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ciel ,• et non pas des hommes. C'est le Seîgnenr Inimême qui a donné à l'église romaine la primauté sur les autres églises. C'est elle qui a institué toutes les autres églises patriarcales, métropolitaines, cathédrales, avec toutes les dignités qui s'y trouvent, et c'est à son pontife qu'appartient la pleine disposition de toutes les églises, dignités , personnats , offices et bénéfices. Des prétentions si vastes demandaient quelque chose de plus que celte simpleallégation. Aussi le fier Edouard tint ferme <fans ses prétentions toutes contraires.
Le pape Clément , par un droit aussi peu fondé sur la souveraineté des îles en général que sur les bénéfices d'Angleterre , donna dans le mê^le tem})« à Louis de la Cerda ou Louis d'Espagne , les îles Fortunées , appelées aujourd'hui Canaries du nom de la principale d'entr'elles (i). Descendu de Ferdinand , fils aîné d'Alfonse le Sage , roi de Caslille , et de Blanche, fille de saint Louis, ce seigneur parut à Avignon avec la qualité d'ambn sadeur de France , exposa que les îles Fortunées étaient habitées par des infidèles qui ne reconnaijv saient aucun prince chrétien , protesta qu'il était
f)rêt à prodiguer ses biens et son sang pour y établir a religion, et en demanda la propriété au pape. En vertu de son autorité apostolique. Clément lui en conféra le domaine avec toute juridiction temporelle , et Ten institua prince , en lui mettant une couronne d'or sur la tête, à charge d'en payer à l'église romaine un cens annuel de quatre cents florins d'or. Il se crut suffîsammerii autorisé par l'exemple d'Urbain II et d'Adrien IV , qui euxmêmes n'en avaient pas tant demandé, pour accorder, l'un l'Irlande au roi d'Angleterre, et l'autre la Corse à l'évêque de Pise. Ce qui nous causerait ici le plus d'élonnement, ce serait la simplicité des princes, si nous n'avions vu ceux du dernier âge s'autoriser pareillement de ces concessions pontifi-
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(j) Valsiug. p. i65. Rain. an. i344 ; ^' ^Q.*
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cales , pour faire la conquête de bien d'autres contrées infidèles , et celle même des îles Canaries , qiiî ne réussit point à Louis de la Cerda , dont ils firent revivre les droits. '
On vit dans cette même année i34'4 j wn nouveaa projet d'expédition contre les infidèles de l'Orient ; mais il n'eut guère d'autre effet que de montrer combien la mode et les goûts avaient changé sur cet article. Les Turcs se rendant plus foinnidables de jour en jour, le pape Clément engagea le roi de Chypre , le grand-maître de Rhodes et le doge de Venise à se liguer contre ces terribles infidèles. Il fournit lui-même des sommes considérables , aux dépens de la chambre apostolique , et donna quatre
f;alères , dont il conféra le commandement particuier à un Génois expérimenté , nommé Martin Zacharie , avec la qualité d'amiral de toute la flotte chrétienne. La conduite générale de l'entreprise, qui devait durer trois ans j^ était commise à Henri , patriarche latin de Constantinople. Comme l'anai rai Ziacharie, autrefois maltraité par l'empereur Andronic , voulait d'abord enlever aux Grecs Fîle de Chio , le pape défendit sévèrement cet acte d'hostilité, qui ne pouvait qu'éloigner la réunion des deux églises. En même temps il donna au grandmaitre des chevaliers de Rhodes , Hélion de Villeneuve , des avis circonstanciés , qui montrent combien le premier esprit de cet ordre était tombé avec 1 émulation , depuis la suppression des templiers. On y voit, qu'avec les richesses , le goût de |a mollesse et dufaste avait pris parmi ces héros de la refigion ; qu'ils faisaient bonne chère, étaient superbement vêtus , se servaient de vaisselle d'or et d'argent , et au lieu de pauvres nourrissaient une multitude de chiens et de faucons , ou accumulaient trésors sur trésors ; que bornant leur. «;loire à paraître sur de superbes coursiers , il^ ne semblaient plus se mettre en peine de la défense des j:)élerins , ni de la propagation de la foi ] que cette indiiréreuce ; la dureté et la
discorde même s'insinuaient dans le sein de l'or- • dre , où Ton ne payait pas les pensions aux frères serrans, ni aux prêtres (i). Le pontife ajoute qu'il a éle' question d'établir un nouvel ordie militaire , dote d'une partie des biens des hospitaliers , afin de faire renaître l'émulation dont la peite leur devenait si nuisible. Il les exhorte ensuite a se comporter de telle manière dans J'expédition présente , qu'un remède si dur ne paraisse plus nécessaire.
Le jour du rendez-vouz était la Toussaints , et le lieu l'île de Négrepont , où l'on se rendit si prématurément , que la ville de Smyrne en Asie fut enlevée aux Turcs, le vingt-huitième d'Octobre (2). On la prit d'assaut, et l'on y fit un effroyable massacre , non-sçulement des Turcs et des Sarrasins sfrmés , mais des vieillards, des femmes et desenfans,' qu'on passa tous au fil de l'épée. Aussitôt après , on purifia les mosquées., et l'on y célébra l'office divin, puis on se pres:èa de remettre la place en état de résister au dépit furieux des Barbares qu'on s'attendait à revoir bientôt. En effet , le terrible Morl3assan , qui commandait les Turcs dans cette contrée , vint sans délai investir Smyrne avec trente mille chevaux et une infanterie qu'on ne pouvait compter. Mais après trois mois de 'siège, où il perdit beaucoup de monde sans rien avancer , il se retira dans les montagnes avec la plus grande' partie de ses troupes, n^en laissant que ce qui était nécessaire pour continuer ou garder les travaux du siège. Instruits de Tétat des clioses, les assiégés firent une sortie nombreuse, sabrèrent une quanti té de Turcs, mirent le reste en fuite, prirent et pillèrent leur camp..
