Tome F'II
Histoire pour les transporter. Pendant cintj jours (ju'îl fallu i revenir à un travail si rebutant, il ne témoîgni is le moindre dégoût ; il paraissait insensible è nfection que les valets et les pauvres, attirés à force d'argent, ne supportaient qu'avec une répugnance extrême (i).
A Plolémaïde, il reçut des ambassadeurs du prince des Batliéniens ou Assassins, élabli dans les montagnes des confins de la Perse , et nommé vutgal< renient le Vieux de la Montagne. Dès Tannée i236, sur le premier bruit que le saint roi s'était croisé, ce despote absolu , l'eiï'roi de toutes les têtes coarontiées qu'il faisait trembler jusques sur leur trône , avait envoyé en France deux de ses aveugles émissaires , afin de le poignarder au milieu de sa cour (2). Bientôt après, mieux instruit des ressources du royaume et des grandes qualités du monarque, Il avait dépêclië deux nouveaux esclaves^ pour l'avertir de se tenir en garde contre les premiers (3). Ceux qui vinrent à Plolémaïde , comjnencèreiit par demander fiLTement à Louis, s'il connaissait leur maître. J'ai quelque souvenir , dit-il avec un air d'IndilTérence , d'en avoir ouï parler. Nous ne comprenons pas , reprirent-ils, comment vous ne lui avez point encore envoyé de préseris , à l'exemple de l'empereur d'AUemayne et de tous les souverains, dont la vie est en son pouvoir. Il vous averlil de ne pas différer davantage. Le roi tourna le dos à ces ministres insolens , et leur fit dire que , sans les égards qu'on avait nnlquement pour leur caractère d ambassadeurs, on les jetterait dans la mer; qu'ils eussent à se retirer au pluiôt, mais que sous quinze jours , ils revinssent etix-raêmes faire satisiaCtion , au nom de leur niaîiie (4). Cette maçinauimité sans exemple déconcerta l'audace du Vieux de la Montagne. Avant la fin de la quinzaine, on vit reparaître ses députés en posture
{.) JoiDïlllp , p. 108. i (3) La elles. I. IV. n. ao.
(a) 1.1. p. 5». Ducli. l. T , [4) JuiHviUc , n. BS. p. 33a. Sainj, Ciiu-. au, i2£iÛ.
ée supplians, et chargés de présens qu'il envoyait lai-méme, entr'autres, d'une chemise et d'un anneau d'or, en signe de l'étroite union qu'il désirait de contracter avec le roi. On les renvoya, avec les dons que le roi fit alors à leur maître en tuniques d'écarlate et en vaisselle d'argent. Louis ne respirant en tout que l'avantage de la religion, lui voulait agner ce Mahométan formidable , vers lequel il éputa un religieux^ nommé Ives le Sreton, pour Uiui faire connaître : mais les yeux de ce vieux scélérat refusèrent de s'ouvrir à une lumière si pure. Peu de temps après, ce repaire odieux d'assassins fal détruit par le grand kan Mangou.
DeCésaree que^aint Louis fortifiait , il écrivit à la reine sa mère , à ses frères et à ses sujets , pour leur demander unsecours non-seulement d'hommes et d'argent , mais de vivres et de provisions ; tant les ravages perpétuels de. la Palestine avaient épuisé celte malheureuse province. A la réception ae ces lettres , Blanche assembla toute la noblesse du royaume , qui se plaignit amèrement de la guerre uele pape , sans égard aux intérêts des chrétiens u Levant , excitait de nouveau dans le sein de la chrétienté. L'empereur Frédéric était mort , le i3 Décembre i25o ., dans la Fouille où le désordre de ses affaires l'avait contraint de se réfugier , et d'attirer de Barbarie dix-sept compagnies de Sarrasins. 11 y chargea les peuples de l'imposition la plus exorbitante qu'on eût encore vue , et ordonna de la payer dans un temps fixe et fort oourt , sous peine des galères. Apres ces dernières actions , ai
Eea convenables à un empereur chrétien , il ne lissa point de donner des signes de pénitence. Quand il vit la mort de près , il ordonna au roi Conrad son fils et son héritier, d'employer, cent mille onces d'or pour le recouvrement de la Terre- Sainte , demanda l'absolution , et la reçut de Tarchevêque de Palerme.
