‹ Histoire de l'église. Tome douzièmeChapitre 11 sur 64 · LIVRE (QUARANTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE (QUARANTIEME

Depuis le commencement du ppemter concile générât de Ljon en 1 i^5 , jusqu'à la fin du second con-* elle général de Lyon en 1374-

Il se liât à Lyon, en moins de trente ans , deux conciles généraux fameux l'un et l'autre , mais par des endroits bien diirérens. On verra , dans le second , le mur de division abattu au moins pour vn temps entre les Grecs et les Latins , le Litre da prescription enlevé au schisme, »'t le chemin dit salut ouvert derechef aux lîdèles de l'Orient, qui Tome m. A.

H r s T 0 r B E marchaient devant le Seigneur avec plus de droi' tuie (jiie les chefs de la nalion , guidé:* principalement par la politique. Le grand objet du premiei de ces conciles, fui le renouvellement de l'excom munication , et la déposition de l'euipeieur Fré deric. Dès la première session , <pii se tint quatre jours après la saint Jean , le a8 de Juin , quan<j cliacun eut pi-is sa place, et qu'on eut invoqué le; lumières du Saint-Ésprit , le pape fit un sermon , où il ne laissa point ignorer ses dispositions è l'égard de ce prince. En proposant les divers motifs pour lesquels il avait convoqué le concile , il prit pour sujet de son discours cinq douleurs don! il était aiHigé , qu'il compara aux cinq jilaîes de Holre-Seigneur. La première était le dérèglement des peuples et du clergé ; la seconde , l'insolence des Sarrasins ; la troisième , le schisme des Grecs j la quatrième , la cruauté des Tartares qui ravageaient les régions orientales; la cinquième, la persécution de l'empereiir Frédéric , qui parut sur-tout affecter le pontife , et sur laquelle il se répandit en termes fort durs. Il alla jusqu'à inculper ce prince d'hérésie et d'impiété (i).

Le concile était composé de cent quarante évêques ou archevêques , à la tête desquels se trouvaient les patriarches latins de Constantinople et d'Antioche, avec celui d'Aquilée ou de Venise , sans compter une multitude de procureurs chargés des excuses et du pouvoir des prélats absens. La plupart étaient d'Italie , de France , et sur-tout d'Espagne, dont le clergé paraissait dès-lors avoir adopté les principes ullramontains. Il y avait trèspeu de prélats d'Allemagne , vu la guerre qui s'y taisait entre le pape et l'empereur. On n'y voit d'Angleterre, qu un clerc et un moine, députes de l'abbé de hainl-Alhan. Il ne vint personne du royaume de Hongrie , désolé par les Tarlares. Quant aux prélats du levant, on n'avait pu les

Lonc. p. 03; , etc.

dbl' Eglise. 3

conToquer, au milieu des ravages qu'éprouvaient ces contréeg^ par rincursion des barbares Corasmiens. L'évêque de Bérite fut le seul d'entr eux qui s'y trouva par occasion , comme porteur de cette triste nouvelle , et muni toutefois de Fauto* risation convenable, en sa qualité de syndic de tous lès chrétiens de la Terre-Sainte. Mais il y aTait des ambassadeurs du roi d'Angleterre aussibien que de celui de France, de quelques autres souverains , et de l'empereur Frédéric lui-mémCé Raimond YII , dernier comte de la branche masculine de Toulouse , y parut en personne , avec Baudouin II , empereur de Constantinople , tou^r purs errant hors de son empire y qui de jour en jour penchait davantage vers sa ruine.

Thadée de Suesse , chevalier et docteur es lois , était à la tête des ambassadeurs de Frédéric. Dès la congrégation préliminaire tenue pour préparer l'ouverture du concile , il fit les offres les plûé satisfaisantes afin d'adoucir le pape , et proposa

Eoûr cautions les rois de France et d'Angleterreoinocent lY rejeta toutes les promesses avec mépris^ comme provenantes d'un prince parjure /en qui l'on ne pouvait prendre aucune confiance : Tha-^ dée fut réduit à un silence humiliant.

Dans les sessions publiques, sui'^tout dans la seconde qui se tint le 5 Je Juillet , ce négocia«o teur revenu de son premier étonnement et se monr trant tout à coup intrépide, repoussa si vigoureusement les imputations faites à son maître , Su'il réduisit à leur tour ses accusa leurs, au silence. I dit ensuite qu'il avait des nouvelles certaines que l'empereur s'était mis en route pour venir au concile , et pria instamment les pères de différer la troisième session. On lui accorda un délai de douze jours , dont le di^-septième de Juillet fut le terme. •

Dans cet intervalle, Frédéric qui était en Italie ^ s'approcha jusqu'à Turin. Mais quand il eut appris ce qui se passait : Je vois^ dit-il avec emporte-

4 tllStÔIRÏ

menit , que le pape ne tend qu'à me cotrvrfr (Topu probre. Ce n'est pas la cause des évêques arlrêté^ par mes vaisseaux , c'est la vengeance qui l'anime pour les Génois ses parens qui les conduisaient , et que j'ai traités justement en pirates et en ennemis de l'empire. Il est indigne de l'empereur de se soumettre à une assemblée d'iniquité , qu'on .décore pour ma perte du nom sacre de concrle. Il prit sur le champ la résolution de ne pas pousser plus loin , et de n'envoyer personne en son nom. Ce discours injurieux qu'on apprit bientôt à Lyon , détacha du parti de Frédéric plusieurs de ceux qui l'avaient favoi^isé jusque-là.

lie concile s'étant assemblé pour la troisième session au jour marqué , le pape , avec l'approba-r lion des pères, fit publier pour la procédure judiciaire une multitude de règlemens , uniquement propres aujourd'hui à faire connaître l'esprit de chicane qui régnait alors parmi les, ecclésiastiques (i). Il publia aussi plusieurs constitutions qui se trouvent dans le sèxte des décrélales. Il fit ensuite quelques décrets pour le secours de l'empire de Constantinople , pour celui de la Terre^Sainte, et pour arrêter les ravages des Tartares en Hongrie , en Russie et en Pologne. Enfin , il se mit en devoir de prononcer contre l'empereur. Thadée de Suesse se leva aussitôt , et dit qu'il en appelait au pape futur et à un concile œcuménique. Le pape lui répondit avec cette douceur froide qui accompagne d'ordinaire la rigueur décidée , que le concile où il se trouvait était général , puisque toutes les puissances ecclésiastiques et même sécu^ Jières y avaient été invitées; que les sujets de Frédéric , qu'il nomma empereur et dont il parlât toujours respectueusement , n'y manquaient que parce qile ce prince les avait empêchés de s y rendre: c'est pourquoi, conclut-il , je n'admets point votre appel. Incontinent après , il prononça

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(i) Ibid. p. 63g» . *

les

Ifl sentence de déposition contre l'empereur ,' puis U la fit lire dans le concile.

On y rapporte d'abord les soins et les mouvemens qu'Innocent , dès le commencement de son otifîcat^ s'était donnés pour procurer la paix ; promesses de l'empereur faites avec serment , et les parjures par lesquels elles avaient été violées sans pudeur (i). A ce premier crime , on ajoute les accusations de sacrilège , d'hérésie et de félonie, qu'on prouve par la prise des prélats convo- 3 nés au concile de Rome sous le pontificat précéent , parles mépris des censures , par les alliances avec les Grecs schismatiqùes et les Sarr«bsins infidèles , par le déni du tribut pour la Sicile, fief de ïéglise romaine , et par la guerre ouverte contre celte église. Sur tous ces excès et plusieurs autres, reprend le pape , après en avoir mûrement délibéré avec nos frères et le concile , en vertu du pouvoirde lier et de délier que nous a donné Jesus-Chri^t en la personne de saint Pierre ; nous dénonçons le

S rince susdit , privé de tout honneur et de toute îgnité , et nous l'en privons par cette sentence : nous absolvons pour toujours de leur serment tous ceux qui lui ont juré fidélité ; nous défendons absolument que personne désormais lui obéisse comme à son empereur ou à son roi , et nous voulons que quiconque à l'avenir lui donnera aide ou conseil en celte qualité , soit excommunié par le seul fait* Ceux que regarde l'élection de l'empereur, lui éliront librement un successeur à l'empire : quant au royaume de Sicile, nous y pourvou^ons nousméme , avec le conseil de ^os frères.

empire, déposition de Frédéric ne tirait point à consé-

3uence pour les autres souverains. L'entreprise Innocent IV, sous ce point de vue , perd quel-

(il p. 640, etc.

que cliose de son aspect odieux, sans devenir pi excusable au fond , ni plus légitime. Aussi faut bien distinguer entre Jes décrets du concile, et sentence du pape contre les droits temporels i l'empereur. On ne trouve nulle part que ce jug ment ait été rendu avec l'approbation du conciri qui est néanmoins exprime formellement poi tous les autres décrets.

