‹ Histoire de l'église. Tome douzième (volume 2)Chapitre 8 sur 50 · I I ' II. '.1" A · texte numérisé non relu

I I ' II. '.1" A

(1) Socr. /. Il , c. 10. (2) £p. Jul, ap. Athan.; ApoL 2.

5fà ÎI 1 s T 0 I R K

rassemblé. Il est plus facile d'imaginer que de rc

£résenter les scènes horribles qui s'y donnèrent, l'incendie et l'homicide furent les moindres profanations. On épargnait moins les prêtres et lét moines que la plus vile po])ulace. On les écrasaïl tout vifs sous les pieds des chevaux , ou on les erichaînait comme des bêtes de somme. Des vierges consacrées à Dieu soutirirent les derniers outrages. Celles-là s'estimèrent heureuses, qu'on se contents ■ de dépouiller et de fouetter puhliquement. Les V divins mystères furent jetés dans fa fange. Les idolâtres firent leurs sacrifices sur les saints autels, en blasphémant Jesus-Chrîst , et en exaltant leurs infâmes simulacres. Ils brûlèrent tout ce qu'ils découvrirent de livres sacrés, descendirent tous nuS dans le baptistère; et là , dirent et firent des infamies que la pudeur frémit de se rappeler.

Tout cela se passait dans le carême , aux approches delà pàque. Grégoire enchérit -sur les attentats de ses émissaires.. Le jour du vendredi-saint , il entra dans une église avec le gouverneur et les habitans idolâtres ; et pour punir l'horreur môme qu'on avait de ses violences , il fit fustiger en public , puis emprisonner pUis de trente personnes de marque , tant vierges que femmes mariées. 11 ne révéra pas même la sainte solennité de la pàque , et jeta ce )onr-là un grand nombre de fidèles dans les prisons. Enfin il s empara de toutes les églises ; en sorte que le peuple et le clergé catholique se virent réduits à la dure alternative, ou de se bannir du lieu saint, ou de communiquer avec les impies. On rechercha si rigoureusement les ministres sacrés , que les malades en danger de mort n'en pouvaient recevoir les sacremens , pas même ]e baptême. Mais ils aimaient encore mieux s'en voir privés, que de paraître sousciire à l'usurpation des hérétiques , par l'acceplalion de leur ministère ; ne doutant pas que Dieu ne fit miséricorde à l'ardeur sincère de leui's désirs pour les sacremens , que la seule crainte d'applaudir à 1 ûnjiiéw les empcchait de recevoir.

Il Ti*eftt rîen manqué aux vœux de Grégoire , «'il eût pu se saisir de la personne d'Athanase. Mai» le saint évêque Tayait préyenu. Comme les factieux marchaient à l'église où il avait son loge* ment , dans la disposition de l'y mettre à mort ^ il s'échappa , g^gn^^ le port , et s'embarqua pour l'Italie , afin d'assister au concile qu'on avait convoqué à Rome.

Le Cappadocien , après cela , voulut visiter l'Egypte. Mais ce fut moins une visite pontificale qu une coursé de brigands. Il était accompagné de Balace , lieutenant de Philagre , et de ses Barbares soldats. On flagella les prélats qui eurent le cou-^ rage de résister au schisme , et on les chargea de chaînes. Le saint évêque Potamon , qui avait perdu un œil pour la foi sous la tyrannie des païens , fut si rudement frappé sur la téte^ 4^'^^ consomma son martyre peu de temps après.

Les mêmes violences s'exercèrent dans les monas« tères de la Thébaïde. Vierges et solitaires , tout fiit traité sans humanité comme sans pudeur. L'horreur du crime et l'esprit de Dieu saisirent saint Antoine. Il écrivit à Balace d'un ton de prophète , qu'il voyait la vengeance divine prête à s'appesantir sur sa tête sacrilège, s'il ne cessait de persécuter les serviteurs de Jesus-Christ. L'impie fit un gi*and éclat de rire en lisant cette lettre , la jeta

5ar terre , et cracha dessus , sans nul égard à la ignité de son propre rang. Puis s' adressant au

les , que la vengeance divine éclata. Balace se trouvait a cheval , o. côté du vicaire d'Egypte ; les deux chevaux commencèrent à se jouer ensemble, et les maîtres s'en amusaient , loin d'en prendre aucune inquiétude. Tout à coup le cheval du vicaire se jeta sur Balace, le mordit à la cuisse , et la lui déchira avec acharnement. On l'enleva enfin à Tanioal furieux ^ et on le reporta che^ lui ^ où il m,ou«;

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rut le troisième jour. Tout le monde admira le prompt accomplissement de la prophétie ; et les hérétiques mêmes conçurent de la vénération pour le saint prophète (i).

Il avait alors quatre-vingt-dix ans. Maïs l'ennemi qui ne cesse jamais de tendre des pièges aux plus hautes vertus , lui mit en pensée qu il n'était point dans le désert de solitaire aus.si parfait que lui. La nuit suivante, le Seigneur lui révéla qu'il y en avait un beaucoup plus saint à quelque distance dtf sa demeure^ et lui inspira le désir de l'aller reconnaître de ses propres yeux. Sitôt que le jour parut, Antoine se mit en marche sans savoir ou il irait; mais il ne doutait point que celui qui l'inspirait ne le dirigeât. Il avança comme au hasard , ou {tliitôt avec cette foi sûre qui ne connaît point de lasard ; et le troisième jour il arriva dans la matinée à la caverne, où saint Paul, premier hermite, vivait oublié du monde , depuis la pei-sécution de l'empereur Dcce (2).

L'entrée en était fort obscure , et Antoine marchait à tâtons, quand il aperçut enfm une faible lumière. Mais au bruit de sa marche , Paul avait fermé sa porte au verrou. Antoine se mit à genoux, et conjura le solitaire de lui ouvrir. Vous savez qui je suis , lui dit-il ; et celui qui m'envoie vous a révélé pourquoi je suis venu. Je ne mérite pas à la vérité de' vous voir ; mais sachez que je ne me retirerai point d'ici sans vous avoir vu, IN'espéreï pas de me lasser. Le soleil a fourni la moitié de son cours depuis que je frappe ; je persisterai le jour et la nuit jusqu'à la mort ; et si vous refusez de me recevoir vivant , vous ouvrirez au moins pour me donner la sépulture api'ès mon trépas, Paul, en qui les saintes douceurs de la solitude et l'habitude de la vertun' avaient qu'ajouté à la gaieté naturelle de son humeur, lui répondit que la meraee n'était pas le ton qui convînt à un suppliant.

■ (ij / li. ^nl. t. 10. lij Uicr. in fit. Paul.

D E l' E G L I S E« iS

Vous etonnez-vou5 , ajouta-t-il , que je ne m'empresse pas à recevoir votre visite , puistpie vous n annoncée que la tristesse , et ne parlez que de mourir ?

Alors il ouvrit sa porte en souriant. Ils s'embrassèrent , se saluèrent par leurs noms , quoiqu'ils n'eussent jamais ouï parler l'un de l'autre , et rendirent de tendres actions de grâces au Seigneur. Us s'assirent ensuite , et Paul parla ainsi : Voyez donc celui que vous êtes venu cliercher de si loin: bel objet de vos recherches , une tête parseme'e de quelques cheveux blancs , un corps ruiné par les années , et tout près de rentrer dans la terre d'où il est sorti. Mais parlons* d'objets tout différens. Comment , dites-moi , va le monde aujourd'hui ? Les hommes bâtissent-ils toujours des maisons aussi solides que s'ils ne devaient pas mourir ? Y a-t-iï encore des grands jaloux de la domination , et des esclaves d'un vil intérêt ? Veut-on toujours leur faire adorer des dieux de bois et de métal ? Comme ils s'entretenaient de la sorte , en s'interrogeant et en se répondant tour à tour , un corbeau abaissant son vol près d'eux , déposa un pain , et disparut. Voyez, reprit Paul, la bonté du maître que nous servons : il y a soixante ans que je reçois chaque j[our la moitié d'un pain ; aujourd'hui que Jésus- Christ voit deux de ses soldats , il a doublé les vivres. Ils firent la prière de bénédiction , puis se reposèrent au bord d'une fontaine qui jaillissait de la roche où se trouvait la grotte , pour y prendre en paix leur frugal repas. Mais il s éleva une difficulté fort sérieuse , par rapport à l'honneur de

respect du a 1 âge, pute pensa durer jusqu'au soir; et l'on n'en sortit qu'en convenant que chacun tirerait le pain de sou côté , pour le mettre en morceaux. Ils se désaltérèrent à la fontaine, et partagèrent la nuit suivante entre la prière et de pieux colloques,.

■iS Histoire

Le Jour étant venu , Paal dit â son îiôle : Mort frère Antoine , je savais depuis lOng-temps que vous habitiez ces déserts, et Dieu m'avait pronais que je TOUS verrais : mais II ne vous envoie qu'au terme de ma carrière, afin de me donner la sépulture. Aces mots, Antoine fut pénétré de douleur, et conjura Paul , en versant un torrent de larmes , de l'emmener avec lui dans les demeures éternelles. Non , dit Paul, vous ne devez pas ainsi borner vos désirs à votJ'e avantage : vos leçons et vos exemples sont encore nécessaires aux frères. Il entra néanmoins dans la peine de son saint amij voulut lui épargner le spectacle de sa mort , et lui dit : Allez , je voua prie, mou frère, chercher pour m'ensevelir, le manteau que vous a donné l'evèque Athanase. Antoine étonné d'une connaissance si prophétique » Êartit aussitôt sons répliquer un seul mot , et fit eaucoup plus de diligence que son corps exténué ne semblait le permettre.