Les vainqueurs furent surprisàleurtour. Comme ils faisaient de grandes réjouissances dans le champ de leur triomphe, et que le légat y célébrait la
(i) Rain. an. i343 , n, 5. I (2) Vill. xn , c. 38. Ram.
1 1333 , n. I et sei£.
messe en action de grâces , Morbassan , qui n'avait
Î)eut - être disparu que dans cet espoir , et qui ut averti par des signaux , se precipila des montagnes, bien accompagné, chargea les chrétiens ^n désordre, les défît et les dis^sipa sans peine. Cinq cents des plus braves qui voidurent lénir ferme , y laissèrent la vie , ainsi que le légat, le génois Zacharie , Pierre Zono , vénitien , maréchal de Chypre , et plusieurs chevaliers de Pihodes. Les fuyards cependant gagnèrent la ville et continuèrent à s'y défend l'c.
Le pape , informé de cet échec , nomma pour légat de la croisade Raimond Saquet , évêque de Térouane , et Bertrand de Bauce pour capitaine ou commandant en chef des gens de guerre, deux hommes justement renommés , chacun dans sa partie, le chevalier de Bauce pour sa valeur et son habileté dans le métier des armes , et 1 évêque de Térouane pour la sagesse de ses conseils. Mais le roi Philippe les retint Tun et l'autre comme nécessaires à son service dans les alarmes perpéluelies que lui causait la jalousie britannique. A cette occasion , on improuva ces sortes d'entreprises contre les infidèles. On commençai t à trouver qu'elles ne servaient qu'à leur inspirer plus de fureur contre les chrétiens et plus d'aversion .du christianisme. J^hilippe en écrivit en termes plus mesurés au pape, qui lui répondit n'avoir point pi-étendu que personne partît de France sans l'agrément du souverain, et que les deux sujets qu'il I'ugeait à propos de retenir , étaient parfaitement ibres de se conformer à sa volonté.
Pour commander 1 armée chrétienne , le p9pe substitua au chevalier de Bauce le dauphin de Viennois, qui le souhaitait ardemment, et qui promit d'emmener avec lui cent hommes d'armes, qu'il entretiendrait à ses dépens tant que durerait la gueire sainte. C était le fameux Ilumbert II , assez mémorable par la donation qu'il fit du Dauphiné à un des fils de France , après la mort de
son
DE l' Eglise. 33^
son propre fils , sans charger cet événement de circonstances qui ont tout Tair de la fiction. Le premier traité en fut conclu à Vincennes le *23 Avril 1343 , et le dauphin s'embarqua pour l'Asie durant Tété de Fan i345. Humbert , dans ses goûts et ses occupations, aimait trop à changer a objet , pour y acquérir une certaine habileté. Aussi ne passait-il pas pour fort expérimenté dans les armes à la cour même d'Avignon , où l'on parut très-surpris de le votr tout à coup général de croisade. Son expédition ne fut pas glorieus^j moins toutefois par sa faute que par les troubles de l'Europe qui empêchèrent de lever les décime» et de procurer aux croisés les*autres secours né-, cessaires. C'est pourquoi le pape obligea son général à faire une Irève avec les Turcs. Il défendit en même temps à Humbert , toujours prêt à dianger de marche et de dessein , de prendre part aux. jafFaires de Jean Cantacuzène, qui se fit couronner empereur l'an i346 , et qui se servit du secouA même des Turcs contre le jeune empereur Jean Paléologue.
, Le dauphin , dans son voyage d'outre-Yner s'était, fait accompagner de sa femme , que la mort lui. enleva dans l'île de Rhodes. Il n'avait que trentecinq ans; de toute part on le sollicitait de se remarier , et si une nouvelle épouse venait à lui donner des en fans , tous les traités étaient nuls entre lui et la France. Dans ces conjonctures critiques , une variation toute nouvelle de la part de Humbert servit encore Philippe de Valois. Comme le dauphin était au moment d'épouser Jeanne de Bourbon , qui fut depuis mariée au roi Charles Vy il se dégoûta tout à coup du nu)nde , et entra dans l'ordre de saint Dominique. Pour le fixer dans ce genre de vie , et s'épargner toute inquiétude à sou sujet , le roi Jean , successeur de Philippe, engagea le pape à lui conférer en quelques jours tous les ordres* sacrés. Dans les trois messes ae Noël , Clé* Tome VII* * X
ment TI le fit sous-illacro , diarre et prêtre, i au bout Je liiiit jours , évêtjiie et patriarche titalaire cVAlexaniliie, Quelque temps après , on lui ctonna l'arctievêclié de Reims , où , peu content encore, il demanda, sous pretesie de sa faible Gabté , un sîéi'c moins élendu et plus tranquille. Il trouva la iui de sa vie et de toutes ses insla- Lilités à Clerinont en Auvergne , <Ians la maison des religieux ses confrères, comme il allait <lemander nu pape d'être transféré sur le sie{»e de P3ris. Sincèrement attaché à son ordre , dont ït conserva l'habit dans l'cpiscopaf, il légua tous ses meubles aux frères prêcheurs de Paris , choisît sa sépulture et fntrap'porlé dansl'églisequ'ils avaient à la rue Saïnl-Jacques , où l'on Toit encore son épitaphe. Si Ton ne peut lui attribuer les cmalilés brillantes des héros , les raonumens solides de son zèle et de sa bienfaisance attestent du moins
il exerce toutes les vertus utiles d'un vrai chré-'
tien et d'un excellent maître.