Après avoir déclaré l'empire vacant , Innocei écrivit aux électeurs , savoir, les ducs d'Autricli( de Bavière, de Saxe , deBrabant, et les archevi ques de Cologne , de Majence , de Saltzbourg pour les presser de faire I élection ; mais ces prii) ces , et sur-tout le duc d'Aulricbe , allié de Fré déric , frémirent à la première perspective de périls où ils allaient s'engager. Frédéric , de soi c6té j n'était pas d'humenr à se laisser ainsi ravi la couronne. Quand il eut appris la nouvelle ai sa déposition : Qu'on m'apporte mes cassettes, dit-î en lançant de travers des regards terribles : et quanc on les eut ouvertes; qu'on voie, ajputa-t-il , s; mes couronnes sont perdues. Il mit la plusbrillanlt sur sa tête , et avec des yeux élincelans et d'une voix effrayante , il dit : Me voici encore ceint du diadème; le pape ni son conseil n'en dépouilleront pas mon front, qu'il n'y ait auparavant bien du sang répandu. Eh quoi! un homme du commun , dans son insolence, aurait-il la satisfaction de me réduire au néant, moi qui n'ai point d'égal parmi les princes (i).

Il prit des mesures promptes et les plus efficaces

Sour se mettre en état de défense, Aun de se renre favorables les souverains , il les prévint par ses lettres , et s'elForca de les intéresser par leur propre sort. Que ne devez-vous pas craindre , chacun en particulier , leur dit-il (2) , si l'on attente à ma couronne , moi qui tiens l'empiré etlant de grands royaumes de la main seule de Dieu ? Je ne suis pas

(1) Hall. Par. p. 593. [a) Petr. Vin. i. 1 , ep. 2.

le premier contre qui le clergé a fait de pareils abus de sa puissance, et vraisemblablement je ne serai pas le dernier. Ils ont autrefois soumis les princes; mais par leurs vertus , et non par les armes. Ils conversaient avec les anges , ils guérissaient miraculeusement les malades , ils ressuscitaient les morts. Aujourd'hui , outre leur ambition séditieuse , combien d'infamies dans leurs mœurs çue la pudeur ne permet pas de dévoiler. Mais c'est nous-mêmes qui sommes les fauteurs de ces désordres. L'opulence dont nous souffrons qu'ils s'engraissent à la ruine de nos états , est la source de cet orgueil insensé. C'est une oeuvre de zèle , que doter cet aliment à leurs vices : vous devez tous y travailler avec moi.

L'eoipereur écrivit en particulier au roi saint Louis (i^ , et en traitant avec un prince si religieux , il s'attacha sur-tout à faire sentir que le vicaire de Jesus-Christ était sorti des bornes de sa puissance. Quant aux peines spirituelles , dit-il , quant aux péjlitences que méritent nos péchés , nous les recevons avec respect , nous les observons fidellement , soit de la part du pape que nous reconnaissons pour notre père et notre maître en Jesus-Cbrist, soit qu'elles nous soient imposées par le dernier des prêtres. , Mais il condamne , pour crime de lèze-majesté, l'empereur romain. Jlsoumet à la loi celui que sa dignité affranchit de toutes les lois humaines , celui que Dieu seul peut punir en ce monde , et qui n'y voit au-dessus de lui aucime puissance coactive. Quoique, suivant la foi catholique y nous reconnaissions que Jésus- Christ a donné à son vicaire la plénitude de puissance en matière spirituelle , on ne trouve cependant aucune loi divine ni ecclésiastique , qui lui accorde le pouvoir de transférer l'empire à son gré , de juger les rois et les princes pour le temporel y et de les punir par la privation de leurs

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(i) Ibid. ép. 3«

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états. Il est vrai que pai- le droit el: la coiitarae î lui appailientde nous sacrer ; mais il ne lui appai tient pas plus pour cela de nous déposer , qu'au: prélats des autres royaumes d'en destituer le souverains qu'ils ont pareillement droit de sacrer Peu de temps après cette lettre, l'empereuri fort inquiet malgré toute sasécurité appai-ente a sa bonne contenance , envoya Pierre des Vign^ e.l un clerc , nommé Gautier d'Ocre , en ambassadi Ters le saint roi. Il lui rcpiésentait de nouveau le( suites pernicieuses des prétentions du pape sur l^ temporel des princes, s'en rapportait de son difij fcrent avec ce pontife au jugement des pairs du roi de France , et s'offrait à donner à réglise tella satisfaction qu'ils jugeraient convenable. Comme Frédéric connaissait foute l'ardeur du monarque français pour la délivrance de la Terre-Sainte , il lui offrait encore son secours pour la croisade , ea cas même que son accommodement avec le pape 113 réussît pas. En conséquence de ces sollicitations , le roi fit deux voyages exprès à Cluny où était le pape, etn'omitrien pour le fléchir. Innocent opposa inflexiblement à toutes les instances et à toutes les promesses , les supercheries prétendues et tous les excès si souvent- reprochés à Frédéric, Oubliez le passé , lui dit le saint roi , recevez te pécheur qui s'humilie, et montrez-vonsle TÏcaire du bon pasteur , en imitant sa clémence. Le pape se redressant, dit qu'il ne céderait point ; et le roi , selon les termes de Matthieu Paris , se retira indigné.

Ce fut encore par les ordres de ce pontife , qu'un concile tenu à Beziers , l'année d'après celui de Lyon , fit pour la recherche des hérétiques le décret de règlement qui a dirigé la marche des . Frocédures observées depuis dans les tribunaux de inquisition (i). Il est vrai qu'on trouve les mêmes idées, et à peu près les inèwes règles, dans un con-

(i) Dh'Wt- iiiijwis. par[, ni , p. ^o;; ; l, ix Conc. p. 6ti.i.

cik tenu à Narbonne onze ans plutôt. Voîcî ce qu'il y a de plus remarquable dans les uns et les autres. Dans. le district de votre inquisition, disent les pèi-es en réponse aux inquisiteurs domini-* colins qui les consultaient , vous commencerez par exposer voire commission devant le peuple et le clergé rassemblés. Vous ordonnerez ensuite à tous ceux qui se sentent coupables d'hérésie , ou qui connaissent d'autres béréliques, de comparaître en votre présence , pour déclarer la vérité sous le terme fixe qu'on nomme temps de grâce. Ceux qui obéiront , ne seront condamnés , ni à la mort , ni à la prison perpétuelle , ni à l'exil , ni à la confiscation de leurs biens. On prendra sous serment leurs confessions et leurs dépositions , qui demeurerontenregistrées juridiquement, et l'on fera faire abjuration à ceux qui voudront rentrer dans l'élise , avec promesse de dénoncer et de poursuivre es hérétiques. Pour ceux qui ne seront pas pi'é'sen tés dans le temps prescrit , vous les citerez nommément ; et après leur avoir exposé les faits dont ils ont été trouvés coupables , et leur avoir accordé la liberté de se défendre , avec les délais competen&; si leurs défenses ne sont pas recevables, et qu'ils ne confessent pas leurs fautes , vous les condamnerez sans miséricorde , quand même ils se soumettraient pour lors aux ordres de l'église. Quant aux sectaires les plus coupables, qu'où nomme parfaits ou vêtus , s'ils demeurent opiniâtres, vous les condamnerez en présence du juge séculier , puis vous le lui abandonnerez. Vous traiterez de même , et les rebelles qui refusent d'entrer en prison ou d'accomplir quelqu'autre

Îénitence , et ceux qui seront retombés après eu r abjuration. Celui qui s'obstine à nier après avoir été convaincu juridiquement , sera traité comme hérétique , quoi qu'il fasse d'ailleurs pour montrer qu'il est converti.