Le pape ayant appris la mort de cet ennemi ter* rible , ne tarda point à retourner en Italie , après
avoir encore réitéré rexcommunication contre la mémoire de Frédéric , et contre son fils Conrad qui s'attribuait , sans l'aveu du saint siège , tant l empire que le royaume de Sicile . Cependant y par ordre exprès du pontife , on prêchait jusqu'en France la croisade contre Conrad , avec une indulgence plus grande que pour la Terre-Sainte : elle s'étendait au père et à la mère du craisé (i). La reine Blanche , qui avait eu la générosité d'offrir à Innocent , prêt à rentrer en Italie , tout ce qui dépendait d elle et du royaume , se tint offensée de cette multiplication de croisades y dont le moindre inconvénient était de faire languir celle où le roi son fils se sacrifiait pour la foi. La régente et les seifi;neurs prirent le parti de saisir les terres deâ nou- Teaux croises,et 1 on fat amsi tomber cette entreprise» Ce mélange d'armement et de piété occasionna des attroupemens bien plus dangereux. Un vieil apostat de l'ordre de Citeaux , nommé Jacob y Tame de cette croisade d'enfans allemands et hongrois qui s'était formée quarante ans auparavant^ s'était mis à faire le prophète , au sujet de la prise de saint Louis (2). Il débitait que des anges et la mère de pieu lui avaient commandé de prêcher la croisade y mais seulement aux gens simples , et princi* paiement aux bergers y d'où ceux qui le suivaient prirent le nom de Pastoureaux. Il tenait une main toujours fermée y dans laquelle y disait-il^ il gardait l'ordre par écrit que lui avait donné la sainte Yierge. Bientôt aux gens simples de la campagne qui avaient quitté leurs troupeaux et leurs charrues pour le suivre , se joignirent des bannis et des excommuniés , des brigands et des voleurs^ enfin tous ceux qu'en langage du temps on nommait Ribaux. Us formèrent tous ensemble une multitude de cent mille hommes armés , les uns d'épées et de poignards y les autres de coignées ou de massues ,
(1) Matth. Par. p. 713.
(a) Id. 710 , etc. Nang. Chron. T* xi , SpiciL p. 538»
lie tont ce que la précipitation et renthousîasme pouvaient convertir en instrumensde mort. Jacob et ceux de ses subalternes qui après lui se faisaient appeler maîtres , s'ingéraient à prêcher , quoique laïques, et débitaient quantité d'extravagances^ souvent contraires à la toi. Mais ils étaient environnés des mieux armés de la troupe , tout prêts à faire main-basse sur quiconque oserait contredire. Ils prétendaient remettre les péchés , et faimhnt les mariages à leur gré. Ils déclamaient contre ]es ecclésiastiques et les religieux , sans
Ergner les frères prêcheurs ni les mineurs , les s révérés alors. Ils traduisaient les évêques et rs ofiiciaux pour des gens insatiables d'or et Boyés dans la mollesse. Quant à la cour de Rome ^ ils en publiaient des infamies que la pudeur ne permet pas de rapporter. L'éloignement du pape contribua beaucoup à les enhardir.
