Tome IL Tt
Ç^g D I s e o V it 9.
Qu'on ne nnas objecte point l'étalilïssenieQt des tiecteSijd Qui né Sitit 1rs voies liunleusns ou violentes par lesquelletffl ces ftnilômes de religion' 9e sont établis ? Ne (lt>ît-oH pu H s'étonner au contraire , de ce qu'elles ne se Boni p»s mieux Botilenues , eu flattant , comme eileS faisaient , les inclinations (IdprovéeS de la nature? il ae s'agit pas encore de fHire sentir le faible «lu maliométisine : mais on peut déji le préjuger sur cette règle. Quelle nierTeille , qu'un enthousiaste hardi , le cimeterre d'une main et l'appât des snlea roluptés de l'autre , posant pour base de sa législalioa la atupide ienoraoce , prenant de chaque religion ce qui s'y trouTait d'assorti ans peuchaus comme aux prévention» et supprimant tout le reste , immolant tout ce qu'il y avait d'hommes éclairés et capables de s'opposer à ses attentats ; quelle raerreille , que ce législateur entraine à sa suite de grossières et vicieuses peuplades , des humains comme
abrutis , âui faisaient consister le bonheur dans le plaisir s, l'honti ' ■ " - . . ■ . -, ^ ..
ues mœura uans un opproore etei^o. i
mltipliant les Trais chrétiens, la pcrséculi(m -J delà terre oil ils se multipliaient. Ne s'alla- J I de périssable , ayant perpétuellement leur "
des sens , l'honneur dans la force et le brigandage ? £st-iï plus merïSilleui , de voir les premiers hérésiarques , Ëbion , Marcion , Basilide , Valenlin , tous les gnostiques et les disciples de Manès , former des partis nombreux y en rappelfint sous une forme nouvelle les rêveries impures du paganisme , en lâchant la bride aux passions les plus désordonnées , sous le manteau imposant de la philosophie ou de la réforme ? L'indignation publique ensevelit bientôt ces ennemÏB des moeurs dans un opproltre éternel.
Mais en — 1.--.1:— ■ i- — :- ~f-' les détacfai chant à ri ■me entre leurs mains , ils se regardaient comme étrangers
tarmi les nations , comme un but exposé à tous les truil»de i perversité et de la fureur. L'esprit de détachement , et , par une suite nécessaire , la charité qui Tivitic toutes les vertus, étaient si profondément enracinés dans leur sein , qu'au temps de sa int Justin , qui l'assure en termes exprès, ilae trw»vait encore des frères entre qui les biens demeuraient communs ; et si les autres s'en réservaient la propriété, c'était pour se mieux assurer de subvenir aux l>eaoinsdes indigenS. Ces vertus, à la vérité, se ternirent insensiblement. Lo Calme trop profond qui suivit l'orage, fit succtîdfcr un© sorte d'engourdissement h la vigilance , et produisit un triste relAchement. Pendant cinquante ans, ù compter de-
Euis la mort de l'empereur Sévère , ses succesteurs ayant lissé goûter aux fidèles une paix presque sans inien-nptïon, ou vit dans leur sticiété des fautes et des difsnrdres qu'on aurait peiue îi croire , si l'on n'en tenait pas le détail d'an témoin oculaire tel que Siiini Cyprien. Le loxe et In mollesse , tout l'étalage de la mondnnité , les l'ai nés parures jpresq^u' aussi afleclffes ilaus les bomiiies ijm daua les f'e
iùe^ j la frivolité âes mœu]:>s , et tous léd sjrmptAmeft d'un» pudeur expirante ) ce sont les moindres sujets des fepro-* i^hes que le digtic instituteur, de ces anciens iid^èles faisait à Plusieurs d'entr'eux. Les emportemens de la jalousie ^ les haines invétérées , l'infidélité en tout genre de commerce , la fourberie, la calomnie, le parjure, s'introduisaient jparmi les enians des saints } la piété s'affaiblissait dans 1# sanctuaire même j et quelques-uns oubliaient ^jusque dans le saint ministère , les lois de la charité , de la justice distrrbutive , du désintéressement et de l'intégrité. Effets iiaturels du penchant rapide qui entraine l'homme au pé<« ehé , et que la main qui en avait suspendu le cours laissa depuis agir si impérieusement , afin de moi^trer , par les digues qu'elle y oppoéa , que la conservation et l'insititU'-* tion de Féglise sont également l'ouvrage du ciel.
; Les rigueurs de la persécution d^ Dèce , jointes ansèls des pasteurs , ranimèrent la foi et la piétés La pénitence fit refleurir les, mœurs ^ au sein 4u trouble et du péril. Oa réprima les confesseurs mêmes , qui , par des recommanda* tions indiscrètes, voulaient procurer aux pécheurs d^ indul-^ gences excessives et une récoiiciliation prématurée. Fei^*** meté sage , dont le succès fit connaître que les promesses du Sauveur étaient stables , et que le mal n'avait pas vicié ^ si l'on peut s'exprimer ainsi, le fond de la constitution da l'égliâe. Mais à mesure que les péché» se multiplièrent ^: on crut devoir en faciliter rexpiationi
Four ménager , tant un refoge à la pénitence qu'un abri r innocence , quand un calme plus inaltérable fit courir à la piété chrétienne de plus grands périls , des âmes fortes et particulièrement inspirée» proposèrent un genre nou«* veau de martyre , en déclarant une guerre sans relâche à la cupidité , à la volupté , à toutes les passions. Les déserts de l'Egypte et de la Palestine détinrent leurs premiers champs dehàtaille. Antoine après t^aul , Pacôme guidé par 4un ange dans les terres qu'arroiSe le Nil , et sur les bords du Jourdain Hilarioh perfectionné par Antoine ^ furent, les
S ères et les maîtres d'une infinité de disciples , qui répandirent ces divines institutions sous tous les climats. Ainsi Apprit-on de toute part à mourir pour JesuS'^Christ sans le ministère des persécuteurs , et à recueillir une moisson de
t aimes , proportionnée à la constance que demandait cette >ngue mort à soi - même ; martyrs de la portifioatioit .volontaire , honorés par le ciel , à bien des égards , des mêmes prérogatives que le» victimes' sanglantes de l'im* piété , et destinées aux mêmes fins. Le Seigneur se pro«
Î osant d'ouvrir la route à l'évangile , <3^^ leurs voisins arbares , par ces grands exemple» } il se plut à relever 4Be muet témoignage par TiÎGlst des miracles. DettrouM^
66a DiscoDKS.
nombreuses d'infidèles accouraient sans cesse à la montag^
de aa!&t Antoine , à la cabane , ou plutôt à lu
Hilarion, h !a grotte sauvage de saint Aphr;
plupart trouvaient la giiérison de l'ame avec celle du corp».