Innocent IV entreprit encore sur les droits de lacouroaiie de Portugal, Les prélats et le$ seigneurs

lo Histoire

d^ ce royaume , excité^ par Alfonse , comte de Boulogne , frère et héritier présomptif du roi Sanche II qui n'avait point d'enfans, se plaignirent au souverain pootife, du mauvais gouvernement de ce prince , engourdi dans la mollesse après avoir Commencé son règne avec gloire. Alfonse alla trouver lui-même le pape à Lyon , et négocia si bien , qu'après le concile il obtint une bulle adressée aux barons et à tous les peuples du Portugal dont elle rétablissait régent , comme d un royaume tributaire de 1 église romaine (i). Alfonse partit aussitôt pour aller prendre possession de ce gouvernement: mais quelque méprisé que fut le roi Sanche, une partiedes grands lui garda fidélité, et il en arriva ^ comme on pouvait bien s'y attendre , une guerre cruelle. Enfin le comte de Boulogne demeura maître du rojaume, et le roi légitime fut réduit à se bannir lui-même dans les états de Castille où il mou* rut dépouillé.

Cependant Innocent IV pressait les princes d'Allemagne d'élire un roi des Romains^ et portait particulièrement Henri, landgrave de Thurînge (2). Conime les électeurs répugnaient à une démarche qui fermait toute voie de conciliation, et que cet nonneur périlleux avait peu d'attrait pour Henri lui-même, le pape envoya le légat Philippe Fontaine , liomme habile et hardi , avec pouvoir de contraindre même par des peines temporelles les seigneurs laïques à obéir au roi qui serait élu. Il écrivit aussi aux frères prêcheurs et aux frères mineurs, afin de les engager à se servir de l'ascendant que leur vertu et leur réputation leur donnaient sur l'esprit des peuples , pour attirer les Allemands , même par des concessions d'indulgences, à l'obéissance du roi dès qu'il serait élu. Tant de batteries , d'un genre si extraordinaire , produisirent enfin leur effet. Le jour de l'Ascension 17 de Mai de l'an 1246 , l'élection se fit au gré du

(1) m , ep. cor, ^g. Eaia. | (2] L. m , ep.,4> ^p* Kain* 11.68. 1 1246} n. 2 ; 3o; 7*

D E i:^ E G L I s E. tt

pape , près de Wirsbourg , par les archevêques de iiayence et de Cologne , et par quelques seigneur» laïques. L'archevêque de Ma\ence prêcha ausnitôl la croisade contre les infidèles , entre lesquels il comprenait Frédéric ; mais il parait que cette mission fît peu d'effet parmi les laïques, puisqu'on nomma Hejiri, le roi des prêtres. Le pape Innocent souleva de même là Sicile contre Frédéric son souverain.

Ce prince ne demeurait point oisif. Tandis qu'il agissait en Italie, son fils Conrad marcha à Franc* fort contre le roi Henri , qui y avait convoqué tine diète environ deux mois après son élection. Conrad fut d'abord mis en fui te, et laissa quelques

f Tisonniers de considération , mais ayant rassemlé des troupes plus nombreuses, comme on se Î réparait au couronnement de Henri que le pape evait faire avec une grande solennité , il reparut avec intrépidité , livra un combat sanglant, où la victoire , après avoir quelque temps balancé , se déclara pour le parti de la fidélité et de la pîélé filiale. Le nouveau roi, réduit à s'enfuir , prît tant de chagrin de cette humiliation, qu'il en mourut pendant le carême de Tannée suivante (i).

Le pape Innocent ne fut guère moins alFcdé d'un si soudain revers ; mais il avait une ame plus forte, et il ne parût attentif qu'à le réparer. Pour animer tout le monde chrétien cotitre ren*^percur et son fils , il fit partir tout à la fois quatre légale", l'un pour l'Italie^ le second pour l'Allemagne, un autre pour l'Espagne, et le quatrième pour les extrémités de l'Europe les plus septentrionales, oa la Nbrwège. En Angleterre , pour éviter des formalités et des lenteurs embarrassantes , il commit des frères mineurs et des frères prêcheurs , qui remplaçaient les légats avec avantage. On tre , les censures ecclésiastiques , prodiguées contre tou$ ceux qui conservaient quelque fidélité à Frédéric,

(i) Matth. Par. p. 633 , etc.

Il I s T o I R t; ou qui avaient seulement quclcjne commun icatio; avec ses partisans , on alla jusqu'à les déclarer in capables (le rendre témoignage en justice , et à ôte ponr eux le droit d'asile aux églises.

Ces violentes poursuites en poussèrent quelques uns au désespoir et aux plus énormes attentats Un chevalier sujet de i'erapereur se trouvant à Lyon (iautier d'Ocre , l'un des envoyés de ce prince lui persuada de tuer le pape, qui n'échappa qui par la révélation de l'un des conjurés , tombé subi toment mnlade, et à qui la crainte des jugemen* de Dieu fît tout découvrir. Ce péril n'était pas évité, qu'on surprit deux nobles italiens qui se préparaient au même forfait , et qui assurèrent qu'environ quarante autres chevaliers , d'une audace à toute épreuve, avaient pareillement conjuré lii irort du pnpe. Dans la même année 12,^7 , l'empereur exerça rigoureusement sa vengeance en Italie contre les partisans du pape. Ceux-ci s'élant rendus maîtres de la ville de Parme, il y vint mettre le siège; et pour montrer sa tléterraination à ne point lâcher prise , il fit de son camp une sorte de ville , qu'il nomma Victoire. Il se tenait si assuré de réduire la place , et se montra résolu à une si terrible vengeance , qu'il refusa de recevoir les assiégés à discrétion.

Pendant ce temps-là , le légat du pape en Allemagne, cardinal du titre de Saint-George au voile d'or , usait de tous ses pouvoirs pour faire donner un successeur au roi Henri, et un rival formidable à Frédéric. Enfin, il forma près de Cologne un concile des prélats qu'il put ramasser; et le troisième jour d Octobre , Guillaume , frère du comte de Hollande , fut élu roi des Romains par quelques seigneurs unis aux évêques. Ce jeune prince, d'environ vingt ans, avait pour lui ie duc de Brabant son oncle , les comtes de Gueldres et de Loz, l'archevêque et la ville de Cologne, les archevêques de Mayence et de Brème avec leurs suffragans ^ sans compter les évêques de Wirsbourg, de Stras-

lK)urg et de Spire (i). Cependant Frédéric était toujours reconnu pour empereur par les seigneurs les plus puissans de FAUemagne, savoir, les^ducs de Saxe et de Bavière , le marquis df Misnite , les

J'rands de la Stirie et de F Autriche, de concert avec 'archevêque de Magdebourg eV les évêques de Passau et de Frisingue.

Le légat d'Innocent en Norwège était le cardinal Guillaume, évêque de Sabine. Outre la commission d'animer les royaumes du Nord contre l'empereur, et d'en tirer 'de Fargent pour lui faire la guerre , il était chargé de réhabiliter pour le trône Haquin , fils illégitime du dernier roi de Norwège. Dans Une lettre d'Innocent à ce prince (2) , on trouve que le pane , usant de la plénitude de son pouvoir , lui accorda dispense , à 1 effet d'être élevé à la dignité royale , et de la transmettre à ses enfan& légitimes , nonobstant le vice de sa propre naissance. Haquin laissa lever sur son royaume , pour les vues du pape, des subventions qui montèrent à quinze mille cinq cents marcs de sterlings ; mais il n'entendit point à s'engager dans la guerre qu'oa faisait à Fempereur. Des soucis plus religieux occupaient cô vertueux roi , que Matthieu Paris donna pour un homme sage , modeste et bien lettré. C'était aux ennemis du nom chrétien , suivant la dévotion du temps, qu'il méditait de faire la guerre , et déjà il s'était croisé.