Le pape Clëmenl étendit sa sollicitude aa delà des confins de la Grèce, jusqu'en Arménie , et dans la Haute-Asie (i). Le roi d'Arménie ayant demandé du secours à Benoît XTI contre les incursions perpétuelles des infidèles voisins , ce pieux pontife avait proClé de la conjoncture pour extirper les restes de l'hérésie d'Eutvchès , qui se maintenait toujours dans ce royaume. A cet effet , il en avait engagé le catholique ou patriarche à tenir un concile. Ce patriarche rassembla comme il put ses évêques , fit en elfet condamner les erreurs dont Benoît lui avait envoyé le dénombrement, puis renvova les décisions à Borne par les mêmes députés. Dans les lettres dont il les avait , chargés, 11 reconnaissait le pape pour chef de lou-.j tes les églises , s'otfrait a retrancher des livres dfr. j sou .éiîlise toutes les erreurs que se trouve
[i) Rain. aa., i34G , ii. 68. Vading. eod. j
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contraires à la foi du saint siège, et demandait ^ pour une pleine instruction , la collectiî)n deà de'crétales , avec le fameux décret de Gratien , devenu célèbre jusqu'à ces extrémités de FOrient.: Clément , qui avait été élu dans Tinlervalle , lui envoya cette collection vantée , comme un préservatif souverain contre les erreurs que l'esprit de niensonse s'efforçait de semer dans toute l'étendue de l'église. Il les lui fit porter par deux légats , Antoine , évêgue de Gaëte , et Jean , éluàlévé-^ ché de Coron , qu'il exhortait à écouter avec docilité , et il promettait d'aider les Arméniens ortho-, doxes dans tgus leurs besoins.
Il crut aussi devoir prévenir l'archevêque de Sultanie dans le même royaume , et ses suffragans , contre les subtilités proscrites des fratricelles qui avaient pénétré jusque dans ces régions orientales: tant l'esprit de secte est ardent à retruter, au défaut de sujets distingués, dans la classe des dupes la plus vulgaire. Un frère mineur , nommé Ponce , pourvu de l'archevêché de Séleucie, dansle patriarcat d'Antioche , avait composé un commentaire sur révangile de saint Jean, où il soutenait, touchant • la pauvreté apostolique , les erreurs qui avaient , été condamnées par le saint siège. Il le traduisit en arménien , exalta la sublimité de cette doctrine devant ces bons Orientaux, et leur donna des copies de sa traduction. Le pape avertit les évêques arméniens que ces principes étaient condamnés par l'église romaine , et qu'ils devaient les réfuter , ou du moins les rejeter avec horreur. Quant à l'archevêque Ponce, leur dit-il, obligezle d'abjurer formellement en présence du clergé et du peuple. Dans plusieurs coins de l'Occident, et malgré les lois rigoureuses de l'inquisition , les mêmes erreurs continuaient à se soutenir; mais on observe que c'était dans les provinces où les inquisiteurs étaient franciscains. Etant du même ordre que les fratricelles , il n'est pasi
Histoire étonnât qu ils eussent moins d'ardeur à tes pour suivre.
Le goût des Taioes questions et de !a fausse métaphysique qui régnait alors dans les écoles , engendra plusieurs autres erreurs, ou, pour mieux dire , des absurdités et des chimères, très-propres néanmoins , vu le tour desprît du temps , à faire des hérétiques oo des incrédules. Telles étaient, entre soixante autres , ces propositions de Nicolas d'Autîcourt, membre de l'université de Paris : Deux contradictoires peuvent signifier la même cbose; on ne saurait montrer qne tout ce qui existe n'est pas éternel; i} ne faut pour tous tes êtres naturels que des atomes et du mouvement local. Ces assenions furent toutes lléiries par l'université et par le siège apostolique , également attentif dans tous les temps à étouffer les germes d'impiété, dès qu'ils osaient tant soit peu se découvrir. Il ne suflit pointa la défense de l'auteur de les donner pour des hypothèses ou [les discussions purement philosophiques : on les fit brûler publiquement, et l'auteur fut ohlieé de les reconnaître toutes fausses, la plupart ^- * ronees, et quelques-unes absolument hérétiques (i).
On traita de même quarante propositions répandues dans les ouvrages d'un moine de Cileaux , nommé Jean de Méricourt , touchant les volitions de Dieu et la peccabilité des hommes. En voici quelques-unes bien propres à faire applaudir au jugement de Foulques de Chanac, évéque de Paris , qui qualifia les unes d'erronées , et les autres de suspectes dans la foi : Quoique Jesus-Christ par sa volonté créée , ait pu vouloir quelque chose qui ne devait jamais arriver, de quelque manière que Dieu veuille , il veut eOicacement qu'il en arrive ainsi ; Diçu veut qu'un tel pèche et qu'il soit pécheur , et il le veut par sa volonté de bon plaisir; celui qui
(i) Du Boul. t. IV, p.