Il serait inutile de prouver des faits , consignés dans les roonumens publics par les peuples manies qui en avaient été les témoins. Ils eurent tant d'éclat , malgré tout le soitt de ces bumliles anacliorètes à les tenir cacbés , qu'ils parvinrent ù la connaissance des maîtres du monde. VouS n'avcE pas oublié en quels termes le grand Constantin, écrivit î saint Antoine , pour recommander à ses prières la couronne et la famille impériale. Théodose n'entreprit ses plus grands exploit» que sur la parole de saint Jean d'E^gjpte. Les miracles étaient si familiers ù saint Hilarion , qu ils lui -échappaient , pour ainsi dire, malgré lui : lea malades et les nflligés le poursuivaient en tout lieu ; il fut réduit souvent à cbanger de demeure , ù mener long-temps ] une vie errante , dans la seule crainte de la gloire qui semblait s'obstiner à le poursuirre. Tous les Sarrasins qui boiv daient le désert de Pharan , sur les conlins de l'Egypte et de la ^alt^stine , embrassèrent le cbristianisme , à la vue des miracles ainsi que des vertus de saint Mo^se. Mi qu'est-Il besoin d'exemples particuliet^ 7 Ignore-l-cn qu« la célébrité de ces humbles thaumaturges faisait leur plus grand chagrin, et que sans cesse ils se plaignaient avec amertume , de se voir ravir les pures délices qu'ils étaient venus chercher dans l'obscnrité de la solitude ?
La seule manière de vivre de ces homuifs tout célesiei n'était-elle pas un miracle assez persuasif et assez efficace 7 Quel prodige plus visiblement divin que la constance de saiut Siméoa et de quelques antres stylitcs , exposés sur une colonne , la nuit et le jour , pendant une longue suite d'années ! Quoi de plus miraculeux que le triomphe remporté par saint Macaire d'Alexandrie sur les besoins les plus impérieux de la nature, la faim et le sommeil ! Il passa debout tout un carême , sans rien boire , et sans manger autre chose que quelques feuilles insipides , les dimanches seulement. Vous verrez d'autres solitaires, qui, se regardant comme déjà morts , ne proférèrent pas une seule parole depuis leur retraite jusqu'à leur sépulture. Vous en verrez une multitude manquer même d'un lieu de retraite , errer dans les bois et les montagnes surchargés déchaînes, vivre au plutôt se consumer lentement parmi les animaux sauvages, avec lesquels ils paissaient quand ils nepoavaient ' "elàlei
plus soutenir les extrémités de la faim. De là le nom île
paissans , que la Perse où ils vécureut leur donna , en tran»- J
mettant aux autres peuples les transports de son admira— j
tion. A Constantinoplc même , et dans plusieurs autre» ]
.«ndroits non aïolus connus d " ""
Discours. 66f
fleurir les nombreuses communautés des moines acémètes ou non^dormans , ainsi appelés , parce que , semblables aux cbœurs des esprits célestes inaccessibles au sommeil , ils célébraient les louanges divines sans aucune interruption , ni la nuit , ni le jour.
Du reste , la mortification de Tesprit et du cœur , la solide abnégation de soi-même , le détachement des choses de la terre , n'étaient pas moins en vigueur dans les sociétés chrétiennes que les austérités de la pénitence. Toutes les vertus qui honorent le Seigtieur en esprit et en vérité , el qui font Tame du christianisme , éclataient dans tous les ordres des fidèles , dans les places les plus éminentcs comme dans les laures et les monastères. On en trouvera les preuves dans la suite de notre narration. Pour ne point antir ciper sur le cours des siècles , nous nous contentons de vous rappeler ici la générosité à jamais mémorable de trois cents évéqiies , qui dans la seule église d'Afrique , du temps des donatistes , portèrent l'héroïsme jusqu'à céder leurs sièges à ces rivaux schismatiques j en cas qu'ils voulussent rendre là paix à l'église.
Convenons cependant que la conversion et la- puissance du grand Constantin , qui sans doute influèrent dans l'estime des Romains et des étrangers mêmes pour la religion, chrétienne , contribuèrent beaucoup à ses progrès , ou plutôt à sa tranquillité et à sa splendeur ^ car il est constant^ par tout ce qu on l^vu jusqirici , qu'elle était répandue auparavant dans tous les climats. Ainsi j elle ne doit point son établissement à la protection de cet empereur : mais les chrétiens n'étant plus réduits à se tenir cachés sous cet heureux empire , l'univers demeura 'étonné de se voir comme tout à coup chrétien. L'église même se vit aussitôt désolée par le schisme 5 et ce fut alors que les Africains rompirent sans ménagement les liens de l'unité , sous la conduite de plus de cent évêques. Le nombre et l'audace des schismatiques ne firent que s'accroître durant tout l'empire de Constantin , jusqu'à ce qu'ayant tout bouleversé dans les églises de la troisième partie du monde , ils dirigèrent leurs attetitats contre le siège apostolique , où ils ne trouvèrent que la confusion et le principe de leur ruine.
Au donatisme se joignit la formidable hérésie d'Arius* Le prince religieux qui a terrassé l'idolâtrie y devient en quelque sorte l'appui d une secte presque aussi impie et non, moins dangereuse : il flétrit , il traite en perturi>ateur et presque en rebelle , le plus digne défenseur de la foi , le grand Athanase. La vraie religion sans doute lui fut tou-r ]Ours chère y et l'horreur extrême des divisions qui en retardaient le progrès , exagérées sans cesse à ses oreilles par les prélats et les docteurs les plus imposans y fut l'uni- * que principe de sa dangereuse condescendance. Quelle
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C6a D I s c 0 tr R 6.
^^B funeste IpipressiOn nëasmoins ne fit pa.i ce fioanrlale apliaST ^^m rcnt, en purticulier sur son EîIh et son hi-ritier Constance ! ^^fc Ma!s auparavant , quoi de plus Tisilile que Ip3 di^piieitions ^^^h d'un Dii^u jiiloux de sa propre gloire , dans la survivance ^^Kl- qu'il accorde ù un priiicp. persécuteur sur ses deux frères , ^^B!> fti zélés pour la vraie foi ! Après une longue suite de règnes
iaTorahlcs \t la rcligiou, on eùl pu se figurer que les puis- Canceg de la terre en faisaient le soutien principal : c'est lourquoi durant tout le long régne du tils le plus indigne le Constantin , le Seigneur , Buivaut la prédiction de l'évangile , laisse à Satan déclialntj le pouvoir d'agiter les fidèles ' cnmnie le grain dans le van ; épreuve beaucoup plus terrible que les violences des Césars , ennemis du nom chrétien gue Constance avilissait tandis qu'il s'^» faisait honneur.
