CHAPITRE V
575 quête, que Guillaume Dauvet, seigneur d'Arènes, près d'Alais, fut chargé de porter à Henri 111.
Après avoir justifié leur prise d'armes par le droit de légitime défense , ils réclamaient , de concert avec leurs nouveaux alliés les catholiques politiques, le libre exercice de la religion réformée dans tout le royaume ; l'autorisation de prêcher et de chanter les psaumes en tous lieux ; l'usage des cloches ; la publication des mariages ; la permission de visiter les prisonniers ; celle d'enterrer leurs morts en plein jour ; ils demandaient , en outre , des écoles primaires ; le droit d'imprimer et de vendre sans entraves leurs livres religieux ; celui de tenir des consistoires , des colloques et des synodes ; celui de s'imposer pour le besoin des pauvres et des Eglises ; l'autorisation de bâtir des temples et l'affectation des dîmes au paiement de leurs pasteurs. Us insistaient avec justice sur l'admission des prolestants aux charges publiques ; sur l'établissement des chambres mi-parties ; sur là confirmation de la vente des biens ecclésiastiques faite par ordre des princes ; sur la punition des assassins de la Saint-Barthélémy ; sur la mise en liberté de leurs coreligionnaires envoyés aux galères. Us demandaient, enfin , une exemption de tailles pour six ans, et l'envoi des troupes dans les villes frontières.
Dauvet , en présentant au roi ce mémoire , s'étendit dans son allocution sur les maux qui désolaient la France, fruit de l'impiété et de la mauvaise foi, et sur la nécessité d'y mettre un terme pour lui rendre son antique splendeur.
81 HISTOIRE DE l'ÉULISE RÉFORMÉE DE NIMES.
ITenri III Técouta d'abord gracieusement; mais, ^^l après avoir lu la requête, il s'écria qu'il était fort ébahi de l'audace de semblables demandes , et il les rejeta avec mépris.
Aussi la cinquième guerre civile continua-t-elle avec fureur ; et , chose étrange , qui prouve bien l'indifférence religieuse des chefs des deux partis , c'est qu'on vit un protestant , Jacques de Grussol (qui avait quitté le nom de Baudiné pour prendre celui de d'Acier) , à la tête des catholiques ; et un catholique , Damville , à la tête des protestants.
Au milieu des conflits qui désolèrent le Dauphiné , la Saintonge et le Languedoc , le cardinal de Lorraine , le premier instigateur de la Ligue et l'ennemi le plus acharné des protestants , mourut à Avignon ; et le duc d'Alençon , craignant la haine persistante du roi, quitta la cour et se joignit, aux mécontents. Les réformés de Nîmes lui envoyèrent Jean Deyron , avec le pasteur Gampagnan , pour mettre à son service leurs biens et leur vie , mais^ en même temps pour lui représenter le triste état où la guerre les avait réduits, et le supplier d'y avoir égard lors de la négociation de la paix (4).
Cette paix, préparée par une trêve de sept mois, is*: conclue à Dreux , ne put avoir lieu que par la publication de l'édit du 6 mai 1576, signé à Chastenai, et qui fut appelée paix de Monsieur, parce que le duc d'Alençon , frère du roi , en retira tout le profit, en recevant trois gouvernements, une
(1) Anquetil, Hist de France, et France protestante, par Haag,