)Brt. 1 , p. 355, etc.
i el se(i. D'Argeul. Coll. jud.
pèche , conforme sa volonté à celle de-Dîeu, et veut comme Dieu veut qu'il veuille ; Dieu fait que le mal et le péché existent. Avec ce dur prédestinât ianisme^ Jean de Méricourt ne laissait pas d'allier la doctrine des sémi-pélagîens , puisqu'il dit eqcore qu'il y a des prédestinés qui le sont à cause du bon usage que Dieu a prévu qu'ils feraient de leur libre ar* bitre ; ce qu'il entendait des bonnes œuvres faites sans le secours de la grâce.
Cet homme qui s'égarait ainsi dans ces conceptions incohérentes , parait avoir puisé la première partie de ses erreurs dans le livre de Thomas Braduardin , archevêque de Cantorbéri , intitulé la cause de Dieu contre Pelage (i). On remarque au moins une grande conformité entre la doctrine de Tun et dé l'autre, touchant la nécessité du péché et l'efficacité dé toutes les volontés de Dieu. Braduardin fut vivement combattu par les plus illustres docteurs de son temps, et sur-tout par le savant carme Bacon, qui l'obligea de s'avouer vaincu. Aussi son ouvrage demeura^t-il enseveli dans la poussière des bibliothèques, jusqu'à ce qu'il en fut tiré par les protestans , qui le donnent pour leur
Î) récurseur dans les matières de la grâce , et pour e défenseur presque unique de ce qu'ils appellent vérité (2): éloge flétrissant, qui le met en opposition avec le torrent des docteurs de son siècle , et qu'ont ignoré sans doute les modernes imprudens, qui vantent au contraire Braduardin comme le sûr interprète* de saint Augustin et de saint Thomas, concernant la puissance et l'opération de Dieu sur nos volontés (3). Au moins devaient-ils savoir , outre le témoignage que Bacon lui fit rendre à la force de la vérité, qu à la tête de son ouvrage , il s'en était expressément rapporté sur tout ce qu'il
(i) Du Boul. et d'Argent.
uLi suprà.
Test. Verit. Cassand. ep. ad Herm.
(^2) iileric. app. ad Catal. | (3) Duprin.xiv.sœc.p.îôS.
écrivait , au jugement de rëglise romaine , comme mère et maîtresse de toutes les autres.
L'ItaHie , toujours prive'e des influences de la lumière apostolique , et par-là rendue incapable de remplir sa deslination , loin de pouvoir servir de modèle , selon les vues de la providence, aux églises éloignées , voyait au contraire les abus les plus dangereux pour la religion se multiplier dans son sein , et se glisser jusque dans les élahlissemens qui n'avaient pour fin que la conservation de la foi et des mœurs. L'inquisiteur de Florence , Pierre de l'Aigle, de l'ordre des frères mineurs, n'oublia pas seulement le sa in tdésinléressement de sa profession, mais l'honnêtelé publique et toute la dignité de son ministère (i). Six ambassadeurs , accompagné? d'un syndic , allèrent en cour de Rome l'accuser de concussions criantes, dont ils portaient les preuves par écrit. Ils prétendaient qu en deux ans il avait exigé de dilTérens particuliers , sous prétexte d'béréâie, plus de sept mille florins; quoiqu'au rapport de Jean Yillani , jamais il n'y eût eu moins d'bérétiques qu'alors à Florence. Pour une parole écbappée contre quelque point de morale, comme d'aToir-dit que l'usure n'était pas un pécbé mortel. Je coupable, disaient les accusateurs, était condamné à une amende plus ou moins forte, mais toujours exorbitante àn-alson de ses facultés. L'in-
3uisiteur , en plein consistoire , fut convaincu 'exactions , et sévèrement condamné ; après quoi le pape et les caidinaux donnèrent des marques éclatantes de bienveillance aux ambassadeurs.
A celle occasion, les Florentins rendirent un décret, comme on avait déjà fait à Pérou se , en Espagne et en plusieurs autres lieux , portant défense à toiït inquisiteur de se mêler d'autre chose que de son oflice , et de soumettre aucun particulier à des peines pécuniaires. C'est le feu , dît-on.
qu'il mërîle, s'il est hérétique , et son argent né 1 en doit pas garantir. On ôta aussi à Tinquisiteur la prison particulière qu'il avait à Florence, et on lui ordonna de mettre dans les prisons communes .les personnes qu'il ferait arrêter. On défendit ea même temps aux magistrats d'accorder permission de^prehdre un citoyen , sur la simple requête de l'inquisiteur ou de Vévêque. On régla que l'inquisiteur ne pourrait avoir plus de six recors armés ^ ni accorder le port d'armes à un plus grand nont^ bre sous tout autre titre. C'était bien retrancher sur l'état de Pierre de l'Aigle, qui avait accordé ce privilège à deux cent cinquante personnes, dont on prétendait qu'il tirait ^ar ah plus de mille florins d*or.