Toutefois ses disciples avaient déjà trouve' le temps de son absence extrêmement long. Deux des

1>lus alTectionne's, qui s'avançaient au - devant de uî avec beaucoup d'inquiétude , dirent aussitôt qu'ils ))urent le joindre : Mon père, où avez-vous tant demeuré ? Rien n'égale les alarmes de vos enfans. Malheureux péclieur que je suis , s'écria-t-il , comme hors de lui-même : Ah! que je porte injustement le nom de solitaire ! J'ai vu Elie, j'ai vU Jean dans le désert, j'ai vu dans Paul un habitant ce-, leste. Il n'en dit pas davantage en ce moment, et l'on n'osa point l'interroser.

Aussitôt qu'il eut prisle manteau qu'il revenait ebercber , il repartit avec empressement , ayant toujours Paul dans l'esprit et comme sous les jeux. Bès le lendemain, après environ trois heures da marche , il eut une vision , où au milieu des anges et des bienheureux , il aperçut le saint anachorète vêtu d'un blanc éblouissant et montant au ciel. Il se prosterna sur le champ , et s'écria nové de larmes : Paul , pourquoi me quittez-vous sans me faire

vos

DR l' E G L I S E. l^

'▼OS derniers adieux ? Ne vous ai-je donc c(ynnu que pour avoir le regret accablant dp vous perdre ?n sembla voler , le reste de la route ; et quand il fut arrivé à la grotte de Paul , il trouva le corps à genoux, les yeux et' les mains levés au ciel, et crut avoir pris une fausse alarme. Mais en voulant l'embrasser , il reconnut avec amertume la vérité de ce que figurait la vision.

Il enveloppa le mort du manteau d'Athanase , le tira de la grotte , et chanta à l'entrée les prière» ordinaires de Téglise. Après quoi se voyant sans instruihens propres à creuser la terce , il se trouva fort embarrassé pour l'inhumer selon la coutume des fidèles. Alors il aperçut deux lions qui accouraient avec impétuosité du fond du désert. Un premier mouvement d'effroi s'éleva dans son ame : mais bientôt il se rassura par la foi en la providence. En effet , ces terribles animaux allant droit au corps de Paul, le flattèrent d'abord de leursi langues et de leurs queues, et poussèrent comme des rugissemens de douleur. Ensuite ils se mirent à fouir de leurs ongles , firent en peu de momens lin trou plus que SLiflisant pour le corps d'un homme,' et reprirent le chemin du désert. Antoine étendit le corps dans la fosse , le couvrit de terre ; puis il mit sur la place quelque marque propre à la faire reconnaître. Le jour suivant, il repartit pour sou monastère , emportant , comme une riche succession, la tunique que Paul s'était faite de ses propres mains, et qui n'était qu'un tissu de. feuilles de palmier , semblable à celui des corbeilles. A son arrivée , il fit .dans toute son étendue le récit d'un événement si capable d'édifier ses disciples. Cette grossière tunique de feuilles de palmier , il mettait une sorte de gloire à la porter , et il n'en usait qu'aux fêtes les plus solennelles , telles que Pâques et la Pentecôte.

Saint Antoine survécut quinze ans au premier des anachorètes , et ne mourut, qu'à l'âge de cent cinq ans. Ses austérités furent toujours les mêmes j Tome IL B

i8 Histoire

aussi-bien que son zèle à instruire un nombre infini de solitaires et de cénobites, qui en formèrent une infinité d'autres à leur tour. Sans aucun avantage naturel qui le distinguât,' son éminente sainteté'l'a rendu fameuxdans toute l'étendue du monde chrétien. Quoiqu'il ne sût pas lire, on a de lui quel-

3 lies lettres, avec une règle assez courte , qu'il avait ictées dans la langue de son pavs , et qu on a traduites en grec et en latin.

Les seuls ennemis de la foi refusaient de rendre justice à des vertus aussi merveilleuses que celles de ces bommes tout célestes- Leur attacliement déclaré pour leur pasteur légitime effaçait toutes leurs bonnes qualités aux yeux de son rival hérétique. Mais tandis que l'intrus ne pensait qu'à établir son autorité par les voies les plus indignes , Âthanase fugitif porta ses plaintes au père commun des fidèles et des pastfeurs de tontes les églises (i). Il produisit au souverain pontife les attestations de quatre-vingts évèqups d'Egypte , qui déposaient tout de que l'on pouvait dire de plus convaicant en sa, faveur. Mais dès qu'il fut personnellement connu , son mérite éclatant, sa manière de vivre , sainte , sage et modeste , sa rare piété , toutes ses vertus firent sa meilleure recommandation. On fut bientôt convaincu qu'il n'était odieux aux impies, que

Îarce qu'il leur était redoutable. Le saint pape ule sentit même pour Alhanase , à son premier as- }iect, unebienveillancequi prévenait toutes les ré-* lexions , et une affection comme irrésistible. Dans toute la suite de sa vie , il rendit grâce à Dieu de lui avoir fait connaître un si digne évêque. Pour le saint patriarche , après qu'il eut mis son affaire en état,suivant les règles de la prudence chrétienne, jl en abandonna le soin à la providence. Il ne témoigna ni empressement, ni inquiétude, fit sa princiiMle occupation des exercices de la piété et de 1 assistance aux divins ollices ; en sorte qu'il

(t) A.th.Apol. t.

DÉ l' Ë G L t S Ê. î^

semblait n*avoir entrepris qu^un voyage dé dévo-i tion au'SL lieux sanctifiés par le martyre des saints Qfpotres. Toute sa suite , vraiment digne de lui , ne pouvait qu'augmenter l'édification parmi les Romains. Il avait amené quelques solitaires de la Thébaïde , d'une vie plus angélique qu^humaine. Ce spectacle était Nouveau pour l'Occident , qui s'instruisit de leur manière admirable de vivre nr). Alors on vit les premières dames de l'empire foulei^ aux pieds la mouesse et le faste de là grandeut* ^ et le disputer aux hommes les plus courageux , dans l'oh^ servance de toutes les pratiques rigoureuses de la retraite et de la pénitence. Athanase demeura dixhuit mois à Rome ^ en attendant inutilement^ ses accusateurs.

Le pape leur écrivît pour les presser de venir à un concile que leurs députés avaient demandé. Il leur marqua un terme ^ au bout duquel ^ s'ils n'ar-» .rivaient avec de bonnes preuves , il ne pour-^ rait plus douter de leur mauvaise foi ni de la faî-* blesse de leur cause. Mais ils étaient désespérés dé savoir Athanase à Rome , où dès-lors il n'y avait plus moyen pour eux de manœuvrer; d autant mieux que le souverain en était solidement Catholique , et ne se mêlait des affaires de l'église que Eour la faire jouir de toute la liberté de l'évangile/ .ien ne s'y devait traiter que sur les canons > dans un concile où il ne se trouverait ni tyran , ni satellites , pour imprimer la terreur et gêner les suffrages. Ainsi le témoignage de leur conscience em-pêcua ces fourbes de se présenter. Ils affecitèrent dés lenteurs /et retinrent les porteurs des lettres pontificales au delà du. temps assigné. Après quoi ils les renvoyèrent avec une confession de foi toujours dans leur goût artificieux ^ c'est-à-dire , qui n'exprimait rien d'hérétique , mais qui n'excluait pas formellement l'hérésie par le terme de consubstantieL ^

mitt m.^^k

(i) Hier. Ep, i6-

:3o Histoire

Le concile ne laissa pas de se tenir. Il s^y trouvât plus de cinquante évêques , dont plusieurs de Thrace , de Syrie même , de Phénicie et de Palestine. Il y avait des prêtres d'Alexandrie, parfaitement instruits de ce qui touchait leur ëvêque. On dîscula son affaire dans toutes les formes. Les noirceurs de la calomnie furent mises en évidence. On démontra que le concile de Tyr n'avait été qu'un brigandage; et le grand Allianase fut absous d'une voix unanime. Le concile jugea aussi, en faveur de Marcel d'Ancyre , d'Asclepas de Gaze , de Paul de Constantinople , et généralement de tous les catholiques persécutés par la faction des ariens. C'est ainsi, disent Socrate et Sozomène (i), que tous les évêques opprimés avaient recours au pape , et trouvaient leur appui dans la prérogative de son siège , qui lui donnait droit de prendre soin de toutes les églises.

Comme c'était une ancienne coutume , que par honneur pour le siège apostolique, les décrets des conciles où le pontife romain présidait en personne, aie se publiassent que par ses propres lettres , ce que l'Afrique imita par la suite nu regard de son primat; le pape Jule , au nom de son concile^ écrivit aux Euséoiens (2). D'abord il réfute leurs calomnies contre les évêques flétris à Antioche , et fait sentir la rustice et la régularité de leur réhabilitation à Ilôme. Que si vous avez, ajoute-t-il^ de meilleures connaissances sur ces faits; pourquoi n'êtes-vous pas venus ici les proposer et les soutenir en face^ à des accusés qui se sont présentés de bonne grâce , et qui se disent prêts à répondre à quiconque et sur qjaelque chef que ce soit ? Il fallait , ou ne pas pousser les affaires au point où vous l'avez fait , ou ne pas vous décrier vous-mêmes , en reculant avec une pusillanimité si suspecte^ après vous être avancés avec tant d'ostentation. Mais outre Athanase et Marcel , que répondez-vous au sujet de

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(i) Socr. II , i5; Soz. 111,8.