Saint Louis ayant appris le dessein du roi de Norwège, conçut la pensée de faire avec lui le voyage de la Terre-Sainte , et de lui laisser tout le gouvernement de sa flotte , comme à un prince miiversellement révéré et fort expérimenté sur mer, A ce sujet , il lui écrivit une lettre pleine d'affection et d'honnêteté j et pour faciliter la négociation, il choisit Fhistorien JVflatthieu Paris , qui au talent d'écrire joignait des qualités justement estimées des deux rois. Ce bénédictin anglais , du mo-

(i) Ep. ap. Rain. n. 5 , etc.] (9.) iv, ep. 189. Rjaiu. 12^6^

Histoire nastèredeSaint-Alban, profond dans les mriltietna ti(|ues el lit idéoiogip aussi-bien qiiedansl hisloi| de son sii"cle, la meilleure que nous avons , boi poêle et bnn orateur pour le temps, Tersé jusqu dans la peinlnre et l'arrhirecluie , était encoil renomme pour son liabileté dans les alTaires, poii sa probité, pour sa piété, pour la régularité qu'j fit refleurir dcns plusieurs monastères : plus digm encore d'estime et de confiance, si l'amour troj ardent du bien , et làpreté de mœurs que Por contracte quelquefois dans la solilntie , ne lu eussent donné du goût pour l'amertume de la censureeL toutes les licences de la satire. Le roi Haquic ayant lu en présence de Paris la lettre de saini Louis, y fil celle réponse (i) : Je rends beaucoup de grâces à ce pieux roi ; mais je connais un peu le caractère du Français : il est léger et trancbant, et le nalurel brusque du Norwcgien n'est pas endurant. Ils pourraient prendre querelle ensemble, et nous en soulfiirions l'un et l'autre des maux irréparables. Il demanda seulement la liberté d'aborder, en cas de besoin, dans les ports de France, et d'y prendre des vivres : ce que saint Louis accorda d'un grand cœur. On ne voit pas cependant que le roi de Norwège soit parti pour la croisade. L'empire do comte de Hollande étant tombé par la suiie dans le dernier mépris , et le pape lui voulant donnei' Haquin pour successeur, ce prince éclairé dit pnblitjuement : Je veu\ combattre les ennemis de l'église , et non pas ceux du pape (3).

Rien ne fut capable d'ébranler la résolution de Louis. A}ant fixé son dépari à la sainl Jean de l'année 1248 , il fil serment de partir, et le Cl faire aux aulies émisés, bous peine d'èlre réputés ennemis pidjlics (3). Comme ta croisade prêcbée contre Frédéric nuisait à celle de la Terre-Sainte , il en-

(3) «.pag. 63i. Rair

l^agea le pape à ne pas permettre que l'on commuât

les ?œux pour le voyage d'outre-mer, pas même en

Allemagne. Afin de prévenir les désordres auxquels

ces expéditions avaient trop souvent donné lieu^ il

fit exclure de la protection de IVglîse les croisés

qui commettraient des vols, des meurtres, des rapta

et d'autres excès pareils. Il ordonna d'informer

soigneusement dans tout le royaume, des dommages

que les marchands ou tous autres particuliei^

pouvaient avoir soufferts. Si à la faveur ae son nom,

on avait exigé de l'argent ou des vivres , la partie

lésée était autorisée à former sa plainte ; et sur les

preuves ordinaires, ou sur le serment, on lui faisait

une entière restitution. Les seigneurs qui devaient

accompagner le roi suivirent cet heureux exemple |

comme nous Tapprend de lui-même le sire de Join-

vilie (i) , qui , sur le point de son départ , manda

ses vassaux, et leur dit : Je m'en vais outre-mer,

etpgnoresi jamais )e reviendrai. Cest pourquoi ,

s'il y a quelqu'un à qui j'aye fait tort , qu'il parle

avec assurance; je veux le satisfaire. Joinville s'en

remit là-dessus à Farhi trage des gens du pays.

Comme le terme du départ de saint Louis approchait , la reine Blanche sa mère^ et le seigneurs da royaume s'efforçaient de le faire changer de réso* lution. On lui représenta qu'il avait fait son vœu dans une maladie griève , le cerveau embarrassé 0t presque sans usage de la raison;. qu'il était facile , quel que fut son engagement , d'en obtenir la dispense , à cause des besoins du royaume et de la raiblesse de sa santé ; qu'en son absence y la France n aurait pas seulement à craindre des troubles qui agitaient toute l'europe à l'occasion des querelles de Tempire, mais qu'elle courait des risques tout particuliers de la part des Anglais jaloux et de leur artificieux monarque. La reine mère prenant enfin le roi par la bonté de sou naliirel et par sa piété , lui représenta combien la déférence aux volontés

(i) Uist. de S. Loiùs ; p. aa.

iG H I s T cr I n E

d'une mère était agréable à Dîeii , et lui exagéra le danger de suivre son propre ^ens contre tant de sages conseils. Dans toutes ces remontrances ,1e saintroine vit rien que lesappi*éhensions trop vives de la tendresse maternelle. Aussi grand homme d'état que grand saint , aussi prudent que pieux , il avait tout pesé avec maturité: il voyait que le royaume n'avait rien à craindre du côlè de l Allemagne , assez occupée de ses divisions intestines , de ses excommunications , de ses guerres ecclésiastiques et civiles. Du côté de l'Angleterre , le caractère irrésolu du roi Henri III ^ qui ne savait demeurer ni en paix , ni en guerre, pouvait donner quelque inquiétude ; mais comme il n'était pas 2;ranu guerrier , et que ses entreprises avaient toujours mal réussi , on se rassurait aisément. Le plus grand danger , et le seul à peu près qu'on pût craindre raisonnablement , c'étaient , dans 1 intérieur même du royaume , les factions , les séditions ,. les mouvemens et les querelles domestiques : mais comme les ducs de Bourgogne et de Bretagne , les comtes de Flandre et de la Marche , et tous les plus puissans seigneurs s'étaient croisés avec Louis , les artisans de la discorde et des soulèvemens sortaient du royaume en même temps que le monarque.

Voyant toutefois qu'on insistait principalement sur l'invalidité de son vœu , il feignit d'entrer dans les sentimens de ceux qui faisaient valoir ce moyen, arracha la croix de son habit , et la remit à GuiU laumè d'Auvergne , évêquede Paris , qui se montrait des plus empressés à le retenir. La reine Blanche et tous les assistans témoignèrent lajoie la plus vive: mais le roi prenant un air grave et décidé , dit en fixant l'un aprjès l'autre ceux qui l'environnaient : Vous ne me soupçonnez pas sans doute d'avoir en ce moment l'esprit aliéné ; je,ne suis plus malade ^ et je jouis de toute lua raison. Eh bien , je redemande la croix , et je prends Dieu à témoin qu'il n'entrera aucun aliment dans mon corps , qti'on ne me l'ait rendue. A cesmots > toutes les dispositions

changèrent

D B l' E t} L I s E; ' ÏJ

ebatigèrent dans rassemblée : on s' écria de toute part que la volonté de Dieu n'était pas douteuse ,' et personne n'osa pjas s'opposer à la résoilition du roi (i). Il n'était pas en peine de lever des troupes ; déjà il s'en était présenté plus qu'on n'en voulait : la difficulté roulaitsur leursoldeet leur subsistance, dans les pays ruinés où on les conduisait , et où il / , fallait poiter en même temps la plupart des choses nécessaires à la vie. Mais on connaissait la sage économie dn roi , sa probité rigide , sa fidélité aux moindres engagemens , et toute la confiance qu'on

Souvait prendre en sa parole. Les fermiers de ses ornai nés , dès-lors très-coAsid érables , lui tancèrent une année de revenu , et tontes les grandes villes du royaume se taxèrent volontairement.

Avant son départ , il fit terminer parie cardinal Eudes de Châteaurdux , légat de la croisade , une . affaire commencée depuis long-temps , et qu'il cnit importer au bien de la religion. Un savant juif de la Rochelle (2) , converti environ quinze ans auparavant , dénonça quantité d'erreurs et de blasphèmes contenus dans un livre que les gens de sa nation nommentTalmud, c'est-à-dire, doctrine, et qui est le recueil de leurs traditions. Suivant eux, cette doctrine orale avait été enseignée à Moyse par Dieu même, aussi -bien que la loi écrite, ets était conservée dans leur mémoire , jusqu'à ce que leurs sages la rédigèrent par écrit, de peur qu'elle ne vint à s'ensevelir dans l'oubli après la ruine de Jérusalem et la dispersion de sçs hanitans. Cette collection cependant , au moins dans toute son étendue beaucoup plus considérable que celle delà Bible, ne peutremonter qu'au commencement du sixième siècle. Elle est remplie de traits palpables d'ignorance , de laveries impertinentes et de contes impies. On y trouve , entr'autres impiétés, que cbaque nuit Dieu se maudit trois fois , pour

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(i) Mattli. Par. p. 643» | W Ech. Si^mm. S. Thom.

I Vind. p. 583.