Tentation d'un nouvel ordre, on poussée du moins à des e:tcès encore inconnus. Entre tous les sectaires qui s'étaient élevés jusque-là , on n'en avait point encore vu de comparables aux ariens , en science , en talens , en vertus apparentes , en tout ce qui peut accréditer la séduction , uiaÎB sur-lout eu puissance , en audace , et dans l'art détestable de colorer la violence du ïèle de la religion. Perte des biens, des charges, des honneurs, de la lil>erté, de la vie ; ce furent les moyens les moins dangereux que des chrétiens suborneurs firent employer à un prince chrétien. Mais séduire les prf très et les évêques , canoniser les hypocrite» et les apostats, j>errertir les conoinl, altérer les sacr^ eyniboles ; tels furent les chef - d'ceuvres de la perfide impiété , qui prétendit en vain dépouiller la vérité de ses pro- })rtétés les plus inaliénables , de tous ses avantages naturels, ttfin de s'en revêtir. L'église triompha de l'artifice comme de la violence ; la vérité dissipa tous les nuages dont la eéduction couvrait le précipice , tandis que la violence j traînait les faillies; on convainquit l'univers chrétien, que, BOUS omhrc de piété , il ne s'agissait pas moins que de bannir le fils de l'Etemel du sein de la Divinité, et de le réduire at) rang de créature. Constfince mourut enfin ; mais la foi avait triomphé avant sa mort.
Elle courut encore , sous le successeur de ce prince , de< dangers tout particuliers. L'empereur Julien affecta de prendre une marche absolnment différente de celle de Constance , dont il fit d'abord cesser la pers^cnlion. Elevé dans le sein du christianisme , l'empereur apostat en connaissait trop bien le génie , pour se promettre de la détruire par la force. Il n'employa d'abord que la flatlerle et les carénées perfides. Tous les sujets exilés sous le dernier règne , catholiques aussi - bien qu'hérétiques , furent indistinctement rappelés : il comptait par-là Introduire dans le sein de l'église la confusion, lazisanie, et tous les désordres ^ui en sont ]£s suites naturelles. Espérant ensuite réussir
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"iieâttcoup mîexix en étouffant là vérité dans l«s ténèbres de Figaorance , il fit fermer les écoles aux chrétiens el brûler tous leurs lÎTres : il ne leur fut plus permis d'être vavans ni éloquens ^ la faculté du raisonnement et le talent de la parole , ces dons de la nature les plus indépendans du r autorité 7 devinrent la matière de la tyrannie, qui trouva même des couleurs pour pallier ces làcbes excès. Les Gali^i léens , disait le tyran dans sei blasphèmes irQni<|ues , lea adorateurs du crucifié devant croire en lui sans raisonner p l'étude et les sciences leur sont inutiles : il convient àt les réserver aux hellénistes -, c'est-à-^dire au paganisme |
2u'il érigeait en une religion ou en un philosophisme ^ îgne de trouver dans l'apostasie son auteur et ses restaura* tears. Certes Féglise devait auccomher à des attaques , si elle n'était inébranlable. £lle triompha des piégeS et des dérisions , comme elle «valt triomphé du glaive et dea échafauds. Le sans ne laissa pas de couler , sous Vempire de Julien , en mille rencontres où sa philosophie lui man-* qua^ et sous tous les aspects , on doit encore regarder cette partie du quatrième siècle , comme l'ige du martyre.
Tel il paraîtra dans toute son étendue , si Ton en suit les progrès chez les Barbares , particulièrement chez les Perses. On trouvera Sapor , Isdegerde j Cosroès , comparables à Néron , à Domitien , aux deux' Maximiens. La pudeur et l'humanité ae refusent également au récit détaillé de la persécution de Sapor^On verra un autre pei*sécuteur subjuguer , en Arabie y une ville et tout un peuple chrétien qu'il n'avait pu pervertir, enfreindre tout droit des gens , décapiter le gouverneur et les principaux citoyens , réduire la jeunesse en esclavage , allumer ensuite un immense bûcher , et y précipiter tous les prêtres , les moines et ensuite les vierges consacrées à Dieu , sans que la foi d'une seule personne se démentit. Les Vandales égalèrent, surpassé^» rent ces atrocités- impies , dans la vaste étendue de l'Afri-* que. Dans toutes les terres enfin où germa la foi chrétienne ^ elle y fut arrosée d^ sang et en ti^a sa principale fécondité* Mais après qu'elle eut poussé de profondes racines , uit nouvel ordre de providence parut commencer pour Téglise* Les signes qui sont destinés , selon l'apôtre , à la conversion des infidèles , les miracles si multipliés, à la publication de l'évangile , devinrent beaucoup moins fréquens par 1% suite. Pour les domestiques de la foi , ou pour les fidèles, les prophéties suffisaient , c'est-à-dire le dépôt de la rév^la<« tioh , tant écritç que transnïise et interprétée par la tradi* tion , avec les grâces et les dons ordinaires de l'Ësprit-Saint. «Aussi jamais les interprètes saoréi , jamais les #aiuts pères et les saints docteurs ne brillèrent avec tant d'éclat ;» que 4ans le quatrième et le cinquième siècles , comme voup
turc;» bientôt lieu i» tous €& convjaioef e. Mais l'égUse i
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essentîelleiDent militante en ce lieu de passage , doit j tro«« Tcr dfs combats à rendre dans toutes ses situations, e1 des ennemis Jaloux de tous ses ayantagcs. A la pureté lumineuse de la doctrine , l'enier eu oppose l'abuE el !»■ corruption aussitôt après la défaite de l'idolâtrie. Dé)à cependant le sort de l'arianisme paraîssuit aToit* déconcerté à jamais la perfidie hérétique ; le nom arien était marqué d'opprobre; tout lui disait anatlitime : maîfl l'arianisme est ressuscité ; il se reproduit sous mille formes nouvelles; il rentre dans l'arène, plus aguerri qu'aupura- VHUt , sous la condaite d'Eunomius , d'Âëtîus, dé Maoédonius, qui semblaient avoir applaudi à sa chute. Ncstorîus , assez long-temps après , sans presque le parais tre , sans pent-âtre le prétendre , anéantit à son tour l»' divinité do Jesus-Christ , en séparant le tils de Dîe ttls de la Vierge-mère. Piège grossier , qae vous v néanmoins surprendre ou faire chanceler de savans et pieux . évêques. Quel docteur, qne Théodoret, d'une foi si long* temps suspecte ! Quel pasteur , qu'Alexandre d'Hiëroples qu'un long exercice des plus étonnantes vertus ne préserra point de l'ohstinatioQ la plus effrajante ! Aussi quelle impression ne firent pas ces dangereux exemples ! Si Ari l'emporta sur Nestoriua par l'étendue et la rapidité de la séduction , celui-ci se fit des sectateurs beaucoup plus obstinés , et acquit à sa secte un crédit et une consistance qui sa soutiennent encore aux extrémités de l'église orientale. On la retrouve mémedans quelques provinces occidentales, soiu des formes et des nomsaifférens, c'est-à-dire, avec les variations qui portent l'empreinte de l'esprit de. nouveauté qu'elle eut pour principe.
