DE I-' E G L I S E
province. Ce prélat , flatté que de sî rares talens eussent pris naissance dans les domaines de ses
f)ères , le voulut voir et l'invita à sa table. Après e repas, on agita une question , suivant les moeurs du temps et l'usage plus particulier encore des cardinaux. Pierre Thomas, dans cet exercice d'esprit , répondit à toute l'attente de son protecteur, qui ne pensa plus qu'à le produire dans les chaires et les assemblées les plus honorables.
Il fit la guerre aux vices avec toute la liberté que donne la haute vertu. Il ne craignit pas de les attaquer par les deux endroit» les plus critiques , c'est-à-dire , en n'épargnant ni le faste de la prélature , ni les vaines parures des femmes mondaines. Mais comme toutes ses paroles , selon le naïf et pieux auteur de sa vie , étaient visiblement dictées par une charité prête à endurer le martyre
f>our tous ceux qu'il reprenait, il en recueillit es fruits les plus inespérés, et captivait plus fortement de jour en jour l'affection publique. Il était si chéri de tous les ordres de citoyens , que son couvent d'Avignon manquant un ]our de subsis* tance , il alla quêter par la ville , et rapporta le soir plus de mille florins. Le pape Innocent ne lui connaissant pas moins d'habileté pour les affaires que pour le salut des âmes, l'employa successivement aux légations de Naples, de Gênes , de Milan; il le pourvut des évêchés réunis de Patti et Lipari en Sicile , l'envoya par honneur en Italie vers l'empereur Charles , au roi des Rasciens , peuples altiers de l'ancienne Pannonie , auxquels son héroïque fermeté rendit au moins respectable là foi romaine , puis aux Vénitiens , au roi de Hongrie , en enfin à l'empereur Jean Paléologue.
Le légat , à son arrivée , n'ayant pas trouvé ce prince à Constantinople, alla le joindre à l'armée où le tumulte et les embarras de la guerre n'empêchèrent point qu'il ne fût reçu très-honorablement , et qu'on ne s'occupât de l'objet religieux dont il était chargé. L'empereur ; de l'aveu et ^^^,
le conseil des grands^ confirma de bonne grâce tout ce qu'il avait promis j protesta de son obéissance , de sa fidélité , de sou dévouement à Tëgard du saint siège, et se lia par un serment formel , fait entre les mains du légat, en présence de plusieurs évêques. Le plutôt quMl lui fut possible y il écrivit en ces termes au souverain pontife : r^ous travaillons , de tout notre cœur et de tout notre pouvoir , à la. réunion de notre église avec la sainte église romaine. Je vois avec douleur l'impossibilité où j'ai été jusqu'à présent de lui soumettre tous mes sujets ; mais ils ne me sont pas tous fidèles , et ne m'obéissent point à moi-même. Je ne doute pas cependant que je ne réussisse à tout accomplir , si par le secours que vous me faites espérer , vous secondez enfin mon zèle , qui ne peut vous être suspect. Je tiens de mes pères mon attachement à Téglise romaine. Vous savez que ma famille l'a signalé dès l'origine de sa puissance , et que l'empereur mon trisaïeul, c'est-àdire, Michel Paléologue ; est mort dans l'obéissance des pontifes romains. Je voulais vous envoyer mon fils, ce que votrelégatn'apasjugéàpropos pour le présent. J espère néanmoins que cette partie de moi-même vous joindra bientôt; et pjût à Dieu que je pusse aller en personne rendre à votre sainteté les hommages que je reconnais lui devoir ! Quant à notre patriarche , n'ayez aucune inquiétude : je le ferai déposer , et on lui substituera un sujet que je sais être fidèle au saint siège. Ce patriarche, contraire à l'union , était Caliste, successeur d'Isidore , et palamite ou quiétiste comme lui. Jean paleologue remercia enfin le pape de lui avoir envoyé un médiateur légat , du zèle et de la prudence de Pierre Thomas, li m'a donné , dit-il , beaucoup de consolation , ain^^i qu'aux Grecs et aux Latins , qui par ses in&truclions ont été convertis ou confirmés dans la vertu.
Le saint légat ayant affermi Tempereur dans ce [ispositions , passa jusqu'à l'île de Chypre , où i
ces
DE L^EOLISE. 389
fut reçu avec distinction par le roi Hugues de Lusignan aui vint au-devant de lui jusqu'à Fania« jouste y et le conduisit jusqu'à Nicosie , lieu de sa résidence. Pierre en peu de temps se rendit si vénérable et si cher à cette cour, qu y étant tombé malade , la reine elle-même lui voulut préparer à manger. Après sa guérison , il alla à Jérusalem, et osa y prêcher publiquement. Les infidèles , pénétrés de respect , ne se mirent pas seulement en devoir de Tempécher ; mais le sul|^n d Egypte , devenu furieux à cette nouvelle , fit couper la télé à Témir ou gouverneur. lieureusement le saint était déjà hors de Jérusalem et de tout péril. Il ne tarda
r joint à revenir vers le pape Innocent, qui , pour ui faire déployer toute l'étendue de ses talens , lui donna la légation universelle de Chypre et des
Srovinces voisines. Pour Taider à soutenir cette ignité, il le transféra à Tévéché de Coron en Morée , plus riche que celui de Patti , et d'ailleurs plus proche des pays de sa légation (1).
