CHAPITRE I
y^ ouvertes , inclinait , comme eux , vers les doctrines réformées ; c'en fut assez pour que le précenteur de la cathédrale s'opposât d'une manière absolue à sa promotion.
Les consuls, à cause de cette résistance, désignèrent à sa place Gaspard Gavart, qui avait la réputation de savant grammairien et de profond latiniste. Mais le vicaire général de l'évêque , sous prétexte qu'il était l'ami de Pacolet , et qu'en outre on ne connaissait ni son origine patrimoniale , ni le lieu de sa naissance , déclara de nouveau qu'il ne pouvait consentir à son acceptation. Ges oppositions successives ne firent qu'irriter les esprits, et que hâter les progrès de la réforme religieuse ; les écoliers en masse , gagnés par la nouvelle doctrine , rejetèrent ouvertement les croyances de Rome sur les sacrements de l'autel et de l'Eglise , ce qui fit que plusieurs d'entre eux furent punis par des censures ecclésiastiques et par des condamnations émanées des juges séculiers.
39 Ges conflits durèrent deux années entières. Toutefois, lorsqu'on 4539, le roi eut régularisé la fondation de l'université ainsi que celle du collège des Arts, et que Antoine Parades, seigneur de Gajan, qui était alors à la cour , en eut fait expédier les lettres patentes , on choisit , à la fin , d'une voix unanime Glaude Baduel pour diriger ce dernier établissement, qui eut son siège dans l'ancien hôpital Saint-Marc , adossé aux remparts de la ville.
40 Baduel était né à Nîmes en 1499 ; ses parents étaient d'une condition obscure , mais il avait su
se faire un nom célèbre dans les sciences philoso- ^^^^ phiques. Marguerite de Valois, reine de Navarre, l'avait fait nommer professeur de l'université de Paris; il quitta cette. place éminente, par suite de son attachement pour sa ville natale ; il y arriva le 12 juillet 1540, où sa réputation scientifique, littéraire et oratoire, attira un grand concours d'étudiants (i).
L'année suivante , il associa à ses travaux aca- i544 démiques , Guillaume Bigot , comme professeur de philosophie. Cet homme érudit avait d'abord étudié la médecine à Laval , ville d'où il était originaire ; il avait ensuite suivi Guillaume du Bellay en Allemagne , lorsque François I^r l'y avait envoyé auprès des princes protestants, qui avaient formé la Ligue connue sous le nom de Smalkalden, afin de traiter avec eux en leur promettant sa protection et des subsides. Bigot, avec la protection de ce seigneur, avait obtenu une chaire dans l'université de Tubingue ; mais quelques différends qui s'étaient élevés entre lui et ses collègues-, au sujet du système philosophique de Mélanchton , l'avaient obligé d'aller à Bâle en 1536 , d'où il revint en France. Budé aurait voulu le retenir à Paris, mais il aima mieux venir à Nîmes en 1541 pour partager avec Baduel le rectorat du collège des Arts» Ils vécurent dans l'accord le plus parfait, et les écoliers les honorèrent à l'égal l'un de l'autre. Mais aucun d'eux ne resta étranger au développement progressif que prit en France la Réforma-
(1) Hist de Nîmes, par Ménard , t. IV, p. 150.