cette ville , ne partageant pas l'atroce frénésie des ligueurs, ne les attaquèrent point à l'improviste, quoiqu'ils en eussent reçu l'ordre secret comme partout ailleurs. Au contraire , le juge-mage Jean de Montcalm , ayant ordonné à Guillaume Villar , premier consul , d'assembler immédiatement le conseil extraordinaire , il se rendit dans son sein , et lui proposa d'interdire aux étrangers l'entrée de la ville ; d'en faire tenir dans ce but les portes fermées , à l'exception d'une seule qui serait gardée tour-à-tour par les catholiques et par les protestants ; et surtout de prononcer le serment réciproque de s'entr'aider sans distinction de culte , de veiller au bon ordre et à la sûreté commune sous l'obéissance du roi et suivant l'édit de pacification.

Ces propositions , qui tendaient à assurer la tranquillité générale , furent acceptées par une acclamation unanime ; tous les membres du conseil ,

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composé des magistrats et des notables habitants , ^^"^ au nombre desquels se trouvait Bernard du Luc , vicaire-général de Tévéque , jurèrent , les mains levées à Dieu, de se prendre en protection et sauvegarde réciproque , et de se maintenir et conserver en paix les uns avec les autres , sans différence de personnes et de croyances religieuses (1).

Le vicomte de Joyeuse , qui résidait alors à Béziers , informé par une députation de ces mesures si sages et si pacifiques , les approuva avec d'autant plus de satisfaction , qu'il avait reçu de Paris une lettre du roi lui-même, datée du jour de la Saint-Barthélémy, dans laquelle il rejetait l'odieux de ce massacre sur les Guises et leurs adhérents , et ordonnait ensuite à ses sujets de demeurer en paix dans leurs maisons, de ne point prendre les armes, et de ne point s'offenser les uns les autres sous peine de la vie. Cette lettre, dont Joyeuse envoya une copie à Nîmes , y fut reçue par le premier consul, Guillaume Villar , qui en requit l'enregistrement au présidial ; elle y fut lue dans la chambre du conseil , qui ordonna qu'elle fût publiée à son de trompe dans tout le ressort de la sénéchaussée (2).

Comme cependant, sur la protestation énergique des Guises , le roi fut obligé de tenir un lit de justice dans lequel , après avoir accusé les chefs protestants, et surtout Coligny, d'avoir voulu le faire périr , lui , sa mère et ses deux frères , il déclara

(1) Archives de lHôlel-de-Ville , reg. du seizième siècle.

(2) Délib. du présidial Ménard, t. IV, preuve 16, p. 80.

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