LE PREMIER AGE DE L'ÉGLISE
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Jl ouR soumettre son esprit au joug de la foi , <[uand le cœur n^est pas indocile aux impressions de la grâce y il suffit de bien connaître la religion chr^étienne , d'en suivre l'histoire ou celle de F église qui n'^n est pas différente 5 mais il ne sera pas inutile de suggérer les réflexions les plus propres à en faire retirer ce fruit. Parvenus au milieu du premier âge , qui comprend six siècles , et qui remplit une partie si considéi*abre , et la plus importante peut-itre de notre carrière ; nous nous y arrêterons quelques momens y comme au point de vue le plus commode , soit pour replier nos regards sur ce qui s'est rencontré de plus mémorable dans l'espace que nous avons déjà parcouru y soit pour porter un coup d'œil anticipé sur ce qui nous en reste à parcourir. L'église, dans sa signification générale y comprend la société des fidèles de tous les temps i mais il n'est pas question de reprendre ici les choses de si haut y puisque notre narration se renferme dans les bornes de l'église qui porte en particulier le nom de chrétienne. Il n'est question d'observer , dans les temps antiques y que ce qu'us présentent de plus propre à manifester la sagesse de 1 économie divine f^r rapport à l'établissement et à la propagation de la foi , qui sont l'objet de nos réflexions.
Qu'on se rappelle , en passant , le renversement de For^ dre primitif causé par le péché 3 le genre humain , en proie là F ignorance , devenu le jouet de ses passions , dépouillé de noblesse, de sentiment, et par-là même dégradé, affaibli y indigent et malheureux. Car les liens de la vertu et du sentiment une fois rompus , ceux de la société se rompirent en mille endroits y et se rélâchèrent de toute part. Des troupes d'hommes sauvages et presque abrutis
{*) On doit lire ce Discours immédiatement aprèi I0 Livre dixième , page SjS.
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se craifçnîrCTit snr-tout les uns les autres ; et parmT cniTf il n'y eut plus que la ressemblance naturelle qui maintint quelque reste de confiance , telle ou moindre k plusieurs égards que parmi les animaui, qui, ayant moins de besoins et moins de vues que l'Iioiume, avaient aussi moins de sujets de se fuir et de s'entre-J^lrtiire. Tout occupi^s, en ce triste <!tat, des périls et des i>esoins du corps, ils devinrent presque incapables des fonctions in:ell<>eluelU's : les neilleurs naturels s'altt'rèrent, les idëns s'obscui-cirent^^it , si la faculté de la raison subsista , les sens en absorbëreat le principal exercice.
On vît , il est rrai , et même dès la première antiquité , des peuples nombreux , cliez qui les droits de l'iiunianité , ou au moins les lois de la socie'ld paraissaient beaucoup mieux maintenues. Mais que furent, par rapport à tout l'univers , ces grands états qui s'arrogèrent tour k tour \t^ titre superbe d empires universels ? Que furent, Bur-tont- ^ar rapport aux dogmes et aux mceurs, les lumières dei mages de Perse, des prfitres de l'Egypte, de toutes les écolel; de la Grèce ? Les plus grandes confédérations ne serrîrent* elles pas souvent 4 rassembler d'autant plus de vices et d'ex-». travagH lices ? Parmi elles , conime dans les hordes barliarea f les principes mêmes de la loi naturelle , dégénérèrent fn une superstition insensée , en une stupide idolâtrie.
De tout temps , qnelques génies supérieurs , soit par \à force du raisonnement , soit plutAt par leur application k recueillir les restes peu connus des traditions anciennes f ces amateurs ou admirateurs delà sagesse s'étaient éieréâ au-dessus de bien des evreurs vulgaires, sur l'article de la religion et des mœurs. Quand toutes les nations policée! ne tirent plus qu'un peuple , dont Borne était la capitale et le centre , la philosophie rassemblant ces découverte* éparses , etpnisanl beaucoup plus encore dans les monu^ tnens des Juifs , devenus concitoyens des Gentils , elle prit ■ré de force et de lumière, qui paraissait devoir euRs
(<er les rêveries du paganisme. Il semblait au moins es objets accessibles à la raison , en passant par tant 'esprits philosophiques , avaient acquis les qualités c
labiés pour entrer dans les classes subalternes d'intelligences , et pour pénétrer jusq^ue dans l'ordre populaire.
Cependant ces fau:^ sages, loin d'éclairer les peuples, retinrent Ucbementla vérité captive; et après avoir connu Sieu, Ils continuèrent de rendre les honneurs divins , avec , le vulgaire abusé , à de vains simulacres d'hommes, d'animaux , de créatures et de chimères de toute espèce. Ainsi , le Créateur demeurait toujours inconnu hors de la Judée ^ sinon i quelques Gentils qui fréquentèrent les synagogue* répandues en différens endroits de l'Europe ainsi que de l'Asie. Quanta la science des mœurs, lespiincipes Ici
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plus ineontestable^ , et presque tous contestes par Tétera nelle rivalité des sectes dÎTerses , n'avaient plus qu'un air de problème et de paradoxe , plus propre à serrir d'amU^ sèment à d'oiseux discoureurs , qu'à influer efficacement dans la conduite. Aussi y oyons-nous qtie les hommes les plus entêtés de leur seiebce s^ahandonn aient , suivant les reproches de l'apôtre j aux passions les plus ignominieuses y à aës excès qui ne contredisaient pas seulement leur spé« culaiive et stérile àageàse ^ mais qui dégradaient la nature t{t rabaissaient l'homme au-dessous de la brute. On peut dire néanmoins , que las et confus de ses erreui^ mons* irueuses , l'esprit hiunain , par la profondeur même de ses plaies , se trouvait en quelque sorte disposé à en recevoir le remède.
: Mais que ,de prodiges ne restaitril point à opérer au Réparateur promis et chargé d'enter la grâce sur la nature, tant pour la dégager de la sève infecte qui la viciait jus*» ^ue dans le fond de sa constitution y que pour lui faire produire des fruits capables de plaire au Dieu de toute iainteté ! G'e^ la merveille que nous allons considéref* dans ce premier àse de l'église , ou dans les six premiers siècles : temps de terf eur et de lumière , les plus propres san& doute à nous donner de notre religion l'idée qu'elle ^ mérite , à prouver sa vérité et ^a divinité. Mais afin de rendre cette preuve plus complète et plu6 efficace ^ avantde contempler 1^ merveille 4e l'établissement et de la propagation de l'égKse, nous la considérerons elle - même ^ nous fixerons quelques momens nos regards sur l'exoel-i» lence même de la foi chi^tienne : puis nous observerons f dans le long cours de son premier âge , le prodige de sa conservation y qui s'y rend déjà si sensible 5 quoique ce dernier moyen ait encore plus de force par rapport à la perpétuité de l'ceuvre de Dieu ^ dans les âges suivans.
E V premier lieu , rien de plus frappant que le portrait de l'église dès son premier âge. Quoique Içs commence-^ mens de toutes les institutions soient très-informes , le christianisme ne se montra pas plutôt dans l'univers , qu'il ravit d'admiration une multitude de spectateurs équitables et judicieux. Souvenez-vous de ce que nous avons raconté de la vie toute céleste des premiers disciples ; de leur dé-> tachement des biens de la terre , de cette charité généreuse j qui rendait leurs richesses communes entr'eux , oui leur faisait déposer leurs trésors aux pieds des apôtres , n'en tirant que le simple nécessaire avec leurs frères in^^ digens, et coupant ainsi la racine à la cupidité, à l'orgueil/ à la mollesse , à l'injustice , à toute iniquité. Qu'il vous souvienne des règles de morale , tracées d'après ces mo-^ dèles et consignées dans leurs monumens divins. Tout
corrompu qu'était le monde , avec quelle surprise ne élnt^ il pas voir un corps de doctrine , simple et sublime , portant sur les maximes les plus scnstSes et les plus lumineusL'S, surpassant avec uoe disproportion infinie ce que les sages de toutes les régions etae tous les siècles avaient enseigné de plus honnête , de plus conforme au cri de la vertu el de la saine raison ? Four disputer ce genre de gloire k la religion chr<; tienne , il a fallu changer jusqu'aux notions premières des vertus et de la vérité ; faire varier les essences immuahlcs des êtres , plus encore que les intérêts des passions , autant que les parties k jamais divisibles de la matière, d'oCi ces étranges raisonneurs tirent l'orïging et la différence de nos pensées. Mais ce renversement de tout principe et de toute raison , ou du moins l'excès d'ïm-
Sudence qui l'a fait tenter , était réservé à la philosophie e notre siècle. Four les philosophes les plus révérés de l'antiquité , comme c'eût élé une extravagance d'avancer clairement et publiquement que les axiomes, aujourd'hui les plus certains , nous paraîtront peut-être égalemeut faux dans la suite ; ils eussent pareillement rougi de pu-* Hier , que c'est faiblesse d'esprit de révérer ces premièreSL impressions de Tertu , gravées dans la substance même de notre ame par la nature , ou par l'éternelle raison , la mêiNC dans toutes les intelligences et dans tous les temps; que la docilité k la voix de la conscience et la crainte des remords est timidité puérile ; la pudeur^ un effet méprisable dupréjugé, plutôt que la gloire d* sexe; le vice enfin et la vertu , des mots vides de sens. Aussi quelle que filt la dépravation des gentils , plusieurs d'entr'eux ne virent qu'avec admiration , dans la doctrine de l'évangile , cet amas unique de lumières par rapport aux devoirs, cet assemblage de toutes les vérités qui règlent et sanGtifient les mœurs, sans nul mélange de corruption ni de travers. C'est pourquoi le degré d'indifférence ou d'affection oii ils se trouvaient par rapport k la vertu , décidait parmi enx de leurs dispositions à l'égard du christianisme. C'est dans le temps même des persécutions que l'on entendit Tertullien s'exprimer en ces termes : Qui hait notre religion , n'aima jamais sincèrement la vertu. Elle a trouvé son premier persécuteur dans le plus vicieux des tyrans, et Von peut juger de son excellence par la haine que lui a portés Héron. Rien n'est omis, rien n'est porté à des excès dé" i raisonnables , dans la morale évangélique : tout y conduit k la perfection et au bonheur de l'homme , au bon ordre du inonde , à la sûreté du commerce et des rapports dans toutes les sociétés- En un not , que les maximes de l'évangile soient obs^rées-, l'homme sera , aux yeux de sa conscience comme aux yeux de l'Etcrucl ; tout ce qu'il doiil Être.
