‹ Histoire de l'église Saint-Bénigne de DijonChapitre 20 sur 148 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

l’église cathédrale

Institution régulière du nouveau diocèse de Dijon. — Depuis le mois d’août 1792, le titre cathédral était échu à Saint -Bénigne, mais c’était uniquement en vertu d’un décret du pouvoir civil. La circonscription diocésaine dont cette église était devenue le chef-lieu, avait été délimitée sans l’intervention du pape. Vint enfin le moment où à cette organisation, nulle au point de vue canonique, en fut substituée une autre valable et légitime.

A la suite du 18 brumaire (9 novembre 1799), la république fut de fait supprimée en France, et le véritable chef de la nation se trouva être Napoléon Bonaparte. Dieu lui avait réservé la tâche de réconcilier la France révolutionnée avec le centre de l’unité catholique. L’œuvre s’accomplit par le concordat de 1801, conclu entre Pie VII et Napoléon. Alors le Saint-Siège, de concert avec le gouvernement français, fit une nouvelle circonscription des diocèses, et l’établit à la place de l’ancienne organisation ecclésiastique.

Le concordat ayant été signé pendant l’été de 1801, le pape demanda d’abord aux évêques légitimes la démission de leurs sièges, puis ensuite aux évêques schismatiques une renonciation aux évêchés qu’ils occupaient sans avoir reçu l’institution apostolique. Après avoir pris ces premières mesures, Pie VII publia, le 29 novembre 1801, une bulle pour l’exécution du concordat, et envoya en France le cardinal Caprara, en le chargeant d’instituer les nouveaux diocèses.

Dans la circonscription adoptée, l’évêché de Dijon fut maintenu, et celui deLangres supprimé. Le territoire de l’évêché de Dijon comprit les deux départements delà Côte-d’Or et de la Haute-

Marne. Le nouveau diocèse de Dijon fut rattaché à la métropole de Besançon, avec ceux d’Autun, de Nancy, de Metz et de Strasbourg.

Le tableau des nouveaux évêchés, qui est annexé au concordat, porte encore saint Etienne comme patron de la cathédrale et du diocèse de Dijon.

Cependant le siège épiscopal étant de fait à Saint-Bénigne, et d’une manière définitive, cette église devait être reconnue canoniquement pour cathédrale, et son titulaire devenir patron du diocèse. La chose fut ainsi régularisée, en effet, le 4 janvier 1805, par un décret signé du cardinal Caprara. Saint Etienne resta patron secondaire du diocèse (1).

Toutefois l’observation complète des règles liturgiques à cet égard ne commença qu’à la ‘suite des Lettres de Mgr Rivet, en date des 15 novembre et 2 décembre 1839.

M°“ Reymond, évêque de Dijon. — Volfius renonça, entre les mains du gouvernement, à l’évêché de Dijon, le 14 octobre 1801, et dans une lettre adressée à Pie VII, le 19 du même mois, il disait : « J’adhère à la convention relative aux affaires ecclésiastiques de France et aux principes que Votre Sainteté et le gouvernement y ont consacrés. »

De son côté, l’évêque légitime, Mgr de Mérinville, signa le 2 décembre 1801, à Carlsruhe, sa démission d’évêque de Dijon.

Le 9 avril 1802, fut nommé à l’évêché de cette ville Mgr Reymond. Il était l’un des douze évêques constitutionnels qu’un ministre en crédit réussit à faire agréer dans cette circonstance.

(I) Semaine religieuse de Dijon, année 1889, p. 12 2. - Le texte original du décret est aux archives de l’évêché.

Mgr Henri Reymond, fils de Paul Reymond, naquit à Vienne (Isère), le 16 novembre 1737. Il prit ses grades en théologie à l’ université de Valence, enseigna la philosophie au collège de Vienne, et était curé de Saint-Georges dans la même ville, à l’époque de la Révolution. Il fut élu second évêque constitutionnel de l’Isère en 1792, et sacré le 15 janvier 1793. Henri Reymond n’eut pas, du moins, à l’égard de la Révolution, toutes les faiblesses qu’avait eues Volfius. Il refusa de livrer ses lettres de prêtrise, fut incarcéré et ne dut qu’au hasard sa sortie de prison.

Pour recevoir l’institution canonique, il fit nécessairement sa soumission réelle au pape ; mais il omit dans la suite d’imiter l’exemple delà plupart des évêques constitutionnels revenus à l’orthodoxie, et de donner à sa rétractation la publicité qu’on attendait. Aussi, par une conséquence toute naturelle, il se soucia peu d’exiger des prêtres assermentés qu’il laissa dans les paroisses de son diocèse, une rétractation solennelle de leur adhésion au schisme ; il lui suffit d’être personnellement convaincu de leur retour à l’unité catholique. Par cette méthode libérale, il voulait obtenir promptement la réconciliation des deux clergés, et effacer tout souvenir des divisions passées. Il y réussit assez bien, en effet ; mais n’aurait-il pas atteint le même résultat, et uni les cœurs plus profondément encore, s’il eût le premier accentué la fidélité au Saint- Siège et entraîné dans cette voie tout son clergé ?

Avec des manières brusques, un air quelque peu cavalier, Mgr Reymond avait des qualités fort estimables. L’abbé Collin, vicaire général, rappela au lendemain do la mort du prélat « ses mœurs patriarcales, son amour pour le travail jusqu’aux derniers jours de sa vie, sa tendresse paternelle pour les jeunes lévites, sa charité bien connue pour les pauvres. »

Pendant les dix-huit ans d’épiscopat de Mgr Reymond, les plaies de l’église de Dijon se cicatrisèrent, les ruines furent déblayées, le nouveau diocèse se constitua, et les œuvres commencèrent à renaître.

Les deux vicaires généraux , Collin et Claudon. — La règle suivie pour le choix du personnel administratif des diocèses reconstitués fut, si l’évêque avait été constitutionnel, de lui donner deux vicaires généraux pris dans le clergé insermenté. Mgr Reymond nomma vicaires généraux M. Collin, ancien chanoine de Saint-

Jean de Dijon, prêtre d’une orthodoxie qui n’avait pas faibli un instant, mais en même temps un ancien membre du clergé constitutionnel de la Côte-d’Or, un des vicaires épiscopaux de Volfius, Jean-Baptiste-Louis Mignard. Plainte fut portée contre l’évêque, Louis Mignard ne fut pas agréé du gouvernement, et six mois après, Mgr Reymond donna pour collègue à l’abbé Collin l’ancien trésorier de Saint-Étienne et curé de Saint-Médard, Nicolas Claudon, qui fut installé comme vicaire général le 29 mai 1803. L’abbé Claudon avait refusé, le 16 février 1791, de concourir à la cérémonie de la proclamation de l’évêque constitutionnel, qui se fit à Saint- Étienne, et, sans se démentir, il s’était ensuite résigné à l’exil plutôt que de prêter le serment schismatique.

Les deux vicaires généraux, Collin et Claudon, nés le premier à Drambon, le deuxième à Dijon, étaient dignes, à tous égards, de la tâche importante et délicate qui leur fut confiée. L’abbé Collin, surtout, qui vécut plus longtemps et resta en charge sous les successeurs de Mgr Reymond, accomplit dans le diocèse un bien considérable. Son activité et son dévouement firent de lui l’auxiliaire zélé de trois évêques ; la rectitude de ses principes en fit le complément nécessaire de Mgr Reymond. Son courage à défendre la constitution divine de l’Église s’était manifesté dès le début de la période révolutionnaire. Très jeune encore en ce moment, il publia une réfutation solide d’un discours qu’un prêtre d’un diocèse voisin venait de faire imprimer et de distribuer à profusion, et dans lequel l’auteur s’efforcait de légitimer la constitution civile du clergé.

Prise de possession de l’église Saint- Bénigne par MGK Reymond. — Ce fut le dimanche de la Pentecôte, 6 juin 1802, que Mgr Reymond prit possession du siège épiscopal à Saint- Bénigne. Arrivé à Dijon quelques jours auparavant, il avait déjà vu la préfecture, la mairie, la magistrature, l’armée, le clergé le saluer tour à tour. Dans une réunion ecclésiastique tenue en sa présence, un sentiment unanime de confraternité avait rapproché des cœurs séparés depuis de longues années •: les prêtres fidèles espérèrent, en effet, que leurs confrères qui avaient failli ne tarderaient pas à déplorer sincèrement leur chute, malgré l’indulgence que semblait leur promettre la venue d’un évêque jadis constitutionnel.

Voici comment un journal du temps, dirigé par Carion, raconte dans son numéro du 9 juin la cérémonie accomplie le 6 :

« Cette cérémonie fut entourée de la plus grande pompe. Toute la garnison avait pris les armes, et toutes les autorités judiciaires et administratives, les généraux et leur état-major y ont assisté. Une multitude de prêtres, sans distinction du parti auquel ils avaient appartenu, formaient le cortège du citoyen Reymond, qu’accompagnaient, à droite le citoyen Volfius, déooré des marques de sa dignité épiscopale, et de l’autre côté le citoyen Leprince, nommé à l’évêché de Bayonne.

» Le magistrat (le préfet Guiraudet), après la lecture du procès-verbal de prestation du serment du nouvel évêque, l’a mis en possession du temple, et son prédécesseur (Volfius) des objets qui tiennent au culte.

» Ainsi installé, le prélat a porté au peuple des paroles de paix et de consolation. Il a peint la réconciliation sûrement bien sincère, qui, la veille, s’était opérée sous ses yeux, entre les ministres des autels, èt il a voulu que pendant l’office qui allait être célébré ils en donnassent un nouveau gage. En effet, après la communion, il a donné de nouveau le baiser de paix au citoyen Volfius et au citoyen Leprince, qui euxmêmes l’ont communiqué aux autres prêtres. Le préfet l’a aussi reçu du pontife, et est allé le porter aux chefs des diverses autorités, d’où il est passé aux citoyens. » *

Cette relation fait voir quel chaos s’était produit, confondant les choses ecclésiastiques avec les choses civilqs. Il fallait encore du temps pour que la poussière soulevée par les démolitions tombât, qu’une atmosphère plus pure permît de distinguer les objets, et qu’on pût les remettre chacun à sa place.

Mgr Reymond admit Volfius dans son conseil épiscopal.

Érection du nouveau chapitre cathédral.

— Les anciens chapitres avaient été supprimés, comme les évêchés, afin de procéder à l’organisation nouvelle des églises de France.

Usant des pouvoirs dont' Pie VII l’avait investi, le cardinal Caprara invita les évêques à créer des chapitres cathédraux, « pour le bien de leurs diocèses et l’honneur de leurs églises, et pour se procurer à eux-mêmes un secours dans les soins de leur administration. » Il leur

recommanda de suivre religieusement les prescriptions canoniques, pour la constitution des nouveaux chapitres et pour la rédaction des statuts réglementaires qu’ils leur donneraient. Lui-même avait mission de fixer le nombre des chanoines, d’approuver les statuts et de concéder les insignes de chœur.

De son côté, le gouvernement français exigea qu’on demandât aussi son approbation pour l’établissement des chapitres, ainsi que pour le nombre et le choix de leurs membres.

En conséquence, Mgr Reymond, un an après son arrivée, érigea le nouveau chapitre cathédral de Dijon, qui comprit huit chanoines. Les statuts donnés par le prélat sont calqués sur ceux que Mgr de Belloy, archevêque de Paris, fit rédiger pour le chapitre métropolitain. Ils furent approuvés du gouvernement le 19 novembre 1802, mais l’installation des chanoines n’eut lieu que l’année suivante, le 29 mai 1803, jour de la Pentecôte.

L’approbation du souverain pontife ne fut pas demandée pour ces statuts, qui dérogent au droit commun, et violent les principes que le cardinal Caprara avait recommandé de suivre. Les canons des conciles y sont méconnus, et les traditions ecclésiastiques, abandonnées. Les principales innovations anticanoniques sont : l’introduction dans le chapitre des vicaires généraux non pourvus du titre canonial, la présidence de l’assemblée capitulaire par l’un des vicaires généraux de l’évêque, l’interdiction de s’assembler pour délibérer sans la permission de l’évêque, la nomination des chanoines faite par l’évêque indépendamment des membres du chapitre, le droit dévolu à l’évêque de régler seul la célébration de l’office canonial, la présidence d’un vicaire général au chœur en l’absence de l’évêque. D’autre part, les chanoines ne furent jamais consultés, pour aucune affaire administrative.

De fait, il y eut des chanoines et pas de chapitre, à s’en tenir du moins à la manière d’agir de l’évêque, et aux termes de l’article 8 des statuts, ainsi formulé : « Les chanoines ne forment pas un corps particulier. » L’attitude de Mgr Reymond à l’égard des membres du chapitre, fut d’ailleurs celle de l’épiscopat français en général. Depuis cette époque, la situation s’est peu modifiée, et les chapitres, en France, n’interviennent guère, administrativement, qu’à la vacance des sièges épiscopaux.

Saint Étienne figurait toujours comme patron de la cathédrale de Dijon, en 1803. Le nouveau chapitre adopta donc le même sceau que l’ancien : de gueules à une palme d’or posée en pal, accompagnée de trois cailloux d’argent, deux en chef, un en pointe.