L'hérésie d'Eulychès , comparable tout à la fois aux deux, premières en durée et en étendue , fut encore soutenue de l'autorité d'un concile , convoqué comme cccuméniquej et dont plusieurs autres avantagea non moins spécieux fireii('! révérer jusqu'à ses prévarications et son bri^anduge. L'é»i glJse pouvait-elle essuyer des assauts plus terribles qua. ceux d'un parti, qui voyait à sa têle l'évéquc du second. siège , qui portait le noui de l'un de ces solitaires cano^, nisés, pour ainsi dire, toulviv^ans, et pariiculièremenl. Tenouinié par son zèle contre les ennemis de la foi . du plui i puissant (les archimandrites, qui tenait sous ses lois oâ' peuple de zélateurs austères, les plus attacliés a
, et les plus ardens à les rdpamire 7
Oui , la reliainn courut des dangers- pli la part de Pelage , ennemi déguisé , doutuLlc qu'il le paraissait moins. '- ■dire , sur le corps même de l'égli par ieui's emporlemens , avcrtissa it se tenir eu garde contre elleï : ]
grands encore de d'autant plus re-»' Acharnées , pour oinsj e, les auires hérésies ( ut au moins les iidèlct iiis cuuverl avec avau*
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tftge , et semblable à un serpent qui se coule sans bruit sôus les fleurs , le pélagianisme pénétrait juscju'à l'ame de 1^ religion , e^i infectait de son venin subtil les parties les plus nobles et les plus intimes , et ne lui laissait d'ellemême que le squelette et le yain fantôme.
Ce fut contre ces-périls que le Seigneur munit la sainte cité de cette abondance de doctrine et de lumières qu'on ■vit éclater en moins de deux siècles. Quel qu'ait été le nombre des séducteurs , à quelle multitude ne peut-on pas opposer le seul évêque d'ilippone , le grand Augustin ? Combien d'autres grands saints et grands docteurs , dans le cours des mêmes siècles ? Tels furent , pour nous borner aux plus célèbres , les Léon , les Cyrille de Jérusalem et d'Alexandrie , les Jérôme , les Epipbane , les Grécoire de I^azianze et de Nysse , les Basile , les Arapbiloquc , les Jean Cbrysostome , les Ambroise , les Hilaire , et leur digne modèle, l'incomparable Atbanase : multitude surabondante sans doute , quel que fût alors le besoin de l'église ; mais le Seigneur mettait comme la dernière main à l'édillce , dont il est l'arcbitecte et le principal ouvrier. Quoiqu'il l'eût établi sur le fondement des propbètes et des apôtres ; ces monumens divins pouvant s'en:visager et s'en visa géant en effet sous tant d'aspects divers , il était de son immua-
espèce de stupidité , ou qu'une témérité révoltante:
En effet, quelle force de raîsoii dans leurs écrits^ quelle étendue et quel cboix d'érudition ! quelles^ grâces même , et quelle éloquence ! Que les pères latins et la plupart dès grecs , si l'on veut , s'énoncent moins pijirement que les orateurs de Rome et d'Athènesjils n'en partiitront pas moins éloquens , si Ton sait discerner l'éloquence de l'élocution , qui n'en est que l'écorce. Toujours on leur verra cboisir les ixiisons les plus fortes et les plus frappantes , les pré-* senter avec ordre et dans un beau jour , user de vives images , de tours heureux , de ligures grandes et animées , rendre en un mot leur discours toncbant et persuasif, et même beaucoup plus agréable que ceux de tous les écrivains de leurs temps. Quelle différence , par exemple , de la manière vaine , affectée , puérile de Ltbanius , au cens exquis et pressé^, h la justesse , à V énergie , au véritable atticisme de saint Basile , et même à l'abondance un peu asiatique, mais toujours solide et intéress.inte , de saint Jean Cbrysostome ! Quelle différence ne remarquet-on pas , à travers la rouille même de l'Ocoidert , entre le pédantisme de Symmaque et l'aménité naturelle ^ la çiinpUcité noble et naïve ae saint Ambroise !
Discours."
Mais ce qui nous importe bien autrempnt , qoel concci liDDniiiie parmi ce grnnd nombre de diicteu.s , daus tBiJ foud des cluises, sur tous les points capitam, et sur cba- ^ que article de notre foi donn^ pour tel par l'église ! Ni l'éloignemeut dfs lieux qu'ils ont habites dans les troi»
Sarties du monde connu ; ui la (liffe'reiice des moeurs et es iddesï comme des idiomes et des goûts ; ni la distancé des temps, en remontant même de cette ëpuque jusqu'aux
Sremiers disciples des apôtres : i ien ne met la inoindre iversité dans l'enseignement public ni dans la croyance; rien qui ne concoure à former cette chaîne de tradition, orale , non moins fiie que le dépAl des révélations de l'écriture , dont elle faille cuutplément. Dans cette fi>nle d'hom» mes de génie, on remarque sans doute la ricbe variéf' des talens naturels, ainsi que des dons reçus d'en haut on admirera particulièrement, dans Atlianase, la sugacité et lu force du raisonnement; l'onction et la douceur da Style d'Ambroise ; la brillante et pathétique éloquence de Chrysostome; la noble élégunce et la précision de Basile; la sublimité jmnte h l'csactitiide dans Grégoire, dit pour * cela le théoloBJen ; le nerf et l'érudition de Jérôme; entin tout ce que la plupart de ces quulités ont de plus utile à l'église , employé tour à tnur par Augustin. Mais en même temps on ti'ouTera une invariable conformité de doctrine entre eus tous , la plus parfaite uniformité dons tous les points détinis par l'église. Atbc toute la fécondité du cénif et la chaleur même de la yerve , malgi'é l'attrait de Ift matière et la démangeaison si naturelle à l'homme d'enchérir, de controuver, de travailler d'imagination sur !• fonds Inépuisable du dogme et de la morale ; bien différent des rhéteurs et des philosophes profanes , nos saints ins* tituteurs n'aspirent nulle part an mérite de l'inTentioni Us la regardent , au contraire , comme la flétrissure la plut, honteuse pour leurs écrits et pour leur personne ; ils fonti consister toute leur gloire doctorale Ix recueillir fidèlement les vérités 'ïes plus connues, puis k les transmettre saiù aucune ombre d'altération. Le plus grand avantage qu'ibt prétendent sur leurs émules hérétiques, c'est de convaincre l'univers que ces vains et faut docteurs n'en ont pot " ^sé de ta sorte.
La règle des conciles généraux eux-mêmes, ces organes .infaillibles de la vérité incréée, c'est, ou le sens donné aoi écritures par le torrent des pères , ou l'unifui-milé et la perpétuité de la croyance et de l'enseignement dans les docteurs et les pasteurs des diverses églises. Ainsi procédat-on , à l'esemple du premier concile œcuménique, dans ceux de Constantinople, d'Ephéae et de Calcédome; tous quatre comparables aux évangiles, dans les droits qu'ils ont à notre soiuiiÎËsion ^ tous quatre célùltrvs daus lc« cent M
DfscotjRS. èôj
^îtigt-sîx ahnëes qu'on peut regarder, daïis ce premier âge, comme le temps de radolescencè de l'église , et auquel ce vaste corps , siTon peut s'exprimer ainsi , devait naturellement ëprouyer la plus grande fermentation. Aussi tous les chocs d'humeurs , de passions, d'opinions s'y faisant sentir, tous les principes qui les devaient calmer et régler, tousles points fondamentaux de la doctrine du salut , j furent fliscutés , éclaircis , à jamais constatés.