Des Pays-Bas où ils avaient commencé à se ras* sembler , ils entrèrent eh France , où la régente , trompée d'abord par leur simplicité apparente et par Tespoir de procurer du secours au roi son fils, ne leur opposa point d'obstacles. Ils s'en prévalurent avec beaucoup d'avantage ,se donnant pour des gens de bien avérés y puisque dans Paris où , disaient-ils, régnait la sagesse, ils n'avaient éprouvé aucune contradiction. Les effets de cette intégrité
I rétendue , furent une licence effrénée à exercer î pillage et toutes sortes de violences. A Orléans , comme Jacob prêchait ses extravagances ordinaires^ HB écolier s'approcha et lui dit avec intrépidité : Tu en as menti, malheureux, séducteur hérétique des simples. Cette parole n'était pas proférée , qu'un des pastoureaux lui fendit la tête d'un coup de hache. Aussitôt ils s'emportèrent avec fureur contre les ecclésiastiques, rompirent les portes et les fenêtres de leurs maisons , en massacrèrent ou en jetèrent dans la Loire jusqu'à vingt- (GÎnq.
Sur cette nouycUe • la reine avouant avec mo:
destie qu'elle avait élé surprise, les fit do'nonce^ excommunié* , el donna ses ordres pour les ]>ourJ suivre militairement. Ils furent atteints, près dé Bourges , par le peuple de celte ville ; et comrafl Jacob prêchait avec sou impudence accoiiliimeeij un bouclier le tua d'un coup de hache (ju'il lui porta sur la tète. La multitude confase et indisCM plioéequi le suivait, se dissipa aussitôt , et p3ll tout on se mitâtes presser, et à les assommai comme des animaux malfaisans. Quelques-uns tiU ceux cjiii avaient échappé , passèrent dans lil Grande-Bretagne , où , abhorrés de tout le monde^ îlssesoulevèrent contre celui qui les conduisait , et le mirent en pièces. Plusieurs ensuite prirent la croix en règle, par esprit de pénitence, et allèrent en Palestine au service de saint Louis. Ainsi finit cette secte d'enthousiastes , que les sages du temps regardèrent comme la plus dangereuse qui eût paru depuis Mahomet. Sa ruine fut une des dernières actions de la reine Blanche , qui mourut a Paris l'année suivante laSa. Avant d'expirer , elle fît appeler l'abbesse de Maubuisson , monastère de Tordre de Cîteaux qu'elle avait fondé à Pontoise , reçu l'habit et fit profession entre ses mains. Aussitôt après sa mort , elle fut transportée à cette abbaye , où elle avait choisi sa sépulture.
La même année , saint Pierre de Vérone mourut martyr , comme il le désirait et s'y préparait depuis long-temps. Il était né de parens hérétiques, dans la ville dont le nom lui est resté : mais ,
tnidé ppr la grâce du Seigneur qui l'avait marqué u sceau des élus, dès la première enfance , il Ïmisa dans les écoles une foi pure et ferme, dont es instigations de ses proches ne purent jamais le détacher. Avec la même fidélité , il résista aux tentations impures qu'il eut à combattre dans les années suivantes. Mais , pour conserver à jamais un trésor aussi précieux que le va'se où nous le portons est fragile , a l'âge de quinze ou seize ans, il entra dans l'ordre des frères prêcheurs , que
gouvernait encore saînl Dominique. Il s'y rendit célèbre par le ministère de la parole , principalement dans la Lombardie , toujours infectée par l'hérésie des nouveaux manichéens. Son zèle et sa capacité lui firent confier la charge d'inquisiteur à Milan. Il opéra des conversions sans nombre , et ne se fit pas moins d'ennemis , les hérétiques obstinés frémissant de voir affaiblir leur parti de jour en jour. Mais plus le danger croissait pour ses jours , plus ^enflammait son ardeur pour le martyre. Quand il offrait les saints mystères , sa prière ordinaire , à l'élévation de l'hostie sans tache , c^était de ne mourir que pour la foi. Il sentit enfin qu il était exaucé. .
