‹ Histoire de l'église. Tome douzièmeChapitre 28 sur 64 · Tome FIL V · texte numérisé non relu

Tome FIL V

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droit (l'user des clioses qu'ils possédaient , ni tfiï les aliéner pour d'autres. Tous les prélats de la cour romaine , Tuniversîté de Paris qui avait été consnhé préalablement , les théologiens de plusieurs ordres religieux adhérèrent au décret , sans qu'il y eût aucune autre réclamation que celle des parties intéressées.

Mais les préjugés de corps ont des effets terri- Jiles. Le général des franciscains , avec ses capitulans, soutint opiniâtrement que c'était une hérésie de dire que Jesus-Christ eût eu quelque chose en propre , traita le pape d'hérétique , appela au futur concile, et se réfuaia auprès tle l'empereur quj levait l'étendard du schJsme , et qui aux armes temporelles joignit les attaques littéraires de ces docteurs apostats. Ce fut a cette occasion que Jean XXII donna une troisième décrétale , qui commence par ces mots , Quia quorumdam , et qui réfote les objections avancées par les contradicteurs schismatiques des deux précédentes. Comme ils insistaient beaucoup sur ce que les décisions du pape Jean XXII étaient contraires à celle de ses prédécesseurs , il prouva clairement la conformité de sa doctrine avec celle des papes Honorius III , Grégoire IX , Innocent IV et Alexan-drelV, par la teneur même de leurs bulles au Sujet de la pauvreté propre des franciscains.

Il y avait plus de difiiculté par rapport à la buIJe '£jL!it qui seminat de Nicolas III , qui représente la désapproprlaiion de toutes choses tant en commun qu'en particulier , comme le caractère propre de la paiivreté des frères mineurs , très-méritoire et conforme à l'exemple de Jesus-Christ. Il y , avait encore loin de là , jusqu'à la séparation que ' j les franciscains schismatiques établissaient entre ' l'usage de droit ou le droit d'user, et le simple usage de fait : distinction chimérique , selon Jean XXII et tous les principes du sens commun, quanta l'effet d'user licitement des choses qui se consument par l'usage ; puisqu'il faut avoir droit d'en useï^

ifàtisi , et en avoir par conséquent une sorte de propriété et de domaine, pour en user ou les consommer sans injustice. Et voilà proprement sur quoi tombait la décision doctrinale de Jean XXII ril condamnait comme hérétique le sentiment qui n'accordait à Jesus-Christ et aux apôtres que le eimple usage de fait , en tant qu'il s'ensuivait de là qu'ils eussent fait un usage illicite des choses qu'ils consumaient. On peut se convaincre par ces rapprochemens , que la bulle de Jean XXII , quanta sa décision dogmatique , n'était pas contraire à celle même de Nicolas III. Nicolas di]t bien que la pauvreté de Jesus-Christ et des apôtres consiste dans le dépouillement du droit de propriété ; mais il leur laisse au moins le droit d'usage , et ne les réduit point au simple usage de fait. Il ne leur ôte pas même toute propriété de biens, du moins en com^ mun, puisqu'il avoue que par condescendance pour les imparfaits , ils ont eu quelquefois de l'argent en réserve : mais il ne se sert pas du terme de propriété , qui dans toute son étendue , outre le droit d'user des choses y signiile encore celui de les aliéner.

D'ailleurs le pape Nicolas ne préfeendaît pas faire une définition de foi , toujours irréformable de sa nature , toujours sûre et précise. La preuve en est qu'il renvoie au saint siège , pour rintélligence e.t l'explication de son décret ; ce qui était la même chose que de le soumettre au saint siège. Ainsi l'exliqua le cardinal Jean Fournier , qui depuis fut e pape Benoît XIL La décrétale Exiit qui semi-*^ nat n'était donc qu'un règlement de manutention,' que les papes suivans pouvaient changer, et même révoquer selon les conjonctures diverses et les règlct de la prudence : d'où il s'ensuit encore qu'il nest point de difficultés nouvelles à élever sur Ja révocation de la bulle de Jean' XXII , faite par Martin V? et quelques autres de ses successeurs. Telle était la marche à suivre dans la solution d Une question

bien plus importante eu aoi , qu'au regard de ^uel^

qiies religieux entêtés de leurs subtilités et de leurs préventions.

