CHAPITRE YIII
•3 d'autres même saisirent des pierres, de telle sorte que sa vie se trouva en danger; il ne dut sa conservation qu'au dévouement du lieutenant principal de Rozel, qui, pour venir à son secours, traversa cette foule furieuse , le prit sous le bras et le conduisit dans sa maison. L'émeute, toute violente qu'elle était , n'aurait probablement pas eu d'autres suites, si un domestique du lieutenant criminel ne s'était écrié du haut d'une fenêtre , « qu'il y en aurait de pendus par ordre du roi. » Cette menace, au lieu d'intimider les assaillants , les mit en fureur : « Le roi est à Paris , et nous à Nîmes ! » s'écrièrent-ils de tout côté : « Nous n'en voulons qu'au traître Judas! » Et pour prouver que tel était bien effectivement leur dessein , abandonnant la maison où il s'était réfugié, ils allèrent attaquer la sienne et en forcèrent les portes malgré toute la résistance qu'on leur opposa. Les pasteurs qui étaient accourus pour apaiser la sédition , reçurent quelques coups de pierres lancées de la maison assaillie , ce qui acheva de porter la populace à la dernière extrémité , puisque, sans respecter ni consuls , ni juges , ni ministres , elle pilla ou brûla les meubles et n'oublia rien de ce qu'en telle circonstance l'exaspération inspire (1).
On remarqua cependant qu'un cordelier et quelques prêtres, étant passés au travers de ces hommes en fureur dans le plus fort de la sédition , ne reçurent aucun outrage. A la fin pourtant, par les soins du premier consul, l'effervescence diminua,
(1) Dampmartin , La France sous ses rois, t. 111 , p. 202.
450 HISTOIRE DE l'ÉGLISE RÉFORMÉE DE MIMES.
et, pour laisser aux esprits le temps de se refroi- ^^ dir, l'un des pasteurs fit une prière sur le lieu même , qui fut écoutée avec autant de tranquillité que si les assistants s'étaient trouvés sous l'influence de pensées paisibles et sérieuses.
Tout n'était pas fini néanmoins encore ; les consuls alarmés mirent des gardes aux portes de la ville , comme s'ils craignaient quelque surprise du dehors. Leur dessein secret était de sortir dans la nuit sous prétexte de faire une reconnaissance aux environs, de prendre Ferrier avec eux et de le faire partir avec les soldats sans qu'on y prît garde. Plusieurs obstacles empêchèrent l'exécution de ce projet pendant dix-sept jours de suite , puisque ce ne fut que le 12 août qu'il put se réaliser; le connétable était prévenu , et il envoya des gen-» darmes pour conduire en sûreté le fugitif jusqu'à Beaucaire. Celte évasion cependant ne tarda pas à être connue , et elle renouvela le tumulte ; les séditieux reparurent dans la rue ; ils s'exaltèrent les uns les autres par leurs vociférations et par leurs murmures; leur victime leur ayant échappé, sa maison de la ville ayant été détruite , ils coururent en désordre, sur un signal donné, à un enclos qu'il possédait au bout du faubourg de Montpellier, brisèrent les arbres fruitiers , arrachèrent les ceps de vigne et mirent en ruine l'habitation. Les consuls, par leur présence, purent seuls mettre un terme à ces désordres, et les officiers du présidial, ayant fait arrêter les meneurs de cette déplorable émeute, leurs complices les tirèrent de prison à main armée.