‹ Histoire de l'église. Tome douzième (volume 2)Chapitre 7 sur 50 · tome SECOND · texte numérisé non relu

tome SECOND

Depuis la mort de l'empereur Constantin en 337 , jusqu'à la décadence de l'empire d'Occident en 423.

' LIVRE HUITiÈMl?.

Depuis la mort du Grand Constantin en SSy ^jusqu'à celle de Constance en 36i.

\JuAMD les fidèles pleuraient la mort du grand Constantin , ik ne savaient pas encore toutes les raisons qu'ils avaient de le regretter. Constance , fils bien différent d'un si religieux père , à qui il succéda aussitôt en Orient, devait réunir ensuite sous sa domination toute l'étendue de l'empire , et Y faire régner avec lui une hérésie presque aussi impie , et plus cruelle ou plus perfide que n'avait été le paganisme. Auparavant néanmoins le Seî<' *neur voulut consoler son église , par le moyca TomeJI. A

de deux fils dignes du premier eiii|>ereur solidement

chrétien.

L'aîné des trois frères , qui portait comme lé père le nom de Constantin, et qui régnait dans la

Sartie la plus occidentale de l'empire , n'eut rien e plus pressé que de renvoyer S, Athanase à son église. Il adressa sur son compte des lettres honorables aux catholiques d" Alexandrie. C'était l'intention du grand Constantin , leur écrivit-il (i) , de rendre lui-même Alhanase à son église, s'il n'eût été prévenu par la mort. Son dessein principal, en lui ordonnant de vivre dans les terres de ma domination , ce fut de le soustraire à la rage de ses ennemis, ou pour mieuxdire, deces bêles féroces prêtes à le dévorer. Je l'ai traité de manière à convaincre tout l'univers de l'estime que j'ai pour lui , et qu'on ne peut refuser à la peisonne vénérable d'un si saint homme. Que la divine providence vous le conserve , et tei-mineà jamais votre afUiction que j'ai moi-même ressentie.

Muni d'un pareil témoignaoe , Athanase traversa en pleine sûreté toute l'étendue des états de Constance, et fut rétabli sur son siège, aux acclamations générales du peuple et du clergé. Les ariens frémissaient de dépit ; mais ils n'osèrent ouvertement s'y livrer. Ils recommencèrent leurs sourdes trames auprès de leur nouveau souverain , avec d'autant plus de succès , que Constance leur était déjà incomparablement plus favorable que son père. Il craignitcependantde contredire ses frères , fort attaches l'un et l'autre à la saine croyance , et trop instruits pour en abandonner le plus zélé défenseur. L'esprit de parti n'était pas encore assez vif pour cela , dans ce prince naturellement irrésolu et craintif, qui d'ailleui-s ne croyait pas encore son autorité assez bien ati'ermie , et qui avait une guerre dangereuse à soutenir contre les Perses.

Mais la division s'élant mise dans la famille

(iJXiieod. /. n,c. 2.

DE i' E G L I S E. i "

impériale , son issue funeste à l'état le fut encore davantage à la religion. Constantin n'avait jamais été content de son partage , qui outre la Grande- Bretagne , l'Espagne et les Gaules, comprenait encore la Rhétie , c'est-à-dire ce qui est au nord de l'Italie , avec quelques places sur la mer Adriatî-

aue. L'Afrique excitaitprincipalementsa cupidité." se crut en état de l'enlever à Constant , qui n'avait pas d'aussi bonnes troupes que celles des Gaules. Sous prétexte d'aller au secours de Constance contre les Perses , il rassembla une puissante armée , et se jeta tout à coup sur l'Italie. Sa sécurité fit sa perte. Il marcbait sans ordre et sans précaution , comme à des provinces déjà conquises plutôt qu'à conquérir. Tout ce que put faire Constant si brusquement assailli , ce fut de^jeter quel- 2ues troupes dans les défilés des montagnes. Constantin qui précédait son corps d'armée , avec une élite peu nombreuse de ce qu'il avait de plus brave , tomba dans l'embuscade. Il fit inutilement des prodiges de valeur ; tout fut taillé en pièces , le prince avec les soldats. C'est ainsi qu'il périt , à l'âge de vingt-six ans , trois ans seulement après la mort de son père , c'est-à-dire l'an 34o.