Tandis que les premiers supérieurs de l'ordre de saint François en faisaient ainsi la honte et la désolation , un simple laïque dans le tiers-ordre auquel il était agrégé , fit admirer des vertus peu communes dans les rangs même les plus éminens de la cléricature. Elzéar ou Eléazar(i), de la maison de Sabran , né entre Apt «t Aix, au château d'Ansois dont son père était seigneur, fut élevé dans la crainte de Dieu à Saint* Victor de Marseille, par les soins de Guillaume, son oncle paternel , qui en était abbé. Il n'eut pas atteint l'âge de puberté ,

fu'il se montra capaole d'héroïsme dans la carrière e la perfection, Charles H , dit le Boiteux , roi de Sicile et comtç de Provence , engagea le père d'Elzéar à fiancer ce fils qui n'avait que dix ans , avec Delphine de Glandève qui en avait douze. Trois ans après, ils furent mariés solennellenaent ; et au bout de trois jours, selon l'usage , on les mit ensemble. Alors Delphine fit confidence à son époux de la contrainte que lui faisaient les vues politiques de ses parens , et de la disposition où elle était de garder la virginité. Elzéar, quoique surpris d'abord , respecta la piété de son épouse , et quelque temps après , il contracta le même encaeement ■ quelle. Depuis , ils vécurent toujours ensemble , non-seulement comme frère et sœur , mais comme 'deux émules vertueux , qui de jour en jour faisaient des progrès plus rapides dansles voies du salut. Vers leur vingtième année^ ils s'habituèrent, avec •J'agrément de leurs proches , au château du Pai- Michel , qui appartenait à Delphine. Là , en 'pleine liberté de suivre les mouveraens de leur ferveur , ils élabliren^ dans leur maison une régularité qui eût fait honneur à une communauté religieuse. Il était de règle qu'on entendît la messe chaque jour , qu'on s'occupât d'exercices

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(1) Vadiug. an. i3î3. Sur. 27 Sept.

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de pieté le matin et le soir, qu'on se confessât toutes les semaines , et qu'on reçût la communion tous les mois. Les dames et les demoiselles Passaient la matinée en prières et en lectures , et après-dîner, elles s'occupaient de quelques ouvrages des maihsi Tous les soirs, on faisait jine conférence spirituelle , où Eizéar, qui était l'ame de cette société sainte , parlait en homme plein de l'esprit de Dieu , particulièrement sur la charité et la chasteté. On recitait les heures canoniales ; oti jeûnait non-seulement les jours commandés , mais les vendredis et l'avent. Eizéar , ^en son particulier, usait des plus rudes austérilés. Il communiait tous les dimanches , toutes les fêtes tant soit peu solennelles , et principalement celles des saintes vierges. Sa charité était sans bornes. Jamais il ne refusa l'aumône à aucun des pauvres qui la lui demandèrent. Chaque jour il en nourrissait douze chez lui , s'attachant de préférence à ceux qui avaient la lèpre , ou cTautres maladies dégoûtantes. Il leur lavait les pieds , il les servait lui-même , il les embrassait avec tendresse , et plusieurs recou»vrèrent la santé entre ses bras. Ses greniers épuisés en faveur des indigens , furent quelquefois remplis d'une manière également miraculeuse.