Tomé ni. B

avoir abandonné son neiii>le et son (emple ; qu'aucun Juif en I autre monde ne sentira pas plus d'uc an le feu de l'enfer , ni aucune autre peine, et mêint qne les corps et les âmes de touS les médians y seront réduits en poudre , excepté ceux qui auroni lisufpé les lionneurs divins , et pour qui seuls I enfer sera éternel. Ces accusations furent vérifiéessui les livres par des docteurs si versés dans !a langue hébraïque, que les rabbins eux-mêmes fureni réduits 3 un aveu sans réplique. En conséquence, lelégat rendit son jugement ; on saisit tout ce qu'on wut découvrir de ces livres dans touie la France , el l'on en brûla jusqu'à vingt cliarretées. Le pape écrivit aux rois d'Angleterre , de Castille , d'Aragon , de Navarre et de Portugal , pour les engager a faire dans leurs états les mêmes poursuites.

Le 12 de Juin 1248 , saint Louis alla à Saint- Denvs recevoirforîflanime des mains du légal Eudes de CbâleaiirOHx , revint entendre la messe à Nolre^ Dame , puis , accompagné de plusieurs processions ius(pi"âr!ibba}e dcSainl-Anloine,il monlaà cheval aux acckimaliotis du peuple (i). Il élaiL suivi de la reine Marguerite sa femme , des comtes d'Artois et d'Anjou ses frères, du légat el d'un grand nombre de seigneurs et d'évêques. Son troisième frère , Alfonse, comlede Poi tiers, demeura dans le ro> aume jusqu'à l'année suivante , pour faire resprcter les eomiiïencemens delà régence dont la reine Blancbe était chargée , et déterminer le cours heureux des aiTaires sous cette administration nouvelle. Le roi passa par L\on , où il vit encore le pape , lui lit sa confession , demanda ta bénédiction pontificale , et interréda une dernière fois pour Fiédéiîc , mais tonjoursinulilement. Quand ilapprocha d'Avignon, qOelques seigneurs lui proposèrent d'assiéger celte ville qu'ils nommaient le repaire des manichéens , el qu'ils accusaient d'avoir empoisonné le roi Louis YIII , père du saint roi. Il répondit qu'il allait

.. S. Dj'on. T. 2 , Siiicil. p. Si j.

▼enger , non les injures de son père , ni les siennes , mais celles de Jesus-Chrîst , et continua paisiblement sa route jusqu'à Aigues-mortes , où il sVmbarqua le 25 du mois d'Août. La navigation fuC heureuse , et il aborda le 17 de Septembre à l'île de Cliypre. Le roi Henri de Lusignan , à qui le pape avait donné le royaume de Jérusalem , comme Tacant par la condamnation de Frédéric, prit la croix avec presque toute la noblesse et les prélats du pays.

On résolut de porter la guerre en Egypte , dont le sultan était maître de la Palestine : mais parce aue les vaisseaux des munitioiîs et plusieurs corps ae troupes n'étaient pas encore arrivés , on différa rexéculion jusqu'après Tbiver. Pendant cet intervalle , arrivèrent en Chypre des ambassadeurs tartares , qui , de la part de leur maître , nommé* Ercalthaï , présentèrent au saint roi une lettre Wîrite en langue persiehne et en caractères ars^- ' bes(i). Après de grands complimens, remplis de toute lemphase orientale , on y lisait ce qui suit : Noos conjurons le Tout-puissant de donner la ▼icloîre aux rois de la chrétienté snr les ennemis^ delà croix , et nous prétendons que tous les chrétiens , en priant pour nous , jouissent de ses fa\eurs en assurance et en pleine liberté. Tel est le bon* plaisir de Kiocâï, roi de la terre.

Ce Kiocaï était Caiouc-can , petit fils et successeur du fameux Genghis-can , fondateur de Tempire des Tartares Mogols , le plus puissant qui ait Jamais existé dans l'univers. Il s'étendait ^ au nord de F Asie , depuis la Chine jusqu'aux frontières de Ift Russie et de la Pologne ; et au midi , jusqu'au! états des califes , qu'ils conquirent Fan isSBsur Mostuzem , dont la chute entraîna l'extinction du califat. Ils poussèrent ensuite dans la Syrie et T Asie- Mineure , jusqu'au Bosphore de Constantinople. Du temps de Genghis-can même , ils avaient pris^

■Mk

(i) Tom« Tit ,' SpicH. ji. 3a3 > de. DUchesne > p. 348.

3uclqiie leînlure du cîirisLianîsme dans l'emprn e Thogriil-onk , kan des Tartaies Keraïls , |irêlri chrétien de la secte nestorienne , et fameux dan nos vieilles histoires sous le eoin de Prèlre-Jean Leur jalousie contre la puissance musnlmane le inclinait puissamment en faveur des chrétiens, se ennemis irréconciliables.

Tantsurces lueurs d'espérance, que pour arrête: les ravages qu'ils avaient déjà exercés au Nord di l'Europe , le pape leur envoja , l'an tn^S , de missionnaires franciscains, avec des lettres adres sées à Caiouc-can (i), Ces religieux , qui avaient i leur lète ffère Jea» de Plon-carpin , pilrenl leu route par la Russie, oh ils furent très-hien reçu du duc ViAilîco , qu'ils exhortèrent avec succè àse réunira l'église romaine. Mais la consommalior de cette bonne œuvre , où Ton voulut procédei avec délibération et maturité, n'eut lien qu'ai retour de ces missionnaires. Cependant Vasilict les fit escorter jusqu'à Kiovie , métropole de Russie. du peur des Litluianiens , aussi féroces et beaucoup plus à craindre que les Tartares. Ilséchappè' rent a ce danger , et le 23 Février 1246, ils arri. ■vèrenl à la première carde avancée des Mogols. Oc les arrêta ; on leur demanda d'où ils venaient , el quelle affaire les amenait chez les vainqueurs du monde. Ils répondirent : Nous sommes des ministres du pape, le père et le seigneur des chrétiens : il nous envoie au roi , aux princes et à toute la nation des Tartares , parce qu'il souliarle que les Tartares et les chrétiens soient amis entr'eiix , el vivent ensemble comme des frères. Il désire de plus <[ue l'illustre nation des Tartares soit aussi grande au ciel et dans l'éternité , qu'elle l'est sur la terre ; mais il s'étonne qu'ils aient fait périr tant de Hongrois ,deMoraves et de Polonais qui sont chrétiens, et qui ne les avaient point oflèiisés. £t parce que Dieu est fort irrité de CC6 violences , iUes exhorte

etc. Viaceut. Spcc. Ifist

DE L'EaLisEi^ ai

à s'en repentir et à s'en abstenir désormais. Il les prie encore de lui faire savoir ce qu'ils prétendent j et ce qu'ils veulent faire à l avenir.

Les gai'des conduisirent aussitôt les mission* naîres à leur chef qui se nommait Gorenza , et gardait le cours du Nieper, du côté de la Russie , s^vec un corps de soixante mille hommes. Ils en furetot reçus avec beaucoup de hauteur , et n'eurent audience qu'à genoux , en présence de cet officier et de tous les grands qu'il avait rassemblés. Il ne laissa pas de leur donner des chevaux et trois Tartares , pour les conduire en diligence à Balou^can , campé sur le Volga , et le plus puissant des princes tartares après l'empereur.- Ils se mirent en chemin le 26 de Février; et quoiqu'ils allassent très-vite, il» ne parent arriver que le 4 Avril, qui était le mercredi de la semaine sainte. Ils eurent prodigieusement à souffrir de la route, pendant un carême ,' où ils n'aTaient que du millet pour nourriture , et delà neige fondue pour breuvage. Il y eut encore plus de cérémonies pour l'audience de Batou , que pour celle de Corenza : les lettres du pape furent traduites eo tartare , et présentées a ce .second générai , qui les lut avec beaucoup d'attention ,' puis fit dire aux missionnaires qu ils iraient à l'empereur Caiouc.

Tout épuisés qnïlè étaient de jeûnes et de fatigues, ils marchèrent avec une extrême célérité , 90US la conduite de deux Tartares^ changeant de chevaux quatre ou cinq fois par jour', depuis Toclave de Pâques i5 d'Avril , jusqu'au 22 de Juillet. Pendant ce long voyage , ils virent une infinité de villes et de forteresses ruinées , d'immenses cam-' pagnes semées de têtes et de membres humains | et souvent de longs tas de cadavres , affi^eux monumeas des victoires et de la barbarie de cette nation.

