‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 96 sur 227 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

1653 Cette levée de boucliers ne pouvait se terminer que par un combat sanglant. Le prince de Condé , qui, à l'époque de la déclaration de la majorité du roi (1) , au lieu d'assister à cette cérémonie, s'était retiré dans son gouvernement de Guyenne, voulut s'en servir pour renouveler les guerres de religion ; l'ambassadeur d'Espagne, de son côté, essaya d'en profiter, pour détacher la Suède de l'alliance de la France ; aussi l'alarme se répandit-elle un instant à la cour de Versailles. Jacques de Cassagne, conseiller en la cour du sénéchal, profita de ces intrigues dans la haute région politique pour faire à Nimes, à l'instigation des deux consuls catholiques, une information judiciaire contre les deux consuls protestants, comme promoteurs de cet armement. Elle fut envoyée en cour ; mais, dans la crainte qu'elle ne produisit pas l'effet qu'on en attendait , on la fit suivre d'un mémorial général « des entreprises plus considérables que les habitants de Nimes , professant la religion prétendue réformée , avaient faites contre les habitants catholiques de la même ville, depuis 4648 jusqu'en 1653 (2), » et dans lequel , après les avoir accusés de sédition contre l'évêque , de menaces contre les jésuites pour les expulser des bâtiments du collège , de spoliation des revenus de l'hôpital, et de refus de procéder à l'imposition des deniers royaux pour l'année courante , on concluait qu'ils ne voulaient pas reconnaître l'autorité du roi, ni obéir à ses ordres, puis-

(1) Qui avait eu lieu le 7 septembre 1651.

l^) Manuscrit déposé à Thôtel de ville et coUationoé.

2S0 HISTOIRE DB» l'église RÉFORMÉE DE NIMES.

qu'ils entretenaient des correspondances secrètes , <6W non-seulement avec les provinces voisines , mais encore avec les Anglais qui étaient les ennemis les plus acharnés du royaume.

Le roi , pour mettre un terme à cette collision , qui se soutenait avec un acharnement réciproque , et dont il redoutait les suites, envoya sur les lieux le député général Ruvigny , qui parvint à conclure une armistice entre les deux partis, et à faire renvoyer la décision du litige devant un tribunal arbitral , dont la sentence définitive confirma le droit contesté des réformés , qui fut suivie d'un arrêt d'amnistie générale , enregistré au parlement' de Toulouse , de manière que les griefs, réciproques furent oubliés (1). .

Mais l'antagonisme ne cessa pas pour cela entre 4654 les consuls de Nîmes ; il se réveilla au contraire plus vif que jamais , le 29 janvier 1654 , pour un sujet bien futile , celui de la nomination du conducteur de l'horloge , de laquelle Henri Voizier , l'un des deux seuls horlogers de la ville, fut exclu, parce qu'il était protestant, et se vit préférer un tondeur de draps, nommé Clauzel, parce qu'il était catholique.

Des faits pareils , par leur injustice révoltante , amenaient toujours à leur suite quelques conversions. Cette année-là on en compta d'assez nombreuses , parmi lesquelles se distinguent celle de Tannegui de Mesnaolet, clerc tonsuré de Bretagne ;

(i) Drion, Hist, chron, de VEgl. protest, , t. II, p. 42. Benoît, t. m, p. 163.

Page 1