A l'âge de vingt-trois ans , il perdit son père , et devint possesseur de six grands domaines , tant en France qu'en Italie ; mais il les trouva surchargés de dettes , qu'il s' empressa d'acquitter avant toutes choses. Il eut encore mille contradictions à essuyer , et unç guerre de trois ans à soutenir contre ses vassaux rebelles , pour le comté d'Arien , dont il hérita dans le royaume de Naples. Par sa douceur et sa patience , il triompha des obstacles , il se vengea des insultes par ses Bienfaits , il força ceux qui l'avaient regardé comme un tyran , à le révérer comme leur père. L'accroissement de sa puissance ne servit qu à augmenter sa bienfaisance; mais il sut tout à la fois se montrer' et grand seigneur et grand saitxt» L51 charité ne lui lit jamais

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oublieriez droits de la plus exacte justice; jamais I» douceur ne donna lieu à Timpunite , sur-tout pour les noirceurs de la calomnie. Il prenait soin des prisonniers , souvent i! exhortait lui-mênae à 1» pénitence les crirainels qu'on menait au supplice ;. jamais cependant la grâce ne s'étendit qu'à Famé , et Ifi justice avait toujours son exécution. Quant aux prisonniers détenus pour dettes , il les délivrait en satisfaisant leurs créanciers à ses frais ; mais par des voies secrètes, de peur d'autoriser l'inconduite. Quand il se vit bien tranquille dans son comté d'Arien , il rendit public , avec sa digne compagne , le vœu qu'ils avaient fait l'un et l'autre do garder la continence. Ils embrassèrent ensuite le tiers-ordre de saint François.

Des vertus d'un caractère si grand et sî relevé, demandaient un tbcàlre moins borné que le petit ctat d'Arien. Le roi Robert, comme par inspiration^ appela EIzéar à Naples , et le cbargea , tant de l'éilucation de Charles, duc de Calabre, son fils aine, que de la régence du royaume , durant un long Toyage qu'il eut à faire en Provence. Le régent fit le honneur de l'état , et le gouverneur la gloire de son élève. En peu de temps , la cour, la capitale, ie royaume entier prirent une face toute nou- Tflle , mais personne ne gagna plus au changement que les indigens et les opprimés. Le roi , de retour àNaples, récompensa l'administration d'EIzéar, par une augmentation de confiance, et l'envoya ménager en France le mariage du duc de Calabre avec ■une fille du comte de Valois. Tout réussissait sous la main d'un homme dont la dextérité égalait la vertu. L'alliance fut contractée; mais le médiateur aussitôt après fut attaqué à Paris d'une maladie griéve, dont il sentit qu'il ne relèverait pas. Il vit la mort avec cette grandeur d'ame qui avait caractérisé toutes ses œuvres , et s'y prépara avec toute la présence d'esprit d'un sage formé B l'école de Jesus-Chrlst. Il prit pouc confesseur François Maironis , fièie mineur , et docteur i "

nommé pour avoir -soutenu le premier une thèse de théologie pendant une journée tout entière, c'està-dire , pour avoir introduit l'usage de la sorbonique. Il reçut ensuite le viatique et l'extrêmeonction , puis mourut à Tâge de vingt-huit ans , orné de vertus qui l'ont fait mettre solennellement au nombre des saints , du vivant même de son épouse. Il avait déclaré , avant de mourir y qu'il la laissait vierge aussi pure qu'il l'avait 'reçue. Il fut enterré avec l'habit de saint François aux cordeliersde Paris, et transféré la même année au couvent de ceux d'Apt , où son tombeau devint bientôt célèbre par une foule de miracles.