{1) Ap, Ath. ap, t. 2. Concil. p. 493.

iD E l' E G L I S eV af

tette dgiultitude de prêtres etd'évêques persécutés, chasses, tournieiités en toutes les manières , et qui apportent ici de jour en jour la nouvelle dç vos violences , en y venant chercher un asyle ? O mes frères ! les jugemens de vos églises s'écartent étrangement des règles de l'évangile , et vont à des peines inconnues , au hannissement et à la mort. Si ceux que vous poursuivez étaient coupables , comme vous le dites , il fallait écrire à nous tous , afin que nous pussions porter de concert un jugement convenable. Car ce sont des évêques qui ont souffert tous ces maux , et des églises distinguées qui ont reçu la foi de la l)Ouche même des apôtres. Vous deviez sur-tout porter à notre église les accusa-, lions intentées contre l'évêque d'Alexandrie. Ne. savez-vous pas que c'est «la coutume de nous écrire d'abord , et que la décision doit venir d'ici ? Mais sans nous avoir instruits , et après qu'on a fait ce qu'on a voulu , on demande que nous le confirmions de notre suffrage, sans connaissance de cause.

La déclaration du souverain pontife releva le courage des orthodoxes. Peu après le concile d'Antioche , l'usurpateur du si^ge de C. P. le fameux Eusèbe étant venu à mourir , surchargé de crimes et d'années , puisqu'il était déjà vieux quand l'arianisme commença^ vingt ans auparavant ; alors le peuple catholique remit sur son siège le saint cvêque Paul , qui en était le titulaire légitime, et qui en avait été chassé si scandaleusement. Mais

dans une autre église. Les citoyens attachés respeclivcment aux deux partis , formèrent deux puis-

)elé llerinogènc , y perdit la vie ^ en montrant de

santés factions. Le maître même de lamilice, ap-

i partialité en faveur des factieux les plus protégés , et en augmentant le trouble au lieu de î'appaiser. A celte nouvelle , Tempereur Constance!*

la

* 66 rendit précipitamment d'Antioclie à C. P. ma!r gré la rigueur de l'hiver et les alTaires capitales cjui rendaient sa présence nécessaire en Orient. II ne fit cependant mourir personne ; et se laissant fléchir aux prières du sénat et aux larmes du peuple qui vint au-devant de lui , il fit grâce de la vie a cette multitude de coupables. Mais II réduisit à la moitié la quantité de hié que l'empereur son père faisait distribuer gratuitement. Il cha.ssa aussi Paul de la ville , sans toutefois confirmer l'élection de Macédonius ; se tenant offensé qu'on l'eut ordonné sans sa participation , et le regardant avec Paul j comme la cause de la sédition. Du reste ', ii D'annnlla rien de ce qui avait été fait ]iour l'intrus, et souffrit qu'il tint ses assemblées dans régllseoù on l'avait ordonné.

Le pape , après avoir Inutilement tenté de ramener les esprits par ses avertisseniens paternels, sentit qu'il fallait d'autres expédiens contre une pareille faction. Il informa l'empereur Constant des procédés de l'impiété , sur-tout contre les évêques d'Alexandrie et de Constantinople. Le vicaire de Jesus-Christ , loin de rien dire qui pût brouiller les deux augustes frères , ne chercha qu'à rapprocher de la bonne voie celui qui s'en écartait, par les sollicitations du prince religieux qui persévérait avec une inriolable fidélité (i). Aussi Constant seconlenta-t-il d'écrire; mais il le fit d'une manière qui pût enfin devenir efficace. Il exigea que trois des evêques qui avaient agi avec si peu de ménagement contre leurs plus illustres collègues , vinssent lui rendre compte de leur conduite. Sa ]missance , et la conjoncture des affiilies de l'Orient le mettaient en état de prendre ce ton d'em- Sirè. Car depuis qu'il s'était approprié tous les omalnes de son frère Constantin , Constance toujours plus embarrassé de la guerre des Perses , allait au-devant de tout ce qui pouvait lui plaire.

(i) Socr. Il , itf.

Il envoya quatre- évêques à Constant , qui n'en demandait que trois. Les sectaires ne manquèrent

Çis de choisir les plus habiles d'entr'eux ; savoir , héodore ëvêque d'Héraclée , Narcisse de Néroniade , Maris de Gilcédoine et Marc d'Aréthuse en Syrie. Ces artificieux députés entreprirent de justifier ce qui s'était fait au concile d'Àntioclie. Mais les occidentaux , moins exercés à la dispute , allèrent d'abord au fait j et demandèrent préalablement leur confession de foi. Ceux-ci présentèrent à l'ordinaire un symbole embarrassé qui n'était , ni positivement hérétique , ni suffisant contre Terreur, saint Maximin de Trêves en découvrit le venin , et leur refusa sa communion. Sous la direction d'un si bon pasteur , le jeune empereur continua de se tenir purement et inviolablement attaché à la formule de Nicée , et conçut parfaitement qu'on ne persécutait Athanase , que parce qu'il la défendait avec plus de succès que personne. Les députés repartirent donc très-mal satisfaits de leur commission , et Constant pensa mûrement à remédier aux troubles qui désolaient l'église.

Constance feignit de tout approuver. La guerre se ])oussait vivement par les Perses. Sapor leur roi était un ennemi terrible : prince d'un grand génie et d'un grand courage , d'une audace , d'une nerté et d'une cruauté formidables , furieux sur- tout contre le nom romain. C'est principalement à ce titre que les chrétiens de ses états eurent tant à souffrir durant tout le coure de son long règne. Comme le christianisme avait pris son origine et son accroissement principal dans l'empire y souvent les barbares né distinguaient pas entre le nom romain et le nom chrétien ^ et confondaient dans leurs préventions des objets si différens , sans penser depuis combien de temps la foi se trouvait établie dans les autres nations. Les apôtres même l'avaient prêchée dans les provinces de la Perse , et la première épîtredeFévangéliste S. Jean prouve que ce ne fut pas sans succès. Elle s'y était con-

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sidérablement accrue par le commerce del'Osroêne et de rArinénie ; et du temps de Sapor , il y avait des églises nombreuses dans tous ses états.

Les mages , race comme sacrée où le sacerdoce était héréditaire , ne voyaient qu'avec un extrême dépit les progrès de cette religion étrangère , qui en décriant le culte du soleil , diminuait de jour en jour le crédit et la fortune de ces prêtres mercenaires. Ils étaient d'ailleurs animés par les juifs , très-nombreux en Perse , et beaucoup plus ardens

?[ue les idolâtres contre les chrétiens. Ceux-ci urent accusés d'entretenir des intelligences avec les Romains. En conséquence , et sans nul examen de la part de Sapor , il les accabla d'impôts , dont il commit l'exaction à des hommes impitoyables. Peu après il ordonna de trancher là tête à tous les prêtres chrétiens , d'abattre les églises , de brider une quantité de monastères , établis fort avant dans la Haute- Asie , avant même que le nom de solitaire fût connu en Occident (i). Quant au chef principal des fidèles , Siméon , évêque des villes royales de Séleucie et de Ctésiphonte , il le. fit comparaître devant lui. Ces deux villes étaient peu éloignées l'une de l'autre, et bâties sur les deux rives opposées du Tigre ; Séleucie , siège de l'empire des Parthes , «t Ctésiphonte de celui des Perses , conservant chacune le rang et les privilèges de capitale.

Le saint évêque comparut , chargé de chaînes , et le roi lui ordonna d'adorer le soleil , en lui promettant de grandes récompenses s'il obéissait , et le menaçant , s'il résistait , d'exterminer avec lui tous les fidèles. On ne pouvait s'attfendre à voir changer si vite ce chef de la vraie religion ; mais on espérait l'ébranler avec le temps. Aj)rès une confession généreuse , Sapor le fit conduire en prison. Le confesseur aperçut en passant Teunuque Ustazade , qui avait cievé le roi dès sa plus tendre enfance , et qui tenait un des premiers rangs à la

(i) Soz. 1 1 , 8 et 9 j A et, sine, p, 633.

icour. Ùstàzade était chrétien dans l'ame ; et s'il avait renoncé Jesus-Ghrist , c'était contre sa cons- \ cience , uniquement pour conserver sa fortune. L'évêque lui en fit de vifs reproches , rejeta même . avec mépris les marques de bienveillance et de , vénération dont le prévint Taposcat. A l'instant celui-ci conçut toute l'énormitédesa faute ^ répandit un torrent de larmes , et témoignant sa douleur à la façon expressive des orientaux , il quitta l'habit blanc qu'il portait , prit des habits de deuil y et s'assit à la porte du palais en poussant des sanglots et de profonds gémissemens.

Le roi le fit venir , et lui demanda s'il était arrivé quelque malheur dans sa maison. Non , seigneur , lui répondit -il ; mais plût à Dieu qu'au prix de toutes les infortunes de ce genre , je me fusse épargné le crime qui cause mes remords î La vie et la lumière me sont devenues odieuses ; je ne

Suis sans frémir regarder ce soleil ^ que j'ai feint e reconnaître pour un Dieu , et que j'ai adoré par complaisance pour vous. Je mérite la mort , et pour avoir trompé mon roi , et pour avoir renoncé mon Dieu. Sapor , daas sa surprise , ne savait à quoi se résoudre. Il aimait tendrement ce vieillard qui lui avait long- temps tenu lieu de père , et il n'attribuait son changement qu'aux maléfices des chrétiens. Tour- à- tour il employa les caresses et les menaces. Enfin tout étant inutile , il ordonna que loin de sa vue on allât lui trancher la tête. Le

Sénitent songeant au scandale de son apostasie , fit emander au roi , ])our grâce dernière , qu'un crieur public déclarât par toute la ville qu Ustàzade était condamné , non pour avoir agi contre son

e*ince ,. mais pour n'avoir pas voum renier son ieu. Sapor y consentit d'autant plus volontiers , que cet exemple de sévérité lui paraissait des plus propres à épouvanter les chrétiens.