Il leur fallut attendre un mois pour avoir audience de Caiouc-can , parce qu'il n'était pas élu empereur ; depuis l'année précédente que son pèrq

^a Histoire

Octaï, Glstle Genghis-can était mort en le de'signan

Eour son successeur; ce qui ne primait pas celte nq on guerrière du dioit de se clioisir u» m.iîrre>: qu'elle sp. piquait de ne reconnaître que pour soj piéi'ite. Pendant ce long délai , nécessaire poï( former l'assemblée généiale d'une nation innuo^ brable , Tourakina , .mère de Caiouc , avait ét^ chargée de la régence. Elle était assez favorable auj çbrétiens , pour avoir été réputée chrétienne elle même , et fille du Prêtre-Jean. Caiouc envoya 1« frères mineurs auprès de celte princesse , au lieS où se tenait l'assemblée générale, et où ils attenqirent le temps de l'élection. D ailleurs , entre le; <3,eux principaux atabecs ou jninisli-es, l'un, nom inË Çadac, était chrétien déjà baptisé , et Clilncaï , le second, sens avoir reçu le baplème , ne lui cédait pas en bienveillance pour les lîdèles ': tous deux s'étudiaient à leur concilier celle de I empereur ; ils traitaient avec honneur les évêques et fcs prêtres ; ils marquaient de l'estime pour les peuples chrétiens , et spécialement pour les francs.

Caiouc ayant été reconnu empereur , son intronisation fut fiiée au jour de rAssoniption de la sainte Vierge. Une grêle extraordinaire qui survint la fit différer ; mais elle se fit enfin le jour de saîiit Bardielemi , 2^ d'Août. Il parut en public sur son trône ; tout le monde vint ilécbir le genou devant lui , excepté les missionnaires , qu'où eut l'altention de n'y point obliger , comme n'étant pas ses sujets. Le nouvel empereur était un homme de quarante à quarante-cinq ans, de taille médiocre , d'un maintien grave et d'un air réfléchi qui justifiait la réputation de prudence et d'habileté dont il jouissait. Les chrétiens de sa cour assuraient qu'il devait embrasser le christianisme, eÈ déjà il tenait auprès de lui des ecclésiastiques, les ejitrelenait à ses dépens, et avait devant sa lente d'honneur une chapelle où ils chantaient puijii- «Tuement l'oflice , et donnaient le signal pour y

assister ; ce que les autres chefs des Tartares ne permeltaient point. Ce prince ne régna pas trois ans entiers. Son neveu et son successeur Mangoucan fut encore plus favorable aux chrétiens , et grand nombre de. Tartares embrassèrent la foi sous son règne (i) ; mais il paraît qu'ils ne furent chrétiens que Je nom et d'appareil , et qu'ils distin- Éuèrent à peine la vraie religion des fausses. Dans i suite y ils ne tinrent pas contre la contagion di:| mahométisme en Asie. Toutefois ils marquèrent long-temps un fond d'affection , oa beaucoup moins d'aversion pour le christianisme , que les autres nations musulmanes.

. Pour ce qui est de Caîouc-can , suivant l'ordre réputé divin de Genghis-can, fondateur de l'empire , dans l'assemblée même où il avait été intronisé, il fit la cérémonie de Fétendard , qui consistait à lever un grand drapeau du côté de FOc* cident , en lagilant et en menaçant les peuples dd ces contrées de porter le fer et le feu chez eux , si , avec toute la terre , ils ne se soumettaient à lui ; mais, soit ménagement , soit politique, il ne voulut pas que les envoyésdu papeen eussent connaissance. Le jour même où il fut placé sur le troue , il les admit dans le petit nombre de ceux qui furent introduits en sa présence. Il les retint encore depuis , pendant plus d'un mpis , et cette distinction onéreuse les ut beaucoup souffrir de J|a faim. On leur donnait, comme aux Tartares qui se rassasient pour quatre jours ^ des provisions qui ne pouvant se garder , les laissaient les derniers jours sans aliment mangeable, l^nfin l'empereur leur donna ieur congé, avec des lettrés écrites en arabe pour le pape. Il proposa même de lui envoyer des ambassadeurs : ce que les missionnaires ne parurent nullement désirer, craignant beaucoup plus qu'ils n'espéraient d'une pareille visite. I&avaient peur que les Tartares , instruits

(i) V, Fleuri , t. xvii , p. 674 ? etc.

Histoire par-là des divisions qui régnaient dans l'pmpîrt chrétien , n'en devinssent plus hardis à l'atlaqueri Ainsi lesenvoyésdn pape partirent le i3 Novembre*, avec quelques guides seulement. Ils n'avrivèren'l sur les terres dtk chrétiens , qu'au mois de Juiil 1247. *

D un autre côté, Innocent IV envoya versle même temps des frères prêcheurs, aux Mogols,<jiii étaient commandés à l'orient de laPerse parBoiothnoi. lli furent très-mal reçus par ce barbare piipiirbe , lont subordonné qti'il était à Caiouc-ran. Sur la simple propositionqu'ilsluifirentde se rendre clirétien, ils faillirent à perdre la vie, Déià ils étaient condamnât à mort , et ce ne fut que sur la représentation d^ l'une des femmes du violent tartare , qu'il révo^. <[ua ses ordres , dans la crainte qu'elle lui avait inspirée d'exciter contre lui toutes les nattons chrétiennes. Car autant les Tartares méprisaient les Sarrasins et toutes les nations infidèles , autant ils craignaient les adorateurs de Jesus-Christ. On put depuis, par de nouveaux ambassadeui-s tartares arrivés en Chypre comme saint Louis s'y trouvait, queBoiothnoî, nommé aussi Batou, avait des musulmans pour conseillers , si ce[)endant oa

Eeut ajouter foi à ces prétendus ambassadeurs du an Ercnltbaï , au nom duquel ils se présentèrent, et dont on n'entendit plus parler depuis.

Il se trouva néanmoins auprès de saint Louis , quand il reçut celte ambassade , un frère prêcheur nommé André de Longjumeau , qui en connaissait le chef appelé David , pour l'avoir vu dans la grande armée des Tartares , où il avait été de la part du pape , avec d'autres dominicains (1). Le roi de Covpre et le comte de Jopt)é remirent au saintroi une lettre du connétable d'Arménie, qui leur avait été adressé , et qui confirmait la nouvelle de la bonne disposition des Tartares. Le connétable avait été envoyé lui-même vers leur grand

kan oa empereur , et rapportait sur leur cbristia^ nîsmeles particularités les plus capables d'intéres-^ ser la piété. Il disait que dans la vaste étendue de leur empire , il y avait de grandes nations entièrement chrétiennes ; que dans la partie des Indes convertie par Tapôti^e saint Thomas , un roi chré-* tien secouru par les Tartares avait pris Tascendant sur tous les Sarrasins ses voisins , dont il souffrait beaucoup auparavant ; que dans le pays qu'il ikomme Tangath , et qui parait être le royaume du Prétre-Jean , tous les peuples professaient le cbristianisme, et que c'était d'eux que les Tartares l'afaient reçu. L'arménien ajouta qu'il était entre lai-méme dans leurs églises , et y avait vu des tav h\eaux de nos saints mystères , en particulier de l'adoration des rois mages , qu'il prétend être venus de ce pays à la crèche de Betléhem ; que le» Tariares avaient eux^mêmeâ des églises et des cloches poui* annoncer les offices , et que quiconque venait à leurs princes, soit musulman , soit chrétien, qu il le voulût ou non , était obligé d'aller d'abora à l'église adorer Jesus-Christ. Il pai4e de plusieurs autres chrétientés répandues en Asie , et aes restes magnifiques de beaucoup d'églises ruinées par les mahométans ^ contre lesquels le kan des Tartares prenait en toute rencontre la défense des fidèles (i).

Quoiqu'assuré de tous ces détails par un homme da premier rang et témoin oculaire de la plupart de ces faits, Louis, pour ne rien omettre de toute» les précautions de la prudence, voulut encore inteiTOger les envoyés a'£rcalthaï , en présence de •on conseil et des plus sages prélats. Toutes leurs réponses furent conformes a ce récit. Ils y ajoutèrent que le sultan de Mosul , distant de leur patrie de deux jourDées de chemin seulement , était (ils d'une chrétienne ; quMl aimait sincèrement les chrétiens , quoiqu'il ne le fût pas encore ; qu'il

iO Spicil. p* 217 , etCr

ob^rvaît leurs fêtes , et ne suivait en rîen la loi de Mahomet , et qu il était disposé à embrasser le christianisme , a la pi^mière occasion favorable. Enfin ils avertirent le saint roi , que les Tartanes se propo'faient d'assiéger l'été prochain le calife dans Bagdad , et le prièrent d'attaquer l'Elgypte, afin que ce chef de la religion musulmane oen put tirer aucun secours.

