CHAPITRE XIII
Erection d'un hôpital protestant. — Jean Claude. — Jean Bniguier. — Barthélémy Roure. — David de Rodon. — Procédure contre RosseleU
Lors du sacre de Louis XIV, qui eut lieu à Reims le 3 juin 1654, l'évêque de Montauban saisit cette occasion solennelle pour lui adresser un discours dans lequel il se plaignit avec véhémence de ce que la déclaration du 14 mai 1652 avait maintenu les réformés dans la pleine et entière jouissance de l'édit de Nantes, et demanda qu'ils fussent écartés des fonctions publiques sans distinction. Cette philippique fit une impression profonde sur le roi et l'aurait décidé à user de sévérité envers eux , si , d'un côté , les services qu'ils lui avaient rendus pendant la guerre de la Fronde, et l'intérêt qu'il avait, de l'autre, à ménager Cromwel, le pro-
lecteur de la Grande-Bretagne , qui saisissait tou- *^54 tes les occasions pour intervenir en faveur de ses coreligionnaires français , ne l'eussent déterminé au contraire à user d'indulgence à leur égard.
Il la témoigna en particulier aux protestants de Nîmes , en les faisant , d'abord , décharger par le conseil de l'obligation qui leur avait été imposée , depuis quelques années , de contribuer avec les catholiques à l'entretien des moines établis dans leur ville et aux réparations de leur couvent, et en leur accordant ensuite l'autorisation d'ériger un hôpital protestant.
Dans ce dernier but, il rendit à Péronne, le 16 août, une ordonnance qui portait que, dorénavant, l'hôpital qui servait à recueillir tous les malades pauvres de la ville appartiendrait aux catholiques seuls , et que , pour les malades protestants , il en serait bâti un autre avec le produit des contributions imposées à tous les chefs de famille du diocèse, sans distinction de culte. Cette somme , fixée à 11,000 livres, devait être remise entre les mains du second consul pour être employée de cette manière : 8,000 livres à la construction de l'édifice , et les 3,000 autres données au consistoire pour l'indemniser des réparations qu'il avait faites à la portion de l'ancien hôpital destiné à recevoir les malades de sa communion. L'ordonnance fixait, pour achever cet hospice, le délai d'un an, à partir du jour où les 11,000 livres auraient été versées dans la caisse municipale. Les biens, rentes ou revenus, donnés et légués, ou qui le seraient à l'avenir par des personnes professant la religion