Assez peu de temps après néanmoins, on rit les relâchemens les plus étranges et les plus tristes scandales. Riei^ de plus hideux que le tahleau des mœurs africaines , que nous verrons hientôt dans les écrits véhémens du prêtre Salvien. Saint Jérôme et saint Chrysostome ne parlent guère moins fortement des ahus qu'ils avaient sous les yeux. Jérôme, si respectueux à l'égard de l'église romaine, dit toutefois que la contagion avait pénétré jusque dans cet nuguste sanctuaire 5 qu'il s'y trouvait des ecclésiastique(i aussi adonnés qu'on en voit de tios jours à cette afféterie ^ qui marque toujours la friyolité des mœurs , si elle n'en démontre pas la corruption -, que différens clercs hriguaienf; les offices qui les éloignaient le moins de la fréquentation ^es femmes 5 que d'autres, plus avares que voluptueux , s0 faisaient les complaisans des dames âgées et opulentes , afin d'avoir part à leurs lihéralités testamentaires. Dans les avertissemens de l'éloquent patriarche de Gonstantinople aux clercs de son église , on voit que les Grecs ne différaient des Latins , que par plus d'adresse à pallier et à légitimer en quelque sorte leurs liaisons suspectes avec des personnes dé sexe différent. Quel orage n'excita point, contre ce vigilant pastCur , l'opprobre dont il flétrit l'association des clercs avec ces personnes qu'ils appelaient sœurs adoptives; mais que le public nomma femmes sous-introduites ? Qu'on . juge de la jgrandeur du mal, par les excès où s'emportèrent les coupables , qui procurèrent au saint évêque le bannissement cruel , où sa vie succomba enfin à la continuité des mauvais traitemens. Mais qu'on remarque aussi le courage épiscopal, qui soutint les mceurs et la discipline au milieu de tant de calamités.
Si l'on vit encore l'ambition briguer l'épiscopat , on vit aussi rappel^ la pureté sévère des anciens canons. Il com-^ mençait à pas3er, cet heureux temps où il fallait, tantôt arracher de force un humble solitaire à sa grotte pour le faire
les puissances chargées de sa protection extérieure; et l'on remît en vigueur les canons , qui déclaraient indigne 4e l'épiscopat quiconque n'y était pas élevé malgré lui.. • ié^ relâcnemefit^ ei les ç^bus gagi^reut jusc^u^ù ccHe classe
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ÎirWildgi^e de fidèles, qui avuîcnt fait si ton|;-teinps l'^ili* i icalion et la plus douce consolation de Vëglise. L'espnt J d'erreur et de, faction mil toul en trouble parmi les 8olitaïres , préside intiombrahles dans l'empire d'Orient. Il* -puisèrent dans lea principes d'£utycliès le goût de l'indépendance, de la sédition, et de la reliellion déclarée. l>es attentats des hérétiques excitèrent quelquefois l'entliousiasme et la rivalité parmi les orthodoxes. Ainsi verrat-on une trotipe de cinq cents moines, faire, du mont de Niti'ie , une irruption dans lu capit:<le d'Egypte, et porter une main violente sur le gouverneur de cette proTince ^ parce qu'il se montrait contraire aux. défenseurs de la saine <tocti-ine. Os verra dans les troubles de l'origénisme', let
5 artisans liérétiques de.Théodore de Césarée et de Domitieik 'Ancyre , former une armée des moines leurs ancien! I confrères , assiéger en règle les iaures catholiques, livrer ( des assauts et des Latailles, donner tous les spectacles dft j la guerre , en inonder la scène d'un tleuve de sang.
Quelle épreuve sur-tout, de voir les trois grands siégei'a de l'Orient occupés tous ensemble par les euty chiens ^v l'église impériale abandonnée k la perfidie d'Acuce ; ccUi^n d'Alesandrie successivement en proie il Timolliée Elure e<l à Pierre Monge ; un autre Pierre quitter le maillet de foulon pour le hàton pastoral, et porter sur l'auguste siège d'Antiocbe des sentinicns indignes même de la plus vile prn-. fession ! L'église courut un péril plus grand encore sous le lyrati Basilisque , qui lit cotidauner les saints décrets Ae^tJ Calcédoine par cinq cents évéques ; et l'égalité que l'em- / pereurZdnon établit, par son Hénolique , entre l'hérésla. ]
ingercus encore. |
luveaux dangei» I c les débris dét } * barbares :
Li des aectei
et la vérité , fut peut-être un piège plut que le scandale de cet attentat.
En Occident , au premier aspect des
?uc va courir l'église , abandonnée , empire , à la férocité de vingt peuples la croirait encore plus chancelante qu'a
orientales? Mais la suite des événemens ne servira qu'%1 faire mieux entrer dans les vues de l'étemel ConservaleuC j de l'édillce de son Christ. Tel que la pierre angulaire sut laquelle il s'élève , il brise tout ce qui vient y heurter; oo comme un navire invincible , il précipite et submerge sou» sa masse les frflles esquifs qui gâncnt son passage. L'église devait être abattue , bouleversée , anéantie par les violentes irruptions qui avaient renversé le trône des-Césars : elle triomphe au contraire des vainqueurs, qui ont triomphé de» maîtres du monde.
Elle n'imprime pas seulement le respect , par ses hnm blés ministres, au terrible Attila , si justement stn^omin^Ê le fléau de Dieu ; à Odoacre , le contempteur et le de»- U'ucteur de la dignité impénale j mai» ellu impose sou joti^
Discours.^ 669
au pins grand de ces nouveaux potentats. Abaisse ton front , fier Sîcambre , dit-elle au fondateur de celle de ces puissances qui tient encore le premier rang cntr' elles ; adore ce (jue tu blasphémais , et brûle ce que tu as adoré. Les Anglais-Saxons mettent le comble à l'infortune de la Grande- Bretagne , quilesarait appelés à son secours. Desessaimsd'op* Dresseurs , au lieu de libérateurs , abordent sans cesse h. cette belle conquête /et ils y établissent jusqu'à sept tyrans. Mais quand ils en auront subjugué les peuples et les princes , vous leur verrez embrasser le culte saint et les lois des vaincus ; faire , du théâtre de leur brigandage , la terre des saints et le plus sûr asile de la religion.
Si les Barbares infectés de l'hérésie se montrent encore plus. ennemis de la vraie foi que les idolâtres ^la protection du Seigneur sur son église en paraîtra aussi plus sensible , -d^ns les hommages sincères qu'ils lui rendront à leur tour. Admirons d'abord l'économie de la providence , qui ne leur permit de franchir les barrières où elle les tenait resserrés , qu'après que l'arianisme , détruit ou du moins diffamé ^ans l'empire , n'eut plus rien de séduisant -, et qu'au lieu d'apostats , ses féroces et grossiers sectateurs ne 2K>uvaient plus faire que des martyrs. Alors ceux des Barbares qui avaient marqué le plus d'attachement aux impiétés d Arius , les Suèves , à l'exemple de leur roi ïhéodmir, les Yisigoths , sur les traCes du pieux Bécarède , signalent leur catholicité entre toutes les nations anciennes et modernes , en tirent le titre le plus flatteur pour leur monarque , et le plus révéré des peuples.