L’installation des chanoines à Saint-Bénigne eut pour résultat de rétablir, dans cette église, la célébration quotidienne de l’office divin, que saint Grégoire avait jadis instituée, et que le départ des religieux avait interrompue. Malheureusement le corps saint, qui avait été le motif de cette institution, a disparu, et les chanoines ne sont plus les gardiens que des restes du tombeau de l’apôtre-martyr. Ce titre, pour eux accessoire, puisqu’ils forment un chapitre cathédral, leur est cependant cher, et il leur inspira — nous aurons occasion de le remarquer — des démarches zélées pour sauver d’une ruine complète les vestiges plus tard retrouvés de la crypte de Saint-Bénigne.

Serment du lur mai 1803. — La prestation du serment de fidélité à la constitution française, en vigueur sous le Consulat, fut exigée du clergé réorganisé. Elle eut lieu à Saint-Bénigne, le 1er mai 1803. Le serment fut prêté, entre les mains du préfet, par tous les curés du département. Une estrade avait été disposée par l’ingénieur Montfeu, pour recevoir les autorités. La cérémonie fit reparaître, dans une même réunion, comme au jour de l’arrivée de l’évêque, « les manteaux de juge, les écharpes d’aide de camp, les bonnets carrés de chanoines. L’évêque Reymond parla longuement à deux reprises ; le préfet Guiraudet répondit. L’un et l’autre recommandèrent beaucoup la paix et l’union. »

Des ecclésiastiques, ayant témoigné quelque hésitation à prêter ce serment, furent rassurés par l’évêque qui leur montra que cette démarche ne cachait aucun piège qui pût les alarmer. « Vous pouvez prêter le serment en sûreté de conscience, leur dit-il, je l’ai prêté moi-même.)'

Décoration de l’église Saint-Bénigne. — Du moment qu’un clergé régulier et complet reprenait possession de Saint-Bénigne, les fabriciens de cette église s’occupèrent de l’orner con venablemen t .

A la veille de recevoir l’évêque, le 4 juin 1802, « une pétition ayant été adressée par les administrateurs de l’église Saint-Bénigne, pour

obtenir la restitution du bas-relief du grand autel, avec les rosaces et guirlandes en bronze qui lui servaient d’ornement, le préfet du département de la Côte-d’Or autorisa le citoyen Devosge à remettre aux pétitionnaires les objets réclamés. » Ces objets, qu’on avait employés, depuis leur enlèvement « à boucher la cheminée du musée », reprirent donc immédiatement leur place, dans la décoration de l’autel.

La création du chapitre fit désirer le rétablissement des stalles dans l’ancien sanctuaire. Un trône pour l’évêque dut y être joint. Avec les fabriciens, s’occupa de cet aménagement le curé Girarde, mis à la tête de la paroisse Saint- Bénigne — de Dijon-Ouest, en style du temps, — le 1er mai 1803. Claude-Pierre-Nicolas Girarde, né le 1er septembre 1757, était familier de l’église Saint-Aubin (Jura), lorsqu’arriva la Révolution. Il devint, le 22 mars 1791, vicaire épiscopal de Volfîus, et fut chargé spécialement du district de Saint-Jean-de-Losne. Plus tard il desservit Bonnencontre. La présence de Volfius dans le conseil épiscopal de Mer Reymond ne fut sans doute pas étrangère à la nomination de cet ancien prêtre constitutionnel à la cure de Saint- Bénigne. Mgr Reymond, se regardant toujours comme curé de sa cathédrale, suivant l’organisation précédente, ne donnait à Nicolas Girarde que le titre de pro-curé.

Au commencement de l’année 1804 des stalles étaient posées dans le sanctuaire. Elles sont restées., en place jusqu’en 1890, adossées d’une seule file, de chaque côté, contre les piliers entamés en 1792. Le sculpteur Jérôme Màrlet et son élève Couchery exécutèrent alors un trône pour l’évêque, et le placèrent au fond de l’abside, sur un plan rectiligne, de façon à laisser par derrière tout le pan coupé. Ce trône a été enlevé dans la restauration de 1890, et les stalles, scindées en plusieurs panneaux, ont alors été appliquées directement au mur, de façon à laisser reparaître dans leur plein les piliers rétablis. Ces stalles, du style de la Renaissance, et d’une excellente exécution, proviennent du monastère de la Charité, près Vesoul. « Elles furent payées au moyen de la somme que le conseil du département assigna en l’an XII, pour les dépenses de la cathédrale. » Nous relevons cette note sur le registre de la fabrique de Saint-Bénigne.

Pour placer le trône épiscopal, on dut alors retirer l’autel de la Visitation. Il fut transporté à la chapelle de l’hospice Sainte- Anne, ancienne

église des Bernardines, où on le voit encore. Le maire de Dijon, M. Ranfer de Bretenières, venait en effet, de concert avec tout le conseil d’administration de cet hospice, d’obtenir une loi qui l’autorisait à acquérir le bâtiment des Bernardines pour y installer les orphelines de l’hospice Sain te- Anne, dépossédées de leur hôtel, situé rue Saint-Philibert, destiné au Lycée.

Dans l’inventaire du 21 janvier 1804, figurant au registre de la fabrique de Saint-Bénigne, sont énumérés beaucoup de tableaux et de statues, ainsi que les triptyques ou chapelles portatives des ducs : cet ensemble avait dû être apporté à la cathédrale en 1795 et les années suivantes, par les soins de Volfius et de ses fabriciens, de Rénon en particulier. Parmi les objets catalogués se trouvent les statues ou monuments funéraires dont nous avons déjà parlé : de Jean- Baptiste Legoux de la Berchère et de son épouse, de Jean de Berbisey et de Claude Frémiot. Mais il y en a encore deux autres, auxquels les chercheurs se sont intéressés. Ils avaient été placés dans chacun des bras du.transsept. « Du côté du midi — nous transcrivons — deux colonnes en marbre blanc, ayant.leurs chapiteaux surmontés chacune d’un vase. Au milieu est une figure d’une femme au lit de la mort, à qui deux génies font apercevoir le ciel ouvert, par Dubois. C’était la statue de madame de Valon, qui était dans l’église des Minimes. — Du côté du nord, deux colonnes en marbre blanc avec leurs chapiteaux surmontés de deux vases. Au milieu d’elles est une statue représentant une femme mourante et consolée par deux génies, par Dubois. Cette charmante statue était celle élevée dans l’église des Cordeliers sur le tombeau de madame de la Mare. »

Une de ces statues funéraires, la seconde probablement, existe encore au musée archéologique, sous le n° 1330. Elle est inscrite par erreur, dans le catalogue du musée, comme étant la statue de la sainte Vierge expirante. Au tome III, p. h, des Mémoires de la Commission des Antiquités, le compte rendu de l’année 1847 apprend que les deux statues, celle de madame de Valon et celle d’Élisabeth de la Mare, appelée ici madame de Milly, avaient été retirées de l’église Saint-Bénigne, déposées dans la cour du séminaire, et que la Commission avait pu les faire transporter dans son musée. Celle de madame de Valon aura disparu du musée archéologique, mais celle d’Élisabeth de la Mare

y est restée. Elle est déjà mentionnée seule en 1865, au tome VII, p. vi, des Mémoires : « Une statue de femme due au ciseau de Dubois et deux colonnes en marbre blanc, provenant de Saint-Bénigne. »

Établissement du grand séminaire. — Le décret de 1792, en donnant à Saint-Bénigne le titre cathédral, avait affecté la maison conventuelle des Bénédictins au logement de l’évêque et à l’établissement du séminaire. Mais les circonstances n’avaient pas permis d’exécuter ces disposi tions, et jusqu’en 1802 la maison conventuelle avait servi de logement aux prisonniers de guerre et de casernement aux troupes françaises. Volfius empêcha la vente de cette maison, le 30 avril 1802. Mgr Reymond entama de nouvelles démarches pour obtenir du gouvernement un arrêté en faveur de l’affectation jadis accordée. Il l’obtint en effet le 16 janvier 1803. Lui-même était alors logé dans les bâtiments qui restaient de l’ancienne abbatiale, en avant du portail de Saint-Bénigne.

L’ingénieur Ulriot Montfeu dressa les plans et devis nécessaires, et l’on entreprit les travaux qui ne s’achevèrent point rapidement.

Aussitôt qu’un certain nombre des anciennes cellules des Bénédictins furent prêtes, Msr Reymond y réunit les ecclésiastiques qu’il se proposait d’ordonner aux quatre-temps de Noël. Ceux-ci arrivèrent le 13 novembre 1803. Pendant l’année suivante, les chambres réparées et meublées furent occupées à peu près constamment. Dans le même temps, l’évêque pressa tous les membres de son clergé de reprendre l’habit ecclésiastique, tel qu’ils le portaient avant la Révolution. Enfin fut annoncée pour le 25 novembre 1805 l’ouverture définitive du séminaire.

MBr Reymond déploya le zèle le plus ardent et le plus généreux pour soutenir une oeuvre aussi importante. On le vit sacrifier dans ce but le dixième de son traitement, inviter ses prêtres à verser eux-mêmes quelque contribution, organiser des quêtes, s’ingénier de toute manière à créer des ressources. Pour professer les sciences ecclésiastiques, il s’offrit lui-même, au besoin, avec ses vicaires généraux. Il se regarda comme le supérieur du séminaire et nomma pour directeur Jean Antoine, oratorien, qui remplissait déjà cette charge avant la Révolution, sous la supériorité d’un autre oratorien, Jean-Baptiste Perron. Ce digne prêtre avait

donné l’exemple d’une fidélité parfaite au sein de la sanglante épreuve. Il exerça ses fonctions jusqu’en 1820.

Le nouveau séminaire de Dijon fut donc la continuation, dans un local différent et à l’ombre de la nouvelle cathédrale, de l’établissement commencé vers 1660 par Jean-Baptiste Gonthier, chanoine et prévôt de la Sainte-Chapelle, vicaire général de l’évêque de Langres. La direction de cet établissement avait passé, vers 1680, aux prêtres de l’Oratoire, dont la maison (ancienne dépendance du Val-des-Choux) était voisine du séminaire, situé sur la place Saint-Jean, à l’angle nord de la rue Piron. Aux oratoriens avaient succédé, sous Volfius, des prêtres constitutionnels. L’extinction du schisme ramenait des prêtres fidèles, membres du clergé diocésain, à la tête des jeunes recrues du sacerdoce.

Démolitions et constructions. — Le séminaire, l’évêché, la cathédrale furent entre les mains des ouvriers, pendant toute la durée de l’épiscopat de Mgr Reymond.

Au séminaire — c’est le nom que nous donnerons désormais à l’ancienne maison conventuelle des Bénédictins — on démolit le bâtiment du réfectoire, que l’abbé Frégose avait restauré, et dont les religieux de Saint-Maur avaient fait un pressoir. Le lRr septembre 1803, délivrance en fut faite à un acquéreur pour 600 francs, à charge de le démolir dans le délai de deux mois. Ainsi tomba ce vieil et curieux édifice, dont, probablement, on eût pu tirer parti pour une chapelle.

Le cellier avait disparu depuis quelques années, et il en était résulté un certain assainissenjent pour l’église, trop rapprochée de son extrémité sud.

Quant au bâtiment neuf, élevé en 1768, on l’aménagea pour en former le palais épiscopal. Il ne fut prêt qu’en 1810, époque à laquelle Mgr Reymond, quittant l’abbatiale, vint s’y installer.

Une regrettable adjonction au nouvel évêché consista dans « le bâtiment des remises, écuries et bûcher, construit au fond de la cour d’entrée, sur 30 mètres de longueur et 8 mètres de largeur, composé d’un rez-de-chaussée avec grenier au-dessus. » Il s’éleva sur l’emplacement même de la rotonde.

A l’église, en outre des réparations d’entretien,

s’accomplirent quelques travaux particuliers. Un orage, en 1806, tordit la flèche et l’endommagea. Le remède possible fut apporté. Désirant réparer le grand portail, en 1813, on encastra au sommet du tympan un bas-relief qui provenait de l’ancienne cathédrale et qui représente le martyre de saint Etienne. Ce morceau de sculpture a été attribué à Bouchardon. Mais il ressort peu, vu l’élévation qu’on lui a donnée. Le gothique qu’on a essayé d’exécuter accuse une lourde impéritie, contre laquelle s’est élevé A. Antoine, au moment même des travaux, et qui a dicté cette note à Louis-Bénigne Baudot :

« On ne pouvait faire une construction plus déraisonnable. »

Le petit séminaire de Flavigny. — Préoccupés du recrutement et de l’éducation du clergé, Mgr Reymond et ses collaborateurs préparèrent le rétablissement du petit séminaire.

