DU MONASTÈRE DE SAINT -BÉNIGNE DE DIJON
Pour régler tous les détails de la vie monastique, les abbayes bénédictines n’avaient pas seulement le texte, assez bref et uniforme, de la règle de saint Benoît. Elles avaient encore des coutumes particulières, qui variaient selon le génie des réformateurs, et souvent, dans une même observance, de maison à maison. Le temps, les vicissitudes de la discipline apportèrent aussi, dans les usages de chaque maison, des modifications plus ou moins considérables.
L’abbaye de Saint-Bénigne de Dijon eut donc ses coutumes, qui étaient suivies dans le monastère dijonnais et dans les prieurés de sa dépendance.
On ne sait rien des coutumes observées à Saint- Bénigne avant le onzième siècle.
A cette époque, l’abbé Guillaume y introduisit celles de Cluny, mais transformées par sa haute et féconde initiative. Dès lors, il y eut les coutumes du monastère de Dijon, desquelles deux recensions existent, l’une incomplète, l’autre intégrale.
Très probablement, les coutumes du monastère de Dijon firent l’objet d’une rédaction spéciale, durant la seconde moitié du onzième siècle. Cette première rédaction subit des retouches, au temps de l’abbé Jarenton, qui utilisa, dans ce but, l’expérience du moine Laurent, de Verdun, l’un des quarante auxquels il avait donné asile. Soit donc pendant les dernières années de Jarenton, mort en 1113, soit plus tard, s’accomplit la deuxième recension des coutumes de Saint-Bénigne. On en possède de nombreux fragments, les uns publiés par dom Martène, en 1690, dans ses livres de Antiquis monachorum Ritibus, les autres restés manuscrits dans le tome XI de la collection de Bourgogne, à la Bibliothèque nationale.
Une autre recension des mêmes coutumes date du treizième siècle. Nous l’éditons. Le manuscrit qui la renferme est aux Archives de la Côte-d’Or, sous le n° 119 5 . Il ne s’agit, malheureusement, que d’une copie, faite au quinzième -seizième siècle.
Sûrement toutefois la recension est du treizième. Il y est fait mention de la Sainte-Chapelle et de la Chapelle-aux-Riches, deux églises de Dijon bâties de 1170 à 1200. Le rite de l’élévation ne figure pas encore dans les cérémonies de la messe. Le corps de saint Bénigne repose toujours dans la crypte, et l’église romane est encore debout : or elle tomba en 1271.
Le manuscrit des Archives delà Côte-d’Or contient cette dernière recension d’une manière complète. Afin que l’on juge de la différence qu’elle présente, par rapport à celle du douzième siècle, pour la distribution des matières, nous donnons, en premier lieu, les titres des chapitres que celle-ci renfermait. Quant à la différence des textes, on en jugera en confrontant avec notre édition les extraits publiés par dom Martène.
Fructuare, monastère fondé en Italie par l’abbé Guillaume, reçut les coutumes de Dijon, au moment même où elles s’établirent. De là elles se répandirent, vers la lin du onzième siècle, dans plusieurs abbayes, entre autres, à Saint-Biaise dans la Forêt-Noire, et à Siegburg, près de Cologne. Très nombreux sont les monastères qui les vinrent puiser dans l’une ou l’autre de ces deux dernières abbayes. Mais le texte qu’il serait important de découvrir, est celui dont faisait usage, aux douzième et treizième siècles, l’abbaye de Fructuare elle-même. Il doit exister dans quelques abbayes d’Autriche ou d’Allemagne.
Le fonds des coutumes de Saint-Bénigne dérivant de celles de Cluny, on retrouve naturellement les mêmes textes, de part et d’autre, pour beaucoup d’objets. Les coutumes de Cluny ont été elles-mêmes plusieurs fois rédigées. La première rédaction que l’on possède fut l’oeuvre du moine Bernard, qui fit ce travail à Cluny, vers 1067, sur l’ordre que lui en donna saint Hugues. C’est surtout avec cette ancienne recension qu’on remarque une concordance parfaite dans un grand nombre de passages des cou-
lûmes de Saint-Bénigne. Il ne semble pas doutepx que Jarenton, en introduisant à Dijon une nouvelle colonie de clunisiens, n’ait reçu en même temps la rédaction du moine Bernard, avec laquelle aura travaillé Laurent, dans la révision du texte primitif de Dijon.
Une première publication du texte de Bernard fut faite au commencement du dix-huitième siècle, mais uniquement pour les bibliothèques des monastères. Dom Marquard Herrgott, religieux bénédictin de l’abbaye de Saint-Biaise, dans la Forêt-Noire, en donna une seconde édition, destinée à une complète publicité, et imprimée à Paris, en 1726, dans le recueil intitulé Vêtus Disciplina monastica.
Après Bernard, un autre clunisien, Udalric, rédigea les coutumes de sa congrégation, sous une forme plus brève et un peu différente. Il le fit à la prière de saint Guillaume, abbé d’Hirchau, au diocèse de Spire. Saint Guillaume étant mort en 1091, la date du travail d’Udalric se trouve ainsi approximativement fixée. D’Achery a publié le texte d’Udalric, au tome I du Spicilège, p. 639. Migne l’a réédité, P. L., tome CXLIX, col. 634.
La rédaction d’Udalric aura sans doute été mise aussi à contribution, pour la dernière au moins des recensions des coutumes de Saint-Bénigne.
Reste à dire encore un mot du manuscrit des Archives de la Côte-d’Or, et du texte imprimé qui va suivre.
Le manuscrit a été entièrement copié par M. l’abbé
Emmanuel Debrie, connu pour ses travaux d’érudition, et ancien professeur de l’École Saint-François de Sales de Dijon. Nous avons collationné nousmême la copie sur le manuscrit, avec le plus grand soin.
Il nous a paru inutile de reproduire exactement l’orthographe, très souvent fautive, et nous avons souvent préféré l’orthographe usuelle. Ce parti sera approuvé sans doute, si l’on considère qu’il ne s’agissait pas d’un texte original, écrit au treizième siècle, mais d’une transcription tardive d’un pareil texte.
Disons pourtant que le transcripteur a généralement employé e pour æ, il pour v ; qu’il a gardé ces formes bien connues solempnitas pour solenmitas, hympnus pour hymnus, etc.
Remarque plus importante, il a plusieurs fois mal lu le texte original, et passé des mots, des lignes entières. Grâce aux textes identiques qui sont publiés, nous avons comblé les lacunes, mais en plaçant entre crochets les mots rétablis. Quelques passages pourront paraître obscurs. Afin de respecter le texte, nous avons laissé subsister l’obscurité ou même une faute, plutôt que de rien hasarder.
Parmi les tables du volume, un index spécial poulies coutumes de Saint-Bénigne lèvera peut-être quelques difficultés.
Enfin, pour faciliter la collation de tel ou tel passage sur le manuscrit, les folios de ce manuscrit sont indiqués entre parenthèse.