Dans le même temps , Jean Rusbroc (a) , prêtre et chanoine régulier, se rendit fameux par son exposition des principes de la théologie mystiquei et des manières diverses de faire l'oraison. A Fàge de douze ans, il avait commencé à étudier sous Ta conduite d'un de ses parens qui était ecclésiastique; mais trois ans après , n'ayant guère appris que les
f)rincipes de la grammaire , il renonça aux études iumaines , pour se donner tout entier à celle de la sagesse divine et à la pratique.de la vertu. Il vécut dès-lors dans une étroite retraite , depuis même qu'il eut été ordonné prêtre à l'âge de vingtquatre ans , uniquement occupé des fonctions de la vie ascétique, ne parlant presaue pas , etnégli-
Scaut tellement son extérieur, qu il servait souvent e risée aux gens du monde. Il avait déjà soixante ans , et s'était rendu célèbre par quelques livres de spiritualité, quand il se lit chanoine régulier à
• (1) nain, au, i35q, n. a6. (2) Vil* Joan. B.usbr.
Bb 3
Sqo HrsTOixiiî
Vaiirert près de Bruxelles , où il ne tanla point S être ëiu prieur. Là , sa méthode ordinaire pour la composition était de s'enfoncer dans la forêt de Soignies qui en est proche , et d'écrire , comme sous la dictée dé TÉsprit - Saint , quand il s'en croyait inspiré. Gérard le Grand, fondateur de la congrégation de Windesheim et savant théologien , Tétant venu voir, et Tavertissant que ses écrits occasionnaient beaucoup de murmures : Maître Gérard , lui répondi^il paisiblement , soyez sûr que je li^y ai pas tracé un seul mot sans un mouvement du Saint-Esprit et Tassistance de l'adorable Trinité. Il était quelquefois plusieurs semaines sans écrire, et quand il reprenait son travail , quoiqu'il eût oublié ce qui précédait , son discours était aussi suivi que s il ne Tavait pas interrompu. ) Comme il savait peu de latin , il écrivait dans sa j langue ordinaire , c'est-à-dire , en flamand ou bas ! allemand ; mais il a été traduit en latin , et c'est I ainsi que nous Tavons. Sa réputation lui attira , i avec plusieurs personnes de marque de l'un et de l'autre sexe , une foule de docteurs , entre lesquels on vante sur-tout Jean Taulèrie (i). Ce pieux et savant dominicain l'avait en grande vénération ; et quoiqu'il fût bien plus grand théologien que B.usbroc, il disait avoir beaucoup avancé auprès de lui dans la science de la vie contemplative : ce qui n'empêcha point que ces ouvrages de mysticité n'excitassent encore beaucoup de rumeurs et d'altercations.
Mais le régime et les privilèges des ordres mendians occasionnèrent alors des disputes beaucoup phis sérieuses. Richard Fisraud , c'est-à-dire , fils de Raoul , archevêque d'Armargh et primat d'Irlande , après s'être déclaré contre eux dans son île , passa dans celle d'Angleterre , où déjà ils étaient attaqués par le clergé (2). Il fut invité à
(1) Raîn. an i355 , n. 38. | (-î) Valsing. p, i^S. Vading,
|an 1357 , n. 3.
DE l' Eglise. igx
prêcher à Saînt-Paul de Londres , et publia ses senti* mens avec liberté. Cette démarche d'un prélat commis en quelque sorte par le clergé britannique, illustré depuis long-temps par sa doctrine dont il avait donné des preuves étant chancelier de l'université d'Oxford, doué de vertus si recommanda?bles , que sa mémoire est encore ^ vénération à Dundaie, lieu de sa naissance; un pareil éclat mit en mouvement tous les frères mineurs de la Grande- Bretagne , et le gardien du couvent d'Armargh traduisit rarchevêque au tribunal du souverain pontife.