Quelque fâcneuse que fût cette perte pour l'église , elle en souffrit peu tandis que Constant survécut. Il se rendit à 1 armée de son frère sitôt qu'il en eut appris la défaite, se fit prêter serment

1>ar les troupes du vaincu, et s'empara de tout 'Occident sans nul obstacle. Constance assez embar-* rassé de son différent avec les Perses, peu enclin" d'ailleurs aux hasards des armes, et beaucoup plus propre à faire la guerre au clergé qu'aux légions p se contenta par force de son premier sort ; et par un effort qui lui coûta peut-être ehcore davantage ^ il ménagea soigneusement les catholiques , que Constant protégeait avec un zèle égal a celui du jeune et malheureux Constantin. Toutefois , pour jxe pas se laisser pénétrer par ses sujets ariens, qui déjà l'obsédaient sans relâche et qui le sollicitèrent

vivement, contre Athanase , il leur répondit qu'il ne voulait pas prononcer lui seul sur une aiïaire (jui agitait tout le monde chrétien ; <jue l'Occident s'y trouvait intéressé aussi -bien que l'Orient, et qu'il convenait sur-tout que lévêque de Rome en prit connaissance (i).

Une pareille réponse ne faisait pas le compte des sectaires. Mais il leur convint d'en paraître contens , et d'approuver un projet quils prévoyaient ne devoir pas leur être fort avantageux. Ils venaient de perdre un de leurs crands appuis dans la personne d'Eusèbe deCésaree, mort après avoir publié la vie, ou plutôt le panégyrique du grand Constantin. Tous les partis indistinctement rendaient justice aux qualités éminentes de ce prélat 5 àson savoir , à son éloquence , et à quelques vertus qui en ont imposé à plusieurs écrivains catholiques : mais sa mémoire , dans l'estime générale , n'est recommandable que par ses talens. Dans plusieurs endroits de ses écrits , à travers les voiles de la dissimulation , on n'aperçoit que trop son inclination , tant pour la doctrine que pour la personne d'Arius. Quant aux faits éclatans de la religion , trop connus pour être altérés , il les

Ïirésente avec une simplicité qui porte elle seule a conviction dans l'esprit de ses lecteurs. Mais pour sa conduite à l'égard des ariens , il se montra , au moins fort long-temps , lâche , timide , jaloux de plaire aux grands et à leurs séducteurs. 11 fît néanmoins quelques rétractations qui doivent mitiger nos jugemens. Comme il approchait alors de la fin de sa carrière, moment si capable d'inspirer, un vrai repentir, on ne doit pas juger de ca désaveu , ainsi que de sa soumission apparente au concile de Nicée , tandis qu'il était livre à des amis impérieux qui subjuguaient sa faiblesse.

Ileut pour successeur Acace qui , à ce que présume Baronius , n'est autre que le fameux prêtre

(() Socr. t. 11 , c. 2.

Arien 7 si roalheureusement accrédité auprès du grand Constantin , et plus encore auprès de sa sœur Constance. Acace , surnommé le Borgne , dont il est ici question , avait au suprême degré le secret de sc{ faire valoir , nonob^ant la difformité de sa figure , qu'il t;ompensait avec avantage par teaur coup de pénétration et de capacité ; mais sur-tout

Sar son art incomparable à s insinuer dans l'esprit es grands. Il composa , entr^autres ouvrages , la vie ttEusèbe son prédécesseur , dont il donna l'idée qui convenait aux intérêts de la secte*

Vers ce même temps , saint Alexandre de C. P.' couronna , par une mort précieuse aux yeux du Seigneur , quatre-vingt-dix-huit ans d'une sainte vie, dont il en avait passé vingt-trois dans l'épiscopat. Il marqua avant de mourir l'estime singu<lière. qu'il faisait d'un ecclésiastique de son clergé, nommé Paul; et c'en fut assez à son église , poftr faire honneur à la mémoire du digne pasteur qu'elle regrettait , en élevant Paul à sa place. Macédoni us , * diacre de cette église , que nous verrons bientôt acquérir une funeste renommée , avait déjà de luimême toute la bonne opinion qui est ordinaire aux chefs de parti. Mais pour cette fois ne se trouvant pas le plus fort , il montra de la soumission , et se contenta d'intriguer pour parvenir au rang de prêtre* Paul n'en fut pas plus tranquille. Comme son élection s'était faîte en l'absence d'un empereur ipoins jaloux du gouvernement de l'état que de celui de l'église, ce prince témoigna une grande colère à son retour , trouva Paul indigné de l'épiscopat, et lui substitua contre toute justice Eusèbe de Nicomédie , en faisant néanmoins tenir a ce sujet un concile pour la forme. C'est ainsi que ce prélat hérétique et courtisan devint évéque de la capitale , en a]outant au scandale de ses translations ambitieuses , celui de l'oppression et de l'intrusion.