. Lés lois humaines se bornent à défendre les crimes grossiers. C'est beaucoup pour vous de proscrire Tincesle et l'adultère , disait saint Grégoire de Nazianze aux gentils de son temps 5 et ce raisonnement se trouyera plus pressant encore , si on le fait remonter aux siècles antérieurs : pour le chrétien , c'est un crime de jeter un regard pas-r siouné sur une femme. Ce n'est pas même un éloge pour lui de s'abstenir de la débauche comme de tout vice honteux , puisqu'il fait profession d'affliger sa chair j afin d'en 1 prévenir les révoltes. Vous prescrivez > ajoutait ce père , 'amour des parens et de la patrie ; et nous devons avoir pour tous les hommes l'amour que nous sentons pour nousr mêmes, sans en excepter nos plus cruels ennemis* A l'égard du serment , nous formons la seule société où il soit dé^ /endu non-seulement de se parjurer , mais de jurer en vain. Quant à l'usage des richesses , si tous nos frères ne les foulent pas aux pieds d'une manière effective y il est enjoint à tous de les posséder comme ne les possédant pas 9 ou de n'y point attacher leur cœur. Combien sommes-nous éloignés de ravir le bien d'autrui y nous qui devons abandonner la tunique à celui qui nous arrache le manteau ? Nous bénis* 6011S ceux qui nous persécutent , si l'on nous donne un soufflet sur la ]oue droite y nous suivons l'évangile en présentant la gauche. Est-ce là une disposition à l'emportement et à l'injure, à la calomnie et aux faux témoignages? Vos législateurs n'ordonnent que des œuvres : nos lois vont à la ^source du mal , aux pensées et à la sensation ^ elles punis^ sent jusqu'au défaut de vigilance. C'est même un sujet de reproche parmi nous , de rester au niême point de vertu , sans nous efforcer continuellement de monter à un plos haut degré.
Pousso^^s ce parallèle , et observons avec précision , avec une pleine connaissance de cause , comment les sages les
5 lus vantés pour quelque point particulier de morale , se émentaient et se déshonoraient par mille autres endroits. Parmi ces amateurs de la sagesse y l'un permettait les vols de souplesse y l'autre bradait avec arrogance les hommes peu favorisés de la fortune. D'obscènes épicuriens faisaient consister la perfection ainsi que le bonheur dans les raffinemens de la volupté. Le superbe çtoïcien connaissait si mal la vertu, dont H. faisait a interminables éloges , qu'il était égal , à son jugement , de s'emporter contre le plus Til des animaux , ou d'égorger son propre père. Le plus renommé de tous , dans son plan de république , monument à jamais mémorable des écarts de l'esprit humain le {lus éclairé , quand il n'a point la révélation pour flameau , Platon , surnommé divin, par des panégyristes idolâtres , bannit la fidélité et la stabilité du mariage ; et s'il ne mérite pas incontestablement tout ce qu'on lui a fait de
reproches parrapport à la communauté ^ps femmes, îl Tonlirt feu moins donner la sanction des lois ji mille usugealiccticieiLt
Jui conduisaient également k l'anéantissement de la pueur. C'était uoe coutume légale chez certaines nations, de maudire leurs dieu\ quand ils paraissaient trop lents k à se rendre propices. D'autres, en égorgeant leurs liâtes, * prétendaient faire un sacrifice agréable aus dÎTinités do^ niestiques. On sait ce que cachaient l'en thons iasuie , le* initiutitius ei tous les mystères orientaux , où les pères immolaient leurs enfans , consacraient le déshonneur â« leurs lilles, et des escès plus abominables encore. Telle» étaient les conséquences pratiques des spéculations et de*
firincipes, dans les maîtres les plus vauLés comme dana eurs disciples.
Je ne parle point d'une troupe de misanthropes , tristes jouets de leur orgueil , qui, s'efforçHUt tour à tour d'eà varier la forme , dounèrcnt dans les écarts les plus in^ sensés. Oublions , ri ce triste, censeur , qui n'excepte qu6 ■es TÎces de ce qui le fait contium'Hemeut gémir ; et c* moqueur cynique, qui, la lanterne k la main, cherché l'homme en pleiu midi , et se cf.ndiimne à n'habiter qu'un, tonneau pour le plaisir puéril de l'ostentation ; et ce vaga^ bond superbe , qui jette ses biens i\ la mer pour ulfet*, redire de côte en cote , qu'il porte tout aTec lui : cV A le crime , et non le ridicule qui fait l'objet de uotr*
Wiiis la vie même de Socratc n'est point eiemple ds tache , et sa mort est déshonorée par ce lâclie respect humain, qui lui fit faire alors son bizarre sacrifice à Esculape. L'empereur philosophe , dont le panégyrique cuit* trente ans de travail k Pline , s'ahuudonua aux dernièrek infamies. Le chef tant vanté de l'école péripatéticienne, n'a pu cacher sa lâche passion pour une femme publique f qui lui fit supplanter son meilleur ami. La mort de plasieuFM autres n'est devenue fameuse que parles excès et le désespoifr t[ui la leurprocurèrent. On a su les horreui-s également impies et cruelles des assemblées nocturnes de Julien et de ses hellénistes. Ils n'étaient pas plus irréprochables dans la recherche des honneurs et des biens de fortune f ces imposteurs qui fiiisaient de si belles leçons de désint^ ressèment et de modestie. Le cjnique méprisaut, donbnous avons déjà parlé , foula ans pieds le faste de Platon , maisavec un orgueil plus fastueux encore et plus insuppor-^ table. L'instituteur vauté d'Alexandre le grand est compté parmi ses plus lâches adulateurs. Pjthagore et Zénoft tentèrent d'usurper la souveraine puissance. Enfin llvppia» périt en voulant subjuguer sa patrie. Tels étaient les coryphées des sectes les plus fières de leurs vertus : car js. ne parle ni d'Epîcure , ni de son école ou de sou troupeau ,
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€Qmme l'appellent d'autres philosophes , qui 9 par ce mot seul , en donnent une idée juste quant àThonnèteté du aux devoirs.
Qu'on rapproche de ce tableau , je ne dirai pas les chefs Fëyérés des premiers chrétiens , mais la multitude indis^ tiucte de leurs disciples , assez capables de faire sentir de quel côté se trouve l'avantage de la comparaison. Qu'elle est édifiante et vraie 9 la peinture que nos premiers doc« leurs traçaient de ces âmes pacifiques , et bienfaisantes à l'égard de leurs plus cruels ennemis ! Malgré vos persécutions y disait TertuUien aux tyrans de son siècle avec cette noble fermeté que donne le témoignage de la cons-^ cience , notre candeur et notre fidélité ne vous sont point suspectes. La tête nue , levant au ciel des yeux purs et des mains innocentes, nous offrons des vœux ardens pour l'empiria et pour l'empereur ; et nous les offrons avec confiance, parce que nous y joignons , non quelques grains d'encens ou quelques coupes de vin arrachées à l'avarice , non le sang infect d'un taureau languissant qui ne res-« pirait que la mort } mais le digne tribut d'un corps chaste et d'une ame intègre. Il est vrai que nous ne célébronS^
Îas , comme vous , les fêtes du prince par de honteusetf ébauches ; nous n'imaginons pas que ce soit les hono-« l^r, de faire ces jours^là ce qui profanerait les autres jours. Nous ne crions point avec vous : Que Jupiter retranche sur nos années , pour ajouter à celles de César I Sans proférer leurs vœux avec cette ostentation imposante / les chrétiens se contentent de les faire entendre à leur pieu. Mais quels sont les plus sincères ? De quelle religion , dites-nous , étaient les Niger et les Albin 7 Ces rebelles , ainsi que' les parricides qui se coulent dans le palais, le poignard ouïe poison à fa main, furent-ils j a* 9Lais du nombre de nos frères , qui eûtrent néanmoins dans toutes les charges de l'état ? Vous les reconnaisses Vous-mêmes pour vos plus fidèles et vos plus braves guerriers:' et jamais reprochâtes-vous^ aucune lâcheté à des hommes
Îui puisent dans leur religion un mépris égal des plaisirs et e la douleur ? Ainsi , dans les tribunaux , est-il aucun de cous qui prononce des sentences d'iniquité, sachan^ que fiotre Dieu jugera les justices mêmes ? Nous reproche-t-on davantage , soit la perfidie dans l'amitié , soit la fraude ou l'infidélité dans le commerce ? La république nous est rede-« Table , au contraire, de la vie des indigens , qui périraient^ la plupart sans nos largesses.
Cet apologiste éloquent , qu'on ne peut se lasser d' entendre , tirant enfin la conséquence de ces principes , et défiant Î;éuéralement les persécuteurs de trouver aucun vice dans eurs saintes victimes' : Quel tort, leur dit-il avec assui» rance ; ne faites-YOus point à l'empire en proscriyaMt aimij
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ses plus TnrlueuT citoyens ? J'en uppe lie â ras sentetiffilfl^ mngistratB pi-épos(is pour purger la terre de i scélérats qui riiifecfeni : dans le grand nombre des coupables qui! vous condamner , ijui sont les larrons , les assassins , les parjures, les ennemis des mœurs ? S'y trouTC-t-il un seul clirëtien 7 S'il y en a dans tos prisons, tout leur crime n' est-il pas d'être chrétiens ? Les jugemens mêmes par où vous prétendez noua Uétrir , font notre plus grande gloire. En condamnant h la brutaiitë d'un impudique, nos vierges, iiilrépides à la vue des lions rugissans , vous manifestez à jamais que la perte de la pudeur est un plus grand malheur pour le chrétien que la perte de la vie.