On ne s'en tint pas à ces règlemens particuliers contre l'inquisition; WFlorentïns ordonnèrent en général , que tout clerc qui offenserait un laïque en matière criminelle, pourrait être puni par le magistrat séculier en ses biens et en sa personne , sans exception de dignité; qu'aucun officier n'aurait égara aux dispenses qu'on pourrait obtenir du pape contre cette disposition ; que tout au contraire lesparcnsde Fimpétrant seraient contraints, même par corps , de le faire renoncer à cette prérogative. Dans les préjugés du temps , la cour pontificale ne pouvait manquer de tenir cette loi pour préjudiciable à la liberté ecclésiastique. Les Florentins furent cités : ils tinrent ferme pour des points de gouvernement qui leur semblèrent vraiment temporels et d'une nécessité absolue pour l'ordre public ; mais ces grandes questions n'étaient pas encore assez éclaircies , pour qu'ils pussent motiver leurs prétentions avec la précision convenable , et même pour qu'on pût les goûter de quelque manière qu'ils les présentassent. On se sépara, mécontent de part et d'autre, et ce genre de discorde produisit par la suite une ligue animée ,où les Florentins firent entrer la plupart des villes même de l'état ecclésiastique.
Pendant celte longue fermentation, qui ne 6t son explosion que sous les pontifes suivaos , Clément VI s'occupa (Je tout autre soin , et d'abord de l'un des objets les plus analogues à la dignité sainte et céleste du -vicaire de Jesus-Christ. Le 16 deJuin i347 , il canonisa solennellement saint Ives de Tréguitr , qui élait mort quarante-quatre ans auparavant. On ne peut voir qu'avec satisfaction , depuis que le saint siège s'était réservé la canonisa-.tion des saints , la divine méthode avec laquelle il
Îirocédait en ces rechercbes sur-bumaines , et selon aquelleil Ipii avait déjà réduites aux règles fixes que les auteurs du temps nous ont transmises , à l'occasion même de sainttves(i). Le souverain pontife instruit qu'un ûdèle était mort en réputation de sainteté, et ayant reçu des prières instantes et réitérées pour sa canonisation , proposait l'affaire aux cardinaux, et par leur conseil commettait quelques évèques ou d'autres personnes d'autorité , du pays où avait vécu celui qu'on donnait pour saint , afin d'informer en gros et sur la commune renommée, de ses mérites et de la dévotion des peuples enveis lui. Cette information générale et comme préliminaire ne se faisait que pour voir s'il était à propos de pousser plus loin. Si le pape en jugeait ainsi surle rapport de ces premiers commissaires , il les commettait de nouveau, ou en nommait d'autres , selon sa ■prudence , pour informer en détail , suivant les articles qu'il leur spécifiait , de la croyance , des vertus et des miracles du saint présumé,
L'information étant faite , le pape en commettait l'examen à quelques-uns de ses chapelains, ot* à d'autres personnes capables , pour en former lef,| principaux chefs du procès : après quoi , il faisait' examiner le tout par trois cardinaux , lun évêque, l'autre prêtre, le troisième diacre, lesquels en
faisaientlerapport tout au long en consistoire : puis, clans une autre séance, on lisait les dépositions des témoins touchantlesvertus et lès miracles. Mais avant cette seconde lecture , le pape déterminait avec les cardinaux si la perfection des vertus était bien constatée ; puis sur chaque miracle , il décidait si4'article était prouvé suffisamment, et les décisions de point en point étaient écrites par un cardinal. L'examen fini , le pape demandait au sacré collège , s'il était à propos de faire la canonisation; et quand les suffrages étaient pour l'affirmative , il y concluait secrètement. Alors on appelait tous les prélats qui se trouvaient en cour de Rome , et le pontife leur expgsait en consistoire tout ce qui s'était fait , et leur demandait leur avis.
Dans un nouveau consistoire , il marquait le joui; et l'église où se ferait la canonisation. Ce jour venu , et l'église étant ornée avec un grand appareil , le pape assis devant Tautel exhortait les assistans à prier encore que Dieu'ne permît point qu'il se trompât dans cette affaire. On chantait le f^eni Creator /on faisait à genoux quelques autres prierres , on se levait , puis le pontife déclarait en présence de tout le monde,, que le ^saint proposç l'était indubitablement , qu'il devait être honoré comme tel , et sa fête célébrée un tel jour. On chantai} ensuite le Te Deum , le pontife pronon^çait l'oraison du nouveau saint , composée préalablement avec son office par des cardinaux dé-r signés. Il accordait une indulgence de sept ans et sept quarantaines : enfin il célébrait solennellement la messe en l'honneur du même saint. Pou-»va it-on demander plus de circonspection pour la conduite même d'un genre d'affaire si important à la gloire de l'église et de son chef ? On ne peut que regretter que ces premiers pasteurs n'en aient pas usé de inêiue en des jugemens de. nature toute différente , ou plutôt que leur puissance toute spirituelle ne se soit pas tenue strictement* rçn-
fermée dans sa sphère , hors de laquelle ils ne pou-* vaieut point se proineltre ce'; giâces d'état , qui seules pieservenl des fausses démarches et des méprises (unesies.
