CHAPITRE IX
14 dans l'Eglise, avec Tagrément des syndics de sa république. 11 y arriva le 21 mai : sa voix éloquente , son débit onctueux et ses convictions profondes firent une telle impression sur ses nombreux auditeurs qu'ils furent affermis dans leur croyance, améliorés dans leur conduite, renouvelés dans leurs sentiments; aussi, lorsqu'il se sépara d'eux à la fin du mois d'août , il emporta leurs regrets et leur reconnaissance pour le bien évident qu'il avait fait à leur Eglise , qui venait de passer par upe crise tellement alarmante qu'elle l'avait fait chanceler sur ses fondements.
Son départ laissa un grand vide ; mais le synode national de Tonneins (4) s'empressa de le remplir, en accordant, sur la demande que lui en fît de Pierredon, député de Nîmes, que Jean Chauve, pasteur de Sommières, vînt y remplir un ministère semblable à celui de Diodati. — Sur la requête du même député , cette assemblée revisa la procédure de Mardochée Suffren , qui avait été suspendu de ses fonctions, le releva de son interdiction et chargea la province du bas Languedoc de le pourvoir d'une Eglise.
15 Le 30 juin 1615, un homme supérieur par ses talents , dont le nom devait devenir une gloire pour l'académie de Nîmes, y fut nommé professeur de grec; il s'appelait Samuel Petit.
Il était né le jour de Noël 1594, de François Petit , pasteur à Saint- Ambroix , et de Noémi Oli-
(1) Ce fut le vingt et unième , tenu depuis le 2 mai jusqu'au 3 juin , sous la présidence de Jean Gigord.
vier; son aïeul, originaire de Paris, avait embrassé 1C la Réforme en 1572; mais à l'époque de la Saint- Barthélémy, ayant cherché un asile hors du royaume, ses biens avaient été confisqués. — Samuel Petit n'était âgé que de vingt et un ans quand il arriva à Nîmes ; mais il avait , dés son jeune âge , fait des progrès si rapides dans les langues mortes , qu'il aurait pu être placé au nombre des enfants célèbres. Lorsqu'il arriva à Genève pour commencer l'étude de la théologie , il connaissait, en effet, déjà à fond le latin, le grec et même l'hébreu. Là , par son application et ses succès académiques, il avait obtenu une réputation de savoir si bien établie que, pour lui faire honneur, tout le conseil universitaire s'assembla le jour de son installation, pour y assister en corps. Mais comme il n'avait pas l'âge pour exercer le ministère évangélique , il fut chargé de donner seulement quelques prédications dans les villages environnants.
Le 25 juillet de cette année, Louis XIII, qui avait été déclaré majeur dix mois auparavant , se maria avec l'infante d'Espagne, rendue célèbre sous le nom d'Anne d'Autriche ; et pour faire cesser les craintes des réformés , qui croyaient que cette alliance avec la fille de Philippe II était la ruine de leur Eglise , il leur permit de tenir à Grenoble une assemblée générale ; mais , pour se soustraire aux obsessions de Lesdiguières, qui commandait cette ville et qui agissait dans l'intérêt de la cour , après s'être secrètement converti , l'assemblée , qui s'était réunie le 27 juillet, se transféra à Nîmes , le 40 novembre suivant. Elle traita une alliance avec le
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4615 prince de Condé , qui avait pour but : de rechercher ceux qui avaient participé à la mort de Henri IV ; — d'empêcher la publication des décisions du concile de Trente ; — de s'opposer aux mauvais effets des mariages espagnols , contractés entre Louis XIII et Anne d'Autriche d'une part , et entre Elisabeth de France et le prince des Asturies de l'autre ; — enfin , de veiller à l'exécution des édits. Il s'agissait pour cela d'une coalition à main armée, à laquelle toutes les Eglises furent invitées à s'associer, en renouvelant le serment d'union précédemment formulé par le synode de Privas.
616 Cette prestation de serment eut lieu à Nîmes, le dimanche 34 janvier 1646, à l'issue du service divin ; elle ne fut pourtant pas unanime , puisque Jean Privât , second consul , un officier royal et sept conseillers de la maison consulaire refusèrent de s'y associer.
Le consistoire , prévoyant combien cet exemple pourrait devenir funeste , s'occupa aussitôt à en paralyser les effets , et , sans se laisser arrêter par des considérations humaines, il suspendit tous les opposants du sacrement de la sainte cène.
Cette suspension ne fut pas prise au sérieux par les magistrats , qui , le jour de Pâques , se levèrent ensemble de leur banc et s'approchèrent de la sainte table. Mais de Chambrun, qui était de service, resta immobile en leur présence et ne leur présenta point les symboles eucharistiques Les magistrats confus, au lieu de retourner à leur place , sortirent du temple en faisant à haute voix appel
comme d'abus (1). Le service continua cependant ^i sans le moindre trouble, et de Chambrun, après avoir rempli un devoir pénible , mais nécessaire , rentra dans sa demeure sans être alarmé sur les suites de son action.
Les magistrats ne manquèrent pas de se consulter sur ce qu'ils avaient à faire. Dans leur premier moment de dépit, ils voulaient se retirer de la ville et demander au gouverneur, de la province de transporter ailleurs le siège de la sénéchaussée. Pourtant , après avoir plus mûrement réfléchi , ils reconnurent leurs torts : ils firent mieux encore , puisqu'ils décidèrent de les réparer. Dans cq but, ils demandèrent d'être admis à la paix de l'Eglise, et le consistoire , non-seulement leur accorda leur absolution , mais encore fit célébrer une communion extraordinaire , afin qu'ils pussent y participer. Elle fut administrée par le pasteur Ollivier , qui était demeuré étranger à cette grave affaire.
En 4617, les mariages espagnols étant devenus ^' des faits accomplis, la guerre civile, entreprise pour les empêcher, se trouvait sans objet ; aussi la paix fut-elle conclue à Blois , entre la cour et les princes révoltés. Dès-lors le vingt-deuxième synode
(1) AbuSf dans le sens légal, signifie toute contravention commise par les juges et supérieurs ecclésiastiques en matière de droit. L'appel comme d'abus est le pourvoi formé 'devant l'autorité séculière contre la décision du juge ecclésiastique (Charles Drion^\