Quant a la charité et à l'union admirable des fidèles entre eux , elle fut telle dans les premiers temps de l'église et lon^-temps après , qu'elle excita l'émulation et la jalousie des idolâtres. On a dû remarquer que Julien l'apostat , après mille efforts pour établir cette concorde et celte cordialité merveilleuse entre ses hellénistes, leur fit d'hutnilians reproches sur l'inutilité de ses tentatives.
Si la vertu s'affaiblit quand elle est moins exerce ; ai la charité se refroidit , et si l'iniquité abonde en sa place j on voit toujours paraître , comme nous l'avons observé , et comme nous aurone encore mille occasions de le faire , on: voit aumoinspar interralle des amesd'une élévation et d'une énergie extraordinaires, dont l'exemple et ie zèle rendent au\ mœurs chrétiennes leur intégrité primitive. Non-seulement dans les premiers siècles , maïs dans tous les temps et sous touH les climats , on trouve et l'on ne cessera de trotta ver des modèles de la vraie justice , malgré le torrent de I» perversité. Au moins est-il incontestable que le christianisme a aboli ou absolument flétri les excès les plus déshonorans pour la nature humaine. Cette affreuse dëhauche , dont les poètes et les philosophes païens s'entretenaient avetf'J indifférence , et que noas n'osons plus nommer , l'évangile ' a tellement réformé li^s idées sur cet article , que depuis son établissement on a regardé ceux qui eu sont souillés comme des monstres dignes d âtre anéantis par le feu, avec tout ce qui psurrailperpétuer la mémoire de leurs infamies. N'a-t-il
tas de m£me aboli , dans toute l'étendue de sa domination , is immolations impies des victimes humaines ? Oui , la foi seule a pu empêcher , et les adorateurs barbares , soit de Moloc , soit de tant d'autres démons homicides , de les rassasier du sang le plus cher ; et les Romaius , de sacrifier leurs semblables à Jupiter Latial ; et les Grecs , de les immoler à leurs morts illustres ainsi qu'à leurs dieux. Elle a introduit une sorte de clémence oud'humanitti jusque dani les horreurs de la guerre. Elle a du moins corrigé Pénomte atrocité desguerres antiques , où l'on méconnaissait !e droit le plus sacré des gens ; où l'on égorgeait de snoj froid le^
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éofhbattâns les plus signalés par leur valeur ; où il s'était établi un usage , presque inconeeyable à nos mceurs > d'im* moler l'enfant à peine sorti du sein de sa mère, d'égorger lea légions Taincues et désarmées , de jeter des peuples entiers dans les fers , d'atteler les rois etles reines au char du triom«» phateur, de réduire les femmes d'un rang auguste à des indî-» gnités mille fois pires que la mort. Enfin , notre religion , amie des hommes et si digne d'en être aimée ^ comme nous le verrons encore mieux par la suite , cette maîtresse bien« faisante des nations n'a point été satisfaite ^ qu'elle n'eût affranchi le genre humain , qu'elle n'eût abrogé légalement ou sagement restreint le droit accablant de la servitude* Parlerai-je du mariage , qu'elle a seule ramené , en tant de climats et d'une manière si fixe , à son unité et à sa stabilité primitive ? Nous en avons bien assez dit pour convaincre le^ personnes susceptibles de persuasion , qu'entre toutes les sectes et toutes les écoles , il n'en est aucune qui puisse entrer en parallèle avec l'église chrétienne , sur les enseignemens pratiques et favorables aux mœurs.
Sur les objets purement spéculatiâ ou qui n'ont qu'u^ rapport indirect avec les passions y sur la nature et les pern fections de l'Etre suprême , dans quels écarts n'a pas doim^ .toute la science du paganisme ? On rougira long-temps- de ses fables et de ses rêveries honteuses ; des dieux grossiers et vicieux y la division dans leur famille , les empo'rtemens et les • injures dans leur commerce , les festins et les folles' smours dans le ciel. M^is craignons d'insulter h. l'esprit ha<« xnain , en lui rappelant ses ancieni|es chimères.
La philosophie s'est enfin désabusée de ces extravagances. Que dis-je ? elle n'est sortie d'un précipice que pour se jeter dans un autre. Par quel horrible mélange n a-t-elle pas défiguré les vérités mêmes qu'elle conserve , et qu'elle doit à l'évangile ^ tandis qu'elle le blasphème ?
En voici une légère portion. Un être indépendant ,par conséquent nécessaire et parfait , à qui le vice et 1^ vertu sont égaux , qui ne récompense ni ne punit , dont rintelli<>^ gence serait surchargée ou la majesté dégradée par la multiplicité ou la petitesse des objets. Si l'on substitue le hasard. k cette divinité, qui ne vaut euère mieux : le bel ordre du monde | le cours invariable aes astres , l'enchaînement des saisons , la multiplication ou la reproduction presque infinie et si singulière des animaux et des {liantes chacun dans soa espèce , cette foule de phénomènes qui depuis si long-temps nous ravissent d'une admiration toujours nouvelle ; tout enfin , selon ce ruineux système , ne sera plus que l'ouvrage du hasard ; et Iç hasard, qui n'est rien, sera plus industrieux, plus habile que toutes les intelligences connues.
Ra^proehons de cj^s égaremens les idées que la religion çlu-éticnne nous donno^de la grandeur.de Dieu st de h puiè:
^Ù DlSCOITES»'
iance qm éclate daiis seâ éetLTrea» de f0n tnljpéikttrâb sagesse , de son immensité , de son indëpendanee, de tout^ ses iperfections infinies. Malgré le joug sous lequel la fol-' eaptive notre entendement y tontes les connaissances de Ift' philosophie , en comparaison des lumières du chrbtisdiisme. ne sont que ténèhres ou de Tains éclairs. Un enfaiitMjn&l; nous y dès la première aurore de la raison ; et à ïi Iimmuic^^ de l'église , un pécheur de Galilée , un corrojreur Se Tsjrse^ une marchande Lydienne , sont mieux instruits que l'àré<H|| page touchant la nature du Dieu inconnu, parlent plus digné^ ment des attributs divins y des propriétés de »otre ame -, dei solides vertus , que le portique et le Ijeém , que Socrate et Platon. Le peu d'expressions^Traiment sulilimes et lumi* neuses , qui ont tant fait exalter la sagacité de ces ]|^lo«* iophes , sont autantde richesses d'emprunt qu'on ne saoTiait BLécennaitre en relisant nos liyres saints. • Que si notre religion ne lève pas toujours le voile , sî lA lei dans son essor laisse la philosophie étonnée aundestoùt^ d'elle ; en un mot , si la foi surpasse la raison , elle ne la coUr tredit jamais. Impétueuse dans ses tentatives , oelle-ei estd'abord surprise que la vue claire de la vérité lui échappe f inais repliant ensuite ses réflexien^sur soi-même , ne doit^elle pas te dire , ou qu'elle serait devenue ce qu'elle n'était Ms, c'e8t-è-dire,d'une capacité infinie,ou que rÉtemel aurait eessé d'èlre «infini comme il l'est nécessairement , si elle* le comprenait 7 Et nous connaissons-nous nous-mêmes, pour oeneevpir l'immensité de l'Auteur de toute chose 7 Savons^' nous ce que c'est que le principe de vie qui nous anime^ pa# quelle vertu ce qui n'est plus uu n'est pas encore , se présente à notre vue comme ce qui existe ; par quel lien notvè ame tient à notre corps , ou si elle n'y ^est point attachée y comment elle le meut à son gré -, comment encore , si elle n'était que dans une de ses parties , elle pourrait les mouvoir toutes ; et comment elle n'en aurait ï)as l'extension , si incompatible avec sa propre nature , si elle était répandue dans le corps entier ?
Il est des questions moins subtiles , et plus capables encore de nous confondre. C'est l'éternelle Sagesse qui nous les fait elle-même dans la personne de Job : et que d'autres philosophes que les disciples de oette suprême Sagesse s'efforcent d'y repondre ! OA étiez-vous, dit-elle, quand je dessinais l'éaifice de l'univei^ ? Qui appliqua sur cette vaste masse la règle et le compas ? Sur quelle base portent ses fondemèns , et qui en a posé la première pierre ? Qui estce qui a circonscrit à la mer de si justes bornes ? Quelle chaîne , quel invisible frein contient si impérieusement la fougue de ses vagues écumantes ? Quelle région durant la nuit habite la lumière ? et quelle est , pendant le jour , la j^etrsLÎte des ténèbr?* ? Dans quels magasins sont eu réserve
les
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l0^ neiges et les frimats ? Par ^uel canal se rëpand à propos là mesure de chaleur et d'humidité propre à dérelopper les germes de Tie dans le sein du moins actif des élémens ? Comment cette houe j sans variété de couleurs ni de sareurs^
Iiroduit-elle des fleurs et des fruits de toute espèce ? D'oui es plantes , si richement dirersifiées , perdant chaque anné» leurs fruits , leur rerdure , et presque leur vie , tirent-elles régulièrement ces avantages pour Tannée suivante ? Qu'ici la philos<lphie superhe ancienne et moderne , donne sas solutions^ qu'elle dise.rien de plu» satisfaisant que ce que Paul^simple artisan , en apprit aux sages les plus instruits de la ' Grèce , quand il leur montra la cause de toutes ces opérations étonnantes dans la seule volonté de l'Etre créateur, en qui nous et tous les autres êtres vivons, agissons /existons.