Le saint pape Jule remplissait alors la chaire de 6Sdnt Pierre . oilvestre étant mort à Rome le dernier

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iG Histoire

jour tle rannée335. Dix-huit jours après, on araît élu le prêtre Marc , romain de naissance , qui n'occupa le siège qu'euviron huit mois , durant lesquels , à ce que Ton croit , il fut réglé tpje le pape serait sacré par l'évêque d'Ostie , et que ce prélat porterait pour celte cérémonie , le pallium , ornementpontifical , consistant en une sorte d'étoie antique , qu'on accorda dans la suite à. tous les archevêques. On ne voit pas qu'il soit parlé plutôt du pallium , qui était fait de laine blanclie en forme de bandes, et.de quatre croix rouges. Les sous-diacres de l'église romaine qui le faisaient , y employaient la laine de deux agneaux offerts sur l'autel , dans l'église de Sainte-Ai^nès , le jour de sa fête , tandis qu on chantait ÏJgniis Del ; puis le portaient à l'église de S. Pierre, où on l'exposait quelque temps sur les corps des saintsapûtres. Après la mort de Marc, le saint siège vaqua quatre mois; et Jule , romain de naissance , fut institué pape le 5 du mois de Février de l'an 33y. Il eut aussitôt l'occasion de signaler son discernement et ses lumières pour la défense de l'église.

Les ariens s'empressèrent à le prévenir an sujet d'Athanase dès qu'ils se virent réduits par la politique de Constance à garder quelques mesures. Ils employèrent pour cela ceux aentr eux qu'on nommait eusébiens , et qui , à l'exemple de 1 ambitieux Eusèbe , avaient l'ai't d'éviter l'anathème , soit par des équivoques , soit par le désaveu formel de leur icrésie , quand il servait à leurs fins. Le chef de leur délégation était un prêtre appelé Macaire , qu'ils avaient chargédelettres adressées au souverain pontife , contenant des accusations , tant contre Atbanase que contre Asclépas de Gaze et Marcel d'Ancyre. Il n'y eut sorte de ruse ni de mensonge que n employât Macaire pour engager le pape à communiquer par lettres avec Piste que les euséiiens avaient ordonné évoque d'Alexandrie : arien sans ménagement , et dont tes partisans d'Eusèbe 66 servaient , selon leur méthode ordinaire, pour

publier la doctrine qu eux-mêmes professaient plus secrètement. Il leur était facile ae donner , a une si grande distance , Tidée quMls voulaient de cet hérétique , tandis qu'il n'y avait personne pour les contredire. *

Mais le saint patriarche d'Alexandrie , qui n'avait^ ni moins d'activité que ses ennemis j ni moins d'habileté dans les affaires , envoya de son côté , pour défendre sa cause à Rome (i). Bientôt cette nouvelle parvint à la connaissance des députés eusébiens ; et ce fut un coup de foudre pour Macaire« Dans la crainte de se voir confondu avec tant d'opprobre, il prévint l'arrivée des Egyptiens orthodoxes, et repartit ^ tout malade qu il était , sans nulle précaution , sans le moindre délai , sans sauver en aucune façon les apparences vis-à-vis du pape , qui dans o^ moment-fà même l'attendait à son audience. Ainsi les agens d'Athanase n^eurent aucune peine à persuader au sou* verain pontife que Piste était un des plus obstinés disciples d'Arius , excommunié premièrement par son evêque Alexandre de sainte mémoire , et depuis par le concile de Nicée. Ceux des eusébiens qui restaient à Rome , ne purent démentir ces faits, et furent également convaincus, d'imposture , sur tous les chefs de leur accusation ^ dans une conférence publique où le pape assista. Poussés si vivement, ils ne virent jour à se tirer d'affaire ,* ou à gagner du temps , qu'en demandant un concile où comparût Athanase avec ses accusateurs. Jule souscrivit à leur requête , et prit ses mesures pour l'exécution.