Dès le lendemain , jour du Ycndredi-Saint , on amena le saint archevêque Siméon ; et le roi , à qui il ixe imanqua point de marquer une fermeté iné-:

branlable dans la foi , le condamna J comme TJs-^ tazade , à périr par le glaive. On exécuta auparavant , sous les yeux du prélat , plus de cent chrétiens , évècjues ou autres ecclésiastiques , sans que le courage d'aucun d'eux se démentît. Le seul Ananie parut un (>eu elfrajé. Mais l'intendant des ouvriers , nommé Pusiquès , et chrétien zélé , eut la générosité de lui dire : Prenez courage , Ananie , fermez un instant vos regards aux vanités de ce inonde , vous allez jouir de la céleste lumière. A peine eut-il proféré ces mots , qu'il fut pris luimême , et mené au roi. Il confessa avec une liberté qni fit recourir contre lui aux raftinemens de la cntauté la plus barbare. Sa fdle , qui avait consacré sa virginité au Seigneur , fut aussidénoncée et mise à mort.

L'année suivante , le même jour du Vendredi- Saint , on prononça la peine de mort par tout le royaume , non-seulement contre les ecclésiastiques, mais contre quiconque s'avouerait chrétien. Les mages se répandirent dans les villes et les villages , pénétrèrent dans toutes les maisons , et tirent les perquisitions les plus rigoureuses. On immola tout sans discernement , et jusque dans le palais du roi , ceux de ses olliciers qui lui paraissaient les plus chers. Dans celte confusion fut enveloppé l'eunuque Azade , plus nécessaire qu'Ustazade , et si cher à Sapor , qu'il condamna cette aveugle fureur j et défendit pour la suite de faire ainsi mourir tumultueusement les chrétiens. On restreignit de nouveau la proscription aux ecclésiastiques : mais la contrainte la rendit d'autant plus violeute , contre l'objet qu'elle se réservait. Alors Sadoth , successeur de Siméon dans l'évêché de Ctésiphonte et de Séleucie , en fut la principale victime. Il résidait par prudence dans celle des deux villes que la cour n'habitai l pas, c'est-à-dire, à Séleucie. Mais le roi s'y étant rendu en peifionne , lit prendre le nouvel évèque , avec ceux de ses clercs , des solitaires et des vierges consa-

crées que Ton put découvrir, le tout au nombre de cent vingt-huit personnes. On les tint cinq mois dans un affreux cachot : mais on les en tirait de temps en temps , pour les tourmenter entre de|

Ï>outres , qui leur serraient tellement les reins et es épaules , qu'on entendait craquer tous leurs os. On leur répétait souvent pendant la torture : Obéissez au roi qui vous enjoint d'adorer l'astre bienfaisaiy: du jour ; et au lieu de supplices , les £aiveurs royales tomberont en abondance sur vous. Nous adorons, répondaient - ils , le Créateur de tout l'univers , et non le soleil qui est son ouvrage. Ils eurent enfin la tête tranchée. Sadoth avait <Jeu:i^ sœurs consacrées à Dieu , Tune vierge ^ raubne dans Vétat de viduité. On les remit au chefs des mages, afin de leur faire leur procès. Mais le lubrique pontife fut touché de la beauté de la vierge , nomr mée Tarbule , et lui fit dire secrètement , que^ elle voulait Fépouser , il trouverait moyen de lui obtenir grâce , ainsi qu'à sa sœur. Elle répondit avec indignation , qu elle avait un époux d'un ordre bien différent , et qu'elle ne craignait point une mort qui devait la rejoindre à l'oojet de son chaste amour , aussi-bien qu'au saint évéque son frère. Le prêtre en fureur fit conduire les deux sœurs devant la porte de la ville. Chacune fut attachée à deux pieux , à l'un par le cou , et à l'autre I)ar les pieds. En cet état , on les scia par le miieû du corps , dont ensuite on suspendit les moitiés ruisselantes de sang , à de hautes pièces de bois plantées de chaque côté de la rue.

La persécution devint encore plus cruelle dans la province d'Adiabène , située sur la frontière de l'empire romain , et presque toute chrétienne^ L'éveque Acepsimas mourut à la torture , en con-^ fessant Jesus-Christ jusqu'au dernier soupir. Dans toules les provinces indistinctement , il y eut une multitude innombrable de martyrs de toute con-r dition. On a conservé les noms de vingt- trois évêqiies , du nombre desquels était Dausas , qui

fut pris en un lieu nommé Zabdée , et martyrisé avec environ deux cent cinquante personnes. On ne vit de différence entre les martyrs de Perse et ceux des nations policées , que dans l'héroïsme plus nécessaire aux premiers , pour résister à la cruauté plus atroce des barbares. Long-temps on se souvint avec vénération d'une troupe de seize mille , tant hommes que femmes. Le reste fut en sî grand nombre, qu'on ne put jamais en avoir . l'état, quelque soin que prissent à cet effet les fidèles de Perse et ceux de Syrie leurs voisins (i).

Le christianisme ne faisait pas de moindres progrès dans les autres régions. L'empereur Constance , zélé à sa manière , contribua beaucoup à l'établir chez les Homérites , c'est-à-dire , chez les anciens Sabéens, i l'extrémité de l' Arabie-Heureuse , vers l'Océan (^). Leur religion était auparavant une idolâtrie mêlée de judaïsme. Constance envoya des ambassadeurs avec des présens magnifiques , pour demander la liberté de construire chez eux des églises à l'usage des marchands romains et des naturels du pays qui voudraient apprendre la religio^ de l'empire. Le plus connu de ces ambassadeurs était un certain Théophile , Indien de naissance , qui donné en otage dès sa tendre jeunesse au grand Constantin, avait embrassé non-seulement la foi , mais la vie monastique. Ce liirent les ariens auxquels il était attaché , qui lui firent conférer la dignité d'éveqne pour cette mission : bonne œuvre a éclat , entreprise avec ardeur par des gens de parti , jaloux sans doute de ce qu' A thanase venait d'envoyer le saint missionnaire Frumence aux Etliiopiens, en deçà de la Mer- Bouge* L'entreprise de Théophile ne laissa pas d'avoir de grands succès. Le prince des llomériles se convertit , et voulut faire lui-même les frais de trois églises , l'une à Dafar, capitale de son état ,

(i) Soz. II , 14. {'>-) Pliilost. /. III ; c. 4^' sef/.

DE l' Eglise. . ^

les deux autres dans les villes principales , où les Itomains et les Perses faisaient leur commerce.

Ainsi les ariens s'eiForçaient-ils d'accréditer une secte orcueilleuse , qui ne se contentait plus de primer dans les provinces de Constance. Quatre ans tout au plus après leur concile de la de'dicace, ils s'assemblèrent de nouveau dans la ville d'Antioclie, dressèrent. une nouvelle formule de croyance,' et l'envoyèrent en Occident , avec <juelques évêcaies des plus adroits du parti. Ils trouvèrent les Occidentaux réunis à Milan , et l'empereur Constant au milieu d'eux , fort occupe à chercher un remède aux maux de l'église. Pénétré de vénération pour toutes les grandes qualités d'Athanase, il disait souvent que son crime n'était autre que son zèle et son habileté à défendre la foi. Les dei^ nières injustices qu'on lui avait jfaites, et qui duraient encore , il les qualifiait de trames d'iniquité , et il se croyait indispensablement obligé de les faire cesser. Il manda le saint évêque à Milan , et Athanase s'y rendit le plutôt qu'il lui fut possible. Ce que le jeune empereur ouït de la bouche du patriarche, touchant l'état déplorable de la religiom en Egypte et dans tout l'empire d'Orient , acheva d'enflammer son zèle.

Saint Jule , pape, saint Maximin, évêque de Trêves , et le grand Osius de Cordoue , avaient prié tout nouvellement ce bon prince d'écrire à son frère Constance , afin de convoquer de concert un concile général de l'Orient et de l'Occident , où les accusations des prélats chassés de leurs sièges fussent examinées à fond, et jugées enfin sans appel (i). Ce projet donnait des terribles inquiétudes aux évêques ariens ; mais leur protecteur était pressé de manière à n'oser refuser. On convint réciproquement de tenir le concile à Sardique en Hiyrie , aux confins des deux empires , afin qvie les évêques de l'un et de l'autre s y pussent ren-

(i) Ath. ApoL i } Socr. 1 1 ^ 20 3 Soz. 1 1

dre comniodement , et n'alléguer aucun prétexte de refus.

Le pane Jule ayant ainsi procuré la convocation «lu concile , il marqua aussi , de concert avec les empereurs, le temps de la céléhration , c'est-àdire , cette année-là même 347- Quoique le terme fût assez court, parce qu'on appréhendait toujours quelque changement de la part des puissances , au moinï de celle qui était mal intentionnée ; il ne laissa pas d'y venir des évèques de plus de trente-cinq provinces, même des plus éloignées; et tous avaient au fond le temps sulTisant pour s'y rendre. Toutefois on ignore le nombre juste de ces pères , qui est exagéré par certains auteurs , et trop diminué par d'autres. L'opinion la plus vraisemblable , c'est qu'ils approchaient de deux cents , sans compter ceux à qui l'on envoya des copies du concile j et qui de concert avec ceux qui prononcèrent , souscrivirent au nombre de plus de trois cents. Entre les évêques présens , on remarque sur-tout Osius , appelé dès-lors le père des conciles , Protogène de la ville même de Sardique, Vincent de Capoue, Vérissîmede Lyon, Maximin de Trêves , Eupbralas de Cologne et Gratus de Cartbage, tous vénérables par leur âge et leur expérience, par leur doctrine et leur vertu. Le pape Jule ne pouvant sans péril s'éloigner du centre des alTaires ecclésiastiques^ envoya ses légats , Archidame et Philoxène , prêtres , et le diacre Léon.