Mais si la philosophie ne peut satisfaire à ces question;^ naturelles, si tout ce qui est sous ses yeux et sous sa main ren<^ ferme tant d'énigmes^ sera-t-il encore étonnant qu'elle ne^ puisse percer les ténèbres sacrées dont le Dieu de gloire sa plaît à s'envelopper 7 Rien n'imprime une si haute idée de sa g;randeur que les mystères impénétrables à notre faible en», tendement. Je n'aurais plus tant de respect pour ma religion ^ si elle tombait toute entière sous mes sens , si elle prétendait soumettre toutes les perceptions à la mesure bornée de moU' intelligence présente. Mais lorsque Dieu me révèle de Ii;i«. même une manière d'être élevée au-dessus de toutes mes con<« ceptions , une nature sans égale , et trois personnes d'une égalité parfaite y lorsqu'on m'étonne par des prodiges de honte et de sagesse sans moidèles ; un Dieu qui se fait homme pour réconcilier, pour allier les hommes aved Dieu; un Dieu qui
les peindre , ni paroles pour les exprimer , ne sauraient ètr^ des inventions Humaines. "
' Ces hautes vérités sont parfaitement liées l'une à l'autre.'* Qu'on observe le développement que l'apôtre fait , dana ses Epitres , des mystères de l'Homme-Dieu , sur-tout ea écrivant aux Romains , aux Gala tes et aux Hébreux ; quel ordre , quel enchaînement admirable toute ame droite n'y remarquera-t-elle point ? Les principes posés , tout se suit ^ tout s'explique de soi-même. Par -tout on aperçoit una justesse d' induction , un genre nécessaire de liaison , aussi visiblement divin que l'immensité de l'objet dont le fond échappe. Examinez tel point de notre foi qu'il vous plaira s si , par exemple , le premier homme a péché ; Dieu libre dans ses œuvres peut , après avoir. exercé sa justice contre les anges rebelles , jeter sur lui un regard de miséricorde. Mais s il veut , en signalant sa clémence , réparer , d'une manière pleine et en méxaie temps la pk^ convenable , l'ix)*
Tomé IL S$
$43 Discotthb^
jure faite i sa majesté; il faut que le libérateur qu'il en voia ' ' dans 3a seule personne , et la nature de l'homme , pour punir l'auteur de l'injure, et la nature du maître offensé , parce qu'étant sans égale , elle ne peut trouver qu'en elle seule une réparation proportionnée à l'offense : c'est* à-dire , que le Messie doit être Dieu et homme tout ea-* senible ; unir la nature divine et la nature humaine dana une personne d'une digni té infinie. S'il é tait seulement Dieuj il naurait pu , ni mourir , ni souffrir , ni faire d'oeuvre* expiatoires et pénibles. S'il n'était qu'un pur homme ^ C[uelque saint qu'on le supposât, toutes ses souffrances, y tous ses travaux n'eussent eu qu'un pris borné , et par coHn' séquent de nulle proportion avec la grandeur infinie OU'*, tragée par le péché. Il fallait donc une telle union entre les deux natures , que les œuvres de l'homme pussent véritablement s'attribuer à un Dieu , et que la divinité unie personnellement , mais sans confusion , avec l'humanité , conférât au grand œuvre de la rédemption sa valeur infinie. Le fond du mystère une fois présupposé , quel enchaînement de raison ne trouve-t-on pas dans son aévelop* pemenl et ses conséquences ?
Non , aucun de nos dogmes les plus impénétrables 110 ■combat la raison j ils ne contredisent que nos sens et nos
ÎiréJHgés ; et combien d'autres rérités incontestables , dans a classe la plus ordinaire , les contrarient également 7 Le rapport des sens est si trompeur , que c'est une des preinières mas.imea de la sagesse , de se tenir dans la défiance à. leur égard, Y prendrons-nous donc une confiance aveuslej '(Tuand il sera question de ce qu'il y a de plus inipënétrable » l'unité d'essence , par exemple , de la trinit^ de subsis-
'tances ou de personnes dans l'Être divin ? Mais d'où pi^>> vienueut les aifticultés qu'on trouve à croire ce profon4 mystère ? De ce que nous voyons , dans les hommes , qu'une nature ne constitue qu'une personne , et que plusieurs personnes font plusieurs natures distinctes. La difficulté vient donc de l'habitude ou du préjugé , et non du jugement ou des lumières de la raison. Pour les contredire, il faudrait «ffirmer et aïer la niéme chose , assurer qu'il n'y a qu'une nature divine et qu'il y a plus d'une nature divine , qu'il ■n'y a qu'un Dieu et qu'il y a trois Dieux. Or la foi même nous fait rejeter cette absurdité impie : elle enseigne qu'il n'est qu'une nature en Dieu , et qu'il y a cependant trois personnes. Qui nous induit donc à confondre les termes ne personne et de nature î c'est l'imagination seule , et non -pas l'intelligence. Mais pourpeu qu'on ait de circonspection, ne doit-on pas se tenir perpétuellement en garde contre l'imagination , ou contre le rapport des sens qui n'en diffère 'point 1 M'en rapnorté-je à mes yeux ou h mes sensations , guood elles me ifiseut que le solcii a'a qu'un pied de div:
éâÊ^L
Discbt7R§. 6^9^
Hoi^tre y que les couleurs sont quelque chose cte suivajoutë. aul corps et à la disposition des parties de leur surface ? La raison , d'un autre cètë , ne me dit-elle pas mie les propriétés des êtres sont analogues à leur nature ? JËlles sont donc nécessaires , dans l'Etre nécessaire ; parfaites dans l'Etre souyerainement parfait ; infinies , incompréhensibles y dans l'Etre à qui T immensité n'est pas moins essentielle que ses ftutres attHhuts. C'est donc une prétention insensée , que de vouloir les comprendre ; ce serait un travers , que d'entreprendre de les expliquer.
On ne veut pas croire le mystère de la Trinité , parce ^u'on ne le comprend pas : et c'est parce qu'on ne conçoit pas dans toute leur étendue , les termes de nature et de personne qui l'énoncent , qu'on répugne sans raison à lé croire , quoiqu'on n'y puisse certainement point trourer de contradiction. Nous savons et nous soutenons , contre l'im-»
{ùété de Sabellius , comme nous l'ayons fait remarquer dans 'histoire de sa condamnation , que les dénominations des Sersonnes divines ne sont pas des sons vains et dépourvus e sens , ou qui signifient des propriétés convenables k une même personne aussi-bien qu'à une même nature. Quoique nous n ayons pas des idées de tout ce que signifient ces ter» in es y nous en avons de suffisantes , pour n'en pas faire cet usage , aussi impie qu'abusif. Mais il faudrait avoir ces idéeff complètes , si 1 on peut s'exprimer de la sorte ; il faudrait savoir à fond ce que c'est que nature et personne , pour déci^ der par les lumières de la raison , s'il se peut ou s'il ne se peut pas , qu'il y ait plusieurs natures dans une seule per^ sonne , ou plusietirs personnes dans une seule nature. Jus* qu'à ce que nous soyons en état de faire une analyse exacte cte ces idées profondes et d'en saisir tous les rapports , noA fagemens naturels , portant sur de simples conjectures , ne seront que des présomptions hasardées et fort sujettes à erreur. Est-ce là le cas de crier à la contradiction , ou même k la pesanteur excessive du joug de la foi? On pourrait iànc rejeter les témoignages ^ mêmç du plus grand poids^ Sur tout ce qu^on ne pénétrerait point. Par conséquent , moins on aurait de science et de pénétration , plus on acquer» fait de droit de ne point s'en rapporter am personnes mieux instruites et plus éclairées. Feut-il être une conclu** sion plus déraisonnable ? et dès^lors fut-il jamaiis principe plus fautif que celui d'oik elle sort si naturellement ? ' On ne donne point en de pareils écarts , par rapport aux choses humaines. Combien de faits extraordinaires ne croit* on pas sans difficulté , quoiqu'ils semblent contredire tout te qu'on a vu , et qu'ils choquent tons les préjugés ? Tant d'exploits des héros de la Grèce et de Rome sont de vrais prodiges , par rapport à l'ordre commun des événemeiis : Qu n'en doute pas néanmoins ; parce qu'ils sont appil^jf^^ai^
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de» témoigtiSges irréfragables. Il est mÉme ie principe f qu'on n'élève point de contestation sur la possibilité def çiioses de fait, quand elles sont suffisamment attestées. Pour ■ ce qui est de la nature , combien d'inlpossibilités prétendues , en pbysique , que des expériences plus modernes ont fat disparaître? Ces objets sont toutefois du ressort de nos facultés naturelles ; ils sont incomparablement plus à leur portée , que les objets sublimes de la révélation : on rejette ' cens-ci , on admet cem-li ; quelle que soit la cause de cette conduite inégale , elle doit nous être d'autant pluB Suspecte , que tout l'avantage est du côté de nos mystères. Car, tandis qu'on n'aura point prouvé de contradiction manifeste en cette matière , on n'aura rien du tout prouvé î et l'on doit avoir au moins pressenti , après ce que noui ' Tenons de dire , qu'on n'a pas les notions suffisantes pour démontrer une pareille contradiction , quand par impos- (iblc elle existerait.
Ce n'est donc rien faire , que d'élever des difficultés , de donner lieu ù des doutes ou à des soupçons : c'est pourtant ce qve les incrédules ont fait de plus fort. Les uns en sont convenus avec francliiac et en termes exprès j les autres ont fait et font encore tous les jours le même aveu , d'una manière équivalante , en regardant les miracles de Jesu»- Christ , supposé leur vérité , comme une pivuve sans réplique de la divinité du cbristianisme. La résurrection de Lazare eAt converti Spinosa même, à ce qu'il assure, s'il en avait été témoin : c'est-à-dire , que la vue de ce miracle l'aurait convaincu , que ce qu'il présumait être contraire à
la raison n'y était pas réellement quent qu'il i^'y avait dans nos mystères que des contradictions présumées ou apparentes.
