‹ Histoire de l'église. Tome douzièmeChapitre 27 sur 64 · CE T.' E G L I S E · texte numérisé non relu

CE T.' E G L I S E

Les fîgorîstes de l'ordre de saint François , sous le nom spécieux de frères spirituels , allaient tou-

I'ours en avant dans la route du schisme et de apostasie ; et ce qui n'avait paru d'abord qu'une . querelle monastique , occupa bientôt le souverain pontife avec les premiers aocteurs , et devint la cause de Téglise (i). Les supérieurs de l'ordre eurent recours au pape Jean contre ces frères indociles , qui de leur côté appelèrent à ce pontife , et eurent Fassurance de venir , au nombre de soixante-quatre , le trouver à Avignon. Us s'attroupèrent aux portes du palais pontifical , ils J passèrent toute la nuit, résolus à ne point s'écarter qu'ils n'eussent obtenu audience , et sur-tout à ne

I)as mettre le pied dans le couvent des frères de a communauté* Le. pape instruit par leurs clameurs, ordonna de les conduire dans cette maison^ et de les y garder jusqu'à ce qu'il pût donner sa décision. L'ordre leur ayant été signifié de rentrer dans l'obéissance de leurs supérieurs ordinaires , ils en appelèrent; du pape surpris au pape mieux informe. Ce ne fut pas là Tunique preuve qu'ils donnèrent , que le crime de la désobéissance marche rarement seuL

Par les informations juridiques auxquelles ils fuient tous soumis , on les trouva infectes de principes contraires à plusieurs articles de foi,et qui ren<^ vet^aient toute la constitution delahiérarchie(a). ÎIs soutenaient , entr'autres erreurs , qu'il n'est permis de jurer en aucune rencontre; que les prêtres en péchant perdent le pouvoir de consacrer ; qu'il y a deux églises^ l'une charnelle et apulente ; gouvernée par le pape et les évêques , l'autre spirituelle, pauvre etlrugale, composée d'eux-mêmes et de leurs sectateui^ ; que celle-ci a seule \û. puissance ecclésiastique , et que Tautre n'a 'ni autorité, ni juridiction. A force d'exhortations et de

menaces , on soumit la plupart de ces frères errans^

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(i) YadÎDg. ap. i3i8. (2) BuH.Gloriosam EcçUs*

Histoire et l'on exigea qu'ils abjurasseat publiquemenl leurs erreurs. Mais il resta quatre coniumaces qui portèreni l'opiniâtreté' d un Cicés dont le faux esprit de reforme et 1 hypocrisie semblent seuls capables. On eut beau les rappeler aux principes de la foi , leur faire toucher au doigt l'illusion qui les égarait , leur représenter le sort funeste auquel la docilité seule pouvait les soustraire, dlirérermème assez long-temps leur condamnation , afin dff dompter leur coupaole constance ; tous les expédîensde la commisération et de la longanimité ne servirent qu'à augmenter leur arrogance. 11 fallut enfin procéder à la punition. Ils furent dégradés des saints ordres, trois de la prêtrise, et le quatrième du diaconat , puis abandonnés au juge séculier, Baïmond de VilleneuTe, viguier de Marseille, qui les fit brûler dans un cimetière de cette ville. Plusieurs de ceux qui avaient abjuré, ne laissèrent

Sas d'être condamnés à la prison (i). On eut lieu e se convaincre qu'on ne les tenait pas sans raison Sour suspects. Quelques-uns d'eux dans la suite ésertèrent l'ordre et la foi , pour passer chez les infidèles. Jusque-là le gouvernement , ou les supérieurs généraux de l'ordre , s'étaient préservés de la contagion ; bientôt elle en gagna les parties nobles , par la poursuite même que l'on continua' de faire contre les premiers coupables.

Un de ces illuminés étant tombé entre les maîns des inquisiteurs , prétexta pour sa juslificatioa l'exemple de Jesus-Christ et des apôtres , qu' disait-il , n'avaient rien eu en propre, ni en par^, ticulier , ni en commun. Entre les consulteu:

?[ue s'associa l'inquisiteur dominicain , un lecteui ranciscain , nommé Bérenger Talon, trouva ceti proposition inépi'ébensible , et produisit en Sii faveur la bulle de Nicolas III, qui commence poÇ, ces mois, Exiit qui semiriat. La dillicullé , agitée avec beaucoup de chaleur, pai vint aux oreilles du

pape i

DE l' Ë G L î S È; '^2S

pape Jean qui ordonna de l'examiner à fond , et suspendit les censures portées par la bulle de Nicolas contre ceux qui disputeraient sur sa décrétais Cette seule suspension offensa la fierté de Michel de Césène , général de l'ordre, et plusieurs de se» provinciaux. Sans attendre la décision pontificale, Michel assembla le chapitre à Pérouse , où l'on prononça que Jesus-Christ et les apôtres , modèles assurés de perfection , n'avaient la propriété d'aucune chose , ni en commun , ni en particulier , et aue l'église qui ne peut se tromper l'avait ainsi écidé par la décrétale Exiit qui seminat^ insérée dans le corps du droit. Le général souscrivit , avec neuf de ses assistans , provinciaux ou docteurs , entrç lesquels signala principalement son audace Guil-^ laume Ocam , provincial d'Angleterre et docteur de Paris , surnommé tantôt le Docteur singulier , tantôt le Docteur invincible. Cette démarche le conduisit, avec Michel de Césène , jusqu'à l'apostasie : mais le corps de Tordre , par la vigueur avec laquelle il s'éleva contre ces guides trompeurs, fit d'autant mieux connaître son attachement inébranlable aux principes de la foi et de l'unité catholique (i), Jean XXII procédant avec la plus grande cir-^ conspection , donna trois bulles ou décrétales à ca sujet. Par la décrétale jéd conditorem (2), il révoqua d'abord celle de Nicolas III , Exiit qui Seminat^ et déclara que l'église romaine , embarrassée de la défense de tous les biens tant meubles qu'immeubles des frères mineurs • renonçait à tout droit de propriété ou domaine , au moins sur ceux qui se consumaient par l'usage. Cependant il n'entrait

f)as encore dans la subtile question de l'usage et de a propriété. Par la seconde décrétale , Cîira intev noimullos Ç6) , il définit enfin cette question, et condamne comme hérétiques les deux propositions suivantes : Jesus-Christ et les apôtres n'ont pas eu

(i) Rain.an. i322. Vading. (2) Extrav. Com. tit. i4;C,3« 4321 , l'àii, (3) Il)id« c. 4*

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