En 1685, Dieu avait inspiré à un prêtre plein de zèle, le Vénérable Bénigne Joly, chanoine de Saint-Étienne, l’idée de fonder un petit séminaire à Dijon. Abrités dans une partie des bâtiments de la collégiale, les élèves étaient conduits aux cours du collège des Godrans. Sous la direction d’un prêtre aussi saint que l’était Bénigne Joly, cette maison s’acquit promptement une excellente renommée, et des évêques bourguignons, Mgr Thiard de Bissy, évêque de Toul, Mgr Legoux de la Berclière, évêque d’Albi, envoyèrent des jeunes gens se former aux vertus cléricales, dans le petit séminaire de Saint-Étienne de Dijon.

A la mort du fondateur, en 1694, son ami et son parent, l’abbé le Compasseur, vint prendre sa place et, grâce au zèle du pieux chanoine et de ses successeurs, grâce à la protection de l’abbé Fyot, puis ensuite des deux premiers évêques de Dijon, Jean et Claude Bouhier, l’œuvre subsista jusqu’en 1766. Supprimé alors, à raison de sa dotation insuffisante, par Mgr d’Apchon, cet établissement reprit existence un peu plus tard, eut à sa tête, en 1788, le chanoine Blachère, de la Sainte-Chapelle, et disparut à la Révolution.

Il ne fut pas possible à Mgr Reymond d’avoir un petit séminaire dans sa ville épiscopale. Mais, à Flavigny, une maison qui avait appartenu autrefois aux évêques d’Autun et dont la partie principale est englobée dans le couvent des Dominicains, lui offrit un local convenable

pour ses desseins. Le 4 novembre 1818, le petit séminaire de Dijon y fut installé, sous la direction de l’abbé Alexis Sebillotte, précédemment curé de Magnv-la-Ville. Ce prêtre zélé emmena avec lui à Flavigny douze élèves, composant une école presbytérale , qu’il avait fondée dans sa paroisse.

Célébration de la fête de saint Bénigne. — Le concordat de 1801, réglant pour toute la France le nombre des fêtes obligatoires, n’en avait maintenu que quatre : Noël, l’Ascension, l'Assomption et la Toussaint. Dès lors cessa d’être chômée à Dijon la fête du 24 novembre, rendue obligatoire, dans cette ville, en 1703, par l’évêque de Langres, et conservée comme telle par Jean et Claude Bouhier, voire par Mgr d’Apchon, lorsque, le 4 décembre 1761, il réduisit le nombre des fêtes d’obligation.

Mgr Reymond, de lui-même ou sur l’avis de quelqu’un de ses prêtres, se souvint qu’un patronage appartenait au titulaire de l’église où se trouvait son siège épiscopal. En 1805, le cardinal Caprara, appelé à régler ce point liturgique, déclara saint Bénigne patron principal du diocèse, et saint Etienne patron secondaire. En conséquence à la rubrique des ordos — Dijon et Langres avaient chacun le leur — qui rappelait que saint Étienne était le patron du diocèse de Dijon, en fut désormais substituée une autre indiquant que le patron était saint Bénigne. L’ordo langrois de 1808 en offre la preuve.

Quelques années plus . tard, dans un mandement, Mgr Reymond prescrivit à tous ses prêtres de célébrer l’office de saint Bénigne le dimanche qui précède l’Avent. Plusieurs d’entre eux, ayant appartenu à différents diocèses, avaient leurs bréviaires particuliers. Afin de procurer l’unité approximative dans la célébration de l’office du patron, l’évêque promit à ceux qui n’avaient pas le bréviaire dijonnais de leur envoyer la légende et l’oraison du saint, et leur ordonna de prendre le reste de l’office au commun d’un martyr. Le 15 mars 1812, parut en effet, à Dijon, chez Bernard-Defay, une feuille intitulée : « Légende et oraison pour l’office de saint Bénigne, patron du diocèse de Dijon, dont la fête doit être célébrée le dimanche qui précède immédiatement ceux de l’Avent. »

Mort de Mgr Reymond. — A la fin de la deuxième année de l’épiscopat de Mgr Reymond,

le 18 mai 1804, l’Empire avait été proclamé. Partisan enthousiaste de Napoléon, le prélat applaudit à cette transformation politique, se réjouit du sacre de l’empereur, accompli le 2 décembre suivant, et s’empressa de prescrire des prières publiques pour le nouveau souverain et des Te Deum à chacune de ses victoires. La première restauration monarchique, d’avril 1814, fut mal accueillie de lui ; le retour de l’empereur en 1815 l’exalta, et il assista, le 1er juin, à la cérémonie du Champ de mai. La seconde restauration qui suivit Waterloo, n’obtint pas davantage ses sympathies. Son attitude le fit appeler à Paris, après la rentrée de Louis XVIII. Il y fut retenu, pendant plus de quinze mois, en surveillance, et ne put regagner son diocèse qu’à la fin de mars 1817. On blâma, à Dijon, la sévérité déployée contre un vieillard presque octogénaire. Les vicaires généraux Collin et Lemaistre avaient suppléé fidèlement le prélat pendant son exil.

Mgr Reymond mourut à l’évêché de Dijon, presque subitement, au milieu delà nuit, et sans avoir pu recevoir les derniers sacrements. Son décès arriva le 20 février 1820.

On porta ses restes au cimetière de la ville, situé près de la place Darcy. Mais, en novembre 1896, ils furent exhumés et déposés dans l’église Saint-Bénigne, vers le milieu du collatéral nord. La pierre tombale qui recouvrait le corps du prélat, a été posée au milieu de l’allée du collatéral ; les ossements sont vis-à-vis, au pied de la muraille. On y a joint les restes de l’abbé Collin, transférés du même cimetière, à la même date.

Cet acte de piété reconnaissante était dû à deux hommes qui, d’esprit différent, mais zélés l’un et l’autre, ont rétabli le diocèse de Dijon et commencé la restauration des œuvres catholiques.

Mü“ Dubois. — Le samedi 5 août 1820 arriva à Dijon Mgr Dubois donné pour successeur à Mgr Reymond les 4 mars (date de l’ordonnance royale) et 3 juin (date de l’institution canonique). Il prit possession du siège épiscopal le 7 août.

Jean-Baptiste Dubois naquit à Argentolles (Haute-Marne) le 26 août 1754. Docteur en Sorbonne, il était vicaire général à Metz, lorsqu’il fut nommé à l’évêché de Dijon. Son sacre eut lieu à Paris. Prélat plein d’initiative pour le bien de son diocèse, mais d’une santé qui commençait à défaillir sous le poids de soixante-six années, il n’eut pas le temps d’accomplir les

sages projets qu’il avait formés. La mort le frappa à Paris, le 6 janvier 1822, et il fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise.

Deux institutions ont marqué ce court épiscopat. Alors fut fondé le petit séminaire de Plombières. Flavigny parut àMgr Dubois trop éloigné du chef-lieu du diocèse. Le 16 juin 1821, il racheta, pour la somme de 30,000 francs, l’ancien château que les évêques de Dijon possédaient à Plombières avant la Révolution, et qui, auparavant propriété des abbés de Saint-Bénigne, avait été rebâti parPoncetde la Rivière. Le 12 novembre suivant, l’abbé Sebillotte, supérieur de Flavigny, transféré à Plombières, présidait en qualité de supérieur la première rentrée de cet établissement, qui est resté l’unique petit séminaire du diocèse de Dijon.

L’autre institution de Mgr Dubois fut la petite communauté des missionnaires de Saint-Geosmes (Haute-Marne). Désireux de répandre l’instruction religieuse et de ranimer la ferveur chrétienne au sein des campagnes, le prélat forma une maison de prêtres auxiliaires et missionnaires, destinés à exercer leur zèle, dans les deux départements que comprenait son diocèse. Il consacra à cette œuvre une grande activité. Après sa mort, elle ne fut point abandonnée des évêques de Langres, dont le siège fut alors rétabli ; elle était même assez florissante, lorsque la révolution de 1830 vint l’anéantir.

Mgr Dubois commença la publication des livres liturgiques, qui devaient procurer l’unité dans la célébration des offices et dans l’administration des sacrements. Mais il suivit, selon l’usage de l’époque, les livres du rit parisien. En 1821 parut sous son nom une réédition du bréviaire de Mgr d’Apchon.

Fin édifiante de Volfius. — L’abbé Collin eut avec Volfius des relations assez assidues, qui ramenèrent l’ancien évêque constitutionnel à d’excellents sentiments. Celui-ci, en 1816, formula une rétractation solennelle, qui fut imprimée dans le Journal de la Côte-d’Or, et il adressa au pape une lettre de soumission, qu’il fit également publier. Plus tard encore, lecture de la rétractation fut donnée dans la chaire de la cathédrale ; on annonça aux fidèles que Jean-Baptiste Volfius était réconcilié avec l’Eglise, et que l’exercice des fonctions sacerdotales lui était rendu, exception faite des fonctions pontificales, et avec interdiction des insignes de l’épiscopat.

Par humilité, Volfius s’abstint de remonter à l’autel. On le vit donc continuer, jusqu’à sa mort, d’assister aux offices, siégeant parmi les laïques au banc d’œuvre.

Il mourut, d’une manière très édifiante, le 8 février 1822, âgé de quatre-vingt-sept ans et dix mois, et fut inhumé au cimetière de la place Darcy.

Le curé Riambourg. — Sur la fin de l’année 1815, Nicolas Girarde quitta la cure de Saint- Bénigne, et partit en Amérique. Il eut pour successeur, en 1816, Bernard Riambourg, oncle du président de chambre Riambourg, magistrat non moins connu à cause de sa piété qu’à raison de sa charge.

Né le 23 octobre 1747, Bernard Riambourg appartient à une famille originaire de Vitfceaux. Il était vicaire à Notre-Dame de Dijon, depuis l’année 1772, lorsque survint la Révolution. Rien n’ébranla sa foi ni son courage. Il fut incarcéré au séminaire. Après le concordat, il fut d’abord curé de Montigny-sur-Aube, ensuite de Vitteaux, d’où il passa à Saint-Bénigne. C’est dans ce dernier poste qu’il acheva sa vie. Il mourut nonagénaire, le 12 septembre 1838, après avoir vu cinq évêques se succéder à Dijon. Ses restes ont été transférés du cimetière de la place Darcy dans le nouveau cimetière des Péjoces.

Prêtre instruit, spirituel, bon, très charitable, simple dans ses rapports avec les fidèles, au point de se complaire à parler le patois avec les gens du peuple, M. Riambourg a laissé dans sa paroisse et dans toute la ville un excellent souvenir.

Sa dévotion pour saint Bénigne lui inspira le dessein d’élever une chapelle en l’honneur du martyr à la cathédrale. Les absides des collatéraux étaient alors dédiées au Saint-Sacrement et à la sainte Vierge. C’est pourquoi, en 1821, il fit tendre un mur entre les deux contreforts du pignon du midi et créa ainsi — au désavantage de l’édifice — un petit bâtiment annexe, destiné à la chapelle projetée. L’ancienne porte latérale, qui s’ouvrait dans ce pignon, et qui avait été fermée en 1792, fut rouverte alors pour mettre en communication l’église et le bâtiment neuf.

Mais la chapelle ainsi érigée devint bientôt une sacristie, et quand, au bout de cinquante années, on put lui rendre sa destination première, on ne tint plus compte du vocable primitif, on la dédia au Sacré-Cœur.

Mc" de Boisville. — En 1817, un concordat entre Pie VII et Louis XVIII amena une nouvelle circonscription des diocèses. Le premier travail élaboré à ce sujet donna lieu à des difficultés ; la plupart des évêques nommés alors ne purent prendre possession de leurs sièges. Mais un second travail, terminé le 31 octobre 1822, reçut son exécution. Dans ces circonstances, le siège épiscopal de Langres fut rétabli, les évêques de Dijon n’eurent plus à administrer désormais que les paroisses de la Côte-d’Or, et à la date indiquée, octobre 1822, les églises de Dijon et de Langres avaient cessé d’être suffragantes de Besançon, et se trouvaient rattachées à Lyon, leur ancienne métropole.

A la suite immédiate du concordat de 1817, Jean-François Martin de Boisville, né à Rouen le 12 janvier 1755, ancien vicaire général de Bayeux et de Rouen, fut désigné pour l’évêché de Blois. Mais les difficultés, promptement survenues, empêchèrent l’effet de cette nomination. Une ordonnance royale de janvier 1822 donna à l’abbé de Boisville le siège de Dijon. Institué canoniquement le 19 avril 1822, sacré le 11 août à Sainte-Geneviève de Paris, Mgr de Boisville fut installé à Saint-Bénigne le 8 septembre.

L’évêché de Langres venant d’être rétabli, ce prélat n’en fut point titulaire, mais seulement administrateur, jusqu’en 1823, époque à laquelle le siège fut pourvu.

A peine arrivé dans le diocèse, Mgr de Boisville acheva la publication des livres liturgiques, commencée par son prédécesseur. Le rituel parut en 1822, et le missel, l’année suivante. Le missel fut la réédition de celui de Mgr d’Apchon ; le rituel, la réédition de celui de Langres publié en 1679. Ce second livre n’était ni romain, ni parisien, mais langrois.