Si le Vandale endurci s obstine irrémédiablement dans l'erreur , la divine justice brise le sceptre dans la main que la clémence n'a» point fléchie , et tire l'avantage le plus
Srécieux pour les fidèles , de la dureté des persécuteurs, ^figurée avant ces épreuves par les taches les plus flétrissantes, l'église d'Afrique perd l'aliment de ces vices , qui se consument dans le creuset des persécutions -, et sa vertu , aussi-bien que sa foi , en sort si pure et si vigoureuse , qu'on ne la verra plus se démentir. Pour ruiner le christianisme en Afrique , les sectateurs de l'alcoran seront réduits à * exterminer les Africains mêmes , et à partager avec les lions et les tigres leur domination destructive. En un mot, la foi chrétienne triomphera si parfaitement de l'idolâtrie et de l'hérésie barbare , qu'avant la fin du sixième siècle , tous ces nouveaux maîtres , Hérules , Ostrogoths et Lombards en Italie } Yisigoths , Alains et Suèves en Espagne } Francs et Bourguignons dans les Gaules 5 ou perdront leur couronne et leur nom , ou , abjurant l'impiété , rendront leurs hommages au fils de Dieu et à. son église.
Il est vrai que la plupart de ces premiers princes que l'épouse de Jestts-Gbrist avait enfantés avec tant de douleur ^
G~a D I s c o tJ n f.
)ai firent éprouver bien d'antres amertumes ; ils affli^ anr-lout celle mère si tendre , par la négligence de leu^ intérêt oajiitnl , de l'affaire uniquement néceasaire du salât. Mais en fuisunt des plaies luonelles h leurs propres âmes, ils poursuivaient au moins les vices étrangers , et applaudissaient aux Terlus qui ne choquaient pas tle front leur» IieucliHDS. Souvent même , avec une droilure conforme à eurs moeurs dures mais intègres , ils protionçaieut coutrt , eux - mêmes , et se portaient à des pénitences que la s^ j gesse des pasteurs était obligée de modérer. Leur fervenrj .1 impétueuse et passagère , si l'on veut, ignorait au moiuï CCS lenteuis da la circonspection et de la politique , qui font manquer toutes les reuvres d'édification , ou qui leur enlèvent presque tout ce qu'elles ont d'édifiimt. On en verrl quelques-uns, tels que Sigismond , roi de Bourgoene, Hprès un crime à peine commis , en marquer une douleur que toutes les œuvres d'expiation ne pouvaient calmer , et prier efticacement la divine îusticc de le laver elle-même dans leur sang. Vous verrez Ctiildebert , api'ès qu'il eut , trempé ses muins dans le sang de ses neveux , s'arrêtei' dans rexécnlion même de ce forfait, et s'appliquer tout Itl reste de sa vie à cousoler l'église de cet énorme scandai^ \ La plupart de ces princes, tandis même cru'ilss'abaadon<naieutà leurs passions , marquaient du Eèle pour tous les genres de bonnes oeuvres qui ne contraignaient point leurs penchans , et qui ne laissaient pas de contribuer à l'avancement du service divin. De là tant de mont riclicmcnt Ësndés pour servîrd'asiles à la piété d'une inS" 1 nité de fidèles i tant d'églises bâties et ornées avec magnificence ; tant de dons et d'institutions de tontes les sortes , pour le bon ordre et la majesté du culte public.
Ces princes vicieux , mais qui aimaient ou estimaient la. J vertu , révéraient les pasteuis , prenaient souvent leurs coii>> 1 Bcils ; libres, dans leur ignorance, de nos savans para* doxes et de nos raffinemens pernicieux , ils concevaient aa moins l'étroite connexion des intérêts de la religion avec ceux de leurs couronnes et avec la soumission des peaples; ils maintenaient les mœurs, la discipline et l'obéissance due & ses dépositaires naturels , à tant d'évëqnes si vénérables d'ailleurs , dnnt le Seigneur pourvut alors les ré- <fions conquises plus abunditmment peut - être qu'à nulle autre époque. Bornons aux provinces de la GaUle une ént>m^ration qui ne finirait point : quels plus dignes pasteuis
Sie saint Avit de Vienne, saint Médard de Sojnn , saint ildard ou Godard de Rouen, les saints Germains d'Auserne .et de Paris, saint Loup de Troves, saint Grégoire de Tour», saint Paul de Léon , saint Lo de Coutances , saint Suluicc de Bonrps, saint Gai deClermont, ^nintCésnim d'Arles, . — nûnité d'autres , presque tous coniemporains ! ^t
ta ëocî^t^ des Barbares , devenus cîtoyen« , ayalt occasÎQné des relâchemens et des désordres presque inévitables 5 aveo quelle vigilance , quelle sagesse , quelle persévérance in- «itigable y soii dans leurs diocèses particuliers , soit dant leurs fréquens conciles, ils étudiaient les momens , ili cboîsissaient les moyens les mieux assortis aux temps et aux personnes , pour empêcher les progrès des abufi ^
primitif! S'ils usaient d'indulgence envers des vainqueur! nouvellement passés de la barbarîe à la loi sublime da Christ , leurs compensations très -sages n'étaient pas moini justes : sans se relâcher sur les obligations indispensables ^ entre les voies différentes qui conduisaient aU même terme, ils leur itidiquaiént au contraire les plus propres à les y faire enfin parvenir.
Le dommage le plus considérable que les Barbares cau<^ tèrent à l'église , fut sans contredit la décadence des Sciences et des études , si incompatibles avec leurs mœurs vagabondes, avec leurs courses perpétuelles et leurs expéditions tumul-* tueuses. Ce qui faisait le principal soutien de la foi et des moeurs depuis la fin des persécutions générales , les fruits des sa vans travaux des pères et des iSaints docteurs furent «u moins négligés des nations nouvelles, s'ils n'encoururent point le mépris général qu'elles avaient conçu pour la culture des arts libéraux : occupation exclusive des vaincus , c'est-à-dire , des anciens habitans , et qui , partîci* pant au discrédit de ceux qui ta remplissaient ^ ne passa.
Ï)lus dans l'esprit des vainqueurs que pour un exercice de acheté ou de mollesse. Mais il n'en est pas des science* comme des empires , dont une bataille perdue peut consommer la Catastrophe. Il fallut des siècles entiers pour faire tomber les études et les arts j ce qui ne s'effectua ique dans le second âge de l'église. Mais pour le premier Age , il fut presque toujours également lumineux dans ,toute l'étendue ds son cours. A l'époque même de l'invaaion des Barbares , le ciel prodigua la doctrine et lei lumières, avec une profttsioil capable de refluer jusque «ur les jours ténébreux que tant d orages devaient naturellement amener.