Mais qu'avons-nous besoin de pareils témoignages ? Tant de pères de l'église et de saints docteurs , génies vastes, sublimes , et non moins doués d<i pénétration et de discernement que de chaleur et d'éloquence , comme tout lecteur équitable en conviendra sur ce qu'il a vu des SS. Cyprien , Basile , Grégoire de Nazianze , Ambroise , Clirysostome , Jérôme , Augustin ; et en remontant plus haut , de Justin, d'Aristide, d Arnobe, de Clément d'Alexandrie, d'Origène, de Lactance : tous ces hommes , d'une étude et d'une pro-. fondeur immenses, d'un esprit si solide et si juste , tant de Trais philosophes , n'auraient-ils piitnt aperçu les coutraâlctio^s , s'il s'en trouvait dans nos dogmes ? Vous en avea
yu plusieurs , dans les premiers siècles , éprouver une peine extrême à se souniettre au joug de la foi. lis étaient nés dans le paganisme , et par conséquent dans l'Incrédulité ; et le préjugé de l'éducation ne leur avait point aplani la carrière. Nous avons été de votre religion , disait encore XcrtuUien aux gctttils du U'oisicmc siècle : nous ue sommea
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pas n^8 chrétiens ; il nous a fallu le devenir. Mais ces coeurè droits et vertueux , ces esprits yëritablement forts et capables d* attachement pour la yërité , concevaient que les prësomptions et les apparences ne lui ôtent rien de sa rëaiité. Sans tenter de pénétrer des objets impénétrables , il leur suffisait
Ït&e l'existence en fût solidement établie : l'obscurité même u fond de nos mystères leur persuadait qu'ils n'étaient pas de l'invention aés hommes , c'est-à-dire , des premiers prédicateurs de l'évangile. Non , elle n'entrait point dans ces esprits Justes et conséquens , cette supposition chiméri-
Îue , que des imposteurs , assez habiles pour avoir ménagé ans les opinions et les mœurs la plus étonnante des révolutions , eussent eux-mêmes posé pour base d'une religion qu'ils voulaient rendre universelle , l'aveugle docilité , qui en est le plus pénible sacrifice. Mais ils reconnaissaient ,
Îu' autant elle est inaccessible à la raison quant à l'objet e la croyance , autant ^ elle lui est conforme quant aux motifs de croire , et même quant à son élévation au-dessus de notre faible intelligence.
■ Oui , sans doute , il est très-raisonnable que nous ne puissions concevoir , ni les perfections infinies de l'Être suprême , ni sa manière d'être infiniment parfaite j infi" niment supérieure à la nôtre. Il est de la raison , que nous suspendions nos jugemens , ou plutôt que nous surmontions notre aveugle répugnance , dans ce qui ne nous paratt difficile que parce que les notions nous manquent ; parce que la sphère de notre esprit a des bornes , que la vérité increée peut seule étendre 9 et qu'une révélation plus circonstanciée eitt en effet étendues , jusqu'à faire évanouir toutes nos difficultés. Il est raisonnable que Dieu nous ait proposé dés mystères , afin d'humilier notre entendement superbe 5 comme il nous a imposé des lois , pour soumettre nos penchans déréglés : il fallait dompter toutes les facultés de notre ame , puisque toutes avaient secoure le joug sacré de l'obéissance. Dans la loi de nature , dont le LégisUteur étemel se contentait avant l'évangile, ces mystères sublimes, qui sont l'objet de notre foi , étaient isnorés de presque tous les hommes : mais dans qpels écarts déplorables ne donnat-on point alors ? Vous l'avez reconnu j en gémissant sur le délire presque universel du monde idolâtre , sur la fureur des nations les plus éclairées , qui se montrèrent les plus altérées du sang des martyrs. Ainsi , tout obscurs que pa-^^ raissent nos dogmes , ce sont de vraies sources de lumière / eumoinffde puissans préservatifs contre les ténèbres de Tersrenr , qu'ils préviennent en fi^iant la légèreté et la dangereuse curiosité de l'esprit humain.
On réunit dans des symboles les points capitaux de notre croyance , afin de fixer notre instabilité naturelle ; <m iBiovff avertit et l'on nous fait sentir^ à l'exemple des apôti^ei^
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des pères et des premiers conciles , que sans snccès et &▼«« ' les plus grands dangers nous tenterions de pénétrer au delà ie ce qui nous fut enseii^né d'abord ; que la seule innovation des termes , faite arbitrairement en cette matière , est dtijà une profanation ; que la différence du docteur au simple fidèle n'est rien , par rapport à ces ol)jets sublimes ; et que le pins savant, le plus digne d'étce écoulé, est celui qui s'en tient le plus religieuBement au pied de la lettre. C'est ainsi que vous avei oéià vu durant quati'e siècles , et que TOUS verrez dans tous les siècles suivans, les saints df^pôts de l'écriture et de la tradition se transmettre , tels qu'ils ont été reçus , sans addition , sans suppression , sans aucune altération , et la doctrine du salut demeurer iuvarialilement la même dans le cours orageux des temps.
Revenons cependant sur un sacrihce d'aussi grand intér<!l que le sont nos lumières ou nos lueurs naturelles , et voyons pi les procédés de ceux qui le trouvent contraire à la raison , sont en effet les plus raisonnables. Mais pour combattre la ' seule merveille de l'établissement de l'ëglise , à quoi nou» . restreint la nature de notre ouvrage , combien de paradoxes, combien d'absardités révoltantes u'est-on pas contraint ' d'adopter? Il faut d'abord nier les faits extraordinaires consignés dans toutes les histoires , parce qu'il n'en est aucune dont l'aulbenticité soit aussi bien établie que celle des écrits évangéliques. il faut croire aveuglément , sur l'allégation de quelques esprits dépravés par l'orgueil ou par des passions plus bonleuBes , que tous les propbètei n'ont prétendu lire dans l'avenir qu en faveur d'une tactina Baci'ile'ge ; que le plus saint des enfans qui eussent été engendrés par les hommes , que Jean , pris pour le Messie à cause de sa sainteté , n'a refusé ce titre incomparable que pour déférer les honneurs divins à un séducteur ; que les apôtres , sans excepter Paul , qui fut d'abord animé de tant de fureur contre l'église naissante , que tous les premiers disciples de J. C. ont sacriiié leur fortune ou leursespéi'ances , leur repos et leur vie , à un imposteur démasque ,
i'uste victime de la mort et de l'infamie , à jamais incapable l'inspirer de l'attachement ou de la crainte j que les ennemis niâmes du christianisme favorisèrent une entreprise cliitné'* rique ; que le concours des événemens , ou plutôt la pro- TÎaence qui les dirige, facilita la surprise, fomenta l'erj'eur;
Suc le ciel , par les prodiges , apposa au mensonge le sceau e la vérité i que l'Iiomme , que la société trouve sa tranquillité , sa surets , son bonheui* , dans l'imposiura et l'iia- |)iélë i que les plus fourbes , et par conséquent les plus , niéchans des hommes , ne respirèrent que la sanctification du genre huniain , et sacrifièrent tout pour la procurer ; que ce plan a été suivi par une multitude innombrable , gu'il a été eidcuié malgré les eflbris de toutes les puissances
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Se la terre ; en un mot j qu'il s'est fait tout à coup une révolution totale dans les mœurs et la conduite ; et qu'au lieu qu'on a toujours vu l'amour propre se servir de l'imposture aux dépens de la justice et del.a charité , ici au conr traire la supercherie a servi la vertu aux dépens de toutes les cupidités de l'amour propre ; qu'ainsi , le vice et la vertu, le mensonge et la vérité , l'histoire et la fable , ont des droits égaux sur nos jugemens et sur notre attachement. Telle est la moindre partie des contradictions et des absurdités qu'il faut dévorer, en prenant le parti de l'incrédulité. Nos dogmes les plus difficiles à croire présentent-ils des difficultés pareilles? Convenons cependant que nos symboles de foi , et plus encore les conséquences pratiques qui en résultaient contre les passions , formaient une forte épreuve , sur- tout pour les peuples auxquels ils furent d'abord enseignés. L'un des pre« sniers ministres de ce sublime évangile , de cette sagesse cachée aux sa&es du siècle , nous apprend qu'elle fut un scandale pour le juif, et un sujet de risée pour le gentil. Il s'agissait , pour un monde presque tout charnel , de s'élever bien haut au-dessus de la sphère de l'esprit humain^ d'adorer un Dieu pauvre et souffrant ; de le préférer à tout ce qui flattait les sens et charmait le cœur -y de donner à ce cœur, si bas et si resserré , une noblesse et une étendue de charité, qui embrassât tous les hommes , qui reconnût en eux les enfans d'un père commun , qui n'envisageât que des frères chéris dans les ennemis les plus envenimés. Il s'agissait d'éteindre ou d'amortir toutes les inclinations corrompues de la nature -, de la plier violemment dans un sens tout contraire à srs penchans impérieux , et presque de la détruire pour la redresser 5 de mourir à soi ; de renoncer à soi-même ; de contrarier ses goûts dépravés , sans ménagement , sans in« terruption , sans mettre jamais de fin à une guerre intestine iion moins durable que laborieuse. Cette religion nouvelle contredisait en même temps des opiniouis généralement reçues , autant ou plus que les affections naturelles. L'or* gueilleux philosophe , en l'embrassant , devait assujettir soii esprit à des principes qui déconcertaient toute sa pénétration. Il lui fallait rejeter les préjugés et les maximes qu'il tenait de ses pères et de ses maîtres y des savans et des politiques les plus révérés. Le juif, quoi(|ue dépositaire de la vérité , n'avait guère moins de préventions à vaincre , que le philo-
e premier pas ^u Israël eût à faire pour parvenir au christianisme , c était de confesser l'opprobre et la réprobation.
6^8 Discours.