Pontife pieux, instruit, voué aux bonnes œuvres, Mgr de Boisville contribua à la prospérité des deux séminaires et les dota chacun d’une chapelle. Il rétablit à ses frais le monastère de la Visitation de Dijon, dans l’ancien couvent des Carmes, et il orna le chœur des religieuses de stalles qui provenaient des Chartreux et avaient été rapportées à Saint-Bénigne. Il fonda également la congrégation diocésaine des sœurs de la Providence, installées d’abord à Flavignv, avec l’abbé Denys Dard pour supérieur, le 3 février 1824. Deux vaillants auxiliaires le secondèrent dans son administration et dans ses œuvres, l’abbé Collin, toujours maintenu

comme grand vicaire, et son collègue l’abbé de Tournefort, né à Villes (Vaucluse), vicaire général à Metz avec Mgr Dubois et amené par lui à Dijon en 1820. L’abbé Prosper de Tournefort devint évêque de Limoges en 1825. Son successeur, à Dijon, dans le grand-vicariat fut l’abbé Philibert-Augustin Lacoste, fils d’un avocat célèbre, et ancien oratorien.

Décédé à Dijon, le 27 mai 1829, Mgr de Boisville fut provisoirement déposé dans la chapelle du cimetière de la place Darcy, puis inhumé à Saint-Bénigne, dans un caveau que l’on construisit au milieu du chœur (ancien sanctuaire de l’église abbatiale).

La mission de 1824. — Sous l’épiscopat de Mgr de Boisville, en 1824, conformément à ce qui eut lieu vers le même temps dans la plupart des villes du royaume, les Missionnaires de France vinrent, au nombre de douze, prêcher à Dijon. A leur tête était le supérieur de la congrégation, l’abbé Rauzan. La mission dura depuis le mercredi des Cendres, 3 mars, jusqu’au dimanche de Quasi moclo, 25 avril. Elle fut très suivie, principalement par les hommes. Les missionnaires furent distribués dans les trois églises, Saint-Bénigne, Notre-Dame et Saint-Michel. La retraite générale des hommes se donna à Saint-Bénigne.

A la fin de la station, une croix de mission, de proportions monumentales, fut érigée à l’entrée nord-ouest de la ville, dans l’emplacement du square de la place Darcy. Plus de 10,000 francs de souscription couvrirent les frais nécessaires.

Ce fut le vendredi 23 avril, à l’heure des vêpres, que l’on conduisit solennellement la croix au lieu qui avait été préparé. Elle fut portée, à travers la ville, de station en station, par des groupes de cent cinquante hommes chacun. La procession, composée de toutes les autorités, des habitants de la ville et d’une foule immense accourue du sein de la campagne, dura cinq heures.

Un reproche qu’on a fait à ces missions est d’avoir trop servi la politique. Alors, en effet, l’habitude n’était point prise par le clergé de ne s’inféoder à aucun régime gouvernemental. Mgr Reymond avait fait chanter dans les églises des cantiques en faveur de Bonaparte ; les évêques, sous la Restauration, en firent chanter en faveur des Bourbons. L’union des deux pouvoirs, spirituel et temporel, est dans l’ordre des choses ; mais il y a des époques, particulièrement difficiles, où l’exception doit être suivie au lieu de la règle. Ce

principe aurait spécialement dû être observé à la Restauration, afin de ne pas faire rejaillir sur la religion et ses représentants l’impopularité dont la monarchie était atteinte.

La révolution de 1830 a fait transporter à Saint- Bénigne la croix de mission de 1824. On se souvint alors que cette croix occupait la même place qu’une autre arborée en 1737 et renversée par la révolution de 1789. On crut d’autant plus nécessaire de la retirer qu’elle était considérée comme un monument politique autant que religieux. Elle ne fut pas immédiatement placée à l’église, mais déposée dans la cour du séminaire où — incroyable distraction des hommes ! — elle resta couchée par terre, à l’extrémité d’un jeu de quilles, le pied de l’arbre arrêtant les boules lancées par les séminaristes. Ce n’est qu’au printemps de 1836 qu’elle fut placée à l’église, dans le bras septentrional du transsept, adossée au mur, telle qu’on la voit encore. Un autel privilégié fut érigé à sa base, mais il a disparu. Mgr Rev, alors évêque de Dijon, bénit solennellement l’ancienne croix de mission rétablie, le 3 mai 1836, jour de l’Invention de la sainte Croix. L’initiative de cette mesure réparatrice revenait à M. l’abbé Renault, l’un des vicaires généraux du moment.

Pieux souvenir, mais non œuvre d’art, la croix de 1824 demanderait, pour produire tout son effet religieux , l’encadrement d’une peinture murale, dans le genre de celle qu’on voit à No tre- Dame de Dijon, et de dimensions plus larges. Trop rarement, les choses replacées ou restituées offrent un ensemble complet. A Notre-Dame, la peinture représentant le Calvaire est restaurée, mais la pièce principale du tableau, le crucifix en relief que cette peinture accompagnait, est absente. A Saint-Bénigne, on a un christ colossal, que les siècles passés eussent entouré de tous les détails de la crucifixion, mais ce cadre lui manquera toujours.

Mgr Raillon. — Le samedi, 30 janvier 1830, toutes les autorités de Dijon et un grand concours de fidèles étaient rassemblés à Saint- Bénigne, avec le clergé, pour recevoir Msr Raillon.

Jacques Raillon naquit à Bourgoin (Isère) le 17 juillet 1762. Devenu curé de Montaigu, en Poitou, il quitta sa paroisse en 1791 pour venir habiter Paris avec son évêque, Mgr de Mercy, qu’il suivit dans toutes ses étapes sur le chemin de l’exil. Rentré en France en 1802, il fit l’éduca¬

tion du fils du conseiller d’État Portalis, devint chanoine de Notre-Dame de Paris, professeur d’éloquence sacrée à la faculté de théologie de cette ville, et fut nommé, le 22 octobre 1810, à l’évêché d’Orléans, mais Pie VII, captif, refusait l’investiture aux évêques nommés par l’empereur : l’abbé Raillon ne put qu’obtenir, du chapitre d’Orléans, le titre d’administrateur capitulaire du diocèse, le siège vacant. Après six années passées dans cette situation d’attente, en juillet 1814, le gouvernement l’ayant invité à s’abstenir de tout acte de juridiction, il revint à Paris et vécut dans la retraite. Charles X le nomma évêque de Dijon, par ordonnance du 7 juin 1829 ; Pie VIII lui envoya ses bulles, datées du 28 septembre, et il fut sacré le 15 novembre, dans la chapelle du séminaire Saint- Sulpice, par Mgr Frayssinous.

Dijon posséda peu de temps ce pontife septuagénaire, souvent alité à raison de sa santé affaiblie, homme distingué, laborieux, qui a laissé des écrits, « dont la parole suave et cadencée avait un charme inimitable, » et qui impressionnait par sa figure maigre, ses traits allongés, ses cheveux blancs et lisses. Transféré à l’archevêché d’Aix au commencement de l’année 1832, il mourut à Hyères le 13 février 1835, et fut inhumé dans son église métropolitaine.

Le premier mandement de Mgr Raillon contient un hommage à la mémoire de MgT de Mérinville, décédé au château de Versailles chanoine de Saint-Denis, le 11 novembre 1829, après avoir légué son héritage aux séminaires de Dijon. « Il survient au séminaire de Dijon une ressource imprévue, dit dans ce mandement Mgr Raillon. Hélas ! pourquoi faut-il qu’elle soit arrosée de nos larmes, et qu’elle se rattache à la perte d’un ami invariable dans ses sentiments pour nous, depuis près de trente années que duraient mes liaisons avec lui ? Le vénérable Mgr de Mérinville, qui, en des temps difficiles, gouverna l’église de Dijon avec tant de sagesse et de succès, vient de terminer, à l’âge de quatrevingt-huit ans, une vie constamment marquée par la pratique de toutes les vertus qui honorent l’homme, le chrétien et l’évêque. Il est mort, comme il a vécu, plein du souvenir de cette église qui lui fut chère, et où il fut lui-même chéri et révéré de tous les gens de bien. Le séminaire de Dijon est son héritier. » Il faut entendre, non seulement le grand séminaire, mais encore le petit, pour les débuts duquel Mgr de Mérin-

ville avait, en 1821, prêté 20,000 francs, pleinement cédés par son testament.

Msr Rey. — Dans le consistoire du 24 février 1832, Grégoire XVI préconisa Msr Raillon archevêque d’Aix, et Mgr Rey évêque de Dijon.

Claude Rey, né à Aix-en-Provence le 27 novembre 1773, fit ses études de théologie au séminaire de Saint-Sulpice, et devint chanoine d’Aix en 1816. A la mort de Mgr de Richery, archevêque de cette ville, il fut élu vicaire capitulaire, le 24 novembre 1830. Il exerça les fonctions de cette charge jusqu’au jour de sa préconisation et se disposa ensuite à aller occuper le siège de Dijon, que M"1' Raillon quittait pour celui d’Aix.

L’abbé Rey eut la mauvaise fortune d’être le premier évêque nommé (9 juillet 1831) par Louis- Philippe, que la révolution de juillet venait de proclamer « roi des Français » (9 août 1830), et que le haut clergé considérait comme souverain illégitime. Ce fut, avec un discrédit jeté sur sa personne, la première source des difficultés qui attendaient le nouvel évêque de Dijon. Le 7 septembre 1832, un de ses amis, l’abbé Icard, chanoinehonoraire d’Ajaccio, prit en son nom possession du siège épiscopal. Mais tous les prélats français refusèrent de consacrer l’abbé Rey. Le pape dut l’autoriser, par bref spécial, à se faire sacrer par un seul évêque, assisté de deux dignitaires ecclésiastiques. La cérémonie s’accomplit, le 23 septembre 1832, dans l’église métropolitaine d’Avignon, et le prélat consécrateur fut Mgr Antonio de la Passada, ancien évêque de Carthagène et de Murcie.

Ce malencontreux début mit en défiance le clergé dijonnais.

Voyant l’opposition se manifester, instruit même, par une indiscrète démarche, du nom des opposants, Mgr Rey s’alarma d’une façon excessive, et en vint à ne plus compter assez sur Dieu, ni — il faut le dire — sur ses qualités réelles qui eussent suffi, avec plus de modération et de jugement, à faire tomber peu à peu les préventions. Dans son trouble, et dans l’égarement où le jetèrent de dangereux confidents, le prélat prit des mesures blessantes, s’entoura d’un cortège d’étrangers, éloigna de sa personne et du diocèse des prêtres très méritants, donna sa 1 faveur à tous ceux qui l’agréèrent, sans s’apercevoir que plusieurs d’entre eux s’en rendaient indignes par leur vie privée. La guerre s’alluma, et ne s’éteignit que par la démission de l’évêque.

Mgr Rey prit possession delà cathédrale Saint- Bénigne le 8 novembre 1832. Le 8 mai 1838, il publia une lettre pastorale faisant connaître sa démission, informa officiellement le chapitre de l’accomplissement de cet acte, et le 21 du même mois il quitta Dijon. Il devint chanoine de Saint- Denis, et mourut à Aix en 1858.

A son arrivée dans le diocèse, M"1 Rey avait trouvé parmi les vicaires capitulaires MM. Morlot, du Val d’Essertenne et Roux.

L’abbé François-Nicolas-Magdeleine Morlot, né à Langres le 28 décembre 1795, fut d’abord vicaire à Saint-Bénigne (1820-1830), et devint grand vicaire en 1830, sous Mgr Raillon. Ce prélat ne trouva plus en effet l’abbé Collin, mort quelques jours avant qu’il arrivât. L’abbé Morlot, qui était le futur cardinal archevêque de Paris, ne fut pas maintenu dans l’administration par Mgr Rey, et reçut alors une stalle de chanoine titulaire. Son remplaçant fut M. Bonnet, qui venait d’Avignon.

M. Roux, ancien collègue de l’abbé Morlot sous Mgr Raillon, conserva son titre de vicaire général, pendant la majeure partie de l’épiscopat de Msr Rey. Lorsqu’il cessa ses fonctions, c’était la période aiguë des difficultés, et l’on vit alors comme grands vicaires MM. 'Tliomassin et Renault, puis MM. Vêtu et de Chalonge.

Quant à M. du Val d’Essertenne, il était chanoine titulaire depuis le rétablissement du chapitre, et avait déjà possédé cette dignité à Saint-Etienne, avant la Révolution. Il était né, le 9 novembre 1755, à Essertenne (Haute-Saône), alors du diocèse de Dijon. Il mourut à l’âge de quatre-vingt-douze ans, le 21 août 1847. Plusieurs fois ses collègues l’ont élu vicaire capitulaire. La fonction de grand chantre a été remplie par lui à la cathédrale, durant de longues années. Le vénérable chanoine est resté, dans les souvenirs du clergé et des paroissiens de Saint- Bénigne, le type de ce dignitaire, maintenant disparu. Longtemps on rappela sa belle voix, son extérieur grave, sa démarche imposante quand, dans les cérémonies, il s’avançait, le bâton cantoral à la main. Cet insigne est conservé à la sacristie de Saint-Bénigne. Il provient de l’ancienne cathédrale, et porte, au sommet, une statuette représentant saint Étienne.