Le dimanche des Rameaux , 24 de Mars , comme j'i prêchait à Milan devant un auditoire immense , composé de huit à dix mille personnes, il dit d'une voix fortélevée, qu'il savait indubitablement que sa mort était résolue par une troupe de conjurés. Le sermon étant fini y il ne laissa pas de retourner tranquillement à Côme , où alors il était prieur , et où ilarrivaheureusement. Mais en étant reparti le samedi d'après Pâque , 6 d'Avril , il fut
{'oint dans un bois par deux scélérats soudoyés, qui e firent mourir sous la serpe et le couteau ^ sans u'il fît aucun mouvement pour éviter les coups; i se recommandait paisiblement à Dieu, et professait de bouché ainsi que de cœur la foi pour laqueltè il donnait sa vie. Son corps fut rapporté a Milan , et enterré avec de grands honneurs dans l'ëglise de son ordre. Dès Tannée suivante, après les informations convenables sur les miracles qu'il avait faits de son vivant et après sa mort , le pape étant à Pérouse , en présence d'une multitude innombrable d'ecclésiastiques et de laïques , le mît solennellement au nombre des saints. Entre ses mî^ racles , un des plus heureux fut la conversion de Vun de ses meurtriers , nommé Marin , qui entra dans l'ordre de son saint bienfaiteur en qualité d^ frère couvers , et y finit saintement $es jours.
^o Histoire ^^B
L'an 1353 , l'église iiiilitanle fournitencoretleor illusires ciloyens à la céleste Sion. Sai nie Claire (i après une maladie de laneneiiv qui durait depuj ■ïingt-huit ans, reçut enfin la récompense de 4 pni'etc angelique , de sa fidélilë à observer et« laire observer la règle de son saint père FrançoMf particulièrement en ce qui touchait la pauvrt " parfaite, enfin des tourmens volontaires que Si austéri Le ne cessa d'ajouter à ceux de ses infirmiU Sous son habit grossier , elle portait un ciiice dl crin de cheval ou de soie de porc , couchait sui la terre nue ou sur des sarmens , et n'avait qu'aa billot pour chevet. Ses îeûnes égalaicot ses autrei macérations. Son oraison était continuelle , et si puissante auprès de Dieu , qu'elle produisit quelquefois sur les esprits, des elFets beaucoup plus merveilleux, que le cbangeinent des lois extérieures de la nature. Les troupes de l'empereur Frédéric , composées en partie de Sarrasins , étant venues attaquer la ville d'Assise , et les mahomélans escaladant déjà les murs des religieuses , la sainte abbcsse , toute moribonde qu'elle était , se fit porter avec la sainte eucharistie à la porte du monastère. Là , elle sç prosterna , et oit avec larmes : Souffrirez- vous , Seigneur , que ces vierges qui ne icspirent que voire saint amour , soient abandonnées à d'impurs infidèles ? A ces mots, les Sarrasins, comme s ils eussent été frappés de la foudre, se précipitèrent des murs où déjà Ils étaient montés , et prirent tous la fuite. Elle expira le lendemain de saint Laurent , 1 1« jour d'Août , après avoir reçu la visite et la bénédiction pontitlcale du pape Innocent.
Saint Richard, évèque deCliichestre (a), mourut à Douvres dans l'exercice de toutes les fonctions apostoliques. Sans se borner à la prédication dé la croisade , dont il avait reçu la commission du pape , il exhortait les péciieurs à la pénitence ,
(i) Sur. ad la Aug. [t'j BoU. l. ix , p. îHo.