QuEiLE merveille, s'dcriait saint Jean Chrysostome longtemps avant nous, quelle merveille de voir des tioupi's de juifs , avec tant d'autres peuples , adorer un homme qu'Us ont mis judiciairemeat à mort comme un malfaiteur ! 4?: voir la croix , ce signe autrefois si honteux , plus lionoiitf' aujourd'hui que le sceptre et le diadème ! Qui n'a pas horreur, ajoute ce pure , des piens et des ongles de fer , de*^, tinés à la torture des crimioels ? Or , parmi tous ces inB* ; trumensdesupplice, la croixétait le plus horrible bt le plu* infâme, réservé pour le cM timent des esclaves et des barbare^ un objet de malddiction , et d'une telle cxëcration , qoA les magistrats se fussent rendus coup ah le s, en y condamnant lin citoyen romain. Aujourd'hui cependant ttpus la voyons révérdepar tout l'univers. Chacun en retrace le signe sur sou front , cltacun l'imprime sur son cœur ; elle brille dans les temples , sur les autels , dans les plus augustes cérémouîes , Aaas lesliahitations mondaines comme dans les asiles de la religion ; on l'élève en triomplie sur le faîte des palais , sur les portes des villes , sur les monumens publics , et sur les trophées. Tel était dès les premiers siècles le culte de 1«
Il ne s'agissait pas néanmoins d'un culte favorable aic^^ passionscomme le paganisme, ou qui fût du moins inditlVrenfpar ra|iport aux mœurs et à la conduite. Jesus-Cbrist , aif contraire , a fait préférer sa croix aux honneurs et au^ plaisirs; il a fait succéder, sans intervalle et sans ménagement, l'abnégation à la cupidilé et à la licence ; il a ï'endu doux et humbles de cœur , des hommes ii peine su*^ ceptiLlesd'humanité ; il a inspiré l'amour des ennemis à des juonstres de cruauté et de perfidie , la clémence auxtyrany de l'univers , U ce peuple qui ne régnait sur toutes les oa^ tions , que pour en prodiguer le sang et en dévorer les fortunes ; eu uu mot , il a tiréle genre humainde la voie large, pour le faire marcher avec persévérance par des seutîerf' semés d'épines. Car ce n'était pas à des ètresd' une autre Datim que la nôtre , qu'il imposait son joug ; ce n'était point dey hommes qui eussent les passions plus modérées , ou les îhf cliuatiims meilleures que lamullitude perverse des mortels; c'était à ceux-là même , qui , engourdis dans la mollesse e^ ]a dépravation oïl jls étaient nés, semblaient avoir acquis u^ droit de prescription pour n'en plus sortir. /
Toutefois rien ne fut plus rapide que oe changement. Le^ apâtres ont à peine annoncé que le fils de Marie est le fila de l'Eternel, qu'on se soumet ii ses lois dans la ville mlïme^ vil , si aveuglénient et si înjurieusement méconnu , il vient. enfin d'être crucifié. Ceux qui l'ont proscrit comme unhiu»phémateur, l'adorent comme l'égal du Très-haut. Il ue faut u Simon-Pierre , comme vous Pavez vu avec edmiraLion^ que peu de paroles pour en coaveitir des milliers. La gi ic«
Se l'Esprit-Saînt n^est pas moins efficace dans les diffôrens cantons de la Judée , où Jacques et Jean portent la parole du salut. Les bornes d'Israël ne sauraient plus contenir ce feu 6acré , qui dans peu embrase tous les climats. Ce torrent
{;ênë dans son lit se répand aussi rapidement, et presque aussi oin , que les rayons du soleil. Telle est la révolution / que Içs faux dieux en gémissent ; que leurs prêtres se lamentent ;
3ue les temples des idoles devenus déserts, au centre même e la superstition , les sacrificateurs se plaignent que les sacrifices ont cessé fa^te d'assistans. C'est ainsi , comme il vous en souvient, que Pline ,^ de son gouvernement de JBitbynie , en écrivait à 1* empereur Trajan.
Nous sommes d'hier , disait de son côté Tértullien , dans des mémoires fameux , faits pour éclairer les sénateurs et les césars; nous sommes d'hier, et déjà nous remplissons vos cités et vos campagnes, vos armées et vos conseils , le palais, le sénat , et le barreau : nous ne vous abandonnons que vos temples. Nous prenons part à votre commerce, à vos traités et à toutes vos assemblées , si ce n'est aux superstitions dû capitole , à la licence du cirque , et aux cruautés de l'amphithéâtre. L'empire deviendrait un désert , si nous en sortions^le silence et la langueur de la ville vous consterneraient, et vous auriez horreur de votre solitude. Ce changement
Îrodigîeux , disent les pères presque contemporains , ne se orne pas à un peuple ni à un empire : ce ne sont pas les Romains seuls 5 ce sont les Perses et les Indiens, les Arabes et les Scythes , le Midi brûlant et le Septentrion glacé, qui renversent ou purifient leurs temples, qui brisent leurs idoles , qui abolissent leurs sacrifices impurs et leurs fêtes impies, pour y faire succéder de nouvelles et de plu^ dignes solennités. Du couchant à l'aurore , d'un bout du inonde à l'autre , selon la prédiction du propbète , on adore sincèrement le vrai Dieu, et par-tout on lui offre la victime sans tache.
Dès le second siècle, on vit saint Pantène porter la lumière de l'évancîle aux nations inconnues de l'Orient, etjusqu'aux rives de l'Inde. Saint Athanase , par le ministère de saint Frumence , la répandit dans la vaste étendue de l'empire des Abyssins. L'esprit d'émulation engagea les ariens mêmes à évangéliscr les Homérîtes , aux extrémités de l'Arabi» heureuse, vers l'Océan : semence infecte, d'où le Seigneur ne laissa point de faire éclore la vraie foi, qui se manifesta si bien dans la résistance magnanime que ces néophytes opposèrent à la fureur d'une colonie nombreuse de juifs leurs voisins , et à tous les desseinis des ennemis du fils de Dieu. La multitude des martyrsi de Perse ne prouve pas moins solidement l'heureuse consistance qu'y avait prise le christianisme. Dès le temps du concile de Nicée, on trouve un ivèque de Scjthie, nommé *J€ati ; qui signala dans cette
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sagugte assemblée ]a fermeté et la puretë Ae sa foi. Ce» peuples , appelée Nomades ou pasteurs errans avec leurs 'troupeaux et avec les chars qui leur tenaient lieu de maisons, avaient recueilli précieusementletréâorde l'évangile, parmi les dépouilles des provinces romaines de leur voisinage. Les Sarrasins, qui erraient pareillement sur les confins de It Syrie et de la Mésopotamie, apprirent avec la même ardeur >la doctrine du salut, des saints anachorètes épars en granâ ~ 2tomltre dans ces déserts. Quelquefois une simple femme on, un enfant, emmenés captifs , convei tissaienldespeupladep '. nombreuses et des nations entières.
Cependant la profession du chrislianistne n'était pas l'effet de l'inconsidéi'ation , ou d'une crédulité de caprice. Ce n'étaient pas seulement CCS hordes sauB police et sans lumières, ce n'était pas seulement le vulgaire, inquiet etavids de nouveauté, qui embrassait cette loi, aussi dure que mer- Teilleuse. Dansle second, dans le premier siècle de l'église ^ une foule des plus heans génies de Rome et d'Athènes pasr Gèrent soua nos étendards, quittèrent pour eux les ai(^lef romaines et toute la pompe imposante de la superstition. Traitera-t-=und'hommescommuns, d'esprits crédules et faibles, Denys de l'aréopage , le sénateur A pollone, Justin, ce philosophe profond, Aristide, Mélilon, Atbénagore, etpen après eux Clément d'Alexandrie, ce prodige d'érudition , Origène, prodigieux en tout genre, Tertullien, si digne de sa renommée tant qu'il demeura fidèle à l'église, Cyprica, Amobe, Lactance, et leurs disciples sans nombre ? Où Irouve-t-ou plus de sens et de lumières , plus de force dans le raisonnement , plus de connaissances acquises , plus de pénétration et d'étendue d'esprit, que dans ces premiers aéfeiiscurs du christianisme ? Jugeons-en nar leurs triomphes sur nos plus redoutables adversaires, tels que Celse etPor- ■ phire, et sur tous les sages de la gentilité- Ils ont cru néan- " moins avec simplicité, ces puissans génies : etilsontcru^ non surlespréiugésde la naissance etdel'édueation, comme ils l'observaient eux-mâmes ; mais après avoir contbatta pour la plupart contre la vérité, jusqu'il ce qu'elle les eùtsubr ]ugués par son évidence.
Rappelons-nous les motifs auxquels ils ne purent résister. Si les vérités morales , si les règles ou les images de certainei Tertus avaient de quoi leur plaire , l'obscurité des dogme* nouveau?;, les obstacles des anciennes coutumes et des vicep invétérés restaient tout entiers ; et les plus éloquens panégyristes des mœurs étaient souvent plus asservis que leur» admirateurs aux passions d'ignominie. Us furent donc bien puissans, les motifs qui triomphèrent de leur résistance, qui Icurfirent prendre une résolution si généreuse et si dit hcile; Us surpassèrent toutes les forces de l'esprit humain j ils portèrent l'empreintG de rt;teraËlle vérité et le sceau vi^> 'a doi^ttle Dieu.
ils porter sJbie au à
^E^tiU
Piscotni^* 65t
On £t observer à ces esprits justes et p^ndlrans Tacr complissement des prophéties dans toute leur étendue ^. ,1^ . temps, le lieu de rayénement du Messie^ toutes les circons* tances de sa yie et de sa mort, tracées, si long-temps aran^ sa naissance, dans des monumens d'une authenticité inçonr testable. On leur fit sur-tout remarquer cette suite d'œuvree xniraculeuses , si capables de prouver, indépendan;iment même de leur prédiction , la dignité , la divinité du culte qu'on leur proposait. On leur montra , au moins dans les premiers temps, les paralytiques, les sourds, les muets^ les aveugles de naissance , que Jésus avait guérie ^ les morts , qu'il avait ressuscitésà la vue de toute la Palestine : et l'oii ajouta qu'il s'était enfin ressuscité lui-même , qu'il avait apparu dans toute la gloire de sa vie nouvelle à plus dç cinq cents témoins à la fois, qu'il était monté au ciel aviçc l^pi même publicité et le même éclat. Ces témoins oculaireft eux-mêmes , quelques-uns de ceux qui avaient été retirés du tombeau ou miraculeusement guéris , rendirent ces ter inoigna^es, s'offrirent à les confirmer, les confirmèrent eu «effet par des prodiges semblables à ceux de leur maître, et communiquèrent à leurs nouveaux disciples le pouvoir d'en opérer à leur tour.