Louis leur donna trois frères prêcheurs pour les accompagner à leur retour, et ils partirent ensemble le 2*7 Janvier de cette année 1^49 > avec des lettres et des présens , tant pour Ëi-cahhaï que pour le grand kai) des Tartares Depuis Autioche ou ils prirent lerre , ils furent un an à marcher, en faisant dix lieues par jour , .avant d'arriver au lieu où le kan résiclait. Caiouc était mort dans «cet intervalle. Son successeur Mangou , dont les frères prêcheurs virent encore Télection, les reçut avec honneur, et. témoigna beaucoup aimer les chrétiens. Saint Louis, sur cette relation , écrivit au pape que plusieurs Tartares avaient reçu le bap* tême,etqueoes i>euples innombrables, pour sortir en foule des ténèbres de l'infidélité, n'attendaient que des apôtres charitables qui leur tendissent la main (i). Quelques aimées après , il fit encore partir pour la Tartarîe un frère mineur , nommé Guillaume de Rubruquis, dont la relation n'ajoute rien d'intéressant aux précédentes. On ne voit pas que les vqeux el lous les mouvemens du saint 1*01 aient eu de grandes suites.

Ravi cependant que son dessein sur l'Egypte s'accordât avec celui des Tartares , il partit de Chypre le jour de l'Ascension i3 de Mai , et arriva le 4 Juin à la vue de Damiète. Du plus loin qu'il aperçut la ville : Mes amis , dit-il aux seigneurs qui l'environnaient (2) , voici le moment de signaler notre foi et notre courage. Ne craignons rien : tout événea^nt nous est avantageux. Si nous

(i) Ap. Rain. 1253,11. 49* (^) Ma,U« P&r.^ddÀt^w^, p. 1*090.

Biourons , nous sommes martyrs ; si nous remportons la victoire , le nom français , le nom curétien j le Dieu que nous adorons sera glorifie. Ne considérez pas ma personne : je ne suis qu'un bomme, dont le Seigneur, quand il lui plaira , ^teindra la vie d'un soui&e , comme celle de tout autre. C^est la multitude qui forme Tempire et Teglise ; mais soyez certains que celui qui disposa de tout , ne m'a pas conduit en vain jusqu'ici. Louis était alors dans sa trente-cinquième année , aurait les cheveux blonds , la barbe rase à la manière da temps , le visage naturellement doux et agiéa« Ue, mais terrible quand il était armé , et d'une VaUle si avantageuse , qu il paraissait de toute la tète par-dessus les rangs (i). Il se jette à la mer le sahre à la main , suivi des princes , des chevaliers , de tous les soldats qui se pijfécipitent à Tenvi sur ses traces , ayant de Teau jusqu'aux épaules. Les infidèles, après avoir décoche leurs traits au hasard , cherchent leur salut dans la fuite* Les chrétiens prennent terre , Toriflamme est arboré sur le rivage, toute Tarmée pousse des cris de joie et de victoire. Pendant la nuit suivante, les ennemis abandonnèrent la ville. Pour comble de bonheur , le comte de Poitiers , que le roi son frère avait laissé pour ({uelqiie temps en France , arriva dans ces conjonctures avec des troupes toutes fraîches.

On fit quelque séjour à Damiète , moins pour' se reposer que pour laisser passer les inondations du Nil. Ensuite, sur l'avis de quelques seigneurs, et principalement du comte d'Artois , jeune prince aussi impétueux qu'irréprochable dans ses mœurs, et qui s'écria : Qui veut tuer le serpent lui doit écraser la tête ; on se résolut à l'attaque du Grand- Caire, ca|)itaJe de toute TEgyple. On partit pour cela le vingtième de Novembre , avec les armées de terre et de mer, fortes de soixante mille hommes. Cliemiu faisant , on appris la mort du Soudan

(i) Joinv. p. 43.

Histoire Mclic-SalGli ; mais il' laissait diis chefs liahiles p| ploinsde valeur, pour conduire la guerre en attendant le refour de Moadan son fin et son successeur , qui était en Syrie. Facardin , chargé du commandement en chef, et suivi de troupes exercées depuis cent cinquante ans contre les armées chrétiennes , se mit a côtoyer les Français , dont il n'était séparé que par le bras du iVil qu'on nommait le fleuve de Tanis. Il y avait sur la route de Dantiète au Caire , une ville qui portait le nom , depuis si funeste, de la Massoure , et qui était située au delà de ce fleuve ou ojinal. Les Français y étant arrivés quelques jours avant Noël , travaillèrent jusqu'au 8 de Février , avec peu d'effet , à faii-e une chaussée pour le traverser. Enfin , un arabe 3édonin leur ayant enseigné un gué , ils allèrent surprendre Facardin d^ins son camp, lui tuèrent' beaucoup de monde , et fl fut lui-même du nombredes morts (i).

Le comte d'Artois , avec son impétuosité ordinaire , voulut aiu' le champ s'emparer de la Massoure , dont il vit les portes ouvertes. Le maître du temple que le roi avait rais à l'avant-garde , avec charge de modérer l'ardeur du comte , représenta qu'il y avait tout à craindre que ce ne fût un piège tendu à une poignée de gens , qui bientôt se verraient accablés par la multitude. Robert ne répond que par des reproches outrageans , et vole a la poursuite des fuyards. Les chevaliers craignirent de paraître arrêtés par la peur : Français et Sarrasins, tous entrent pêle-mêle dans la ' place. Mais les infidèles sapercevant du petit nombre des chrétiens , et se voyant secondés par les liabitans qui dn haut des maisons accablaient l'ennemi de flèches , firent la plus vigoureuse résistance. Bénocdard , chef non moins intelligent que Facardin auquel il avait succédé, et qui s'éleva par la suite jusqu'à la digniLé de Soudan, envoya ua

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ÎjfOS corps de troupes à la rencontre du roî , pour empêcher de gagner le comte son frèi'e. Avec le reste de ses forces , il enveloppa le malheureux comte y qui , après des prodiges de valeur , tomba sur un monceau d'inûdèles dont il s^etait fait un rempart. Le comte de Sarisbéri , le comte de Couci , plus de trois cents chevaliers de leur suite , et deux cents du temple ou de F hôpital périrent en cette rencontre. Ils vendirent si chèrement leur ^îe 5 que leur perte , si elle eût été réparable , eût équivalu à une victoire.

Mais les victoires même ruinaient les croisés. Ils dissipèrent le corps des troupes opposé au roi ,

?u\ personnellement se signala par des coups de Dfce et de bravoure à peine croyables. Lui seul abattit à ses pieds six Sarrasins déterminés, qui s'étaient concertés pour le prendre. La nuit sépara ks combattans , et fit abandonner le champ de l)ataille aux Français, ou plutôt le théâtre afireux de la mort et du carnage. Le lendemain , nouvelle attaque , nouveaux prodiges de valeur ; même constance et n^me triomphe de la part des Français ; c'est-à-dire qu'en se couvrant de gloire, ils anéantissaient leur armée. La difficulté de se procurer des vivres dans un pays coupé par un grand fleuve et par des canaux sans nombre, au milieu d'une multitude immense d'ennemis , les nouveaux efforts de ceux-ci animés par l'arrivée du Soudan Moadan, l'infection des cadavres qui bouchaient les canaux et s'accumulèrent en divers endroits de Tuu à l'autre bord, les maladies pestilentielles qui en furent la suite, réduisirent bientôt l'armiée chrétienne à Tétat le plus déplorable. On en vint aux négociations, qui troinèrent en longueur et donnèrent à la contagion le temps de ruiner Farmée. On prit enfin la résolution tardive de rrga* gner Damiète.