Ce n'était pas sur un concile romain qu'ils fondaient leur espérance. Eusèbe , en politique expérimenté, dressait des batteries bien plus favo-' râbles à ses vues. Instruit par ses émissaires du tour que ses tentatives prenaient en Ttalie , il voulut éluder ou alTuiblir en Orient , par une con-

(i) Ath* Jpol.

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âamnalîon célèbre d'Athanase , tout ce que !'0(? cident pourrait faire. L'occasion se présentait toul jiaturelieuient. L'église magnifique d'Antioche , commencée depuis dix. ans par le grand Gonslan* tin , venait d'être achevée , et Constance avait â cœur que la dédicace s'en fit avec la solennilé la plus éclatante. Les évêqnes , pour lui plaiie, vinrent avec empressement de toutes les églises voisines , et des provinces même assez éloignées. On en compta jusqu'à quatre-vingt-dix-sept , partie catholiques, partie ariens. Mais quoi qu'en disent différens écrivains modernes , il paraît que les sectaires remportèrent autant par le nombre que par la protection des puissances et par l'ascendant d'un faux zèle sur la réserve et la froide piudenctS de ce qu'on appelait gens pacifiques. Il n'y eut personne qui put ou qui osât défendre Athanasê avec une certaine vicueur. Il n'était venu aucuà cvéque d Italie , ni de tout le reste de fOccident, personne de la part du pape Jule , dît l'historien Socrate ; quoique les canons défendissent dès-* lors , comme 1 observe le même auteur , de rieni statuer d'important , ou de relatif aux alTairea générales j sans le consentement de l'évèque de Rome (i).

L'empereur Constance était présent, et l'on ne doutait plus de ses mauvaises dispositions par rapport aux orthodoxes. Ce prince d'une capacité médiocre , et très-avide de renommée , eut le travers assez commun à ces sortes de génies , d'en "Vouloir acquérir dans les disputes de religion , tandis qu'il abandonnait le souverain pouvoiruux eunuques du palais (2). IJ était entièrement asservi à l'un d'eux , qui portait encore le nom d'Eusèbe :• Iioinme vicieux et frivole, sans ame et sans cal'.ictère , mais prenant toutes les impressions de co lameux prêtre que Constantin avait fait dépositaire

(l) S^r. /. Il , c. 8; Soï. 11,6.

^3) Amm. XV, c. 3 j Jul. ad Alh.

de son testament , et à qui Constance accordait une confiance encore plus aveugle que n'avait fait son père. Insensiblement et tour-à-tour, le prêtre et l'eunuque infectaient l'esprit de l'empereur. La multitude infinie de dogmatiseui^ qui remplissaient la cour , où Ton ne respirait plus qti'un air de sophisme et de chicane , achevèrent a obscurcir dans l'esprit du prince jusqu'aux premiers principes de la toi. Il en était là quand il parut au concile d'Antîoche, dit de la dédicace, la cinquième année de son règne, 34 1.

Les évêques eusébiens étaient accusés d'hérésie par tous les autres. Il ne leur fut pas difficile d'en imposer à un prince qui n'avait en horreur que le nom d'hérésie , et non la doctrine réellement hérétique. Ils en furent quittes pour dresser de nouveaux symboles , dont la lettre ne p^ésentait rien d'impie , mais d'où l'erreur et l'impiété n'é-' taient pas exclues ; c'est-à-dire, qu'on n'y employait pas les expressions consacrées par le concile de Nicée , et qu'il avait jugées seules suffisantes pour la conservation de la foi. On trouva cependant des couleurs pour supprimer le terme de consubstantiel ; et l'on prétexta que l'objet du concile de la dédicace n était pas la condamnation de l'arianisme , mais celle delà doctrine de Sabellius , de Paul de Sainosathes , qu'on reprochait à Marcel d'Ancyre.

On prétend que ce concile ne laissa pas de faire d'excellens canons de disciph'ne, qui ont été reçus . par toute l'église. Car quoiqu'il y ait un auti^e concile d'Antioche plus ancien et plus respectable

Sue celui-ci, savoir, sous le pontificat de saint' .ustache, cest pourtant à ce dernier que plusieurs savans attribuent la discipline dite en général du concile d'Antioche. Mais il y a plus d'ap- Î carence qu'on la tient de plusieurs conciles diférens, d!ont on a recueilli les canons les plus utiles.