De la part des euséljiens , les principaux évêques furent Théodore d"lTéraclée , Ménophantes d'Ephèse, Narcisse de Néroniade en Cilicie , Eiienne a Antioehe, George de Laodicée, Acace de Césarée de Palestine ^ Ùi-sace et Valens de Pànnonie , et le fameux Ischiras que son parti avait élevé àl'épiscopat , en récompense de toutes ses manœuvres contre S, Alhanase". Comme les hérétiques sentaient fort bieu la faiblesse de leur cause , au défaut de bonnes raisons, ils amenèrent avec euxdeuxolfi-

DE l' Eglise. 3i

cîert revêtus de la dignité de comtes ,' pour dominer , comme ils avaient fait au conciliabule de Tyr. Mais ils trouvèrent une assemblée toute différente , toute ecclésiastique , incapable de se laisser effrayer par des gens armés et par Fappareil imposant de la puissance séculière. L'empereur Constant avait d'ailleurs défendu^ de la manière la plus impo-^ santé , à tout laïque d'entrer au concile , ni degéner en rien la liberté des suffrages. Atbanase, qu'ils imaginaient n'oser même se présenter y paraissait avec toute la sécurité de l'innocence reconnue , et semblait défier ses ennemis superbes , chargés à leur tour par des accusateurs qui ne voulaient être entendus que la preuve et l'évidence à la main. Divers ecclésias^tiques^ outragés avec violence , représentaient les chaînes dont on les avait chargés j des évêques en venaient défendre d'autres , qui étaient encore bannis ; les parens ou les amis de ceux qu'on avait mis à mort , demandaient justice de ces attentats sacrilèges. On articulait , entr'autres particularités , l'oppression d'un évêque , nommé Théodule, réduit à ^rer loin de son église , et à périr enfin dans sa fuite. Quelques-uns montraient les coups d'épée et les autres blessures encore toutes sanglantes qu'ils avaient reçues. Non-seulement des particuliers , mais des églises entières se plaignaient des derniers outrages faits au sanctuaire , aux clercs et aux vierges , pour n'avoir pas voulu communiquer avec les sectateurs de l'impie Arius. Deux evéques d'Arabie , Astère et Macaire , qui étaient arrivés jusqu'à Sardique en la compagnie des eusébiens , venaient de les quitter pour se' joindre aux orthodoxes , et dévoilèrent les trames odieuses dç ces perfides sectaires (i).

Tant de révolutions inattendues causaient à ceuxci d'étranges inquiétudes. Ils se tinrent renfermés dans le palais ou on les avait logés , et convinrent entr'eux de ne point entrer au lieu de l'assemblée

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(i) Sjnod. JpoL Athan.

£;(mérale , d'empêcher tous les Oriientaux d'y paraîlir, et de se retirer eux-mêmes sous lepremier pie texte. Ils aimaient beaucoup mieux avoir à rougir de leur fuite ^ que d'attendre une condamnation qu'ils voyaient inévitable. L'honneur les touchait peu ; et leur fortune qui leur importait infiniment davantage, restait en s.uretë sous la protection de Constance , qui ne souffrirait jamais qu'on les dépossédât réellement de leurs sièges. En vain leur représenta-t-on qu'il fallait , ou ne pas venir au lieu du concile ^ pu comparaître à ses séance;^ ; qu'il leur importait d'être confrontés avec des adversaires contre qui ils se vantaient d'avoir de si bons moyens; qu'après ce jugement contradictoire , ceux-ci n'auraient plus à prétexter qu'on les avait condamnés sans les entendre , et que dea sentences si solennellement confirmées demeureraient à jamais irrévocables. La voix de leur conscience leur criait beaucoup plus haut , qu'ils ne sortiraient point d'une assemblée canonique à leur avantage.

Ils répondirent d'abord , qu'ils ne pouvaient prendre part à un concile qui communiquait avec Athanase , Marcel d'Ancyre , et les autres évoques déjà condamnés. Mais substituant tout à coupla défaite de la politique à celle de l'hypocrisie , ils feignirent que leur empereur les mandait pour la célébration d'un triompne sur les Perses. Sans s'arrêter à la frivolité de cette excuse , lé concile repar- . tit, qu'ils eussent à venir se défendre des accusations intentées contre eux, ou qu'ils s'attendissent à être jugés en rigueur , et à voir absoudre ceux qu'ils poursuivaient. Cette dénonciation ne changea rien à leur arrangement ; ils partirent avec pré- . cipitation , et se retirèrent à Philippopplls eu Thrace , ville de l'empire d'Orient assez voisine de C. P. et où ils eurent la prétention chimérique de former eux-mêmes, et eux seuls, le concile œcuniénique.

Il xxf fallait point d'autre justification pour Athanase.

liase. On roulut nëanmoins qu'il se justifiât : mais il démontra si clairement son innocence, avec Tindignité des procédés employés contre sa personne et contre son clergé , que les pères du concile ne purent retenir leurs larmes , et s'empressèrent à le consoler par les témoignages de l'affection la plus compatissante. Des lettres synodales firrent expédiées sur le champ , pour notj&er aux églises d E-

arat

ypte et de Lybie , specialemrat à celle d'Alexandrie, la justification du saint patriarche et les vœux: de toute l'église, pour qu'on le reçût comme il le méritait. Ayant ensuite examiné les plaintes rendues contre les eusébiens, le concile les trouva si bien fondées et si criantes , qu'il priva huit de leurs principaux évoques , non-seulement de l'épiscopat, mais de la communion des fidèles. On s'était convaincu , à n'en pouvoir plus douter , du dessein qu'ils avaient de faire triompher l'arianisme , aussibien que de leurs violences perpétuelles contre quiconque refusait de partager leur hérétique communion. C'est ainsi que Grégoire , cet odieux Cap- Sadocien qui s'était emparé du siège patriarcal 'Alexandrie avec autant de cruauté que a impiété, fut déposé 5 exclus à jamais de l'épiscopat , et tous les surjets qu'il avait ordonnés , privés des fonctions de leur ordre.

Après la cause d'Athanase , on examina celle de Marcel, évêque d'Ancyre, et celle d'Asclépas, évêque de Gaze , aussi déposés par les Eusébiens. On les rétabli t dans leurs églises , d'où l'on chassa Basile et Quintien, éius par les hérétiques. Lepape Jule, comnie nous l'avons dit , avait cféjà reçu à sa communion Asclépas et 'Marcel , parce qu'ils n'étaient en butte. à leurs ennemis, que pour leur éloienement de l'arianisme. Il est vrai que la réhabilitation de Marcel , fort décrié en Orient , fut toujours contestée par les Orientaux , et que saint Atha • na^e refusa , du moins par la suite , de communiquer avec lui. Saint Ililaire même, saint Basile , 4aint Jean-Ghrysostome ; avec plusieurs autres doc- Tome IL G

leurs respectables, en parlent comme d'un Iie'retïqiie imbu des mêmes impiétés que Pbolin. Mais il n'était pas question à Sardique , soit des sentimens cacbés d un fourbe babile , soit plutôt des Tarlations d'un esprit léger , à qui l'on a reproché en effet d être retourné a son \omissenient.

Quelques membres du concile proposèrent ensuite de dresser uwformule nouvelle de crojance : mais la proposition fut aussitôt rejetée, comme faisant injure à la confession de Nicée qu'elle donnait pour défectueuse , et comme autorisant la démangeaison périlleuse de toucber aux anciens symboles. Il n'en fut pas ainsi de la discipline , qui varie selon les temps , et dont on dressa vingt nou- Teaux canons (i),

Osius qui proposait les matières , fit sentir combien il serait pernicieux de laisser introduire la coutume de cbanger d'évéclië ; que le motif intéressé de ces translations était manifeste , en ce que ces pasieurs inconstans ne quittaient jamais un grand siège pour un moins considérable. Cet abus parut si scandaleux aux pères de Sardique , qu'ils ordonnèrent contre ceux qui s'en rendraient coupables par la suite , la privation de la communion , même à la mort (2) : circonstance qu'il faut entendre , ou de la réconciliation solennelle , ou du cas auquel l'opiniâtreté rendrait indigne de tout genre de réconciliation ; sans quoi l'on ne pourrait accorder avec lui-même ce sage concile , qui explique ou adoucit ce qui lui avait paru d'une rigueur excessive dans quelques règlemens locaux , par rapport à l'abandon apparent de certains pécbeurs dans, leurs derniers momens. On ne fut guère moins sévère sur farticle de la résidence : ce concile interdit absolument , sous peine de déposition , tous les voyages des évèques à la cour, à moins d'un ordre formel de l'empereur ou d'une nécessité évidente. Afin de procurer l'exécution de cette loi , on auto-

{a) Can. a

rjse les évêques des lieux placés sur les grandes routes y à s'informer , quand ils verront passer lui autre ëvêque y quel est le terme et le sujet de son Voyage Ti).

On régla aussi la manière générale de procéder contre les ëvêques ; et voici les termes de ce canon , le plus fameux de Sardique (2) : Si un évêque condamné dans sa province se croit mal jugé , ceux 3ui auront examiné raffaire , écriront à l'évêque e Rome , pour honorer la mémoire du bienheureux Pierre , son prédécesseur y et si le pontife juge 3u"il faille renouveler le jugement-, on le reprenra, et lui-même donnera des juges sur les lieux : que s'il ne trouve rien à reformer dans la sentence rendue , elle sera confirmée par-là même , et la cause terminée. On ajoute que le pape pourra commettre le jugement de ces appellations aux évéques de la province voisine , et même envoya un prêtre, avec la qualité de son légat, selon que sa sagesse le trouvera convenable. Ce n'était pas attribuer au ftiége apostolique une juridiction nouvelle y maia en régler l'usage pour le bon ordre de la hiérarchiet L'église de France a été spécialemenif jalouse de garder cette forme dans le jugement de ses prélats , qui en effet ont été constamment jugés dans le royaume par leurs comprovinciaux ou par leurs voisins. Telles furent les dispositions capitales de la discipline du vrai concile de Sardique.