Quatre ans après, vraisemblablement e^ iSsy,^ mourut saint Roch(i), plus solidement illustré par la dévotion des peuples, non-seulement de la France,' mais de l'Italie et du fond même du Nord , que par l'histoire de sa vie, écrite environ cent cinquante ans après sa mort , et chargée d'incidens qui ne soutiennent pas l'épreuve d'une exacte critique. Tout ce qu'on en peut croire prudemment^ c'est qu'il était né à Montpellier , a' une famille distinguée ; mais non du seigneur de cette ville , qui n'en avait point d'autre alors que Jacques I , roi de Majorque ; qu'il parcourut 1 Italie dans ua temps de peste , visita Home et plusieurs autres villes où il guérit les pestiférés , qii'enfin Dieu permit qu'il fut atteint lui-même delà contagion. Abandonné de tout le monde après avoir prodigué ses soins à un chacun , ii s^ retira dans sa patrie , et le ciel , pour achever d'épurer la vertu de son serviteur , permit encore qu'il fût emprisonné comme un espion , à la poursuite de ses proches i[|ui ne le reconnaissaient pas. Au bout ae cinq jours , il trouva dans cette prison le terme de sa vie et le comble de ses mérites. Ses miracles le firent bientôt regarder comme un puissant intercesseur contre les maladies contagieuses. On trouve

(i) BolL t. T , Aug. p. 38 j. £aiU. i6 Août.

Pi

sa mémoire lionorée long-temps avant la fin da mialorzième siècle , et l'on prétend que son culte a élé auLorisé par le concile de,Constance , après qu'on y eut éprouvé son secours dans une maladie populaire qui menaçait de dégénérer en peste. Tous les martyrologes font mention de lui. Sa fête , sans être commandée , se célèbre dans plusieurs églises et dans un nombre encore plus grand de confréries érigées sous son nom. La ville d'Arles se glorifie avec raison de posséder la meilleure partie de ses i-eliques ; ce qui n'empêche pas que Venise , qui s'attribue aussi cet honneur, n'en puisse avoir quelque portion considérable. Tandis que le Seigneur, par ces grands exemples, conservait l'esprit de piété et de sainteté dans le sein, de son église , des hommes semblables aux premiers apôlres étendaient ses limites sous les «climats les plus reculés que l'aurore naissante éclaire de ses rayons. Franco dePérouse, de l'ordre ' des frères prêcheurs, augmentait merveilleusement cliaque jour le nombre des adorateurs de Jesus- Christ dans la Perse soumise aux Tarlares , et dans les régions voisines (i). Pour donner la forme et la dignité convenables à cette chrétienté nombreuse, le pape érigea d'abord en cité, par une formalité de pur usage qui ne peut exciter Thumeur que des critiques chagrins; puis désigna pour métropole la ville de Suttanie , bâtie depuis peu par le grand kan Aliaptou , et choisie pour le lieu de sa résidence (2). ïl en nomma Franco premier archevêque, et lui donna pour sufftagans six autres religieux du même ordre. Aliaplou étant mort dans ces conjonctures , et n'ayant laissé pour successeur qu'un CIs de treize ans, le pontife écrivit à Schaz tfzebecqui prétendait à l'empire, et qui se montrai E enclin vers l'évangile, l'exbortant à protéger puissamment le; même leurs

vangéliques, et à suivre luisait

nslructions salutaires. Mais ces Tar-»

(1) llaiû. uni i3i8. t') ï^isl. Ecçl. L 97 , a. 39.

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tares, assez généralement favorables aux chrétiens, étaient trop abandonnés à la légèreté et à la licence, pour passer ainsi d'une estime stérile à une pratique pénible et assujettissante.

Jean XXII écrivit en même temps au roi d'Arménie , nommé Ossini , qui lui avait envo\é des ambassadeurs, au nombre desquels était unévêque. Quoique le but de cette ambassade ne fût que temporel, tendant à exciter les princes d'Occident contre les Sarrasins d'Asie, le pape entreprit d'éclairer les Arméniens sur les vérités de foi et sur quelques points capitaux de discipline, dans lesquels ils différaient de Téglise catholique. Ayant fait venir l'évéque, il lui exposa la croyance romaine , que r Arménien prolesta être la sienne propre, ainsi que celle de son souverain et de toute sa nation. Quant à la discipline , il avoua que les simples prêtres donnaient la confirmation en Arménie , et nénissaient l'huile pour l'extrême-onction; jnais il ajouta qu'ils le faisaient par ignorance ou simplicité , sans obstination ni mépris, et que l'ins^ truction ferait aussitôt cesser l'abus (i). Les Armé» niens n'ont cependant rien changé à ces deux articles de leurs observances , quoique le pontife eu eût écrit à leur catholique ou patriarcne, et aux évêques de sa dépendance. Il en fut de cette réu-^ nion comme de tant d'autres , toujours faites en vain depuis l'extinction presque totale de l'esprit du christianisme parmi ces Orientaux intéressés et ignorans.