Réparations exécutées a Saint-Bénigne, perte de plusieurs ornements. — Pendant la période qui s’étend de 1820 à 1838,* d’importantes

réparations furent exécutées à l’église Saint- Bénigne.

En juillet 1821, les contreforts du côté septentrional, depuis la tour jusqu’au transsept, commencèrent à être repris puis élargis. Au cours des travaux, un léger mouvement sembla se produire dans l’édifice et causa une panique considérable. Mgr Dubois dut calmer les craintes, en faisant annoncer au prône, le 19 août, qu’il avait fait examiner les voûtes, et qu’il n’existait aucun danger.

Les réparations de 1821 étaient la conséquence d’une visite faite, dès le mois d’octobre 1819, par l’inspecteur général Gisors, qui avait adressé son rapport au ministre de l’intérieur, et qui, à Dijon, dans l’hôtel où il était descendu, n’avait pas hésité à dire : « Il faut détruire votre église et cette flèche gigantesque qui n’a pas peu contribué à son mauvais état. »

L’inspecteur général qui lui succéda disait à son tour, le 20 février 1827 : « Cette église a coûté environ 80,000 francs en réparations depuis trente ans, pour être en plus mauvais état qu’avant qu’on y ait mis la première main. »

Bientôt, enfin, sous la direction deM. Macquet, architecte des travaux publics, tout le mur latéral du côté nord, y compris les piliers, à l’intérieur, et les contreforts, à l’extérieur, fut rebâti ou rechaussé. En 1830-1833, le pignon septentrional du transsept fut l’objet d’une semblable réparation. Alors le grand vitrail fut démonté, puis rétabli, sauf la découpure des meneaux et des roses que l’on modela sur la fenêtre parallèle du pignon du midi. Le devis parle de « colonnes » et de « rinceaux » qui furent changés dans le vitrail. C’étaient sans doute quelques restes d’une restauration du seizième ou du dix-septième siècle, conservés sous l’armature en fer qu’avait fait mettre l’abbé de Castille, et sous les briques qui recouvrirent le tout plus tard (voir en tête du volume le dessin emprunté au Monasticon).

Vers le milieu du mur, au-dessous du triforium, s’ouvraient trois fenêtres. Le plan de restauration les élimina, soit pour donner plus de solidité à l’édifice, soit pour suivre la symétrie, car les fenêtres qui se trouvaient vis-à-vis, au pignon méridional, avaient été condamnées en 1792. La raison de cette première suppression tenait à ce que ces fenêtres du midi, au nombre de deux seulement, étaient percées d’une façon irrégulière et laissaient, dans le mur, un large plein du côté du levant. Peut-être ce plein avait-il

été ménagé, au treizième-quatorzième siècle, dans l’intention de développer l’édifice au dehors en élevant, contre cet angle du pignon, une tour propre à recevoir des cloches, qui eussent été plus à portée des religieux, selon la disposition qui existait dans l’église romane.

Des remaniements intérieurs, des déménagements accompagnèrent les réparations exécutées.

Un devis de 1833, signé Saint-Père, est relatif à «la restauration des boiseries du sanctuaire et à l’établissement des sièges de M. l’évêque et de ses grands vicaires. » Le caveau creusé au milieu du sanctuaire, pour la sépulture de Mgr de Boisville avait nui à la solidité des stalles; il fallut les remettre d’aplomb; on voulut aussi procurer une distinction mieux marquée entre le siège de l’évêque et ceux de ses assistants.

Dans cette même période de réparations, plusieurs pièces du mobilier apporté jadis à la cathédrale en furent retirées. Dès 1719, M. Morelet, maire de Dijon, s’occupa d’acquérir, pour le musée de la ville, un des triptyques provenant de la Chartreuse. Il n’eut pas beaucoup de peine, en effet, à le sortir de l’église Saint-Bénigne. L’autre y resta jusqu’en 1827, et Mgr de Boisville en fit alors la cession, moyennant quelques tableaux qui furent placés au palais épiscopal et au petit séminaire. C’est vers cette époque, sans, doute, que deux tombeaux dont nous avons parlé et qu’on appelait vulgairement « les Femmes mourantes », œuvres de Jean Dubois, passèrent de l’église dans la cour du séminaire, avant d’être recueillis au musée archéologique, où un seul s’est conservé.

Mgr de Boisville, facile à l’abandon des objets d’art, laissa également transporter au musée de la ville des bas-reliefs d’Attiret, représentant les quatre saisons, et qui avaient été exécutés pour la maison épiscopale de Plombières, probablement au temps de Mgl' de Vogué. L’évêché possédait encore un bas-relief en plâtre, de Boichot, ayant pour sujet le Triomphe de la Tempérance sur la Gourmandise. Il provenait d’une salle à manger de la maison conventuelle de Saint- Bénigne, différente du réfectoire des religieux. M. Louis-Bénigne Baudot signale ce morceau dans ses Notes. Mgr de Boisville le donna au musée.

Un retable en bois, représentant le Calvaire, se trouvait aussi à Saint-Bénigne. Il en sortit, pour être transporté à la chapelle du cimetière, d’où il est revenu à l’évêché.

MGI1 Rivet. — Après les épreuves de l’épiscopat de Mgr Rey, Dieu ménagea au diocèse de Dijon un prélat qui devait apaiser promptement l’animosité du clergé, s’attacher profondément à son église, y accomplir toute sa carrière épiscopale de quarante-six années, refuser quatre archevêchés, et rester dans l’histoire le type des évêques de Dijon au dix-neuvième siècle.

Ce prélat fut Mgr Rivet, précédemment curé de Notre-Dame de Versailles, nommé par ordonnance du 10 mai 1838, canoniquement institué par Grégoire XVI le 13 septembre, sacré à Versailles le 21 octobre, installé à Saint-Bénigne le 30 octobre, inhumé dans cette même église le 17 juillet 1884.

François-Victor Rivet naquit à Saint-Germainen-Laye, le 1er juin 1796. Sa famille ne dépassait pas les rangs de la petite bourgeoisie. Il fit ses études théologiques au séminaire de Versailles, professa les lettres dans deux institutions, entra ensuite dans le ministère paroissial, et était curé de Notre-Dame de Versailles, lorsque lui fut confié le gouvernement de l’église de Dijon.

Des notes de retraite, écrites de la main de Mgr Rivet, à la veille de son sacre, sont restées dans un volume de sa bibliothèque léguée au petit séminaire, et de la sorte parvenues jusqu’à nous. Elles révèlent d’une façon touchante la foi et l’humilité du prélat. Examinant son passé sacerdotal, il le trouve incomplet. Maintes fois il a pris son élan vers la sainteté que réclame son état, et l’essor ne s’est pas soutenu suivant l’idéal qu’il avait ambitionné. Dieu, toutefois, ne l’a point abandonné. Sa conscience lui dit que rien de grave n’a souillé la tunique dont l’a revêtu l’ordination sainte. Maintenant qu’il devient évêque, il se fait de la sainteté constante et parfaite, sans alternative ni déclin, une loi. Mgr Rivet a tenu parole. Il fut, dans sa vie publique et privée, un saint évêque.

En parcourant ces notes de retraite, on aimerait à rencontrer, à la suite du programme de la sainteté individuelle, celui du zèle épiscopal. Cette page ne se trouve pas, soit qu’elle ait fait partie d’un autre cahier, soit plutôt qu’elle n’ait pas été rédigée.

L’ardeur d’où naissent les entreprises ne fut pas, en effet, le trait caractéristique de Mgr Rivet. Il fut homme de règle plus que d’initiative. Son extrême prudence modéra trop son activité, et c’est ce qui l’a empêché d’être une des grandes

figures de l’église de France en son siècle. Les œuvres écloses pendant son fécond épiscopat furent dirigées par sa main, mais non fondées par son génie personnel. Les hommes de son clergé, les hommes du monde dévoués aux œuvres catholiques, qui se sentaient une étincelle et la laissaient un peu briller, inquiétaient MBr Rivet : il craignait toujours que la prudence n’égalât point le zèle. Mais cette timidité se cachait sous des dehors si séduisants et si complets : un œil vif, des traits fermes, une belle couronne de cheveux blancs, une voix sonore, une dignité princière, des manières où la grâce s’alliait à l‘a grandeur. D’autre part, si cette âme était un peu timide, elle était si sacerdotale, si droite, si bonne, si compatissante. Un tel homme était fait pour exercer un heureux ascendant, et il l’exerça. Ceux mêmes que Mgl' Rivet ne pouvait pleinement satisfaire, parce qu’ils étaient d’une nature plus ardente , parce qu’aussi Mgr Rivet, nécessairement de l’école de Mgr Frayssinous, garda toujours une nuance de gallicanisme, ceux-là le vénéraient et ne se défendaient point d’une certaine attache pour sa personne.

Partout il fut évêque. « En société, à table même, a dit fort justement M. Théophile Foisset, Mgr Rivet ne laissait échapper aucune occasion de parler de Dieu à tous, aux incroyants comme aux fidèles, mais avec tact, avec mesure, sans affectation. »

Son ascendant a été ressenti par de hautes intelligences. M. Cousin, qui vit Mg,‘ Rivet aux eaux d’Évian, l’aima tout de suite : une correspondance intime s’établit entre l’évêque et le philosophe, et celui-ci reçut bientôt de T ami fortuitement rencontré une invitation pressante de revenir à la foi catholique. Malheureusement l’amitié, les conseils, les raisonnements, les prières, la grâce de Dieu elle-même ne suffisent pas toujours à retourner une âme, et M. Cousin ne revint pas à ce qu’il appelait la foi de sa mère et qui était purement et simplement la foi.

Parmi les événements, les institutions, les œuvres qui ont marqué l’épiscopat de Mgr Rivet, nous ne pouvons rappeler en détail que ce qui a rapport à quelqu’un des trois sillons particulièrement suivis dans ce volume : l’histoire de saint Bénigne et de son culte, celle du monument élevé en l’honneur du martyr, celle de la vie religieuse et delà vie catholique dont l’église Saint-Bénigne a été le foyer. Voici toutefois un sommaire de

tous les faits les plus saillants accomplis sous l’administration du vénéré prélat : découverte et restauration de la crypte de Saint-Bénigne, construction de la sacristie , commencement d’une restauration générale de l’église; rétablissement du culte à Saint-Jean; construction des églises Saint-Pierre et Sainte-Chantal ; reconstruction du grand séminaire, agrandissement du petit séminaire; érection de la statue de saint Bernard à Dijon; restauration du sanctuaire natal de saint Bernard à Fontaines, translation des reliques du saint dans ce sanctuaire, établissement au même lieu des missionnaires diocésains; création du noviciat des Dominicains à Flavigny, établissement à Dijon des Jésuites et des Dominicains ; introduction de messieurs de Saint-Sulpice au grand séminaire; translation des sœurs de la Providence de Flavigny à Yitteaux, et développement de cet institut ; fondation à Dijon de nombreuses communautés de femmes : Carmélites, sœurs de Bon-Secours, Petites-Sœurs des pauvres, etc.; publication des statuts du diocèse, institution des conférences ecclésiastiques ; adoption de la liturgie romaine, rédaction du propre ; institution des conférences de Saint-Vincent de Paul ; réinstallation de la maîtrise de Saint-Bénigne; introduction des procès de canonisation delà vénérable Marguerite de Saint- Sacrement et du vénérable Bénigne Joly.

Les œuvres auxquelles Mgr Rivet prit une part plus directe sont celles des séminaires.

Depuis l’oratorien Antoine, qui cessa de diriger le grand séminaire en 1820, cet établissement eut pour supérieurs l’abbé Pignard (1821-1822) ; M. Poinsel (1822-1829), homme de science autant que de vertu, mais d’humeur instable; M. Roux (1830-1838); de nouveau M. Poinsel (1839-1842); M. Bauzon (1842-1868), prêtre d’une mentalité simple, mais d’une haute piété, d’une remarquable ferveur sacerdotale, qui opéra un grand bien parmi le clergé; M. Thibault (1868-1898), prêtre de Saint-Sulpice, d’une spiritualité savante et communicative; M. Grandjean, de Saint- Sulpice, successeur de M. Thibault. Dans le nombre des directeurs qui précédèrent messieurs de Saint-Sulpice, on compte M. Bougaud, décédé évêque de Laval; M. Sonnois, devenu archevêque de Cambrai; M. Carra, décédé prélat romain, recteur des Facultés catholiques de Lyon.

Mgr Rivet rappela au grand séminaire M. Bau¬

zon, directeur, qui en avait été éloigné sous Mgr Rey, et ménagea aussi le retour deM. Poinsel, qui, dès 1829, avait accepté les fonctions de grand vicaire à Limoges.

Au petit séminaire le digne et prudent évêque réinstalla également le supérieur plein de mérite que son prédécesseur en avait écarté, M. Sylvestre Foisset.

Le vendredi de la Compassion, 7 avril 1843, Mgr Rivet a dédié solennellement le diocèse de Dijon au Sacré-Cœur de Jésus, par un acte de consécration qui se renouvelle chaque année, en la même fête, dans toutes les églises et chapelles. Deux tables de marbre noir, sur lesquelles est gravé l’acte de consécration, sont placées à Saint- Bénigne , de chaque côté de la Croix de mission.