Car, pour diminuer la flétrissure qu'il imprima à Timpiété arienne, les Orientaux retirés du congrès général s'assemblèrent à Philippopolis , et voulurent donner à leur conciliabule fautori té et le nom daconcile légitime. Plusieurs catholiques qui ne manquaient pas de lumières , y furent si bien trompés , que la confession de Philippopolis, se trouve dans les fragmens de saint Hilaire de Poitiers , sous le nom de symbole de Sardique. Elle présentait im sens très-orthodoxe , et ne péchait

(i) Can, 12. (2) Can, 394^^^*

crae par l'omission du terme de consiibstantieTj Mais les fonrlies qui en étaient les auteurs, n'usèrent pas de la même circonspection dans le reste de leur coniUii'e. Ils portèrent la témérité jusqu'à excomminier les prélats d Occident les plua ■vénérables, Osiu* de Cordoue, saint Maximin de Trêves , et naêine le pape saint Julè. Ils publièrent une lettre synodale, datée de Sardique, où ils pou- Taient en effet l'avoir composée, et ils l'adressèrent à tous les évêques du monde cbrétien , eiitr'autres à Donat , évècjue donatiste de Cartbage (i). Ils n'avaient rien plus à cœur que d'engager ces schismatiques dans leurs intérêts , et de les op-

Êoser aux catholiques de cette illustre église ,aussiien qu'à Gratus leur évèque , qui s'était trouvé au concile de Sardique , avec trente-cinq de ses sufFragans. Mais ils n'eurent pas même cette misérable satisfaction , puisque les donatistes persévérèrent dans la foi de la consiibstantialité et l'horreur de l'arianisme , sans retourner cependant à l'imité. Ilparaît qu'au retour de Sardique , Gratus avait supplié l'empereur Constant d'étendre ses soins religieux aux églises d'Afrique. Ce prince , toujours prêt à servir la religion , y envoya aussitôt deux commissaires de marque, uniquement chargés en apparence de distribuer des aumônes etdesoulager les pauvres en chaque église. Mais ils devaient exhorter tout le monde à quitter le schisme et à rentrer dans le sein de l'unilé , sans rien entreprendre qui ressentit la contrainle. Néanmoins les chefs des donatistes firent courir le bruit qu'on ne venait que pour exercer la persécution ,. et le faux évèque Donat invectiva contre les vmmissatres impériaux avec la dernière insolence , parla très- injurieusement de l'empereur même, envoya de toute part défense de recevoir les aumônes.

Un autre Donat, évèque donatiste de Bagaye ,' leva hautement l'étendard de la révolte , en faisanfi

(i) Tom. a, Conc. p. Gçig

ktlrôuper les'cîrconcelliohs, ces brigands fanatiques , qui dévastaient les campagnes y les armes à la main , et que les évêques schismatiques avaient été obligés d'abandonner eux-mêmes a la rigueur des lois. Il fallut recourir à Silvestre , comte d'Afrique , qui les fit chasser de leurs villes avec leur clersé. Mais les rebelles ne se soumirent pas sans combattre : ainsi les gens, armés de*part et d'autre remplirent le pays de sang et de carnage. Donat de Bagaye ne voyant pas son parti le plus fort , se jeta de désespoir dans un puits. Un certain Mar*cule se précipita du haut d un rocher, et les donatistes honorèrent ces ennemis publics comme autant de martyrs (i).

Quoique les évêques catholiques n'eussen); aucune part aux voies de rigueur , que l'amour de l'ordre et une juste défense rendaient nécessaires , on n'en prit pas moins occasion de décrier l'église , et les chefs du schisme s'en montrèrent, plus obstinés ; mais il y eut beaucoup de peuplé qui rentra dans Tobéissance des pasteurs légitimes. • . .

Après leur réunion , Gratus assembla de toutes les provinces d'Afrique un nombreux concile, que Ton compte ordinairement pour le premier de Car-^' thage , quoiqu'il y en ait eu plusieurs auparavant ,

{Particulièrement sous saint Cyprien ; mais c'est ici e plus ancien dont on ait conservé les canons. Ils tendent principalement à réprimer les abus introduits parle schisme. Les schismatiques croyaient Bul le baptême conféré hors de la communion de Donat ; et le concile défend généralement de baptiser de nouvcBu ceux qui l'ont été au nom de l'adorable Trinité. Il défend aussi de rendre les honneurs du martyre à ceux qui se seront précipité^ , ou tués d'une autre manière , par enthousiasme ou par fanatisme et par désespoir. Enfin on condamne l'usure, sans distinction , et pour tous les états.

(i) Auc. Tract. 1 1 in Joan*

Constant qui ne se bornait pas à faire ainsi fleurir la religion dans ses provinces , apprit dans ces entrefaîtes les nouveaux excès des eusëbiens, toii-

f'ours honores de la protection de Constance. Dans a ville d'Andrinople où ils repassèrent après leur désertion de Sardique , ils firent couper la tête a dix personnes , pour leur attachement à la foi ancienne (i). Lucins , evêque du lieu, perdit la ■vie comme ses ouailles pre'destine'es , et. pour la même cause. Les deux évêqu es d'Arabie , Maeaire et Astère , qui avaient fait Taifront à leurs tenta-teurs déguisés de se séparer d'eux en arrivant à Sardique , furent bannis , après toutes sortes de mauvais traitemens. Mais toujours la secte en voulait principalement au arand Athanase. Long- temps on garda les ports et les portes des villes par où il devait passer ; on fit même expédier des ordres aux juges d'Alexandrie, afin que si ce patriarche ou certains ecclésiastiques de son parti se trouvaient dans Ja ville ou dans son territoire , on leur tranchât la tête.

Tant d'attentats si souvent réitérés obligèrent Constant à procéder avec vigueur auprès de son frère. On venait de condamner à Milan, où l'em-

Çereur d'Occident tenait sa cour , les erreui-s de ho tin, évêquede Si rmich, telles à peu près qu'autrefois celles de Paul de Samosathes. On avait prononcé à Sardique contre Ursace et Valens , qui commençaient a jouer Its premiers rôles parmi les sectaires , quoique sans nulle lumière, et sans autan principe que l'envie de faire fortune par le crédit d'une secte intrigante. Ces hypocrites , qiJÏ savaient l'art de se prêter au temps , furent réduits à demander pardon de leurs erreurs. Mais on voulait procurer l'exécution géncraledetousles décrets de Sardique , et rétablir les prélats orientaux injustement déposés. On députa pour cela vers l'empereur Constance les évêques de Capoue et de Co-

(i) Alhan. ad soUl,

DKL^ Eglise. 3^

logne , Vincent et Euphra tas. Constant leur associa le préteur Salien , avec le caractère de son envoyé , et chargea ladéputation d'une lettre pour l'empereur son frère. Il y prenait le ton d'un prince qui prétend n'être plus la dupe des bielles promesses , et en priant , il laissait entrevoir ce qu'on risquait à rejeter sa supplique.

Les ariens pressentirent toutes les conséquences de cette délégation. Pour les détourner , ils résolurent de perdre les évéques députés. Constance se trouvait a Antioche , dont le patriarche Etienne, Tun des boute-feux du parti , ne se refusait à aucune sorte de manœuvre. A la demande de ce vil évêque , un jeune impudent sollicita une femme publique de venir passer une nuit avec des étrangers qui devaient la récompenser largement , à ce qn'il promettait , sans s'expliquer davantage (i). Elle vînt ^ rheure convenue , et par intelligence avec un domestique de la maison qu'occupait Euphratas , elle fut introduite dans la ctiambre où il était couché. Au bruit qu'elle fait en entrant , l'évêque s'éveille, et demande qui va là. N'entendant que la voix d'une femme , il jette un cri de surprise et d'indignation. Aussitôt plusieurs faussaires apostés pour rendre témoignage , s'approcheïxt du lit avec de la lumière, et déjà traitent l'évêque de scélérat. La femme djB son côté apercevant les traits d'un vénérable vieillard , et tout ce qui annonce un saint évêque, crie dans le premier mouvement , à la fraude et à la trahison. Tous les gens du logis accourent en tulmulte ; on ferme les portes , et l'on arrête une troupe de sept faussaires , que l'on garde avec la courtisanne.

Le lendemain la chose étant divulguée par toute la ville et la cour , le préteur Salien pressa Constance de faire éclaircir ce mystère de ténèbres. On fit l'information dans le palais ; et l'on procéda suivant les formes , tant civiles qu'ecclésiastiques , distin-

(0 Theod II 5 û.

'4o Histoire

guées dès-lors. Les évêqiies protestèrent contre l'ef-

fusion du sang et les tortures ; Salîen au contraire, et l'empereur qu'il sût persuader ou intimider, furent d'ayis qu'on donnerait la question. On n'y eut )as applique les prisonniers , qu'ils révélèrent toute a suite du complot; et il fut constaté qu'il s'était brassé par l'ordre du patriarche Etienne. On remit le prélat coupable aux évêques qui se trouvaient à la suite de la cour, et qui le aéposèrent., en le chassant de l'église.