L'an i32i , plusieurs missionnaires de l'ordre de saint François , qui avaient été envoyés en Orient pour la conversion des idolâtres et la réunion de$ schismatiques , revinrent en cour de Rome faire leur rapport au souverain pontife. Le Vénitien Marin Sanuto , grand zélateur de la croisade , qui avait fait cinq fois le voyage doutre-mer , qui avait passé en Grèce la plus grande partie de ses jours ,

(i) Raiu. çbu, i3i8, n. 8. Vading. n, %^%

qui avait parcouru I ile de Itlioiles , le royaume de Chypre , l'Egypte, la Syrie , l'Arménie , Tenait de proposer au pape, sans nulle instigation des princes ni d'aucun homme , et avec un enthousiasme qui semblait tenir de l'inspiration , un projet qu'il représentait comme très-facile à l'etïet d exterminer entièrement la secte de Mahomet. Son plan raisonné «tait accompasnéde cartes ge'ographiqiiesdes terres et des mers infidèles , avec une description circonslanciéedeslieus principaux, où nous remarquerons en passant , qu'au sujet de Nazareth , il dit qu'on y niontrait l'endroit ou l'ange Gabriel avait annoncé à Marie qu'elle concevrait le fils du Très-haut (i). Il parlait néanmoins en iSai , trente ans après l'époque à laquelle on rapporte la translation miraculeuse de la chapelle de Lorette,

Le pape , assuré d'ailleurs par les missionnaires que les princes tarlares , arméniens , géorgiens étaient tous ennemis desmusitlmans , crut important de lier amitié avec eux , comme Sanuto le demandait avec instance. Il écrivit en conséquence à George , roi des Géorgiens sujets des Tartares , à plusieurs évêques arméniens et autres répandus dans ce vaste empire , et de plus à deux princes tarlares qui témoignaient une bienveillance particulière aux chrétiens. Ces lettres servirent au moins à procurer aux missionnaires qui en furent les porteurs, un accueil plus favorable sur leur route, et plus d'autorité dans l'exercice de leur ministère.

Les frères mineurs , dans l'ardeur de leur zèle , embrassaient sur-tout l'immense domination des Tartares , qui s'étendait alors par toute la haute Asie , depuis le Tanais etle Pont-Euxin , jusqu'aux mers orientales de la Chine. Un d'entr'eux , nommé Jérôme , s'établit sur leur frontière , dans les terres des Génois, navigateurs hardis et belliqueux, qui ,à travers les deuxBosphoreset les palus Méotides , avaient péiiétré dans l'ancienne Cnersonèse ,

DE l'EgLISE. 335

*t s'en étaient rendus souverains. Le pape , avant le départ de frère Jérôme , Tavait fait ordonner évêque , mais sans titre d'aucune église. Il érigea pour lui en évêchéla ville de CaflTa , autrefois Théodosiopolis dans la Chersonèse Taurique , quoiqu'il y eût déjà un archevêque grec. Mais le nouvel évêque eut moins à souffi-ir des Grecs que des Génois , qui par leurs mauvais traîtemeris le réduisirent a s'exiler lui-même , et à venir porter ses plaintes à Ayignon.