Combien de traits éelatans de tertti , aussi-bien que dé doctrine -, n'illustrèrent-ils pas encore le sixième siècle ? En Orient même , où l'esprit de fol et d'tinité menaçait déjà d'un triste déclin", ou les empereurs Anastase et^Jus* tinien trouvèrent en si grand nombre des clercs , des abbés, des évèques, faciles à seconder leurs profanes entreprises^ on voit néanmoins de saints prélats et d'illustreg «énobites , incapables de trahir pour César la cause de ()iea« fels tous admirerez ^ eo.t^e U» lioUtaireS; d^iat
672 Discours."
Sabas et aaînl Tliéodose , qui , de l'intégrît iirenl la base de la discipline el de la perfection i dont ils lurent les restaurateurs. Si les patriarches c tioche et de JtSrusaleui , Flavien el Elie , oublient jusqu'à la vénénition duc à un concile oecuménique; si MacÂIonius a la faiblesse ou lii simplicité de souscrire k l'Héno tique de Zenon ; tous verrez ces nièmes évêques réparer leur faute avec avantage , et perdre leurs siéaes plutôt que d'abandonner la foi j TOUS verrez Justinien lui-même, si mal dclairé sur tant d'autres iutéréts de l'église , la léger par ses lois , l'bonorcr par sun zèle pour la n tîon (Tune foule d'Ii^r^tiques et de scbismatiques , Tailler avec empressement à l'étendre cbez les nation^ infidèles.
Mais c'est en Occident,, gue l'âge de ferveur mérit toute la gloire de ce litre jusqu'il son dernier périw Vous y Terrez saint Benoit, eu Italie, cet illustre patriaj che de nos cénobites , donl les vertus el les miracles eureôj des rois pour témoins et pour admirateurs ; S. Colomban j dans l'île des Saints , puis dans les royaumes divers de i ^ Gaule; saint Martin de Durae , en Espagne; saint FulJ aence , en Afrique el sur les côtes sauvages de la SardaignC;^, dans les repaires écartés de la piraterie et du brigandage ; vous les verrez faire fleurir la piété' , la régularité , le détacliement , la concorde , toute la sublimité des vertus admirées dans la société des premiers fidèles. Je ne parle point de leurs disciples innombrables , et presque i admirables que les maîtres ; bien moins encore de la 1 titude infinie des chrétiens pari'aitK , qui brillèrent danj toutes les conditions , et sur-tout dans l'épiscopnt. Saf ' Gi'égoire , k qui sa vertu , sa sagesse et sa. doctrine e quii'ent avec tant de justice le surnom de Grand, eût su lui seul pour illustrer h jamais son siècle.
Après tant de prodiges de vertu , est-il besoin de relevei les miracles , qui , moins friïquens fi la vérité , temps de l'établissement de l'église , y éclataient encore pour faciliter ses progrès , et qui n'y cesseront 1 aucun ÎLce , puisque Dieu est à jamais admirable dans saiuts ? baus parcourir au loin tant de lieux consacrés les cendres des amis de Dieu qui y reposaient , et la profusion des dons merveilleux d'en haut attirait cesse des milliers de pèlerins ; n'avons-nous pas , an ce de notre patrie , de quoi convaincre tous ceux qui a pas pris une résolution £se et préméditée de se refuser la persuasion 7 Qui peut , sans un scepticisme absolu , vir , après une .possession de tant de siècles, le titre thaumaturge à salut Martin de Tours ?Or, est-il ml attesté , que les mer>elllRs sans nombre qui le lui acq f«nt ?<IS'esl-il pus eonsI(jiié dansles mômes wonumcus qi
Discours: 673
la conTersîon , que la religion de nos premiers rois y qui érigèrent tant de temples et d'oratoires à ce puissant patron , qi^i lui firent hommage de tant de. yictoires et lui en consacrèrent de si magnifiques trophées , à qui les sermens faits par son nom parurent si terrihles et si inyiola* bles y qui célébraient ses fêtes avec une solennité et une allégresse dont noua retrouvons encore des vestiges après quatorze siècles ?
Qu'on objecte, à la persuasion de l'univers, des lieux communs , des déclamations de rhéteur , sur la simplicité et la crédulité des temps antiques; au jugement des personnes tant soit peu versées dans la connaissance de l'antiquité , ce ne sont là que les vagues défaites de la mauvaise foi y ou d'une ignorance méprisable. Nous aurons soin de faire observer la religieuse y la scrupuleuse circonspection des prélats , dans Texamen et la publication des miracles. Dès les premiers siècles , on chassa de l'église les imposteurs abusés par un faux zèle pour la
Sloire des apôtres et des martyrs , k qui ils attribuaient es écrits ou des œuvres merveilleuses de leur propre invention. Dans le cinquième siècle , vous verrez saint Augustin présider lui-même aux relations des miracles opérés par les reliques de saint Etienne y et à la rédaction des monumens qui en devaient perpétuer le souvenir. Avec quelle sagesse ne procéda-t-il point , soit à la vérification , soit à la confirmation des moindres circonstances de ces merveilles , quoiqu'elles eussent eu pour témoins les villes entières d'Uzale et de Càlame ? Dans la lecture de ces técits , qu'on fit publiquement à la fête du saint martyr pendant une longue suite d'années , on s'arrêtait à chaque miracle y et l'on faisait paraître la personne sur laquelle il s'était opéré^ , afin que tout le monde en reconnût la
qui peut contribuer à la sûreté du sacré dépôt ; telle sera ^ comme vous le verrez dans toute la suite de cet ouvrage , la fidélité de celui qui a promis d'être avec elle jusqu'à li^ consommation des siècles.
Il ne faut que suivre sans préoccupation l'histoire des
Sérils et des triomphes de l'église , po^r se convaincre e la vérité et de la divinité de la religion qu'elle nous enseigne ; comme il suffit d'observer la marche de l'impiété , pour en sentir la faiblesse et l'inconséquence. Les pomes d'un discours ne nous permettent pas de vous développer cette seconde partie d'un parallèle qui donnerait tant de relief à ce que nous avons dit jusqu ici y mais qui — ft'y rapporte que d'unc SBiftnîère indirecte. Cest tMea ^
f^ Discouns. J|
' 'poqr templir nos vues capitales , de Tousfaîre oLserTCp erf^ îiiiissaiit, que le sopliislc incrédule ne tient pour l'ordinaire « sc^s opinions , ipi autant qu'il tient à ses vices : il ne peut Be dtSfendre contre les preuves de nos vérités , snua se dire întérieureineni qu'il croirait en toute autre matière , s'il svait les niâmes motifs j que si la foi se trouvait auSsi favorable aux passions qu'elle leu(- est contraire , il l'embrasserait sans répugnance : il ne douta point tant qu'il eut des ipœttrs ; ce n'est que depuis ses diibordemens que ses in- J certitudes sont nées. 1
D'abord il a frémi de ce qu'il excusa iusensiblemeaf * comme une simple faiblesse : il en a fait gloire dans Ift ' suite. Cependant le ver rongeur de la conscience lui faisait passer de cruels niomens , il entreprit de l'étouffer. Pour cela , il fallut étouffer aussi tout pressentiment d'un avenir funeste : il imagina donc qu'aune majesté infiniment bienfaisante, infiniment ticureitse, il ne convenait pas de s'occuper de vils atàmes tels que nous, encore nioins de les punir. iVIais un être fait k. raisonner ne pouvait , pour ainsi dirè , prendre pied sur un fonds si mouvant , ni s'arrêter sur une pente si rapide : il a donc prononcé que l'urne mourrait avec le corps , ainsi qu'elle était née : et de là ce grossier matérialisme , cet horrible système d'un tout purement sensible , qui , lisant le bonheur de l'homme aux plaisirs des sens , borne son devoir comme ses vœux -i les satisfaire. Principes contradictoires et ruineux, établis dans le désordre , et rétractés dans ia pénitence. Dans la force de rage , dans une santé qui promettait une vie longue , ou blasphémait sans retenue ; au déclin de la vie ou des forces , on croit , on prie , on ne s'abandonne que trop souvent à la crainte servile et lâche des Antiochns , an funeste désespoir du disciple perGde- Si quelques-uns soutiennent mieux le personnage de l'orgueil , qu'en conclure ? sinon que d'aveugles victimes sacrifient leur éternité môme au même fantôme à qui elles ont sacrilié tonte leur vie.