Mais les ariens eurent encore assez de crédit pour lui substituer Léonce , l'un de ces mauvais sujets à qui saint Eustathe avait refusé , comme àEtienne, l'entrée de son clergé. Celui-ci fut surnommé F Euhuquç , et lui-même s'était rendu tel , par une intention plus blâmable encore que l'action (i). Comme il était éperdument attaché à une jeune personne qu'il avait corrompue , et qu il ne laissait pas de donner pour une vierge au-dessus de tout soupçon ; se trouvant néanmoins pressé de rompre cet impur commerce , il s'était mutilé de ses ])ropres mains , pour se conserver la liberté d'habiter au moins avec l'objet de sa passion. En consé-

auence , et en vertu des canons da Nicée, on le éposa de la prêtrise où il avait été promu depuis l'expulsion de saint Eustathe : ce qui n'empêcha pas les ariens de l'élever enfin sur le grand siège a Antioche.

Ce fut cet étrange patriarche qui mît dans le clergé , et soutint de tout son pouvoir Aëtius, candidat encore pltis méprisable , fils d'un malfaiteur publiquement justicié , réduit lui-même en servitude , puis ouvrier en cuivre et larron décrié dans son métier , de là médecin ou charlatan , sophiste ridicule , enfin dogmatiseur si grossier et si impie , que le peuple lui donna le surnom d'Alhée (2). Du reste, plus conséquent que les autres sectateurs d'Ari us, il acquit une odieuse , mais très-grande célébrité ,

(i) Theotl. II , 24. ~ (2) Phil. /. m , c. 5.

en se faisant chef d'une secte d'arîens , mii parut nouvelle , en ce qu'elle était la plus hardie ou la .moins dissimulée. Il soutint que le Verbe , nonseulement n'était ni consubstantiel , ni égal au Père , mais qu'il ne lui était pas même semhlable. Il en était venu là , par sa témérité à creuser dans les profondeurs de l'Être divin , qu'il se vanta de concevoir aussi clairement qu'il se connaissait luimême ; quoiqu'il connût à peine les divines écritures, et bien moins encore les ouvrages des pères. Mais quelques notions confuses de ïa dialectique , un goût extrême pour la dispute , avec beaucoup de présomption et une grande force de poun^on , lui tenaient lieu de tout mérite. Jamais il ne put croire qu'il y eût une génération éternelle en Dieu ; parce qu'il ne trouvait pas moyen delà faire quadrer avec les catégories d'Aristote. Quant aux mœurs , il n'estimait , ni jeûnes , ni prières , nul genre de bonnes oeuvres , pas même l'observation des préceptes dudécalogue; réduisant tout le christianisme à la foi ou à la connaissance de l'Être suprême. Comme on gémissait devant lui sur quelques fautes des plus grossières commises avec des femmes , il n'en fit que plaisanter sans nulle pudeur , et traita cette honteuse passion de nécessité naturelle et indifférente , comme de se gratter dans une démangeaison ; c'est ainsi qu'il s'en exprimait.

L'empereur Constance ouvrit tant soit peu les yeux sur des scandales qui se portaient si loin. Soit droiture d'ame , soit crainte de son frère , il commença par rappeler d'exil les prêtres et les diacres d'Alexandrie attachés à saint Athanase , et il défendit d'inquiéter personne à son sujet. L'usurpateur de ce siège étant venu à mourir , ce prince consulta les évêques d'Orient , qui lui conseillèrent de rétablir Atnanase , plutôt que de s'exposer à une guerre civile. Il lui en écrivit aussitôt une lettre fort

et la joie cle ses ouailles. Âtbanase ne se pressa point , trop instruit par son expérience de la dissimulation naturelle de cet empereur , et de son iâible pour les suborneurs qui Fobsédaient, Constance lui écrivit une seconde et ime troisième lettre, et lui fil écrire par ceux de ses ofliciers en qui il . Savait qu'Athanase prenait plus, de couGance,

Le saint patriarcbe se rendit enfin , et partît

Four Alexandrie. Commeiln'avaitpas vouluquitter , Occident san.*; en voir le pieux empereur , il jugea qu'il convenait de rendie les mêmes devoirs à Cens- ■ tance ; et il passa par Anliocbe , où la cour depuis , quelque temps faisait sa résidence ordinaire. Le prince lui fit de grands bonneurs , et montra un plaisir sensible à le voir. Il parut même qu'il agissait de bonne foi , et il lui promit avec serment , de ne plus ouvrir l'oreille aux imputations qu'on publierait contre lui, Athanase se montra néanmoins à la cour de ce prince , tel que par-tout ailleurs. Tout le temps qu'il séjourna à Anliocbe , il ne communiqua en aucune manière avec le patriarche Léonce , mais seulement avec les eustatliiens , c'est-à-dire , avec les fidèles attachés aux enseignemens du dernier patriarcbe orthodoxe , qu'ils suivaient dans toute leur pureté , qiioiqu'au centre de l'hérésie. L'em])ereur Constance , avant de quitter Athanase , lui demanda une église dans Alexandrie , pour ceux qui n'étaient pas de la communion du saint prélat. J'y consens , réponditil avec une présence d'esprit admirable, pourvu qu'ils en accordent une dans Antioche aux fidèles qui tiennent la foi de Nicée. La proposition parut juste au prince : mais les ariens ne la v oulurent point accepter ; persuadés que leur doctrine ne ferait pas grand progrès à Alexandrie , sous un évêque tel qu'Albanase ; et que dans Antioche au contraire, si les eustatbiens obtenaient une église pour s'as^ sembler librement , l'ancienne foi , par son divin ascendant et parla force de la vérité , reprendrait bientôt le dessus. Constance ne lui demanda plus

tten , et renvoya même à leurs sièges Marcel d' Ancyre et Asclépas de Gaze.

Athanase prit sa route par la Palestine , dont le& évêques pensaient bien assez généralement , et qui embrassèrent hautement sa communion , au nombre de dinL-sept , Maxime de Jérusalem à la tête. De là il rentra aussitôt en Egypte. On ne saurait exprimer la joie que tout le monde témoigna en le revoyant après tant de persécutions et une si longue absence , joie vraiment dicne de la cause qui la produisait. On se donnait d innocens festins , où les pauvres avaient la meilleure part ; on habillait des orphelins et des veuves ; les maris et les femmes célébraient à Fenvi les louanges du fils de Dieu triomphant de ses blasphémateurs ; les maison^ particulières semblaient autant d'églises destinées aux divines actions de grâces et à la recommandation des vertus ; plusieurs jeunes hommes embrassèrent la vie solitaire ; les filles les plus propres à figurer dans le monde par tous les avantages de la nature et de la fortune , consacrèrent leur virginité à Jesus- Chi'ist ; les calomniateurs du saint pasteSr se rétractèrent juridiquement , ses ennemis lui demandèrent ses bonnes grâces , en abjurant de toute part les profanes opinions , et en peu de temps toutes les églises jouirent d'une paix profonde (i;.

Ces neureuses nouvelles réjouissaient les vrais fidèles dans toute Félendue du monde chrétien , quand une mort à jamais lamentable , et qui déconcerta tous les raisonnemens humains touchant la conduite de Dieu à l'égard de son église , renversa tout à coup les espérances qu'on fondait sur de si beaux commencemens. Le défenseur si dévoué et si nécessaire à l'épouse de Jesus-Christ , l'empereur Constant perdit par une conjuration inattendue l'empire et la vie , âgé seulement de trente ans. Sur le reproche qu'on» lui faisait de négliger le gouvernement et d'abandonner l'autorité a ses minis- »^— ^ t »■ ■ « . . I — ^.— ■ I 1 1 11 I ■■ ,

(1) i^tb. ad soUt. ; Socr. 11 , 2^^

très , le gaulois Magnence , parvenu de gracie ea ^rade jusqu'au premier rang de la milice , prit la" pniirpre , tandis que l'empereur , passionne pour la clia'ise , ne pensait qu'à se divertir. La Iraine fut si bien conduite , que de gré ou de force le rebe!ie> fiit généralement reeonnu par les troupes , à Autun.' où se trouvait la cour; et cela avec tantde célérité, que l'infortune Constant se trouvait encore à chas-' ser dans les forêts voisines. 1! se sauva avec quelques; gardes du côté delEspagn'CjOÙ il comptait trouver, plus (\f. sûreté. Magnence le fit poursuivre par dea^ ofliciers perfides . qui l'atteignirent au cliâteaU' d'Elne , sous les Pvrénées , et le massacrèrent le 27 Février de l'an 35o. Vétranion avant appris cet? attentat en Pannonie oii il commandait, elà Rome, Népotien neveu du grand Constantin , ils prirent tous deux la pourpre sous le préteMe de la justice et d'une illustre vengeance. Constance n'en fut pas la dupe . et il les soumit sans beaucoup de peine. La partie de Magnence était mieux liée , et quand le dernier des fils de Constantin l'apprit , il faisait la guerre aux Perses avec peu de succès,

II fallut courir au plus pressé , et abandonner la lice à Sapor , qui vint assiéger la ville de Nisibe eu Mésopotamie , la principale clef de l'eippire de ce côté-là. La place fut réduiteà ladernièreextrémité, et eût succombé infailliblement sans le secours de Bon saint êvèque Jacque , non moins célèbre par ses miracles que par ses vertus, II priait nuit et jour dans l'église , tandis que les ciloyens soutenaient un combat fort inégal , à n'en juger que sur les moyens naturels- Mais le roi de Perse s'étant lui-même approché des mni'S , crut y voir un homme dont la pourpre et le diadème jetaient un ëclat extraordinaire, IJ s'imagina d'abord que c'était l'empereur , et il menaça des derniers supplices ceux qui l'avaient assuré de 1 absence de ce prince. Cependant on le convainquit que Constance était en elfet bien loin. Alors il comprit ce que signifiait la vision , et que le ciel se déclaiait pourlesIVomainsj

l3e dépit , dît-on jj il lança un javelot dans les airs ,' comme pour s'en prendre de son affront à Dieu même. On observait tout du rempart.SaintEphrem^ disciple et diacre du saint çvêque f Falla prier de venir Jeter sa malédiction sur l'armée impie. Le saint pasteur monta sur une tour ; et voyant ce» troupes innombrables et menaçantes , il conjura le Seigneur de manifester sa puissance à ces superbes idolâtres , par le moyen de ses plus faibles créatures.

