‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 72 sur 227 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

i3 L'affaire , déjà très-grave par elle-même , se compliqua encore par une circonstance nouvelle. Ferrier, qui voulait avoir occasion dans ses plaintes de signaler l'état de sa femme qui était enceinte , pour exagérer la violence du peuple à son égard , l'invita à venir le joindre à Beaucaire; elle partit aussitôt, mais les douleurs de l'enfantement l'ayant prise en chemin, elle donna le jour à une fille dans une ferme, où elle dut séjourner plusieurs jours avant de pouvoir continuer son chemin.

A la suite de ces tristes événements , on craignit naturellement à Nîmes que le connétable de Montmorency ne rendît la communauté tout entière responsable des dégâts qui avaient été commis et qu'il ne fît des poursuites dans ce sens. Ces craintes n'étaient pas sans fondement; sur le rapport de ce gouverneur, le roi ordonna, en effet, à la chambre mi-partie de Castres d'envoyer sur les lieux deux conseillers, l'un catholique et l'autre protestant, pour faire une enquête ; et, dans le but de pourvoir lui-même à la sûreté des magistrats qui . avaient cessé de rendre la justice , à cause des périls imminents où leur vie était exposée, il transféra le siège judicial de Nîmes f Beaucaire (1).

Aussitôt que ces dispositions royales furent connues, le conseil de la ville se hâta d'envoyer des députés en cour, avec mission de représenter au monarque que toutes les personnes raisonnables blâmaient énergiquement les excès injustifiables qui s'étaient commis, et que dès-lors la généralité

(1) Mercure de France y 3" année, p. 159.

{•>2 HISTOIRE D£ l' ÉGLISE RÉFORMÉE DE MHES.

des habitants ne devait pas être punie du crime ^^ de quelques séditieux. Les conseillers du présidial demandèrent de leur côté à ne pas rester dans un espèce d'exil et à rentrer dans le lieu de leur siège ordinaire; et, comme le duc de Ventadour et le connétable de Montmorency employèrent à leur tour la puissance de leur crédit pour faire agréer ces requêtes motivées, le roi, après cinq mois de sollicitations et de poursuites , donna par lettres patentes une absolution générale de tout ce qui s'était passé depuis le 15 juillet précédent, et révoqua celles qui avaient ordonné la translation du présidial à Beaucaire (1). Toutefois, l'ordonnance d'amnistie imposa à la ville l'obligation d'acheter les propriétés dévastées, en portant à 6,000 livres l'estimation des dégâts (2).

Ferrier, n'osant pas se présenter à Nîmes pour y exercer sa charge , se retira à Paris avec toute sa famille , où il ne tarda pas à faire abjuration entre les mains du cardinal Du Perron. Dès ce moment, il devint l'objet de la bienveillance du cardinal de Richelieu qui le pourvut d'une charge de conseiller d'Etat et employa souvent sa plume à défendre les actes de son gouvernemeft. Ferrier, consumé par le feu de ses passions ardentes , mourut d'une fièvre lente le 26 septembre 1626. a On publia, dit Bayle, un livre intitulé : De Vheureux trépas et mort du sieur Ferrier, dans lequel on raconte ce qu'il dit quand le prêtre lui porta l'extrême-onction

(1) Archives de Thôtcl de ville. Reg. du seizième siècle, p. 155.

(2) Mènard, t. V, p. 369.

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'3 et surtout rexclamation de sa femme qui s'écria : € Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison ! » ce qui constate qu'elle connaissait l'histoire de Zachée , le chef des péagers , et qui dément en même temps l'assertion que le feuillant saint Romuald et le dominicain David Lenfant ont émise l'un après l'autre , savoir : « que Ferrier ne put persuader à sa femme de l'imiter, ce qui ne les empêcha pas de vivre en bonne intelligence (1). »

Dans le nombre de leurs enfants , il n'y avait qu'une fille. Guy-Patin, dans une de ses lettres, la compare, pour le caractère, à la femme de Pilate; elle avait épousé le lieutenant-criminel Tardieu , et ils furent assassinés ensemble par suite de leur extrême avarice qui les faisait passer pour des Crésus (2). Un fils de Ferrier, nommé Isaac, fut tué par des laquais qu'il voulait empêcher de frapper le sien. Voilà une famille qui, par ses malheurs , fournit à l'histoire un fait de plus pour établir par l'expérience ce que la loi de Dieu enseigne en théorie, que « l'iniquité des pères retombe sur les enfants jusqu'à la troisième et quatrième génération. »

(i) Histoire générale de tous les siècles , mois de sept, p. 174.

(S) Elle est datée du 25 août 1660 ; c'est la 196% t. II, p. 175. Voyez la dliiôme satire de Boileau , où ce mariage et ses suites forment m oflrieuz épisode.

154 UISrOlRE DE l'église réformée de NI3IES.

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