Dans la grande Tartarie , la mission de Jean de Mont-Corvin , envoyé avec six autres frères mineurs par Clément V , se continuait avec succès , ou du moins avec beaucoup de liberté , sous la protectiort du grand kan, toujours favorable aux chrétiens (i). Jean de Mont-Corvin avait été sacré archevêque 4e Cambalu , capitale de l'empire , peu après Tarrivée des missionnaires dans ces cantons* Ils y demeurèrent environ cinq ans , pendant lesquels ils reçurent , pour l'entretien de huit personnes , la pension annuelle qu'on nommait alafa dans la langue du pays , et qui valait environ cent florins d'or. C'est ce que l'empereur donnait aux envoyés des grands , à des guerriers ou à des artistes distingués. Les ouvriers évangéliques se répandirent ensuite dans les différentes régions de ce grand empire , où la richesse et la magnificence du prince y le nombre et la grandeur des villes , la population des provinces et le bel ordre de l'état se trouvaient tels y que les missionnaires eux - mêmes avaient peine à croire ce qu'ils voyaient. La police en particulier était si parfaite ^ que parmi cette nation qui ne respirait que la guerre, il était inoui qu'aucun particulier eût tiré l'épée contre un autre. Ce qu on a depuis découvert en Chine , confirme cette relation , au moins quant à cette partie de l'empire des Tar tares.

A la distance de Cambalu d'environ trois semaines de marche , il y avait près de l'Océan , une

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{i) Vading. an. i326; n. 2.

gran<Ie ville nommée Caïton en langue persane J où une dame opulente , arménienne de naissance, avait bâti une église considéi-able. L'archevêque l'érigea en cathédrale, du consentement de la foadatrire, la fit dolcr convenablement, la donna pendant sa vie , et la laissa en oiourant à frère Gérard j Tnn des sept envoyés parle pape Clément, et ordonné évêque pour fOricnt avant son départ de l'Europe. Ce premier évêque de Caïton étant mort peu d'années après , frère Péregrin fut son successeur. Oa établit plusieurs antres sièges épiscopanx , pour y placer les missionnaires ordonnés évètiues , et en former des suilragans à la métropole de Cambalu. Ainsi le culte chrétien parut dès-lors , aux extrémités de l'Orient , avec un aîr Ae digniié qu'on ne pouvait méconnaître , sans fermer obstinément les veux à la lumière du salut.

Frère André de Pérouse ayant formé le desseia de s'établir à Caïton , l'empereur ne lui accorda pas seulement l'alafa ; mais il le Ht conduire par nuit cavaliers, tant pour lui faire honneur, que pour lui procureu. une pleine sûreté. Au moyen de la pension impériale qui lui fut continuée après le voyage , il fit bâtir une église et un couvent

fionr vingt-deux frères , dans un bocage voisin de a ville, Rien ne fut épargné dans cet établissement. Outre les lieux réguliers , il y avait quatre appartemcns, où André , auteur de la relation qui donne tous ces détails, dit que les plus illustres prélats n'eussent pas dédaigné de loger. Il ajoute que dans toute sa province de Pérouse , il ne connaît point de couvent qui puisse entrer en parallèle avec celui-ci, soit pour la beauté, soit pour la coio'modilé et l'agrément. Cependant Péregrin,

freniier évêque de Caïton , étant venu â mourir, archevêque , par un décret exprès , obligea frère André, qui avait un attrait particulier pour la solitude , à se charger dn gouvernement de ce diocèse. Il l'accepta , sans abandonner absolument sa ittraite. TautoL il habitait le couvent, tantôt levé-

elle , selon que son goût et ses affaires le demandaient. Il parvînt ainsi à un âge très-avance. De tous les e'vêques suffracans de Cambalu , designés en premier lieu par Clément V, il était le seul qui surve'cut , quand il e'erivit cette relation au, gardien de son couvent de Pérouse.