confessait , confirmait ^ administrait les saints ordres, jusqu'à ce que le travail et la maladie Feussent entièrement épuisé. Il avait été vivement persécuté par le roi , qui Tempêcha long-temps de prendre possession de son siège , à cause de son ancien attachement pour saint Edme , archevêque de Cantorbéri. Il se vit réduit à ne subsister que par la charité de ceux qui voulaient bien le loger et le nourrir. Cependant il ne laissait pas de faire ses visites , de remplir toutes les fonctions épiscopales et sacerdotales , non-seulement avec constance , mais avec gaieté. Voyant un jour ses chanoines extraordinairement affligés ae son sort : Oubliez-vous , leur dit-il d^un visage riant , que les apôtres se réjouissaient de souffrir des outrages poar le nom de Jesus-Christ ? Il pratiquait de si grandes austérités , que ses amis furent souvent oUigés de lui faire une sorte de violence pour les modérer. Quel que fût le délabrement de son église et de sa fortune , il faisait des aumônes prodigieuses ; et comme son frère , qu'il avait chargé <Iu soin de son temporel , lui faisait des remontrances a ce sujet : Est-il juste , répondit-il , que nous mangions dans Tor ou l'argent , pendant que Jesus-Christ souffre la faim dans ses pauvres ? Puis ajoutant à la charité le mérite bien plus rare de la modestie , et rappelant la médiocrité de sa naissance : Qu'on me fasse manger dans la terre , pour^ suivit-il , à l'exemple de mon père ; et s'il en est besoin , qu'on vende jusqu'à mon cheval.
La nouvelle de la mort de la reine Blanche était enfin arrivée en Palestine. Le légat, à qui elle fut adressée , alla trouver le roi avec son garde des M^eanx et son confesseur, et dit qu'il avait quelque chose de secret à lui communiquer en présence de ces deux hommes de confiance. Le roi les ayant fait passer de sa chambre dans la chapelle : Prince^ dit le légat (i) , remerciez Dieu des grâces
(i) Ducbesne , p. 457.
dont il vous a comblé depuis votre enfance , en particulier de vous avoir douné une mère qui vous a élevé si religieusement , et qui a si sagement gouverné votre royaume. Les pleurs et les sanglots du prélat , mieux que ses paroles entrecoupées , an* noncèrent le reste de ce qu'il avait à dire. Le roi pbussa un grand cri ; puis fondant en larmes , il s'agenouilla devant l'autel, et dit, les mains jointes: Seigneur , je vous rends grâce de m'a voir donné pour un temps une si bonne mère ; mais ce n'est qu'un prêt que vous m'aviez fait , et vous me l'avez retirée quand il vous a plu. Je l'aîmîiis plus qu'aucune créature mortelle; elle le méritait bien. Mais puisque c'est votre bon plaisir , que votre nom soit béni à jamais ! Il retint son confesseur , et récita avec lui tout l'office des morts , sans que la douleur lui fit faire la moindre faute de prononciation. Ensuite il garda la chambre pendant deux jours sans parler à personne , fit célébrer, des sep» vices et une infinité de messes , en entendit une particulière à Tintenlion de la défunte tout le temps qu'il resta en Palestine , et envoya aux églises de France autant de pierreries , disent les auteurs du temps (i), qu'un cheval pouvait en porter ^ afin qu'on y priât pour elle et pour lui-même. .