On y trouve beaucoup de règlemens faits à Ni-^

itt Histoire

cée : ce qui prouve aii moins cjue ce n'est pa» l'ouvrage des ariens déclarps , mais tout au puis des eusébiens, les plus diiliciles et les plus subtils du parti. On excommunie ceux qui n'observeront pasle décret de Nicée sur le temps de la célébration de la pâque. On défend les translations d'évêcjues d'un siège à l'autre; et l'on prévient tous les prétextes dont l'ambition ou la légèreté peut se cou- Trir pour éluder cette loi. La plupart des autres canons roulent sur le ministère et le régime ecclésiastique , la stabilité et la résidence , la soumission des prêtres à leur évêque , la subordination même des chorévêques , eussent-ils reçu l'ordination épîscopale. Le cinquième canon ordonne la peine de déposition contre les schismatiques opiniâtres , * et fournit le premier exemple de* ce qu'on appelle implorer dans l'église le bras séculier. S'ds continuent , dit-il , d'exciter le trouble parmi les ' fidèles , qu'ils soient réprimés , comme séditieux , par la puissance extérieure.

Le quatrième et le douzième canons condamnent avec la plus grande rigueur un évêque déposé qui n'aurait pas laissé de faire ses fonctions, Ou qui aurait eu recoure à la puissance impériale pour se soustraire à la sévérité des lois de 1 église. C'était là le grand objet des sectaires , et le reste ne leur servait que d'acbeminement et de voile , pour aller plus plausiblement à leui-s fins. Partant de ce point de règlement pour donner une forme canonique à leuruianœuvre contre saint Atlianase, ils prétendirent qu'il était doublement coupable , et pour s'être plaint au grand Constantin , après avair été déposé par leur concile de ïjr, et pour être depuis rentré dans son église sans avoir été rétabli par un concile. S'étant donc ligués au nombre de quarante des plus ardens ou des plus întrigans , et ayant prévenu l'empereur , ils proposèrent d'ordonner un nouvel évêque pour Alexandrie, à ia place d'Albanase , qu'ils donnaient pour légitimement déposé, et non légilijuement rétabli.

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Le pas était dangereux pour révêque qu on substituerait à un si grand homme. Athanase était adoré de son peuple , et pour peu qu'on eût de sens, on ne pouvait être flatté de lui succéder d'une pareille manière. Aussi cette dignité fît-elle peur i un homme de qualité, encore nommé Eusèbe , et natif d'Edesse en Mésopotamie : il la refusi^ nettement (i). Un Cappadocien, appelé Grégoire, fut moins délicat, quoiqu'il eût long-temps étudié à Alexandrie sous les yeux du saint patriarche, qu'il dût mieux le connaître , et qu'il en eût reçu mille ién moignages de bonté. Ayant donc été ordonné^ ît ' partit sur le champ pour aller prendre possession J appuyé de l'autorité souveraine. L'empçreur, nou content d'écrire en Egypte, envoyait avec lui l'eunuque Arsace , et des gens de guerre pour prêter main-forte. D'ailleurs on pouvait tout attei^ure de Philagre , préfet d'Egypte pour la secQo4e fpis , et remis en place uniquement à cause de sa haine et de ses violences contre les catholiques.

Le peuple étant assemblé , le préfet çoipmença

Sar lire les dépêches de la eour pour rinstallation e Grégoire au lieu d'Athanase. La consternation égala la surprise. La multitude court aux églises^ pour les préserver de l'invasion. On murmure ; on s'écl'ie que c'est l'ouvrage de la cabale et dç l'impiété; qu'il n'y a ni plainte, ni mécontenter ment des fidèles contre leur évêque ; que quand il serait coupable^ encore ne pourrait-on lui donner un successeur d'une manière si étrange et si indigne. Le préfet qui craignait le peuple innom* brame de -cette grande ville , gagna sous-main les juifs , les gens sans foi et sans mœurs , fit appeler de a campagne tous les ennemis du nom chrétien , et les joignit à ce qu'il y avait de plus effréné parmi la jeunesse (2). ^

Tous s'arment d'épées ou de bâtons , et courent en tumulte aux églises où le peuple fidèle se tenait

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