Clément VI reprit avec vivacité l'allîtire tferem-
rereur Louis de Bavière , enirapi-ise pai
le
pape
ean XXIT , auquel en ce point, comme en bien d'autres, il aîmamieux ressembler ([u'aii pacifiq^ue et modeste Benoît. Dès l'année i344» Louis avait sollicité sa re'concilialion , et demandé à Clément même une formule de soumission dont il pAt être content. On lui en envoya une si honteuse , qu'on lie jugeait pas qu'il voulût l'adopter , quand hiea même ilserait prisonnier du pontife. 'Elle portait qu'il s'avouerait coupable de toutes les erreurs et les hérésies qui lui étaient imputées; qu'il renoncerait à son premier droit sur l'empire, et consentirait à ne régner que par la grâce du paj)e ; enfin qu'i! se mettrait lui , ses enfans , ses biens et ses états à la disposition du saint siège. Louis ne souscrivit pas seulement à des conditions si honteuses , mais il jura de les observer , sans les révoquer jamais , et envoya des ambassaJeui-s qui ea consistoire pijilic firent le serment , suivant la procuration qu'il leur en avait donnée(i).
Toulcequele pape et les cardinaux conclurent Je celle docilité inattendue , ce fut de iraiier avec plus de hauteui' un prince qui témoignait ainsi se trouver dans le dernier embarras. Quand les ambassadeurs , après le serment, demandèrent les articles de la pénitence qu'il plairait d'enjoindre à leur maître , le pape leur eu dunna qui louchaient, non pas à la personne de l'empereur, mais à l'état même de l'empire. Sur quoi les électeurs et les autres princes d'Allemagne s'élant rassemblés à Francfort, puis à RenU , les rejelèrent avec indignation, comme tendant à la destruclioa
(1) Alb. Argent, p. i33.
DE l'Eglise, 347
cleFempire. Ils déclarèrent tout d'une voîx, que si le pape voulait persister dans son dessein , ils étaient tout prêts à concourir avec leur chef à maintenir les droits et riionneur du trône par tou* les moyens que le ciel avait mis entre les mains des princes. Cetl^ réponse vigoureuse fut portée à Avignon par des députés , chargés en même temps défaire changer les articles , mais sans aucua pouvoir deconclure : ce que le pape prit pour une dérision, qui liii fournit un j)rétexte dé redoubler son aigreur contre Louis de Bavière.
Malgré cette fermeté des princes d'Allemagne et leur unanimité presque absolue , ou du moins ap* parente , il y en avait toutefois quelques-uns des plus puissans^ qui n'étaient pas dans les intérêts de Louis. Jean de Luxembourg , roi de Bohême y et son fils Charles , duc de Moravie , avaient contre lui quelques sujets de plainte (^i). Le pape lia sa partie avec ces deux j)rinces et leur oncle Baur douin , archevêque de Trêves , à l'effet de déposséder l'empereur , et de mettre en sa place le fils du roi de Bohême. Aussitôt il érigea en métropole la tapi taie de ce royaume, jusque-là scJumise a celle de Mayence , et envoya le pallium à Ernest de Pardubitz qui en était évêque (2). Pour lui former des suffragans, il érigea dans son territoire l'abbaye de Litomissels en évêché ^ et démembra Olinutz et Meissen de la province de Mavence. Il diminuait ainsi Tacitorité de Henri de Êusman , qui remplissait alors ce siège , et qui tenait fortement pour Louis de Bavière. Quelque temps après, il le contumaça dans les formes , puis le déposa , et donna l'archevêché à Gerlac de Nassau , dont il espérait tirer un grand parti pour l'accomplissenient de ses vues , tant par les grandes richesses de ce nouvel archevêque., que par la puissance du
comte son père et de toute son illustre maison (3).
(i) Rebcl. an. i344- 1 (3) Trith. chr. hirs. an.
{tl) Baluz. vit. p. 252. ] 1346.
Histoire Henri de Biisman ne laissa jias de maintenir son
Imiivoir dans une bonne partie du diocèse, tout e temps qu'il vécut , c'est-à-dire , pendant huit ans : ce qui produisit un schisme et une guerre TÏolente avec des pillages et des incendies , dont celte église infortunée put à peine réparer les dom- Viases en un siècle.
Enfin le pape Clément prononça d'une manière définitive contre l'empereur mème(i). Par une brille terrible , fulminée le jeudi saint de l'année ï346, il défendit à toutes personnes non-seulement de demeurer dans sa communion , mais de lui obéir en rien, de lui donner retraite , et d'observer les traités faits avec lui. Il le chargea de malédictions , et enjoignit aux électeurs de l'em-
Îire de procéder incessamment à 1 élection du roi es Romains, sans quoi il y ser; ' saint sié^e dont il dit qu'ils tiennent ce pouvoir.
pa
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Il leur écrivit encore pour les presser par le souvenir des maux de l'empire, qu'il donne pour vacant et prestiue anéanti depuis la mort de l'empereur Henri MI, Ce prince était de la maison de Lnxembourg, heureux objet delà prédilection de Clément VI,
Le roi Jean de Bohême , qui en était aussi, et Charles son fils aîné, déjà se trouvaient à Avignon, où l'on négociait la promotion de celui-ci à l'empire. Cependant les cardinaux ne donnaient pas tons dans ce projet. Ils se partngèrent en deux factions , dont les chefs , selon Villani (3) , en vinrent jusqu'à se dire des injures en plein consistoire, et se seraient chargés , à la vue du pape , avec les armes dont ils s'étaient prémunis, si Ton ne se fût mis entre deux. Ils se retirèrent avec le même emportement , ils barricadèrent leurs maisons ; leur cortège et leurs domestiques s'armèrent , et l'on se tintassez long-temps sur ses gardes, comme
(i)Rain. iSlfÔ,
(3) J. Vill. 1. iu,c. Sg.