Pendant l’été de 1883, Mgr Rivet portait vigoureusement encore le poids de ses quatre-vingthuit ans. Avec les livrées de la vieillesse, on voyait sur son visage, derniers reflets de son âme, une majesté tempérée, une bonté plus douce, une intelligence toujours très vive. II suivait exactement son règlement quotidien : le lever à cinq heures, suivi de l’oraison, de la célébration du saint sacrifice de la messe et d’une longue action de grâces ; ensuite le labeur des affaires diocésaines, les audiences accordées tous les jours et presque à toute heure; quelques moments de relâche, passés le plus souvent un livre à la main. L’automne assoupit la sève en cette résistante nature; le printemps parut la réveiller, mais le 10 juin la mort s’annonça. Mer Rivet reçut les derniers sacrements, reprit vie pour un mois, et succomba le 12 juillet 1884.

On célébra les funérailles du vénéré prélat le 17 juillet, et, suivant le vœu qu’il avait exprimé, son corps fut déposé dans la crypte de Saint- Bénigne, déblayée et restaurée, comme on va le dire plus loin. Un monument, sculpté par M. Gasq, et portant l’effigie àgenoux de Mgr Rivet, a été élevé à sa mémoire, dans l’église Saint- Bénigne, à la fin de l’année 1900. Il se trouve vers le milieu du collatéral nord.

Les vicaires généraux de Mgr Rivet furent M. Morlot, nommé évêque d’Orléans en 1839, ensuite archevêque de Tours puis de Paris ; M. Colet, amené dans le diocèse par Mgr Rivet, devenu évêque de Luçon en 1861, mort archevêque de Tours en 1883 ; MM. Thomassin, de la Borde, Lebœuf, Bouzerand, Dard, Joly, tous prêtres du diocèse de Dijon.

M. Moreau, curé de Saint-Bénigne. — Quelques semaines avant l’arrivée de Mgr Rivet était mort M. Riambourg. Le nouvel évêque nomma à la cure de Saint-Bénigne M. l’abbé Charles Moreau, qui desservait alors la paroisse de Quemigny-sur-Seine.

L’abbé Moreau fut installé au mois de février 1839. Il avait trente-trois ans.

Né à Juilly, près de Semur, le 17 janvier 1806, M. Charles Moreau fit ses premières études, sous la direction de l’abbé Sebillotte, au presbytère de Magny-la-Ville et au petit séminaire de Flavigny. Quatre années de vicariat passées à Semur et à Saint-Michel de Dijon firent apprécier les qualités solides dont Dieu l’avait doué. La fermeté, la prudence, la bonté faisaient le fond de cette nature énergique et douce. Sa démarche grave, son pas pesamment cadencé, sa physionomie tranquille et ouverte annonçaient les traits caractéristiques de son âme. En société, sa parole, peu fréquente, jaillissait à propos, judicieuse, pittoresque, incisive, sans jamais blesser. Ses collègues, ses vicaires trouvèrent en lui l’ami sage et dévoué ; ses paroissiens, un guide sûr, souvent consulté ; les pauvres, une libéralité dont abusa parfois l’indélicatesse. D’une initiative mesurée, il se distingua surtout par une persévérance tenace.

M. Moreau, âgé de quatre-vingt-deux ans, démissionna quatre mois avant la complète échéance d’un demi-siècle de pastorat à Saint-Bénigne, et fut nommé chanoine titulaire. Il vécut encore six ans, et mourut le 25 mars 1894. Ses restes ont été transportés dans son pays natal.

Entre les œuvres paroissiales accomplies sous l’administration de M. Moreau, la création des établissements gratuits des Frères des écoles chrétiennes obtint son concours le plus actif.

Culte de saint Bénigne. — M°'r Rivet n’avait pas tardé à s’intéresser particulièrement au culte de saint Bénigne. Le décret du cardinal Caprara, en date du 4 janvier 1805, avait fait publier par Mgr Reymond, dans les ordos, que saint Bénigne était devenu patron principal du diocèse de Dijon, et que saint Étienne n’en était plus que le patron secondaire. Mais, par suite du manque d’unité liturgique, les conséquences pratiques de cette notification n’avaient pas été suffisamment appliquées.

Des lettres de Mgr Rivet, adressées à tous les prêtres du diocèse les 15 novembre et 2 décembre

1839, prescrivirent l’observation régulière du décret de 1805.

Quelques années plus tard, vers 1845, M. Henri Baudot remit au pieux prélat les deux dents de saint Bénigne que son père, en 1792, avait luimême détachées du maxillaire inférieur du martyr. A cette précieuse épave du corps saint, le cardinal Mathieu, archevêque de Besançon, en joignit une autre, longtemps après. Durant l’été de 1857, en effet, l’évêque de Dijon, traversant Pontarlier, vénéra dans l’église de Saint-Bénigne qui existe en cette ville, une relique du saint, qu’on y avait transférée dès le haut moyen âge. Il prit occasion de cette circonstance pour demander un fragment de l’ossement sacré, et l’obtint.

Une monstrance renferme aujourd’hui, à la cathédrale de Dijon, les reliques de saint Bénigne ainsi recouvrées.

Ce fut également en 1857, le 12 janvier, que le chapitre de Saint-Bénigne, pour marquer sa dévotion à l’ apôtre-martyr et pour appliquer dans sa chancellerie le décret de 1805, décida en séance que l’image du saint, telle qu’elle figurait dans les armes de l’abbaye, serait gravée sur le sceau dont il faisait usage, au lieu des emblèmes du martyre de saint Étienne. Toutefois cette décision n’a point été exécutée dans le cours du dixneuvième siècle.

Au moment de la rédaction du propre du diocèse, lorsqu’on revint à la liturgie romaine (1860- 1864), la fête principale (avec octave) de «saint Bénigne, prêtre, apôtre de la Bourgogne et martyr, patron de la cathédrale et du diocèse de Dijon, » resta fixée au dernier dimanche après la Pentecôte. On conserva aussi la fête du 24 novembre, sous ce titre : « Invention du corps de saint Bénigne, apôtre de la Bourgogne, prêtre et martyr. »

Découverte et restauration de la crypte de Saint-Bénigne, construction de la sacristie. — Ce qui contribua le plus à ranimer la dévotion envers saint Bénigne, sur la fin du dixneuvième siècle, ce fut le déblaiement de la crypte.

En 1843 on plaça des paratonnerres sur la cathédrale. Un ouvrier, creusant alors le puits destiné à recevoir le fil conducteur, rencontra les voûtes de l’aile méridionale du transsept de la crypte. La Commission des Antiquités de la Côte-d'Or, instruite du fait, vint reconnaître l’ob-

jet de la découverte, fit pratiquer des fouilles, et conçut aussitôt le dessein de rendre à la religion et aux arts tout ce qu’on pourrait retrouver de l’antique monument. Deux allocations ministérielles de quelques milliers de francs permirent de restaurer la partie de la crypte mise au jour. Mais les restaurateurs d’alors, inexpérimentés comme partout à la meme époque, ne surent pas conserver aux murs et aux colonnes les vénérables stigmates du temps, et ils les rajeunirent par trop. Aussi l’inspecteur général, Mérimée, visitant les travaux exécutés, infligea un blâme sévère et fit arrêter l’ouvrage.

Cependant l’attention s’était portée sur les débris de l’église romane, ensevelis sous le terrassement de la cour de l’évêché et sous les écuries construites au fond de cette cour. Le piétinement des chevaux occasionna de nouvelles fissures, qui firent soupçonner la conservation intégrale de l’étage inférieur de la rotonde. De plus, le congrès archéologique de France s’étant réuni à Dijon en 1852, les membres de cette assemblée examinèrent l’aile de la crypte déjà rétablie; Viollet-le-Duc vint y jeter un coup d’œil, pendant l’été de 1853 : ainsi les ruines souterraines de la basilique du onzième siècle devenaient l’objet d’un intérêt général, dans le monde ami des arts et de l’antiquité.

Une occasion se présenta bientôt de déblayer entièrement ces ruines. Saint-Bénigne n’avait pas de sacristie convenable. Mgr Rivet en réclamait une. La question, étudiée depuis le passage de Viollet-le-Duc, fut enfin résolue en 1858, et les travaux commencèrent. L’emplacement choisi pour construire la sacristie fut celui où s’élevait jadis la rotonde. Viollet-le-Duc s’était laissé gagner à ce projet, et l’avait approuvé « en ce sens qu’il présentait l’avantage de dégager les restes du vieil édifice alors enclavés dans le bâtiment des écuries et des remises, » appelé à disparaître.

Dans les premiers jours de novembre, les écuries et les remises avaient en effet disparu, et les tranchées ouvertes pour les fondations de la nouvelle sacristie, laissèrent apercevoir quelques compartiments de la crypte. Le 24 novembre, le baron de Bry, préfet de la Côte-d’Or, écrivit à M. Vernier, maire de Dijon, le priant de convoquer d’urgence la Commission des Antiquités, parce qu’en ce moment « on travaillait dans l’endroit même où se trouvait le tombeau de saint Bénigne, et qu’il était infiniment regrettable que cette société n’eût pas sur les lieux un comité

permanent de surveillance. » La Commission se réunit le lendemain. Les jours suivants, tout l’hémicycle du tombeau fut déblayé sous les yeux de plusieurs de ses membres. De son côté, le chapitre, se regardant comme « le successeur du monastère dans la garde du tombeau », suivait les fouilles avec soin.

Le 30 novembre, la fosse renfermant le sarcophage de saint Bénigne était d’un libre accès. On avait retrouvé, au milieu de cette fosse, comme une longue dalle en grès, sur laquelle reposaient deux fragments d’une auge en pierre blanche , avec deux tronçons de colonnes (planche XXX). On était sûrement en présence de l’auge sépulcrale qui avait longtemps contenu les ossements du martyr. Seulement, comme il arrive d’ordinaire dans l’éblouissement de la première heure, on se méprit pour l’attribution des objets. Le sarcophage véritable était la dalle en grès, ou plutôt ce fond d’auge muni d’amorces inaperçues, derniers vestiges des rebords détruits, et les fragments en pierre blanche n’appartenaient point au tombeau de saint Bénigne. Or ces fragments passèrent pour des débris du sarcophage du martyr, et le fond en grès passa pour un simple support. La lumière se fit plus tard.

A l’instant même de cette découverte, le 30 novembre, vers trois heures et demie du soir, on jugea convenable d’en porter la nouvelle à M?r Rivet. On s’attendait à voir descendre immédiatement le prélat. Il accueillit cette communication avec joie, mais sans quitter ses appartements. Ce calme, qui contrastait avec l’émotion de ceux qui avaient fait la découverte, irrita davantage le désir qu’on éprouvait de voir l’évêque accourir au tombeau. M. Garnier, conservateur des Archives départementales, se rendit de nouveau près de M"1' Rivet, dans l’espoir de l’entraîner à la crypte. Cette démarche eut un plein succès. L’évêque descendit de son palais. Après avoir tout examiné, certain d’avoir retrouvé le tombeau de l’apôtre de Dijon :

« Messieurs, dit-il, ce n’est pas assez de considérer ces pierres en archéologues, il faut les voir en chrétiens, et honorer le martyr dont elles ont touché les restes. » Et en disant ces mots, il se mit à genoux ; tous ceux qui étaient présents se mirent à genoux auprès de lui ; les ouvriers arrêtèrent leur travail, et se découvrirent respectueusement. Un témoin de cette scène émouvante, M. l’abbé Bougaud, depuis

évêque de Laval, en a conservé le récit détaillé dans son Etude sur saint Bénigne.

Cette première réunion à la crypte ne fut que le prélude d’une seconde séance plus solennelle, qui eut lieu le 2 décembre. A celle-ci prirent part, sur la convocation de Mgr Rivet, MM. Muteau, premier président ; le baron de Bry, préfet de la Côte-d’Or ; le général Maurice Menne, général de brigade en retraite; Vernier, maire de Dijon ; Cournot, recteur de l’Académie; l’abbé de la Borde, vicaire général ; les membres du chapitre, le curé de Saint-Bénigne, beaucoup d’autres ecclésiastiques et d’hommes distingués de la société dijonnaise, appartenant aux diverses administrations, en totalité soixante personnes. Des salons de l’évêché, où elle s’était formée, l’assemblée se transporta sur le champ des fouilles, émit un vœu unanime pour la restauration de la crypte, et décida que les démarches nécessaires seraient accomplies dans ce but près du ministre des cultes.