Nous apprenons par-là que dans l'empire des Tarlares il y avait des gens de toutes les nations dû monde, de toutes les sectes, et qu'on y permettait à chacun de vivre selon la sienne, dans la persuasion que Ton pouvait indistinctement s'y sauver. Les ouvriers évangéliques avaient ainsi l'avantage d'exercer leurs fonctions en sûreté et avec une pleine liberté: ce qui leur procurait tout l'ascendant que la vérité et la raison ne peuvent manquer de prendre sur les erreurs et les cliimères de la superstition. Andrése plaint cependant qu'il ne se convertissait ni Juifs , ni Sarrasins^ et que dans le grand nombre des idolâtres qui recevaient le baptême, plusieurs ensuite ne vivaient pas en chrétiens^ Quatre de ses frères, Thomas de Tolentin, Jacques de Padoue , Pierre de Sienne et un frère lai , nommé Démétrîus , furent martyrisés par les mahométans, le premier Avril i322 , à Tanaca dans les Indes. Un d'enlr eux , avant de recevoir le coup de la mort , fut jeté par deux fois dans un grand feu , d'où il sortit sain et sauf^ sans que ce miracle convertît une seule personne. Leurs reliques furent rap-

Fortées à Polombe ou Golombre , autre lieu de Inde , par frère Odoric de Port-Mahon qui a écrit riiistoire de leur martyre , et qui , par des travaux immenses et toutes les vertus de Fapostolat , a mérité lui-même le titre de bienheureux (i).

Ce fut peut-être le plus laborieux de tous' ces missionnaires franciscains. Endurci par la pratique des plus rudes austérités , rempli d'une numilité qui lui fit refuser dans son orare toutes les charges déférées à ses talens , et pressé du désir de gagner des âmes à Dieu , il passa chez les infidèles ,

[i) BoU. t. li; p. 5o.

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vers l'an i3i4 , avec la permission de ses supérieurs.' Il alla (l'abord à Trébizonde par la Mer-Noire , et de là dans la grande Arménie. Ensuite il se rendiç à TauriSj puis à Sullanie qui était le séjour d'été de l'empereur des Mogols. Avançant toujours davantage vers ies Indes , il alla s'embarquer à Ormus sur l'Océan , aborda au cap de Comorin sur la t-ôte de Malabar, à l'île de Ceilan et à celles de Java. Enfin il passa jusqu'à la Chine et au Thibet. Son bumilîté lui a fait supprimer le récit de ses succès ; mais les auteurs de sa vie assurent en génélal tjii'ii baptisa plus de vingt mille infidèles (i). Dans le centre de l'empire cbrétien , tout se dis-

Iiosait au contraire à la ruine de l'ordre et de 'édiGcation publique. Les funestes rivalités du sacerdoce et de 1 empire devaient éclater encore une fois avec le dernier scandale , avant de dessiller les jeux des peuples , et de leur faire abhorrer il jamais ces querelles scandaleuses. Depuis longlemps l'incendie couvait sous îa cendre , d'où il ïl'avaît fait par intervalle que de légères éruptions. Après la mort de l'empereur Henri Vil de Luxembourg , arrivée le 24 Août ijii3 , et un interrègne de quatorze mois, Louis V de Bavière avait été élu pour lui succéder, par cinq électeurs. le 20 Octobre i3i4, et couronné le 36 Novembre suivant. Peu de jours après cette élection , les deux autres électeurs , savoir, l'archevêque de Cologne et le duc de Saxe , avec d'autres princes des maisons électorales, choisirent Frédéric III , duc d'Autriche. Le saint siège, alors vacant , ne prit aucune part à ce démêlé, qui parut entièrement éteint en iSaa , par la défaite de Frédéric, et sa renonciation qui en fut la suite (2). Mais l'année suivante , Jean XXII , qui jusque-là était resté «lans une indifTérence apparente , et qui voulait sans doute régler ses déniaicbes sur les événeinens , prétendit qu'il lui apjiartenait d'examiner

(1) Id. i4Jan.t. I tp.gSS,! (2) Alb. Argent, c. ig. Vil, ■ etc. iUa. IX, c. 06/

DE l' E G L 1 S E, 339

rélectîon de Louis de Bavière , pour l'approuver ou la rejeter , et que ce prînciî n'avait pu , avant ce jugement pontifical , exercer les droits , ni prendre le titre de roi des Romains (i).