Or, n'était^il pas absolument impossible, je ne dirai pas aux grands et aux saaes, mais au vulgaire le plus borné, de ^e tromper sur des objets de cette nature, sur ces faits précis^ 4*r£ippans,publics, et souvent réitérés ? Comment se persuader, s'il n'est vrai, qu'on a vu rendre subitement la vue à des aveugles-nés connus de toute une ville, l'embonpoint et la vigueur à des membres desséchés par une paralysie de trente-huit ans; la vie À des cadavres qui exhalaient déjà l'infection 7 Mais sur-tout comment, s'il n'est pas vrai , se mettre dans la tête qu'on a le pouvoir de faire des merveilles semblables , et qu'on en a souvent fait ? La seule persuasion où furent les premiers témoins de ces miracles en est une preuve irréfrar gable f et la' plus sincère persuasion a pu seule leur faire embrasser une religion, dont tant de dispositions naturelles les éloignaient. Si les premiers chrétiens et les apôtres avec ^ux , si tous les membres de l'église primitive , cette sainte portion du genre humain uniquement empressée à honorer Dieu et à édifier les hoitimes, la plus digne d'attention sans contredit dans la science des mœurs ^ si , dis-je , ils ne croyaient pas fermement ce qu'ils attestaient au péril de leur vie : leur conduite, on ne saurait trop l'inculquer, est le paradoxe- le plus contradictoire , le phiénomène le plus monstrueux ; c'est un renversement de l'ordre moral , infi<* niment plus incroy^^ble que la docilité de la nature à la voix de son Créateur.
Aussi vous avons-nous fait observer dans les commen-> çemfin& de cette histoire j et vous le verres encore spiAvenI
65a Discours,
dans la snîte, qu'on ne s'avisa point de s'Inscrire en finT contre les miracles éTangdliques. Les sages Au paganisme trouvaient moins plausible denier les faits, que d'attribuer & la magie la résurrection des morts !i demi corrompus , ia 1 délivrance des ^nergnmènes, et la guérison des maladies let plus incurables. Les empereurs, frappés de la perpétuité d*. ces prodiges , que leur mandent les gouTemeurs des pro" TÎnces et qu'ils voient qnelquefois de leurs propres yeui'J proposent au sénat de mettre le Dien des chrétiens au noo^ Jtredesdieuxde l'empire. Vous avez entendu saint Justinl saint Méiiton, Terlullien, tousnos apologistes, relever aved l'éclat convenable ces faits mei-veilleui et ces puissans té* moignages; citer les pièces authentiques qui en perpétua leiat' le souvenir ; en appeler aux archives romaines oii elleS étaient déposées; faire de vift reproches aux idolâtres, svt leur ingratitude à l'égard du Dieu des chrétiens, si indigne<fr ment méconnu. -N'y eùt-ileugue les Gdèles de persuadas} comment le fnrent-ils par millions, et au point de tout sacrP fier à leur foi 7 S'ils n'avalent pas vu les miracles qu'iK racontent, ne sent-on pas, avec saint Augustin, que le pltft inconcevable de tous les prodiges serait leur conversion , efc mieux encore le triomphe d'une religion dépourvue dS' tout secours humain sur toute la puissance de l'Idolâtrie ? Rappelei-Vousquels furent les premiers acteurs dans celSf grande entreprise. C'étaient douze pauviTS ouvriers , saâfr naissance et ^ns fortnne, sans intrigue et sans lettres , saitA aucune des qualités naturelles qui donnent du crédliet de SI considération parmi les hommes. Exerc(!s dès l'enfance et absorbés tout entiers dans la plus grossière des profession^ mécaniques, ils n'avaient dans l'arac, avant la descente Afc Saint-Esprit, ni élévation, ni pénéti-ation. Souvent ils R^ eaisissaientque l'écorce des emblèmes les plus intelligibItÉt
3ue le Rédempteur proposait pour leur instruction. Pleî^ 'Imperfections morales etnaturelles, ils osent, par une atnt biti on aussi injuste que déplacée , au moment de la pldi profonde humiliation de leur dirin maître , disputer à qa) eera le premier d'entre eux. En un mot , de grossiers artisans , des étrangers sans aveu , des barbares relallvemenl |ui ils ont i traiter, Pierre etPaul, l'un , :outcitoyen romain qu'il était, exerçant r de corroyeur , entreprennent de changer toutes les idées romaines, d'Imposer des lois souveraines hl'empl de faire tomber aux pieds de Jesus-Chrlst ce terrible et perbe colosse. Figurez-vons encore, suivant la belle idée saint Jean Ghrysostome, que contemporain deces deux aj très , et les rencontrant aux approches de Rome , a la vu*, de ces tours orgueilleuses et de ces palais qui bravaient le* cieux , au milieu des chars de triomphe, des lésions , de» tribune , des procojisuls , qui sorlenl de ses portiques puât
1 peupler icheur, et
^Uer porter la loi et la servitude aux nations; îmaginez-Tous qu'à raspect de tant d'objets éblouissans et si capables de déconcerter toute autre philosophie que celle de ces héros de l'évangile , ils vous font part de leur projet effrayant. Y pensez- vous donc , hommes inconcevables , n'eussiez-vous pas manqué de vous écrier? Vous voulez , dites-vous, anéan* tir la religion 8t les dieux de Rome y faire adopter vos dogmes étranges au peuple romain, au sénat et aux césars* Isolés et sans suite , dépourvus que vous êtes de tout moyen de contrainte , quelles sont donc vos ressources cachées , vos sourdes trames, vos présens ou vos promesses, la magie de votre éloquence ? Si vous attirez F attention populaire par la singularité de votre enthousiasme, aurez-vous seulement accès auprès de ces monarques divinisés , qui prétendent partager avec Jupiter le pouvoir suprême, ou du moins tenir de lui l'empire du monde?
Oui , le projet de Pierre et de Paul serait un délire à nos yeux , si le succès ne l'eût justifié. Mais Rome , mais l'uni-» vers a été réellement changé par ces faibles mains : ils ont soumis le sceptre des césars à Jesus-Christ ; ils ont banni ^ Jupiter du capitole ; et du champ de Mars , ils ont fait le boulevart de la chaire apostolique. On n'y rend pas seu]^* . ment les hommages suprêmes au fils de Dieu : mais on j paye le tribut d'honneur qui convient à ses ministres et à ' ses amis. Nous avons déjà vu , et nous verrons bien plus souvent par la suite , les empereurs accourir au tombeau des saints apôtres, rendre un culte religieux à leur cendres , et baiser leurs chaînes avec un profond respect. Ils s'estimeront heureux qu'on les enterre, non dans le lieu même où sont les corps de Pierre et de Paul , mais seulement à l'entrée et dans leur «vestibule -, ils tiendront à honneur , selon les expressions de saint Jean Chrysostome, de devenir les gardes et les portiers du pêcheur.
Le comble du prodige , c'est que la conversion du monde s'est opérée dans le sein des périls et des persécutions. Les premiers fidèles eurent des guerres violentes à soutenir contre les villes et contre les provinces : que dis-je ? contre les nations conjurées , et dans le sein des familles. La diversité de religion séparant l'épouse de l'époux , le père et la mère des enfans , puisque les conversions étaient successives -, Tes haines et les vexations les plus atroces se renouvelaient d# jour en jour. On regardait les sectateurs du nouveau culte, comme de sacrilèges déserteurs et des ennemis publics ; c'était un mérite que d'accélérer leur perte. Tous les ordres de l'état , toutes les personnes , étrangers et parens , se déclaraient contre eux , et , ce qui était le plus à craindre, contre ceux qui avaient reçu nouvellement la semensqe de la foi , et dans qui elle n'avait pas eu le temps de prendre racinç : iU se voyaient emprisonnés, relégués dans les désertSf
é5| DiSCOUKÔ.
«txc]us des cTiarges et des honneurs , not^S Si jamais A'iafm
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lubir tous les genres de tortures , tofll iniée par la âupcrstitjoa f
les feus lenlB, les grils embrases, les huiles bouillantes , d&t tounneng si affreux. , iju'on ne sait de quoi s'étonner tlaTan^ tnge , ou que les Romains et les Grecs les ajent inven'' tds , uu que les clirétiens les n^eat affrontés avec tant dé
Ces ennemis dénatures semblaient tous aroif conçi seul et même dessein, qui était de se surpasser les uns leAautres en cruauté , et de triompher, à force d'escès, de lî patience inaltérable de leurs innocentes victimes. On tirdiï brutalement par les cheveux, de rue en rae, des personneil d'illustre naissance et de complesion délicate; on les traînaîn hues et défigurées dans les ronces et les épines; il n'yaraïf aucun de leurs membres qui n'éprouvât un traitement aus^ butrageant qu'Inhumain ; et combien de fois , à la vue dtl' faible tableau que nous vous en avons tracé , n'avez-votJ pas jugé, pleins d'indisnation, que ceus-Ià seuls méritaîem ces tiorrcurs , qui avaient la barbarie de tes exercer ! Oi ftciait les uns par le milieu du corps, on écorchait les autr^ tdlitvivans;aprèsquoionseniailleselsurtousleurs membre^ on les couvrait de miel , et on les exposait en plein midi aux aiguillons et à la lente voracité de tous les insectes ; oa les enduisait de bitume allumé , pour éclairer les rues pendant la nuit : images horribles , et qu'on pourrait prendra pour les peintures d'une imagination exaltée , si nous n'e* j avions pas montré la réalité dans les actes les plus autbenti-^ | quesdes martyrs , et dans quelques traits d'histoire écriOl , par les païens mêmes.