« On ne quitta pas, dit M. Bougaud, ces lieux sanctifiés par tant de souvenirs, sans payer à l’Apôtre de la Bourgogne, par la voix et le cœur de l’évêque, un tribut de foi et de vénération, et après soixante ans de profanation et de silence, saint Bénigne revit l’élite de la population dijonnaise agenouillée et priant sur son tombeau. »

Bientôt après, Viollet-le-Duc revint à Dijon, annonçant un crédit de 20,000 francs, alloué par l’État, et la restauration de la crypte commença, sous la direction de M. Suisse père. Malheureusement cette restauration ne fut qu’une œuvre secondaire ; l’œuvre principale fut la construction de la sacristie, à laquelle l’influence deMgr Rivet fit maintenir l’emplacement fixé par les devis primitifs. Cet édifice s’éleva donc sur la rotonde et, afin de le soutenir, deux massifs en pierre de taille furent construits entre les rangs des colonnes. On renouvela en même temps tout l’appareil intérieur.

Intervention du chapitre. — De diverses parts étaient venues des objections essayant de persuader à l’évêque d’agréer un autre emplacement, pour la sacristie de la cathédrale. Le chapitre, en particulier, lui adressa, mais en vain, le 8 février 1859, de justes et pressantes réflexions à cet égard.

« Quelque respectable que soit la destination

de la sacristie, lit-on dans la lettre du chapitre, les intérêts de cette construction nouvelle ne peuvent primer ceux bien autrement respectables de la crypte et du tombeau. » Ces paroles sont suivies de l’indication d’un emplacement pour la sacristie, indépendant de la rotonde, et la proposition est appuyée de solides raisons. Il n’a donc pas tenu aux chanoines de Saint-Bénigne que la crypte et surtout la rotonde ii’aient été mieux restaurées. Deux d’entre eux furent désignés par leurs collègues pour exercer, sur les fouilles et sur les travaux, la surveillance que les circonstances leur rendirent possible.

Deux autres ecclésiastiques doivent être signalés pour le zèle qu’ils déployèrent, afin d’empêcher certaines destructions que la précipitation ou l’ignorance des ouvriers étaient de nature à produire. Ce sont M. l’abbé Collenet, alors vicaire à Saint-Bénigne, et M. l’abbé Brenot, diacre sacristain (1).

L’intervention du chapitre auprès de Mgr Rivet, pour combattre son idée à propos de l’emplacement de la sacristie, ne doit point étonner. Durant cette période, en effet, les chanoines de Saint-Bénigne s’efforcèrent de reconquérir les droits et les prérogatives que les règles canoniques accordent aux chapitres cathédraux. Mgr Rivet ne fut pas blessé de cette tentative, et se prêta, dans une certaine mesure, à sa réalisation. Il consulta généralement les chanoines pour les choses où ils avaient à donner leur avis et, quand il omit de le faire, il écouta les plaintes respectueuses qui lui furent adressées. Des statuts étaient à rédiger, pour remplacer ceux qu’avait donnés Mgr Reymond. Sur ce point l’entente n’eut pas lieu entre l’évêque et le chapitre : la question resta pendante.

Mais, en même temps qu’ils revendiquèrent leurs prérogatives , les chanoines de Saint- Bénigne acceptèrent une part plus considérable de la tâche à laquelle ils étaient régulièrement soumis. Jusqu’à Mgr Rivet, ils ne se réunissaient à la cathédrale, en semaine, que pour célébrer la messe. Désormais ils récitèrent chaque jour au chœur l’office diurne, et n’usèrent plus des dispenses accordées que pour les matines et les laudes.

Des écritures volumineuses furent nécessitées par les démarches que le chapitre accomplit à cette époque, soit dans son intérêt, soit en

(1) M. Collenet a recueilli, sur l’église Saint-Bénigne, des notes assez étendues, qu’il nous a gracieusement communiquées.

faveur des œuvres ou des monuments. Le soin de tenir ces écritures revenait au secrétaire. M. Gruère avait alors ce titre, qu’il posséda de 1856 à 1884. Le stoc considérable d’écrits qu’il a laissés dans les archives du 'chapitre, prouve son zèle à s’acquitter de ses fonctions.

Le secrétaire est, d’ailleurs, chargé du soin des archives et de la bibliothèque du chapitre. M. Sebille, pourvu de cette charge, au commencement de l’année 1900, nous a procuré de nombreux renseignements sur les évêques de Dijon, les chanoines et autres membres du clergé (1).

Manifestations de la vie catholique et de LA VIE NATIONALE A SaINT-BËNIGNE. — Avec le changement des institutions et des mœurs, Saint-Bénigne ne peut plus être, au même degré qu’au trefois, le théâtre des grandes manifestations de la vie ecclésiastique ou nationale. Jadis la présence du corps saint et le culte qu’on avait pour les tombeaux des martyrs faisaient servir cette église aux assemblées conciliaires, et à des réunions d’ordre à la fois religieux et politique. Depuis qu’elle a perdu les reliques de saint Bénigne, le titre cathédral lui ayant été dévolu, elle est restée, du moins, le principal centre de la vie catholique dans le diocèse, et le lieu naturellement désigné pour les solennités religieuses demandées par l’État.

Pendant la majeure partie du dix-neuvième siècle, la station du Carême eut lieu à Saint- Bénigne, pour toutes les paroisses de Dijon. En dehors même du temps quadragésimal, la chaire de Saint-Bénigne fut réservée aux prédicateurs en renom, qui vinrent prêcher dans la ville. Le père Lacordaire y prêcha l’Avent de 1848, et le père Félix le Carême de 1880.

Après le rétablissement de l’empire, Napoléon III et l’impératrice Eugénie vinrent à Dijon les 23 et 24 août 1860. Ils furent reçus à la cathédrale par Msr Rivet.

Aspect intérieur de l’église Saint-Bénigne en 1880. — De 1882 à 1896 l’église Saint- Bénigne a notablement changé, pour l’aspect

(1) Plusieurs renseignements que nous avons mis à profit, sont dus aussi à l’obligeance de M. le chanoine Denizot et de M. l’abbé Gras, curé de Chaudenay, les deux historiographes du diocèse.

(2) A la restauration du culte, le chantre Joseph Borget fut chargé de l’instruction musicale des. enfants de chœur de Saint-Bénigne. Le 5 avril 1810 fut créée la maîtrise, et la direction en fut confiée à Travisini, maestro milanais, né en 1772, qui, sur un désaccord survenu avec le chapitre, quitta Dijon en 1827, et se rendit à Angers, où il mourut en 1840. Les successeurs de Travisini furent M. Pâris,

intérieur surtout. Il faut donc retracer le tableau de l’intérieur de cet édifice, avant l’exécution des travaux qui l’ont transformé.

Dans le sanctuaire d’autrefois, devenu le chœur, les fenêtres hautes, garnies de verre blanc, donnaient seules la lumière, mais abondante. A l’étage des fenêtres basses, qui étaient toutes masquées, on apercevait, au centre, la Vierge avec le groupe d’anges, tels qu’ils avaient été disposés au rétablissement du culte, après la Terreur, puis on voyait à la suite, distribués, trois de chaque côté, six grands tableaux de Lecurieux, peintre dijonnais. Les sujets représentés sur ces toiles étaient, en commençant à l’entrée du chœur, côté nord : l’Apparition de saint Bénigne à saint Grégoire, — l’abbé Guillaume vendant les trésors de l’abbaye pour nourrir les pauvres, — le Martyre de saint Bénigne, — la Fondation du monastère de Clairvaux par saint Bernard, — la Conversion du duc d’Aquitaine,

— la Prédication de la croisade à Vézelav. Sous cette galerie de tableaux, s’alignaient les stalles, à double rang, reliées, au fond, par le trône de l’évêque et les sièges de ses deux assistants. Chaque dimanche ces stalles étaient occupées par l’évêque, les vicaires généraux, les chanoines, le clergé paroissial, les directeurs et les élèves du grand séminaire. Le lutrin était au pied et en avant du trône épiscopal, et des deux côtés, formant une troisième ligne devant les prêtres et les séminaristes, une longue file d’enfants de chœur garnissaient les sellettes qui bordaient l’allée. L’ameublement ne faisait point valoir l’architecture, mais en lui-même il était grand et admirablement agencé. Lorsque, du fond du chœur, ainsi orné, ainsi rempli par un clergé nombreux, bien ordonné, visible de tous les points de l’église, on entendait retentir, à la fin des offices, après les chants graves ou aigus des hommes et des enfants, la voix mâle et sonore de Msr Rivet, donnant solennellement sa bénédiction, l’assistance était toujours religieusement émue (2).

Le maître autel, placé sous la croisée, assez élevé pour frapper tous les regards, mettait à la

né à Dijon en 1795, mort dans la même ville en 1875, qui dirigea la maîtrise de 1827 à 1840 ; — l’abbé Allarme, prêtre du diocèse d’Autun, né à Flacey-en-Bresse en 1808, directeur de 1841 à 1844 ;

— M. l’abbé Schwach, né à Altorf (Alsace) en 1817, directeur de 1844 à 1884. Le retrait de l’allocation gouvernementale de 4,500 fr. faite précédemment à la maîtrise, et le désarroi où se trouva l’église pendant la période des travaux de 1882-1892 amenèrent la suppression momentanée de cet établissement. Il a été ouvert de nouveau, en 1895, sous la direction de MM. les abbés Moissenet.

portée de tons le spectacle des cérémonies. Cependant il était là contre toutes les règles de l’ordonnance des églises, et ressemblait à un autel érigé provisoirement, par circonstance. Mais combien remarquaient l’anomalie ?

Dans les basses nefs, l’ameublement des absides avait été renouvelé depuis peu. Au midi, l’autel en marbre, provenant de la chapelle du prince de Condé à la Sainte-Chapelle, et surmonté du baldaquin du sanctuaire des Feuillants, avait fait place à un autel en pierre avec une statue de la sainte Vierge, le tout modelé sur des spécimens connus du style gothique. Toute l’abside avait été peinte dans lé même goût, et la claire-voie ornée de vitraux d’une valeur ordinaire. Dans le même collatéral, au transsept, la petite chapelle, créée par M. Riambourg, et qui avait longtemps servi de sacristie, était devenue vers 1870 une chapelle du Sacré-Cœur, de style roman un peu risqué. Entre la porte latérale et la tour des cloches était déjà dressée contre le mur, où d’autres l’ont rejointe, la tombe de Wladislas de Pologne. Elle a été relevée, en 1869, par les soins du prince Ladislas Zartoryski, circonstance que rappelle une inscription placée au-dessus du monument. Sous la tour des cloches, dès 1844, une table en marbre couverte d’une inscription avait été attachée à la muraille, afin d’attester la présence des restes du duc Philippe le Hardi, qui furent retrouvés à cette époque, par la Commission des Antiquités, dans le cercueil de plomb où la Révolution les avait laissés. Une seconde inscription avait aussi été posée, près de la précédente, en 1853, au moment où l’on transféra de l’église des Cèles tins de Paris dans la cathédrale de Dijon, les cendres d’Anne de Bourgogne, fille de Jean sans Peur, duchesse de Bedfort.

Sous la tour du nord, dans l’autre collatéral, une semblable inscription avait ete placée, en 1841, à la mémoire de Jean sans Peur, dont les ossements furent, à cette époque également, déposés dans un nouveau cercueil. En 1793, on l’a vu, le cercueil de plomb avait été enlevé, et les ossements jetés à même dans le caveau. A l’autre extrémité du même collatéral, l’abside avait reçu un nouvel autel à retable, en pierre blanche, sculpté dans le genre gothique, mais insuffisant à meubler une chapelle sombre et presque borgne. Entre les deux points extrêmes, on voyait au transsept la grande croix de mission, et de chaque côté, au-dessus des marbres où

l’acte de consécration au Sacré-Cœur est gravé, les deux anges adorateurs tenant, tracées sur des tablettes, l’un la silhouette de l’église Saint- Bénigne, l’autre la carte du diocèse.

Tel était en 1884 l’aspect intérieur de Saint- Bénigne, et sous quelques rapports il est resté le même.

Enfin — ajoutons ici ce détail — la cathédrale a été pourvue en 1862 d’une fort belle sonnerie, composée de quatre cloches, donnant, enc/a majeur, les notes de l’accord parfait. On a basé le travail sur la cloche de Saint-Médard, transférée, comme on l’a dit, à Saint-Bénigne, cloche qui donfte le la élevé d’un quart de ton, à l’ancien diapason, et forme la tierce actuellement. La tonique ou bourdon est donc une des trois cloches neuves. Elles sortent des ateliers de M. Morel, fondeur à Lyon.

Le bourdon de Saint-Bénigne pèse 6,789 kilogrammes, et le battant 333.

Parmi les ornements de cette cloche figurent, à la partie haute, au-dessous du cerveau, quatorze médaillons représentant Notre-Seigneur, la sainte Vierge et les douze apôtres, et, à la ceinture, au milieu d’un semé d’étoiles, quatre autres médaillons représentant les deux patrons de la cathédrale, saint Bénigne et saint Etienne, avec le portrait de Mgr Rivet et ses armoiries.

Dans le trésor de Saint-Bénigne — nous devons encore le noter — est entrée le 1er août 1884 une relique insigne de la vraie croix, qui avait été remise à Mgr Rivet vers 1860, et que le prélat confia à la garde de « son vénérable chapitre. » Cette relique, détachée, à la Révolution, du fragment de la vraie Croix conservé à la Sainte- Chapelle de Paris sous le nom de « Croix de saint Louis », fut retrouvée à Riel-les-Eaux. Elle est disposée en forme de croix dans le reliquaire qui la renferme. La tige mesure 0 mètre 232 ; le croisillon, 0 mètre 166.