Aussitôt il publia contre lui une monition , qui lui enjoignait sous peine d'excommunication ipso facto y de se désister sous trois mois de Tadminis-i tration de l'empire , et de révoquer , autant qu'il- ^tait possible , tout ce qu'il avait fait depuis qu'il portait le titre de roi. Le pontife défendait en même temps à tous les évêques et autres ecclésias-. tiques , sous peine de suspense ; à toutes villes , communautés et personnes séculières, de quelque condition et dignité qu'elles fussent , sous peine d'excommunication sur les personnes , d'interdit sur leurs terres et de perte de tous leura privilèges , d'obéir à Louis de Bavière en ce qui regardait le gouvernement de l'empire, et de lui donner aide ou conseil , nonobstant tout serment de fidélité ou autre , dont cette monition terrible les déchargeait.

Louis , informé par le bruit public d'une atta-i que si imprévue après dix ans de possession , protesta contre cette étrange entreprise, en appela au saint siège , et demanda la convocation dun con-i ci le générai. Il y eut ensuite des négociations , des délais demandés et accordés , mais qui s'écoulèrent «ans que l'effervescence des esprits pût se tempérer. Les torts réciproques au contraire allèrent tou-» jours croissant , comme il manque rarement d'ar-^ river, lorsque la résistance est é^ale à la violence des poursuites. Enfin le pape déclara Louis contumace , et en conséquence privé de tout le droit qui lui pouvait appartenir en vertu* de son élec*^ lion , se réservant de lui infliger de plus grandes peines, s'il ne se soumettait. U lui défendit encora de prendre dans l'intervalle le titre de roi , et de s'ingérer au gouvernement du royaume ou de l'em-r pire , sous peine non-seulement d'excommunica-

(1) Kala. aa. 1^23 ; n. 3q. Bvot. cpd. ao. n. 4*

HlSTDlRE DE l'EcT-ïSE. ' ",

tion , mais de privation des fiefs et des privilèges

3u'il tenait de l'église ou de lenipire (i). Cette ëclaration , en forme de bulle , fut envoyée aux princes chrétiens, enlr'autres à Charles le Bel , * élevé sur le trône de France le 3 Janvier i323, et à Edouai'd II , roi d'Angleterre depuis le 7 Juillet iSo^. Quelque temps après, le pape-déclara Louis convaineu d'Iiérésie, etcomraelel, privé judiciaii'emenl de toiiies dignités , de tous biens meubles et ïnimeubles, de tout droit à l'empire , et même à rbérita£<e de ses pères.

Le roi des Rumains était bien éloigné de sacrifier son tiire à l'bunumr impérieuse du pontife. Il le prit S'.ir un ton pour le moins auKsi haut que son agresseur , rassembla en diligence une diète nombreuse àSaxen-Ilausen,où il uele Iraita plus que de Boi-disant pape, d artisan de la division en Allemagne comme en lialie, d'ennemi juré delempire , d'usurpateur injurieu^x du droit des électeurs , de distributeur irrt'ligienx etdespolique tant des évèchés que des abliaje^, enfin de faux docteur, de restaurateur du judiiïsme , d'iiérétique manifeste et retranché du corps de l'église, qui noii-seulejnent n'avait pu êlre fait pape , mais qui était déchu de toute prélature (2). Cette dernière imputation avait été imaginée par les franclsc.iins scbismatiques réfugiés auprès de l'empereur , et portait sur les décisions du pape Jean au sujet de la pau- ▼reté évangélique. Louis coocluait |iai' demander instamment la convocation d'un concile général , auquel il ajjpelail de ce que le pape pourrait faire cependant contre lui et contre l'empire. Il trouva, dans ditférens ordres de l'état , les secours et le» conseils qui préviennent d'ordinaire, les souverains injuriés sur le trône. Ainsi tout se disposait à ua schisme, dont les c\cès devaient etilin inspirer aux deux puissances la crainte eiiicace de sortir de leur» limites.

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