A. l'instant des essaims de moucherons, aussi épais que les nues , s'abattirent sur le camp infidèle (i). Ils entraient dans les trompes des éléphans , dans les yeux et lés oreilles des chevaux ^ qui rompant leurs rênes et s'échappant en fureur ^ mirent par tout le désordre et la confusion. Sapor^ encore mieux forcé de reconnaître la main de FE* ternel , leva le siège , plein de honte et de désespoir. Ainsi Constance se vit délivré de l'appréhension qu'il avait de ce côté-là ; et le Tout- puissant qui se tient plus honoré de notre soumission que de notre pénétration , en laissant périr le défenseur de son église , protégea miraculeusement son plus dangereux ennemi.

Il marcha contre l'assassin de son frère , aprèd avoir pris la précaution de créer césar , Gallus son cousin germain , qu'il laissa sur la frontière de Perse. Les rebelles s'avancèrent de leur côlé ; et les deux armées se rencontrèrent dans une plaine , près de la ville de Murse en Pannonie. Magnenco combattit avec beaucoup de. valeur. Pour Constance , moins accoutumé aux combats qu'aux disputes du religion, il se tint renfermé dans une église hors de la ville , pour prier avec ses ariens* Dans l'alarme universelle , Valens, évêque du lieu, ne s'oublia point , et tira parti de la crédulité da faible empereur , avec un ai'tifice qui peut seul donner idée de ce fourbe (2). Il avait disposé dea gens à cheval , pour apprendre secrètement led

41) Plûlost. IX I > 2$. ^2) Sulp* Ser* Bi^. lia. 2g,

evenemens de la Iiataille. On l'avertit , sans que Constance s'en doutât, que l'ennemi pliait. A l'instant feignant de sortir d'une extase , il dit au jii'ince qu'un inge venait de lui annoncer la victoire. En effet, les troupes de Constance combattant avec une bravoure prodigieuse , pour les restes du. sang chéri de Constantin, etsa cavalerie fort supérieure à celle des révoltés avant cuibuté tout ce qu'elle avait en face, prit en flanc leurs troupes de pied , les enfonça et les mit en désordre. Le combat ne finit point encore ; mais il continua i durant la nuit, avec Tin acharnement qu'on ne trouve que dans les forces divisées d'un même empire. Enfin le champ de bataille resta au légitime empereur , mais tout jonché de morts, en nombre a peu près égal de part et d'autre. Ainsi | les vieilles légions furent presque entièrement dé- ! truites; et telle est peut-être la principale cause de la décadence de l'empire romain , qui ne fut jamais plus exposé à l'invasion des barbares , que depuis cet épuisement.

En voyant tant de guerriers étendus sans vie , le triste vainqufeur ne put retenir ses larmes. Son armée se trouva si alfaiblie , qu'il ne se crut pas en état de poursuivre alors sa victoire. Mais la campagne suivante acheva ce que ce premier succès, et ])tns encore les négociations de l'hiver avaient préparé. Il fallut néanmoins se battre une seconde fois. Magnence avait formé dans les Gaules une nouvelle armée. Elle fut défaite par les lieutenans de Constance , entre le Rhône et les Alpes. Le vaincu se sauva à Lyon , où ne voyant plus de sûreté pour sa personne , il s'abandonna au désespoir, tua sa mère de sa propre main , porta plusieurs coups de poignard à son frère Décence qu'il venait de créer césar , puis se tua lui-même I an 353. Devenu ainsi maître unique de l'empire, Constance se vit en état d'exécuter sans crainte toutes ses volontés , tant pour le gouvernement ]jolilique que poiu* la religion.

C'est à cette époque qu'il faut rapporter ses plus criantes injustices contre les orthodoxes , et la

SI us grande rigueur de sa persécution. Avant le énouement entier de cette tragique scène , ou avait déjà remarqué que le persécuteur devenait plus hardi à mesure que le ciel affermissait soa pouvoir. Dès quMl eut soumis Yétranion , Tun des révoltés, il assembla, tout en faisant route, à Sirmich , métropole deriUyrie, un concile presque uniquement composé d.'évêques ariens, qu'il traînait par tout à sa suite. On voulait condamner dans son église même , Photin , évêque de cette "ville , en faisant voir , sur le point oii il errait , la conformité de FOrient avec lOccident, Ce jugement , comme utjile et juste , fut applaudi de tout le monde. Mais par la manie trop ordinaire aux novateurs^ on dressa un nouveau symbole. De tous les articles qu'il comprend en grand nombre ^ et qui proscrivent différentes erreurs , aucun n'exprime la consubstantialité , ni même la ressemolance du Fils de Dieu avec son Père. On y dit même : Nous ne plaçons pas le Fils au rang du Père, et nous le concevons comme lui étant subordonné. Mais il faut observer que le terme de subor-^ dination qu'on» emploie ici , marque précisément l'ordre d'origine, et non l'inégalité qu'y ont trouvé

Quelques écrivains modernes ; puisque le concile 'Antioche pour la dédicace , si constamment cher aux eusébiens , et qui doit par conséquent expliquer celui-ci , attache clairement à ce mot le sens que nous disons. Ce dernier symbole est néan-> moins insuffisant , à raison de sa réticence , tant sur la ressemblance de substance , que sur l'égalité : et tel est le venin de cette première formule de Sirmich , dont il sera question dans là suite.

Une des premières victimes immolées à la malheureuse prospérité de Constance , fut saint Paul de G. P. Il était rentré dans son église , sans qu'on sache trop comment^ mais viraisçmhlablemènt.^

comme saint Athanase , ]iar la protection de Cons* tant. Constance n'eut rien de plus pressé (|ue d'ôter un prélat si catholique à la capitale , pour y instituer Macédonîus. Comme le peuple rendait plus de justice à Paul, il fallut user (l'adresse, et rompre le treillis diine fenêtre par où Ion enleva le saint évécjue. Ceiiendant il s'éleva une furieuse émeute, quand il s'agit de conduire fllacédoDÏus à l'église, et il périt plus de trois mille personnes ■ en cette rencontre , soit par les armes des soldats que commandait le préfet Philippe en l'alïsenc^ de l'empereur , soit par le tumulte où elles furent étouffées, L'évèque Paul fut traîné, tout couvert de chaînes, d'exil en exil, jusqu'à Gueuse dana • les déserts du Mont-Taurus. Là on l'enferma dans un affreux réduit, où on l'abandonna aux horreurs de la faim. Mais au bout de six jours qu'il respirait encore, ses satellites trouvant ce terme trop long, l'étranglèrent , et publièrent qu'il étaitraort de maladie. Us furent nonteuseinent décelés par .un arien même , et féglise ne tarda point à honorer le saint martyr.

Les hérétiques n'en devinrent que plus ardens contre Athanase, qu'ils avaient vu rétablir dans «on siège d'une manière si honorable. Mais ce qui faisait sa justification devint son plus grand crime. Constance en parcourant des vastes régions à la suite des rebelles, n'avait pu remarquer sans étonnement le grand nombre dégiises qui se tenaient honorées de la communion du saint évêaue d'Alexandrie , tandis que les sectaires s'appliquaient sur toute chose à lui faire croire la défection générale de tous les évêques en faveur de la secle. . Ils changèrent de batterie , firent à Athanase un, crime capital de cette unanimité même, et prétendirent confirmer par-là les soupçons de ses dangereuses correspondances et de ses intrigues,

Lescoriphéesdu parti étaient alors Léonce d'Antioche , Théodore d'Héraclée , Acace de Césarée tle Palestine^ George de Laodicée en Syrie , et mrcissc ,

DE l' £ G L I S E. 4Si

Uarcisse deNéroniade,tous conserTCS en place parla protection séculière, quoique tous canoniquement déposés. Nous le prévoyions parfaitement, disaientils au prince ^ quand vous rappelâtes ce sujet turbulent , que c'était nous décrier , et nuire encore davantage à votre tranquillité (i). Il a rempli l'univers de ses lettres artificieuses. Vous venez d'observer comment il a séduit la plupart des évêques. Ceux même qui tenaient pour nous , il en a gagné une partie ; et bientôt , si Fpn n'y met ordre , il aura -le reste. Peu s'en faut qu'on ne nous appelle publiquement hérétiques , et qu'on ne fasse la' même injure à Votre Majesté. Mais ce qui n'eût pas été expédient , tandis qu'on semait la zizanie entre les aeux augustes frères , votre juste ressentiment doit à présent l'en punir. Non-seulement il a indisposé contre vous l'empereur Constant,' mais il a pris le parti du parricide Magnence , et nous avons la copie d'une lettre exécrable qu'il lui a écrite.

Constance échauffé par des pratiques dont il avait reconnu si souvent la perfidie , y fut pris de nouveau. Il oublia ses promesses et les sermens pau lesquels il les avait confirmées , résolut de faire condamner Athanase par les occidentaux même, et de le chassera jamais de son siège. Les ariens eurent l'assurance de s'adresser au pape Libère, qui avait succédé à saint Jule , mort le douzième d'Avril de cette année 352 , après un honorable pontificat de plus de quinze ans. Libère ne donnait pals de moindres espérances , tant par sa doctrine que par ses vertus , spécialement par une humble ap-

Sréhensiondes devoirs du pontificat, qu'on le força 'accepter quarante jours après la mort de son prédécesseur. A peine fut -il en place , qu'on lui écrivit d'Orient , pour lui proposer et le presser de refuser sa communion à Athanase. Il se persuada que le plus expédient en des conjonctures

(i) A th. ad solit.

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