Les successeurs de Mgl' Rivet et les' successeurs de M. Moreau. — Le 13 janvier 1885 fut nommé par décret présidentiel évêque de Dijon Mgr Jean-Pierre-Bernard Castillon, né à Merville (Haute-Garonne) le 8 juillet 1828. Il était curé de Saint-Étienne de Toulouse au moment de sa promotion. Préconisé le 27 mars 1885, il fut mis en possession de son siège par procureur le 30 juin, sacré à Toulouse le 25 juillet, et intronisé à Saint-Bénigne le 4 septembre. Ii mourut le 9 novembre, après deux mois d’épiscopat. La

réputation de haute vertu dont jouissait le prélat fit vivement regretter sa perte. Il a été inhumé à la cathédrale, dans le caveau où reposait déjà Mgr de Bois ville.

Mgr Castillon avait conservé pour vicaires généraux MM. Dard et Joly, qui étaient vicaires capitulaires à son arrivée, et le redevinrent à son décès.

Par décret présidentiel du 2 mars 1886 fut alors nommé évêque de Dijon Mgr Victor-Lucien- Sulpice Lecot, né à Montescourt-Lizerolles (Aisne) le 8 janvier 1831. Le nouvel évêque, préconisé le 10 juin, sacré le 11 juillet dans l’église Saint- Antoine de Compiègne dont il était curé, prit possession de son siège par procureur le 31 juillet, et en personne le 11 août. En 1890, Mgr Lecot quitta Dijon pour l’archevêché de Bordeaux, où il a reçu la pourpre cardinalice.

MM. Dard et Joly, honorés du titre de protonotaire apostolique à la demande de Mgr Lecot, et conservés par lui comme grands vicaires, ne restèrent point dans cette charge jusqu’au départ du prélat. Le premier, frappé de maladie, démissionna en 1888. Le second mourut au printemps de \ 890. Leurs remplaçants furent MM. Ramousset et Frérot.

Le 3 juin 1890 fut nommé par décret présidentiel évêque de Dijon Mgr Frédéric-Henri Oury, né à Vendôme le 3 mai 1842. Le prélat occupait le siège de Fréjus depuis 1886. Préconisé pour Dijon le 26 juin 1890, il prit possession de son nouveau siège par procureur le 3 septembre, et fit son entrée solennelle à Saint- Bénigne le 15 du même mois. Mgr Oury a été transféré à l’archevêché d’Alger en 1898.

Pendant l’épiscopat de Mgr Oury, M. Ramousset, vicaire général, démissionna en 1891, et fut nommé chanoine titulaire ; M. Frérot devint évêque d’Angoulême en 1892. Les vicaires généraux successeurs, MM. Maillet et Rouard, furent élevés tous deux à l’épiscopat. Le second fut nommé à l’évêché de Nantes en 1896, le premier à l’évêché de Saint-Claude en 1898. M. Burtey, précédemment supérieur du petit séminaire, remplaça Mgr Rouard, et M. Marigny, auparavant secrétaire général, succéda à Mgr Maillet.

Au départ de Mgr Oury pour Alger, l’évêché de Dijon fut donné à Mgr Albert-Léon-Marie Le Nordez, né à Montebourg (Manche) le 19 avril 1844, sacré évêque d’Arca le 9 août 1896.

Nommé évêque de Dijon par décret présidentiel du 9 juillet 1898, préconisé le 28 novembre de

la même année, Mgr Le Nordez prit possession de son siège par procureur le 9 février 1899, et fit son entrée solennelle à Saint-Bénigne le 16 février suivant.

Ses vicaires généraux furent d’abord MM. Burtey et Marigny. M. Bourlier remplaça M. Burtey dans l’été de 1899.

Tandis que quatre évêques occupèrent le siège de Dijon, de 1884 à 1900, plusieurs curés administrèrent aussi, pendant le même temps, la paroisse de Saint-Bénigne : M. Rouard (1888-1892), devenu ensuite vicaire général de Dijon, puis évêque de Nantes; — M. Bouchard (1892-1894), mort le 24 juillet 1894, et inhumé à Fontaines-lez-Dijon, son pays natal ; — M. Jean-Baptiste Bizouard, nommé en 1894 : il avait été vicaire delà paroisse, durant de longues années, sous MM. Moreau et Rouard.

Un progrès dans la situation du chapitre s’est accompli pendant lepiscopat de Mgr Lecot. En 1887, le prélat soumit en effet au chapitre un projet de statuts qui, avec quelques modifications consenties par l’évêque et les chanoines, fut accepté de part et d’autre. Ces statuts réglementaires laissent l’élection du doyen à la discrétion des membres du chapitre, reconnaissent au doyen le droit de convoquer ses collègues et de présider leur assemblée, font disparaître du corps du chapitre les vicaires généraux qui ne sont pas chanoines titulaires, en un mot rétablissent sur plusieurs points le droit canonique. Usage a été fait des prérogatives rendues, et en 1899 pour nommer doyen M. Leroux, et en 1900 pour nommer doyen M. Poinselin.

Mgr Lecot avait aussi réuni le synode, afin de préparer de nouveaux statuts diocésains. Son départ ne lui permit point d’achever l’œuvre commencée, et Mgr Oury, en 1895, a donné une édition retouchée des statuts de Mgr Rivet.

Restauration générale de l’église Saint- Bénigne, DÉMONTAGE ET RECONSTRUCTION DE LA

flèche. — Les trois premiers successeurs de Mgr Rivet trouvèrent leur cathédrale livrée aux ouvriers, et à peine accessible. Elle était découronnée de sa flèche que, par prudence, il avait fallu démonter (1884), avant d’entreprendre la réfection, nécessaire, des piliers qui soutenaient cette aiguille gigantesque. L’édifice était transformé en un bruyant chantier, dans toute la partie du transsept et de la région absidale. L’autel s’élevait au couchant, adossé aux boise-

ries du tambour de la grande porte. Les séminaristes ne pouvaient plus trouver place aux offices. Les fidèles, trop resserrés dans les nefs raccourcies, et las d’entendre le bruit des marteaux, désertaient peu à peu l’église.

Pendant près de dix années la paroisse de Saint-Bénigne eut à subir cette épreuve. Enfin, pour les fêtes de Noël 1892, les échafaudages avaient disparu, les ouvriers étaient, sortis, et tout le monde, clergé et fidèle, reprit possession de la cathédrale. Seule, la flèche restait à relever, et le travail pouvait s’exécuter du dehors. Tel il s’exécuta en effet, et la nouvelle flèche était achevée en 1896.

La restauration de 1882-1896 fut dirigée, avec autant d’intelligence que de dévouement, par M. Suisse, architecte diocésain.

Elle a été secondée, pécuniairement, par les sacrifices que s’imposa la fabrique de Saint- Bénigne. Malgré l’importance des allocations de l’État, les travaux auraient subi un retard considérable, sans les contributions fournies par la caisse paroissiale. Cette restauration a été secondée, au point de vue envisagé, surtout pour la réédification de la flèche. Une souscription provoquée par Mgr Lecot, soutenue par M"r Oury, dépassa deux cent mille francs. Pierre Billiette, charpentier, et Alexandre Chaussenot, serrurier, furent les constructeurs de la flèche. M. Charles Suisse en dressa le plan.

. Un coup d’œil jeté sur les planches XX, XXI, XXV, donnera mieux que toute description une exacte idée des réfections accomplies. Les personnages qui ornent la flèche sont, à partir du couchant et en suivant à main droite : Hugues d’Arc, Alix de Vergy, Philippe le Bon, sainte Paschasie, saint Grégoire de Langres, sainte Jeanne de Chantal, Étienne Berbisey, le pape Eugène III.

A la façade principale de l’église, la grande fenêtre a été rétablie, dans le style du quatorzième siècle. A l’intérieur, les fenêtres basses de la grande abside ont été ouvertes, et les tableaux de Lecurieux placés au séminaire et à l’évêché. Des vitraux de M. Édouard Didron ornent la majeure partie de la claire-voie du chœur, représentant, en bas, la légende de saint Bénigne, en haut, Notre-Seigneur, la sainte Vierge, saint Jean l’Évangéliste, saint Bénigne, et toute une théorie de martyrs et de pontifes se rattachant à l’histoire du saint. Ces verrières ont été posées, MM. Bouchard et Bizouard étant curés de Saint-

Bénigne. Elles sont dues à de généreux bienfaiteurs. Une verrière a encore été posée, en 1899, au pignon méridional du transsept, et la représentation de Msr Oury, dans un compartiment du vitrail, rappelle que le prélat a recueilli luimême la somme destinée à cette œuvre. Le sujet est le martyre de saint Étienne.

En examinant l’église Saint-Bénigne avec l’aménagement qu’elle a reçu en 1892 et les années suivantes, on admire la restauration architecturale, qui est parfaite, mais on se prend à regretter des anomalies d’ordonnance, imposées pour l’utilité du service cathédral et paroissial. L’autel n’est toujours point à sa place liturgique. Le chœur a envahi le sanctuaire. Les boiseries des stalles, justement conservées à cause de leur valeur sculpturale, ont dû être scindées, pour laisser reparaître les piliers ; une interruption des dossiers, à l’endroit de la piscine, montre qu’elles ne sont point à leur place régulière. C’est l’inévitable malheur résultant de l’affectation des édifices à des usages pour lesquels ils n’ont pas été bâtis.

D’autre part, en assistant aux solennités religieuses, dans ce beau vaisseau restauré, où sont rentrés désormais les éléments de la grandeur et de la beauté du culte catholique, on ressent des émotions profondes qui élèvent l’âme, on rencontre des journées, comme celle de la brillante intronisation de Msr Le Nordez, qui produisent un saisissement incomparable, auquel personne n’échappe.

Nouveau déblaiement de la crypte, rétablissement des pèlerinages. — Après la reconnaissance, en 1858, des restes du martyrium aménagé par l’abbé Guillaume, on avait, en attendant la restauration de ce lieu sacré, recouvert le tout de traverses et de planches, afin qu’aucune main indiscrète ne dérangeât rien dans les fouilles pratiquées.

Cependant le vœu était souvent formulé de voir enfin concéder aux fidèles l’accès et la vue de ces restes vénérables. Une pieuse curiosité poussait à vérifier encore auparavant l’objet précis de la trouvaille de 1858. On s’étonnait d’ailleurs qu’un ou deux fragments en pierre blanche fussent réellement les débris du sarcophage du martyr. Un jour donc, le 24 novembre 1877 — sans que ce jour eût été choisi à dessein — M. l’abbé Guérin, alors vicaire à Saint-Bénigne, accompagné de plusieurs autres ecclésiastiques,

parmi lesquels était M. l’abbé Bizouard, devenu curé de Saint-Bénigne, fit de nouvelles recherches sur l’emplacement du tombeau, après avoir pris soin d’enlever tout ce qui le recouvrait. Bientôt on eut reconnu que le vrai sarcophage était la pierre en grès, et le moindre doute ne put subsister à cet égard.

Dès son arrivée à la cure de Saint-Bénigne, M. l’abbé Rouard procura l’ouverture de la crypte aux fidèles, le dégagement du tombeau, et le déblaiement de l’appendice de la rotonde, resté enseveli sous la cour de l’évêché. Mgr Rivet avait demandé qu’une porte, figurée dans l’axe de ce prolongement de l’édifice, en rappelât l’existence et provoquât dans l’avenir une restauration totale. Cette porte fut donc percée, on déblaya les travées qui font suite; la chapelle de saint Jean-Baptiste reparut au jour; les travaux

qu’indique la planche XXVI s’exécutèrent, et tout ce qui fut conservé de la crypte en 1280 serait rétabli, si le quartier des absidioles situées au nord avait été lui-même déblayé et restauré dans sa partie occidentale.

Depuis 1890 les pèlerinages ont recommencé au tombeau saint ; pendant l’octave de la fête de saint Bénigne la crypte est très fréquentée ; et de l’édifice dont vient d’être racontée l’histoire, la pierre fondamentale est toujours là, continuant à faire éclore autour d’elle les vertus chrétiennes et sacerdotales ; à faire fleurir en même temps l’architecture, la sculpture, la peinture sur verre, la musique dans les œuvres de M. Suisse, de MM. Gasq et Schanosky, de M. Didron, de MM. Moissenet; enfin à perpétuer le témoignage qu’a rendu à Notre- Seigneur Jésus-Christ le martyr dont jadis elle reçut les restes.

APPENDICE

Cet appendice comprend quatre objets :

I, — Les Coutumes du monastère de Saint-Bénigne de. Dijon, dont il a été fait mention dans le corps de l’ouvrage, et qui étaient observées pendant la période romane.

II. — Un Calendrier liturgique de la même abbaye, en usage au treiziéme siècle, et qui complète la partie des Coutumes relative à la célébration des fêtes.

III L’Office monastique de saint Bénigne, texte latin, dont la traduction a été donnée au

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