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si l'on eut eu les ennemis du dehors a»x portes de la ville. Enfin le pape les réconcilia , du moins en apparence , et , le 22 Avril i346 , consomma son dessein. Charles de Luxembourg commença par s'engager , en présence de douze cardinayx , à exécuter toutes les promesses de l'empereur Henri VII son aïeul, et à révoquer tous les actes faits par Louis de Bavière (i). Jamais , ajouta-t-il, je ne me prévaudrai du titre denîpereur , pouù m'approprier Rome en aucune manière , ni les autres villes ou terres qui appartiennent à l'église romaine , soit dans ritalie, soit dans les provinces éloignées , ni enfin les royaumes de Sicile , de Sardaigne et de Corse. Je n'entrerai poijit à Rome avant le jour de mon couronnement j j'en sortirai le même jour avec toute ma suite ,*€t avec une égale célérité, je me retirerai des terres du saint siège, pour n'y plus revenir sans sa permission. Après mon couronnement, je ratifierai eocore ces ' promesses.
A ces basses conditions , Charles fut jugé digne de l'empire (2). Le pape écrivit aux. électeurs , et la diète fut convoquée , non à Francfort qui tenait pour Louis de Bavière , mais à Rentz où se rendirent , avec le roi de Bohême , les trois électeurs ecclésiastiques et le duc de Saxe. Le marqul*^ de Brandebourg , comme fils de Louis, et le comte palatin du Rhin, pour d autres raisons, ne jugèrent pas à propos .de concourir à cette entreprise : ce qui n'empêcha point que le 11 de Juillet de cette année i346, Charles de Luxembourg, siyvant l'intention du pape , ne fiit élu tout d'une voix pour roi des Romains , par ceux qui étaient^résens. Clément lui en écrivit aussitôt une lettre de félîcitation , et eu ayant reçu peu après uite ambassade solennelle, il confirma son élection dans les formes. On voit par Ja bulle publiée à ce sujet ,
(i) Piain. 1346 ? n. 19. (2) Tritb. cbr. hirs. an, i346.
n IS T O I R E fie C[uel jii'inripe partait ce pontife : elle porte que Dieu a lionne au yiape , dans la personne de saint Pierre , la pleine puissance de l'empire tant cér leste (pie terrestre. Dès le 25 du même mois de Juillet ,Charlfs l'ut couronne à Rome. On n'avait pa& Voulu le recevoir à Aix-ia-Cliapelle,
Le vingl-sixiéme jour dn mois d'Août suivant, le roi deBoliême , à peine parvenu au lorme de ses désirs pour relcvation de son lils , finit tristement, nuoiqu'lionorablemenl ,,ses jouis.. Allie au sang de trance par sa femme lïeatrix de Bourbon, et ami constant de Philippe de Valois ; il marcha , quoiqu'aveuglo , au secours de ce prince conlre le roi d'Angleterre , le formidable Ldonaid. La bataille se doiHia dans les cbaro|is de Creti en Ponlhieu ; et déjà instruit qu'elle élail perdue sans remède , il se fît conduire au milieu de la raêlëe , où il périt avec le duc de Lorraine , les comtes d'Alencon , de Flandres , de Blois , de Saint-Pol , une foule de noblesse et plus de vingt-cinq mille combatlans.
L'empereur son fils se vit par-Ii en possession de la Eoiième , et en pleine liberté d'ui^er de ses riches domaines pour fiiire face à Louis de Bayièi'e. îl voulut d'abord illustrer ce roj aume , en établissant dans la ville de ft-aciiesa capitale une universrilé , que son zèle pour les sciences et sa capacité personnelle rendirent très- florissante pendant cinquante ans. Bîenlôt il se vit prévenu par un rival furieux , on plutôt par un maître indigné , qui ne
1)ril pas ptTur la voix du ciel l'ordre que lui en fit e ministre d'abandonner la couronne qu'il tenait du crelmème, Louis la défendit d'abord avec autant d'avantage que d'animosité , et l'Allemagne allait se replonger dans toutes les horreurs du schisme et de la rébellion , si une providence sévère à l'égard du chef et pleine de clémence pour la mulli tilde , n'eût par la mort subite de cpltii-là détourné les calamités , qui réitérées tant de fois dans la même nation , eussent inévitablementconsommé sa
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Eerte. Il venait de lui naître un fils , le 1 1 d'Octore i347 ' dans la joie que lui donnait cet événe* ment , il partit le matin pour la chasse qu'il aimail avec passion. Sur le midi , comme il poursuivait un ours , lui-même , frappe tout à coup d'apoplexie 5 à ce qu'on présume , tomba de clieval , et mourut en quelques instans. Quoiqu'il n'eût point été absous des exoommunicatiorvs prononcées par deux papes , il x^e laissa point d'être enterré à Munich avec toutes les cérémonies de l'église et l'appareil dû à sa qualité d'empereur , par les soins de son fils Louis, marquis de Brandebourg. Charles de Luxembourg , par cette catastrophe , se trouva sans effort ,' du moins pour un temps , possesseur pacifique de l'empire.