Il demeura encore dans la Terre-Sainte environ un an , pour finir tout le bien qu'il avait commencé dans le pays : après quoi les dangers que couraitson royaume , menacé tant du côté de l'Angleterre que de l'Allemagne , lui fii'ent prendre le parti d'y retourner incessamment. Entre les bonnes œuvres qu'il fit en Palestine , une des plus admirables fut la conversion d'une infinité de Sarrasins qu'il persuada lui-même , et qu'il ramena avec lui , pour s'assurer de leur persévérance. Telle est , dit-on , Torigine de cette multitude de familles qui portent en I rance le nom de Sarrasins. Le saint roi fut en mer deux mois et demj , pen-
(i) Joinv. p. iio, ,
clant lesquels il se montra autant ap6tre que monarque. Il faisait prêcher dans le vaisseau trois fois la semaine; et quand la mer n'était pas trop agitée , il y avait une instruction particulière pour les matelots. Il voulut quMls se confessassent tou9 pour ce voyage , et leur fit à ce sujet une exliortotion de sa propre bouche , où il leur dit entr'autres choses (i) : Que celui qui s'approche des sacremens , ne craigne pas de manquer au service de mer ; je le remplacerai plutcSt moi-même , soit pour tirer un cable, soit pour toute autre manœuvre. Ce ton d'intérêt et de popularité fut si efiicace , que des mariniers qui ne A*elaient pas confessés depuis plusieurs années , retournèrent à Dieu avec toutes les marques d'une sincère conversion. On aborda en Provence, parce que le roi avait de»« sein d'aller à la sainte Beaume , où Ton croyait , dit Joinville qui Taccompagnait , avoir le corps de sainte Magdeleine. C'est le premier vestige d'une opinion si extraordinaire, combattue par tant d'autres monumens. Arrivé a Paris , il alla , le dimandie i3 de Septembre , rendre à Dieu ses actions de grâces dans 1 église de Saint-Denys : mais il demeura croisé , pour faire voir qu'il ne prêtent dait pas avoir accompli toute l'étendue de soa voeu.
Le saint roi ne pouvait arriver plus à propos^ qu'au milieu des orages qui grondaient opiniûtro-r ment autour du royaume , sans que les révolutions ni les revers les pussent étouiler. Le roi Conrad , qui ne survécut pas quatre ans à l'empereur Frédéric son père , était mort à la llour de son âge , le ui Mai de cette année i254 ; mais son frère Ma infroi , aussi entreprenant que lui et beaucoup plus adroit, se trouvait à la tête des at]aireS| en qualité de tuteur du jeune Conradinson neveu, fils et héritier d(* Conrad. Le pape Innocent, trompé par plusieurs propositions insidieuses , et ne ra-
(0 Of^ttfr. c. a3,
H I s T O ï R F bnttant rien de ses prelentioiis , errait an hasard laulôl dans un camp , tantôt dans une ville de rt fuge , et ne savait en qui prendre confiance , i à (juoi se résoudre. Enfin , la mort vint termine ses embarras et ses incertitudes dans sa retraite d IVaples, le 'j.* jour de Décembre , après onze an et demi d'un pontificat agité sans interruption dès le 12 du même mois , on élut pour lui succé der, Rainald , cardinal-evêque d'Ostie, qui pri le nom d'Alexandre IV. 11 était pieux , de mœur irréprocbables et même austères , mais trop facili à recevoir les impressions qu'on entreprenait d( lui donner.
Dès l'année suivante laSS , malgré les etnbarra: que lui laissait son prédécesseur , il porta les alten lions de son zèle jusque sur les Barbares du Noro qui tenaient le plus obstinément au paganisme, Il y avait déjà quelques années que Mindof j prince de Lithuanie , avait embrassé la religion chrétienne , avec une bonne partie de ses sujets , en metiant sous la protection de saint Pierre sa. principauté , que ie pape Innocent érigea aussitôt en royaume , et pourvut d'un évèque (i). Toutefois ce nouveau vassal de saint Pierre, dés le commencement du pontificat d'Alexandre , tourna ses armes contre les cbréliens de Pologne, brûla la ville de Lublin , et emmena quantité d'esclaves. Ses successeurs , à son exemple , demeurèrent païens encore plus d'un siècle. Le christianisme fit au contraire des progrès solides en Livonie. C'est pourquoi le siège de Riga étant venu à vaquer, i'arclievêque de cette province, qui jusque-là n'avait pointeu de siège fixe, choisit cette église pour sa métropole , et le pape Alexandre confirma ce choix par sa bulle du vingtième de Février 1255(2). Riga fut dès-lors métropole, nonseulement de la Livonie j mais de l'Estonie et de la Prusse.