Comme on était en marche , le 5 d'Avril , les infidèles vinrent à la charge avec toutes leurs foi^ ces réunies ^ qui ne laissèrent pas de trouver unç

HiSTOtTIE

grande résisfance, nonobstant !e petit nomlire cN fi-anciiis en élat de croœhatlre. Le roi , malade Inil même, et si f;iil)te (pi'il pouvait à peine doimei les wdres , permit tle renonerla négociation : mais le mal-eiiteridi» d'un liéiaiil fit prendre son propos pour un ordre de mettre bas les armes, tu on inoDicnt , il se vil environné de barbares , qui se saisirent de sa personne et de ses deux Frères les cunifes (le Poitiers et d'Anjou. Le It^at se sauva par le Nil à Damièle, où il porta ces tristes rouvellt's à la JU'ine. Le roi fut conduit et emprisonné à fa Massonre , .où toulelois le Soudan qui le sut réduit à l'extrémité par la fièvre et la d\sBenterie, lui envoya des médecins qui le guérirent en quatre joui-s. Les Sarrasins, de leur côté, lui portè^ reni , comme le plus agréable présent , son bré- TÏaire et son missel qu'ils avaient pris avec le reste du bulin. Pendant sa détention , il ne manqua point de réciter l'ofiice cbaqiie jour aux lieure» ordinaires , et s'acquitta de tous les devoirs de la* religion , en présence des infidcles que confondait sa piété. Ils ne se lassaient pas d'admirci' ses vertus et sa grandeur d'ame , sa patience à sonlFiir leS' incommodités d'une prison rigoureuse qui dura^ xiTi mois entier , son égalilé d'aine et sa fei'rnelé àrejeter les pvoposilions qu'il ne jugeait pas raisonnables. ISous te tenons captif, lui disaient-ils , et tu nous traites comme si nous étions nous-mêmes' dons tes fers. Les émirs se regardant les uns les' sut l'es , disaient que celait le plus fier chrétien' qu'ils eussent jamais vu.

Le Soudan lui avant fail demander avec menace de lui rendre, outre Damièle, toutes les places qui roslaient aux clirétieiis dans la Palestine , il' consentit pour Damièle , qui n'était pas en état' de se défendre ; mais <juant aux places de la Terre- Sainle, il ré[iondit qu'elles np lui apparlenaient

Kas, et que cet article ne le regardai! point. On ' menaça des berni<'les, c'est-â-ilire, de lui écraser lous' les os entre deux pièces de bois. Il repartit

froMenient qu'il était leur prisonnier, et qu'ik pouvaient faire de lui ee qu'ils voudraient. Le ^o\ant inaccessible à la crainte, le Soudan, tant pour la rançon que pour les frais de la guerre , lui fit demander ia restirution de Damiète , et un' million de besansd'or, valant alors cinq cents mille livres, monnaie de France, et qui vaudraient aujourd'hui plus de sept millions. J'accorde volontiers , répondil-il, les cinq cents mille livres pour mes sujets ; mais il est indigne de ma personne* ffêlre mise à prix d'argent; je rendrai , pour elle , la ville de Damiète. Le sultan ayant reçu celte' réponse , s'écria plein d'admiration : Par ma loi , le français est aussi grand dans les fers , que les armes à la main. Je lui remets cent mille livres;il nen payera que quatre cents mille. Le traité fut conclu à ces conditions , et à charge encore* de rendre les prisonniers faits en Egypte depuis larrivée des Français , et dans le royawme de Jérusalem depuis la trêve avec rem pt*rewr Frédéric. Mais le Soudan devait pareillement délivrer tous les chrétiens pris depuis cette époque, avec Louis et tous les fidèles arrêtés depuis sa descente en Egypte. On leur conservait encore tous les meu-' Blés qu'ils avaient laissés à Damiète, et l'on donnait sûreté et liberté, soit au'K malades, f;oit à ceux qui resteraient pour leurs affaires. De plus les chrétiens de Palestine gai^dai eut toutes les terres qu'ils y possédaient a l'arrivée de Louis.

Le Soudan marcha aussitôt après vers Damiète^ pour en prendre possession. Sut» la route, il fut assassiné par ses émirs, mécontens de ce qu'il n'avait pas pris leurs conseils pour ce traité. En lui finit la race du grand Saladin , qui régnait depuis quatrevingt-deux ans. AiorI cooimencâ la dynastie des Mammelucs , esclaves turcs achetés desTartarès , et poussés dans les emplois niilitàires par les soudans qui s'étaient figuré que ces 'snje1;s sans aïeux et sans patrie s'attacheraient uniquement à leur souverain. tie géuK;ral JBondocdar étaitàieur tête \ maisAa^di]»

IIlSTOlRE

lut le premier de leurs sultnns. I* saint roi eut lou âsonihirde leur briilaliléj et se vit vingt fbis ai moment d'en être la vietime. Un des timlis, lei Eiains et l'epée encore fumantes Jii san^ de soi maître, l'aborda et lui dit : Que me donncras-lt pour avoir tué ton ennemi , qui t'eùl fuit mourir, s'ileût vécu?Louis détourna la tête avec indigna^ t.'on , sans lui rien répondre. Ce furieux levant le fer , et prêt à frapper : fais-moi chevalier , dit-ilj ou je le tue. Le roi répondit sons s'émouvoir, que jiimais ij ne ferait chevalier un infidèle. Cette fermeté d'ame désarma tous ces forcenés. Ils baissèrent I s yeux et la tête; et les mains croisées sur la poiiiine, ils saluèrent le roi à leur manière, et lui dirent avec respect (i); INe craignez rien, seigneur, vous êtes en sûreté. Ils mirent même en délibératioa de le faire Soudan ; la résolution ne fut arrêtée cjue par les plus politiques d'enLr'eux, qui pensèrent avoir tout à craindre pour leur religion, d'un prince aussi pieux que Louis. Il s'éleva répondant un déhat fort vif sur la forme du serment qu'on emploierait à la confirmation du traité. Ces infidèles a} aut l'ait contreeux-mêmes leurs imprécations ordinaires en cas qu'ils y contrevinssent , exigeaient que le saint roi jurât en des termes aussi peu mesurés par rapport a la vraie religion. A Dieu ne plaise, •S écria-t-il , que des paroles si exécrables sortent

Jamais de ma bouche ! Aux menaces les plus terrîdes qu'ils purent lui faire , Il ne répondit autre irhose , sinon qu'ils feraient de son corps tout ce qu'il leur plairait, mais qu'ils ne pouvaient rien sur son ame qui était à Dieu. Joinville ajoute ncannioins , qu'il ignore si le serment fut lait tel que l'exigeaient les émirs. Les prélats les plus éclairés avaient assuré le roi , qu'ayant inleulion d'accomplir ses promesses, il pouvait sans scrupule les énoncer dans les termes que Ton désirait. Quand il fnt question de délivrer aux infidèles l'argent

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Ju'on lenr avaît promis, ils se mëcomptèrent de ix mille livres. Quelques seigneurs rapportèrent cette méprise au roi , .comme une chose dont on devait s'applaudir , ou du moins dont il n'y avait qu'à plaisanter. Il la prit bien différemment, et voulut qu'on leur reportât cette somme.

Ils ne furent pas à beaucoup près si fidèles à leurs propres engagemens. A Damiète , ils égorgèrent tous les malades chrétiens ^ brûlèrent ou enie* vèrent tous leurs effets , ne rendirent que quatre cents prisonniers sur plus de douze mille , s effor^ cèrent , le poignard à la main, d'en'faire apostasier plusieurs , et nrent une multitude de martyrs. La mauvaise foi de ces infidèles empêcha Louis de repasser en France aussitôt qu'il l'avait résolu. Afin de racheter au moins ce qu il pouvait de captifs , el de préserver les affaires de la Terre-Sainte d'une ruine entière, il se contenta de renvoyer ses deux frères pour la consolation de la reine mère et du royaume , et se rendit à Ftolémaïde. Les Musulmans d'Egypte lui renvoyèrent alors plusieurs troupes Qouveiles de prisonniers» Il en délivra de son argent „ 1 -.^ i ^ nombre, et jusqu'à six ou sept

. Il n'eut point de repos , qu il ^ pte tous les captifs faits depuis vingt ans. £n Palestine,, il fit réparer et mettre en état de défense toutes les places qui restaient aux chrétiens dans cette province , savoir , Ptolémaïde, le château d'Hiffe , Césarée , Joppé , Sidon , et le tout à ses dépens. Mais avant que cette dernière ville fîût à l'aori des insultes, les Sarrasins du voisinage vinrent tomber sur les fidèles , et en tuèrent environ trois mille qui restèrent trois ou quatre

{'ours sans sépulture. Le saint roi y accourut pour eur rendre nonneur, comme à des martyrs, dont il témoigna plusieurs fois envier le sort. Il travailla de ses propres mains , étant à jeun par respect , à ramasser ces corps , et à les mettre dans ues sacs

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(i) Joînv. p» 88 'y Duc. p* 4^4 % ^^*

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