Quelle conviction, quelle évidence ne faudrait-il pas avoir , pour prendre nue détermination qui décide d ua si gra nd .intérêt ? Mais loin d'avoir l'évidence de leur côté , les plus dursméeréans conviennent qu'ils n'ont jamai^pn bvancer au delà du doute. Attachés à un coin du monde, et ne sachant dans leurs principes d'où ils viennent ni oii ils lout , si nous en crovonïi un sage , aussi habile à sonder les profondeurs du cceur humain qu'à mesurer l'inimeusité de l'espace ; ne voyant qu'infinités et qu'abymes prêts à les encloutir de toute part ; mortels , comme ils n'en sauraient douter, et ayant fourni pour la plupart une grande partie de leur carrière mortelle : ton! ce ^u'ib a^na\ ùtJHbUabJexiteot , c'en çiu'uu sortir i^
ieetteTie, ils tomberont dans le iléaut on dans Fenfer ; et dé leur incertitade- dur cette altematire effroyable , ils concluent à passer le reste de leurs' jours^ dans 1- indécision et dans une stujpide inertie , ou même à irriter de noûreatt le Dieu terrible qui le- jugera^, silivant la persuasion de tous les hommes plus réglés , et , par une consé^itence au ]^în3 très^rraisemblable , plus éclairés qu'eux. Si c'est là ee qu'on' appelle esprit fort , la force de l'esprit consista donc à courir ayeu^ément deshai^rds aussi ^évi tables que formidables , k quitter la marche de la prudence et de la ^ondîiit^ que l'on suit en toute autre affaire , à brayér le ]^Ius hardiment la raison et la conscience en faVeur dei passions.
Qu'aurait-elle donc gagné, cette bravoure étrange ^' quand nous nous tromperions avec les apôti^es ^ avec le»
i^i^dule se plaît à ^imaginer , d'étrè anéanti à la mort ? ^'est au contraire le délire d'un criminel ^ qui attente k ses jours dkns son cachot , afin d'éehapper au supplice. La vie est si peu de chose : que risquerait l'ennenii de Ift foi j quand par impossible ses parodoxes seraient autant de démomtrations' ? dépasser quelques années dan» la paix: et la considération que procure la vertu , d'être juste et honoré , sociable et chéri , réclé dans ses moeurs , bon époux bonpère y bon citoyen. Voilà ce que produit la sdumissiou Mncère au joug^ de là foi : vérité si constante et si généra-<* lement reconnue , que ceux qui n'ont pas le courage de lei;
Îorte): y souhaitent au moins cet avantage à leu^s enfans f leurs épouses , à toutes les personnes qui ont avec eux des rapports ou des affaires d une véritable importance^ ■; En effet , quel fond peut*on faire sur un homme > qnî/ fielo»«ses maximes , doit mépriser tontes les lois dont Pinfraction' peut demeurer inconnue , et qiii ne s'astreint qua^ par inconséquence à leur observation 7 Car s'il n'est pomi^ de Législateur étemel, de stfprénle . B^niraiératèur , lesf lois dépouillées de leur sanction n'ont plus rien de respectable , toutes les règles de nos sentimens et de nos ac<
d'ordre public fondé en raison ; chaque citoyen doit tout rapporter à son bien privée l'autorité du prince ou des magistrats n'est que tyrannie ^ l'esprit de subordination , que lâcheté; et l'mdépendance la plus audacieuse sera li^ magnanimité la plus digne d'éloges. Suites désastreuses et si nécessaires de l'impiété, qu'un impie fut une espè e de iuonstre dans tous les siècles ; et pour tous les peuples : i)
6it6 Discours'
n'a point encore cessé d'ôtre un objet d'effroi et'd'c
pour U muUilude ; lui-même ne peut façonner son oreille
k son propre nom , dont il^e tient offensé , comme d'une
A' cTiécnu^^^
Mais elle ne convient pas seulement k l'apostasie déclarée, celte qualification si odieuse et si réyoltante : apfrenons-lc i ces amea téméraires et faibles qui n'ont ni humble réserve de la foi , ni l'audace impudente de l'athéisme i qni' doutent et qui croient, suivant leur caprice ; qui se permettent des questions ironiques, de sophistiques assertions , des blasphèmes couverts et palliés, dont le développement peut-être leur ferait horreur. Non , il i n'est point ici de milieu : du moindre point de révélation 1 rejeté ou révoqué seulement en doute , jusqu'à l'entière- j subversion du dogme et de la morale évungélique , il est ' une connexion aussi étroite et aussi nécessaire , qu'il est indubitat^e que la Vérité incréée doit se montrer fidèle dans toutes ses paroles. Si tout ce qu'elle nous a révélé , û tout ce que l'église nous oblige de croire , n'est pas certain dans toute son étendue ; il n'en reste rien du tout qui , sous ce rapport et en vertu de la foi , mérite la moindre croyance , le respect le moins sérieux. , le. plus faible ménagement. Il faut donc révérer et croire généralement tout ce que la foi nous enseigne , ou fouler tout aux pieds , sans esceplîon et sans réserve , sans nulle considëratioB politique ou sociale, sans craindre des suites, qui, ne pouvant plus être qu'un mal infiniment moindre que la tyrannie de l'erreur, ne sauraient plus tenir en balance que les fourbes et les lâches : résultat horrible , mais nécessaire , des premières licences en matière d'impiété.
Qu'on rapproche k présent de l'histoire de l'église considérée sur-tout dans son premier âge , c'est-à-dire de la merveille de son établissement et de sa propagation , la légère esquisse que nous venons de tracer des égaremen» de l'incrédulité ; et qu'on prononce sur la prépondérance , suivant les notions les plus comumues de la raison et du jugement : c'est ce que nous abaudonnoug aux réHexioiU de nos lecteurs.
Fin du Discourt,