Cependant les Prussiens, penple<)des plus ûttochési entre ceuxdu Septentrion, à leurs superstitions ou à leur brigandage, araient encore quelques chefs et quelques troupes idolâtres qui tenaient perpétuellementlesfidèlesenalarmes.Ottocare, parvenu depuis peu au royaume de Bohême , Otton , marquis de brandebourg , son i d'Autriche , le man de Cologne et yevéqi secours avec une multitude formidable de croisés qui montait à soixante millecombattans(i). Après avoirbrûléetsACcagélesterresdes infidèles, ils leur livrèrent bataille, les mirent en déroute, et firent une infinité de prisonniers. On accorda la vie à ceux qui voulurent se faire chrétiens, et Ton passa lotis les autres au fil de l'épée. Les deux chefs
Srincipaux des idolâtres^ réduits à Textrémito ans une ville aui manquait de provisions , confessèrent qu'ils faisaient de vains efforts contre le ^ ciel , et se rendirent à discrétion. Ils furent aussi- * tôt baptisés par Tévéque d'Olmutz , et eurent pour parrains , 1 un le roi de Bohême , et Tautre le marquis de Brandebourg, qui les comblèrent de témoignages de bienveillance , et les honorèrent du titre d amis. Attirés par cet exemple^ les païen» de toute la Prusse s'empressèrent à recevoir le baptême. Mais pour tenir leur inconstance en bride; le roi Ottocare , après avoir poussé sa conquête
I'usqu'à la mer Baltique , fit bâtir sur une montagne a ville très-forte qui prit delà sou nom de Kœ* niffsberg , c'est-à-dire , Mont-royal.
D'un autre côté y le pape Alexandre s'appliquait à faire refleurir parmi les anciens fidèles toute In perfection \de l'évangile, 11 écrivit à saint Louis ,
{>our l'engager par le mo)'en des éloges, genre de eçon le plus convenable au commun des grands , à s'avancer plus rapidement de jour en jour vers le royaume de Dieu. Il lui dit qu'encore que le
(i) Chron. Prui. i , 173. Dubruy. 1. 17 , p. 1^(7.
ïoi , cette institution n'a pu subsister , comme étaid peu conforme au génie d'un peuple toujours relî gteux , mais jamais extrême. ]
Louis fut plus applaudi pour sa modérationJ l'égard du roi d'Angleterre , c{uel(pie cher qn'eUf eût coûté aux Français. Après une guerre lien leuse pour la France , on fit entre les deux cool'Onnes un traité de paix, par lequel Henri III renonçait à ses prétentions sur la PJorraandie, le Maine , l'Anjou , la Touraine , le Poitou ; et Louis lui laissait tout le duché d'Aquitaine, à condition de lui en faii-e hommage. Les conseillers du saint roi lui marquèrent beaucoup de surprise , de c& qu'il souscrivait à un démembrement si considérable , que lui et ses prédécesseurs avaient repris sur l'anglais , uniquement par sa faute. Je sais, répondit-il (i), que les rois Jean et Henri ont justement perdu les terres que je tiens , et que je ne suis point obligé à cette restitution. Je la fais uniquement pour le bien de Ja paix , pour établir «ne union durable entre deux maisons augustes, etd'ailleurssi étroitement unies par les liens du sang. Observez , ajouta-t-il , que le roi d'Angleterre me rendra hommage; ce qu'il n'a pas encore fait. Telle est la version du sire de Joinville, qui connaissait mieux ces affaires et la trempe solide de la tète de Louis IX, que le moine de Sainl-Den\s, qui lui attribue toutes les petitesses du scrupule , touchant la confiscation faite légalement de la Normandie par Philippe-Auguste.
Vers le même temps , Alexandre IV réunit cinq congrégations d'hermites en un seul corps , qui forma l'ordre des Augustins mendians. Outre les disciples de saint Guillaume de Malaval , mort cent ans auparavant, et soumis comme ces hermites à la règle de saint Benoit, on en voyait depuis long-temps plusieurs autres qui faisaient profession de suivre la règle de saint Augustin. La