Parmi tant de souffrances , ces généreux athlùtes ne pep* I daient rien de leur courage paisible. Us semblaient si libre^' I dans les chaînes , si supérieurs à ceux dont ils étaient 14 J jouet apparent , qu'on eût dit , ou qu'ils n'avaient point d corps , ou que ce n'était pas leur corps que l'on tourraen-ij tait, mais qu'ils assistaient au supplice d'unepersonne indi» férente. Des vieillards décrépits , de tendres vierges couraient à l'échnfaud et auxbûchers. Des enfans qui bégayaîen] encore , euiployaient les premières paroles qu'ils articulaient à peine , àconfesserJesus-Christ et à demander 1(, baplëme. Les tyrans , ne pouvant rien leur ôier de leoT'' intrépidité , étaient contraints de déroger à des rescrits barbares qui eussent dépeuplé l'empire. Les ministres de la tyrannie changèrent eux-mêmes. Le fer tomba de la main des bourreaux , qui présentèrent leur propre tête ( devinrent martyrs h leur tou-
Mais d'où provint un raépri la vie ? D'où vint ce désir homme mort lui-iuëme en croix , stuoa d'une pleine c<
vîctîon toiicliant la Téritë de ses ceuyres divines ^ en sa. qualité de fils de Dieu ? On a yu quelques hommes singulien^ braver la mort pour des chimères y mais leur petit nombre, avec mille travers d'esprit et de conduite y les fit toujours regarder comme les productions rares du fanatisme y oâ d'un fol héroïsme. Ici , douze millions , selon des calcula<=> leurs très-érudits , et incontestablement une multitude' prodigieuse de personnes , de tout sexe , de tout âge , de toute condition , les plus éclairées sur les choses divines et sur les devoirs humains , les plus sages et les plus vertueuses dans leur conduite y durant trois siècles consiécutife et dani plusieurs autres , donnent à tous les états et à chaque proi- Vince ce saint et admirable spectacle.
rien le nombre de ces témoins généreux. Ses tentatnres n'ont servi qu'à faire mieux connaître ces monumens originaîd: et sincères y dont la pieuse simplicité dans le peu que nooil en avons extrait , vous a fait sentir leur antiquité et leur ëertitude. Quel effet ne produirait donc pas la savante col« lection qui a mis en poudre les allégations hasardées dé' l'anglais Dodvel y et qui les eût ensevelis dans un oubli éternel , si elles n'eussent été réchauffées de nos jours et assaisonnées au godt d'une jeunesse dépravée, dans ces écrite cyniques , où le sel de l'ironie , de Fobscénité y du blas^ îplième y et le ton tranchant de l'imposture tiennent lieu de théologie et de toute érudition. Mais il n'est point d'ame honnête et incénue , qui , en suivant les combats de nos martyrs dans les bornes mêmes où notre plan nous les a fait resserrer, ait pu ne pas se sentir aussi convaincue qu'édifiée.
Le seul caractère de certains persécuteurs y tels que Néron , Domitien , M aximin rend pius que vraisemblable le détail de leurs cruautés sacrilèges. Si 1 on ne peut refuser la gloire de l'équité , de la clémence y et de phisieurs autres qualités estimables , aux empereurs Trajan , Marc?^ Aurèle y Sévère et Dèce : d'un autre côté , le génie de la superstition populaire dont ils se faisaient honneur } l'attax chement de quelques-un^ d'entr'eux à une philosophie libertine et superbe , ennemie violente d'une religion pure • incompatible avec toute autre , qui ne faisait grâce à aucua vice y à aucune erreur j la politique enfin , ou le soin mal entendu de la tranquillité publique et du bien de l'état rendirent ces empereurs , comme nous l'avons fait remar* quer , exactement et incomparablement blus terribles à nos
Eères , qu'Héliogabale et Caligula. Quelquefois encore éç» éros de l'idolâtrie avaient la faiblesse de céder y contre leurs propres dispositions , aux cris séditieux de la soldatesque et de la populace. Plus souvent , ils ne pouvaient
^ÈS6 Discours^
arrêter , dans les provinces clignées , les ^meutei MOUfi daines, dont le chrétien, armé de sa seule patience , ne manquait pas d'être la Tictime. La religion chrétienne , comme étrangère à l'empire , ay^int été solennellement proscrite , tant par les édits particulier» de jtlugieurs empereurs que par l'autorité générale du sénat, coranie il est constant par la proscription du sénateur saint Apollone; personne avant Constantin , ne prit la défense de la M «vec assez de vigueur et d'autorité, pour prévenir des vio-^ lences , que ces anciens préjugés cuntiuuaieut à. colore^X d'une manière spécieuse. ' m
Mais qu'est-U besoiu de discussions et d'inductIon?Poii3^4 dissiper jusqu'à l'ombre du doute , rappelons le lecteur ÎjJ la seule histoire de la dernière perse'cu lion générale. Alor^-] comme ledit Lac ta ne e , ou l'auteur, quel qu'il soit , dA.I traité de la Mort des Persécuteurs , appuyé du torrent dels écrivains de son siècle ; alors , trois hâtes féroces, Dioclé— J tien, Masimien-Hercule et Maiiniicn-Galère , exercèrent^
Que d'
religion, qui n avait pc pouvait-elle naturelle et si rigoureusement si anti -chrétiens du sce| plupart des faits , n'o former sur les dangers de 1'
r rage impitoyable , durant dix années consécutives 'j ' dans la plupart des provinces de l'Orient et de l'Occident, point ce triumvirat sacrilège ! Ls elle que sa sainteté et sa douceur, lit tenir contre le projet méditî de l'anéantir ? [ci , les partisans :ismc , réduits à convenir de la plus que des clameurs vagues à
j, exagération : mais ils ne peuvent
révoquer, ni ne révoquent en doute , les faits prédis attesta
5ar tant d'écrivains difféi'ens : traits frappans de la justice ivine , qui , en justifiant l'opinion commune sur legr&nA nombre des martyrs , ajoute un nouveau degré d'énergie ail^ témoignage éloquent de leur sang si généreusementrépanâk Je pourrais vous rappeler ici le rapport que vous aves "" remarquer dans l'histoire de la dernière persécution, entr4 le caractère de chaque persécuteur et le genre de sa mort. J'y pourrais ajouter la punition funeste, non de N^éron ni de Domitten , é|^alèment odieux sous bien des aspects : maia la triste fin de Sévère , prince irréprochable , s'il n'edt donné après eux le premier édit contre le christianisme; mais le malheur où se précipita Bèce , dans un accès de es vertige dont le Seigneur menace l'impie superbe ; mais la revei-s à jamais mémorabre de Valérien , devenu l'esclave d'un roi barbare, qui en fit son jouet pendant le rests de sa vie , et en prolongea l'opprobre en le faisant écorcher après sa mort. Je n'entreprendrai pas de faire une induo tion , dont toute l'étendue ne peut ici trouver place qui ne pourrait néanmoins passer pour concluante qu'uu-v tant qu'elle serait complète. Reprenons des objels qui tOBclient de plus près ^ i^uUre loatière.
. • t/€^ quàlitt^fl peràonneUes des génëre'ui confesseurs de la Xoi , letirs^ vertus , leur noble candeur , leur sagesse toute ^céleste , ne prouvent pas moîns.que leur multitude en faveur de r^glise. Qui ne conviendra d* abord , qu'ils furent Jes hommes de leUr temps les plus éclairés en matière de «ulte et de mœurs ; qu'ils soutinrent constamment les soli*^ des principes du vrai et de Thonnéte , contre le délire et la corruption de T idolâtrie ? Qu'ils ayent été persécutéi ^our cette cause honorable , et non pour aucune action Sétrissante ^ c'est ce que démontre la seule forme des pro-» jcédures intentées contre eux. Il fut ordonné par les princes idolâtres , comme vous avez entendu TertuUien le leur reprocher , de ne pas rechercher les chrétiens , mais de punir ceux qui seraient dénoncés. Sur quoi cet apologiste iéloquent s'exprimait ainsi : O sentence , qui seule décèle et son injustice et notre innocence ! Le chrétien n'est. donc pas condamné parce qu'il est coupable , mais parce qu'il est en butte à renvie et à la malignité des délateurs, hes tortuj*es , destinées par les lois à tirer l'aveu des criminels^ sont devenues entre vos mains des instrumens de corrup^ tion , pour forcer notre bouche au parjure. Nous confessons :t:e que nous sommes y vous voulez que nous vous disions ce que nous ne sommes pas : et quoique vous ne croyiez point les autres accusés lorsqu'ils nient > par rapport à pous, vous ajouteriez foi jusqu'au mensonge. Il est manifeste par ce procédé , que tout le crime du chrétien , dans Popinion rdes païens mêmes , n'était autre que son nom ou sa cons-* tance dans la foi , et que par l'apostasie il pouvait se dé,*rober à l'échafaud et à tous les effets de la persécution. Il persévère néanmoins ; et plus sa foi est éprouvée , plus elle devient pure et ferme.. Elle s'accroît dans les tour- -znens , loin d'y succomber. Pour un fidèle mis à mort , il se convertissait des milliers d'infidèles. Le sang chrétien était une semence si féconde , qu'elle, fructifiait dans les . terres les plus ingrates. Vous avez vu les publicains et les . femmes prostituées , lés gladiateurs et les comédiens . ^ devenir tout à coup les apologistes et les imitateurs des martyrs. Un nombre encore plus grand se condamnaient à .un bannissement volontjaire ^ et portaient avec eux la lumière du salut aux extrémités les plus ténébreuses du monde idolâtre ; semblables , dit saint Augustin , à de grands flambeaux , qui jettent d'autant plus d** éclat qu'on les agite davantage. Telles furent les caj^ses divines de cette prodigieuse multiplication des adorateurs d'un Dieu crucifié y dès les premiers siècles , non-seulement près des lieux où . il avait pris naissance y mais parmi tous les peuples , et .selon le témoignage particulier de saint Irénéé , en Lybie , en Espagne , dans les Gaules y et dani| le$ réduits sauTagep j4^ 1a Germanie.