On vit la même année à Constantînbple une révolution qui s'exécuta d'une manière non moins tranquille. Jean Canlacuzène , qui déjà s'était fait couronner à Andrinople par Lazare , patriarche de Jérusalem , et qui ménageait des intelligences dans, la capitale de l'empire d'Orient , y entra de nuit , le; y Février , avec un si bon ordre , qu'il n'y eut pas une goutte de sanc répandue. L'impératrice Anne , mère du jeune empereur Jean Paléologue , avait donné ce soir un grand repas, en réjouissance de l'avantage que les sectateurs de Grégoire Palamas venaient de ^emporter dans une espèce de concile sur le patriarche Jean d'Apri* qu'on y déposa. Au sein de la joie qui suivit ce festin , on fut tout à coup troublé par l'arrivée de Cantacuzène , à qui l'impératrice opposa quelque temps une vaine résistance. Elle le reconnut enfin pour empereur , mais au second rang aprèselle et son fils , et Cantacuzène parut s'en contenter. Ces mêmes sectaires dontlè triomphe occasionnait la joie pubiiquedela cour ,* étaient néanmoins l'ame de la faction qui avait le plus contribué à faire entrer Cantacuzène dans Constantinople. Séditieux et vindicatifs , comme tous les gen$ de parti ^ ils sç souvenaieul;
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que l'impératrice leur avait été contraire , jusqu'à faire emprisonner Palamas leur clief , comme perturbateur de l'église. Elle ne les avait favorisés depuis, qu'afin d'humilier le patriarche Jean, dont les conseils pacilîques lui avaient attiié son aver* sion. Ils comptaient , ou sur une faveur moins suspecte de la pari du nouvel empereur , oij seu- Irmenl sur ces vagues avantages que tous les gens de secte aUeudeul du changement et des révolulions î^i).
Les palamiles étaient des hérétiques , ou plutôt de fanatiques visionnaires , qui , avec Palamas leur chef, tiraient leur origine des solitudes sombres et mélancolitiuesdu montAthos. Ou les nomma aussi hésycastcs ou quiétistes omphalopsyques , c'est-àdire , ayant l'âme au nombril , et nouveaux massaliens. Cette dernière qualification inculpe forte^ ment leurs principes parrapport aux mœurs : quant à leurs absurdesspéculations , on peut s'en former une idci? sur les leçons anciennes de l'ablié Simtîon leur précurseur, qui sontconcuesencesteruies(a); Quand tu es seuf dans ta cellule, fermes-en la porte ,"et assieds-loi dans un coin. Là , tenant loa ame élevée au-dessus de toutes les choses terrestres, fais descendre la harhesur ta poitrine, ûxe les jeux du corps et de Tespril sur le milieu de ton ventre , c'est-à-dire , sur le nombril. G^est de la que vint à ces contemplateurs exiravagans le nom d'omphalopsyques. Reliens ta respiration , même par le nez, • poursuit Tinslituleur fanatique , et cherche dans tes entrailles la place du cœur , qui est le siège des puissances de l'anie. D'abord tu y trouveras des ténèbres diilicilesà percer; mais par une pei*évérance soutenue nuit et jour , lu découvriras une infinité de merveilles qui te combleront d'uue joie et d'une félicité inaltérable. Sitôt que l'esprit a
{]) Niccph. Grpg. 1.
kVi. Cnntau. I. m et iv.
vetl (2) Allât, (le Con
tfouVé la place du cœur , il voit les formes de tous
les êtres , qui sont e'tale'es dans le coeur ; il se voit
lui-même étincelant de lumière et rempli de dis^ cernement.-
Le chef de ces visionnaires , Grégoire Palamas , se vantait de voir de ses yeux mortels l'essence divine, par une lumière qu'il donnait aussi )K)ur divine et incréée , sans toutefois qu'elle fût Dieu (i). C'était-, selon lui , la lumière dont les apôtres n'avaient pu soutenir l'éclat sur le Thabor , à la transfiguration du Sauveur. Quelque irréligieuses que fussent ces rêveries , qui tenaient de l'idolatrî^ même , puisqu'elles donnaient pour incréée quelque chose qui n'était pas Dieu , le clergé de Cfons^ tantinople en prit si jbien la défense, que l'abbé Barlaam ,à son retour de Rome , les ayant dénoncées en concile comme hérétiques , fut au contraire condamné lui-même, spécialement sur l'article de la lumière ^u Thabor : ce qui lui fit prendre la détermination de vSe retirer en Italie , dans la Calabre où il était né. Telle était la prévention des Grecs contre les lumières qui pouvaient leur venir d'Occident , et tels en même temps les écarts pitoyables où donnait leur schismatique aversion. Une partie d'entr'eux rejetaient les palamites, comme ennemis de l'ancienne doctrine; les autres s'en rendaient les fauteurs, comme d'instrumens propres à leurs vues et à leurs intérêts particuliers : tous erraient au hasard, dans l'instabilité qui est inévitable quand on abandonne la règle fixe et uniquement sûre de la foi , c'est-à-dire, le centre de l'autorité et de l'unité catholique.
L'empereur Jean Cantacuzène , qui ne laissa as de rechercher à son tour le pape et les princes ' atins , se servit des palamites pour affermir sa domination. A la place de Jean d'Apri , déposé du patriarcat , il ut instituer Isidore de Monem-
(i) Nicepli. Greg.xix, c. i. Cantap. a, c. 3g.