Richard entreprit sans hésiter le voyage d'Avignon , et se présenta au consistoire , où il plaida lui-même sa cause. Il rendit un cobipte exact de ce qu'il avait avancé dans sept ou huit sermons , et le réduisit à deux chefs principaux , savoir , la mendicité des frères mineurs , et l'usage où ils étaient d'administrer la confession , la prédication et la sépulture au commun des fidèles. Or, raô voici tout prêt , reprit-il , à soutenir à ce sujet tout ce que ]'ai dit en chaire. Entrant aussitôt en preuve : J'ai prétendu , saint père , ajouta-t-îl , et je prétends encore que les frères mineurs vont au delà de leur règle , par leur manière de pratiquer la mendicité volontaire et perpétuelle ; que personne , même suivant les maximes de la piété let de la discrétion chrétienne , ne peut s'engager à cette sorte d'ob-r. servance , parce que Jesus-Ghrist , bien que toujours pauvre durant sa vie mortelle , na jamais mendié volontairement, et loin d'y engager personne , a enseigné qu'on ne le doit pas faire. Gette dernière proposition , donnée en preuve, avait sans doute besoin d'être prouvée elle-même : ce que Richard fait d'une manière plus subtile que solide , sans réfléchir qu'il lui suffisait de s'en tenir à la négative , touchant l'exemple de l'enseignement du Sauveur par rapport à la mendicité volontaire , puisqu'il était impossible de le prouver. Il raisonne plus conséquemmcnt ; quand, du testament de
Bb 4
rSpa Histoire
saint François qni commande expressément le trori \si\\ , il conflut que ses enfans ne doivent pas se faire un u^iage liabitiiei et invariable de mendier. Quant à la confe&sion , il avanci; qu'il est plus sûr et plus ulile à chacun de la faire à son curé qu'aux fi-ères mendians, et il entreprend de le prouver ainsi : Je pense , dit-il , avoir par an daos mon diocèse enviion deux mille excunimuniés :
► or , il s'en présente à peine quanmte , soit à moi , soil à mes pénitenciers, et tous reçoivent les sacremens. La persuasion commune , c'est qu'ils sont absous par les frères, qu'on accuse de subvenir à Jeur pauTietë par les confossinns, et de n'imposer pour pénitence que des aumônes à leur profit- En effet , a-t-on jamais oui dire qu'ils aient imposé quelques dons relatifs au bien public, par exemple à la réparation d'une église paroissiale, à la cod!^ trnclion d'un pont ou d'un chemin (jui y conduise? Leur inlérôl propre au contraire est si concentré, est tellement exclusif, que chacun d'eus, ne pense
Î[u'à son ordre , et qu'une aumône appliquée aux i'ères prêdieui-s par les fières mineurs est encore un trait d'édiBcation à désirer. Mais depuis que les lins et les autres ont obienu le privilège de confesser , dc! prêcher, de donner la sépulture, au lieu de leurs anciennes et modestes retraites , ila ont élevé des monastères semblables à des palais , et se sont procuré des coramodilés inconnues à leurs pères. Un autre inconvénient qui pour le clergé résulte des privilèges demandés par les frères mineurs contre la défense expresse de saint François, c'est qu'ils se sont emparés de la conscience de la plupart des jeunes gens. Soit dans les universités , soit même dans le sein des familles , iU les gagnent par de petits présens et par mille artîiîcds , pour les faire entrer dans leur ordre : après
tqiioi , ils ne leur permettent plus de sortir , pas même de parler sans témoins à leurs plus procnes parens , jusqu à ce qu'ils aient fait prolession i uiaiiégequi délouvne les pères d'envoyer leurs Cttj J
bel' E g lise. 393
fans aux études , qui fait déserter les écoles , et cause aux sciences un dommage inconcevable. Dans ma jeunesse, Oxford comptait encore trente mille étndians : il ne s'y en trouve pas six mille aujourd'hui.
Cependant , tout vif antagoniste q#B Farchevê^ que d'Armargh se montrait dej^ religieux mendians, comme il était solidement pieux et d'une doctrine irréprochable , il déclara qu'il ne demandait point la suppression de ces ordres , mais seulement qu'on les réduisit à la pureté de leur institution. ^I1 s'ef-r força même de faire voir , que dans tout ce qu'il avait allégué, il n'y avait rien de contraire aux bulles que les papes avaient publiées en leur faveur.
Ce grand procès , après un an de durée en cour de Rome , n y fut pas encore jugé définitivement. Le pape Innocent crut ne devoir donner qu'une bulle provisionnelle^ qu'il adressa ad corps épiscopal de la Grande-!B<'elagne , et qui défendait pen-* dant le cours de cette sinsta^ce de troubler les fjcM-es mendians dans la possession de confesser, d(^ prêcher, d'enterrer, et de recevoir de s aumônes.^ L'affaire traînant ainsi en longueur, et le repré-»sentant des évêques d'Angleterre n'en recevant plus les secours qu'ils lui avaient promis , il fut obligé d'en abandonner la poursuite. H se retira aux Pays-Bas , apparemment pour retourner cbea Ini , et mourut à Mons en Uainaut. Cependant les fi ères mendians obtinrent la confirmation de leurs privilèges, au moyen de l'argent qu ils répandirent dans la cour ponti6cale , selon Thomas Yalsin-^ gan , auteur anglais et contemporain , mais religieux bénédictin, pçu favorable aux mendians, et d'ailleurs fort enclio à la satire.
Ces imputations et ces démêlés n'empêchèrent pas que deux princes de maison royale n'entrassent alors en des ordres mendians (i;. Pierre, infant
(i) Vit. PP. t. i , p. 34^. Vading, an. i358. ,11. 1,2,
II I s T o I n ; (l'Arngon, fils du roi Jacaiies II et de Bïanclie Je Sicile , jiouivu du comté de Ribargnrça , et marié depuis plusieurs années à Jeanne de Foix donl Jt ■eut quatre enfans , avait déjà signalé sa piété en fondant pi'ês deTarr^oneuD bôpiLal fameux qu'on nomma l'hôpital du prince. Sa femrae étant venue à mourir, il renonça aux grandeurs du monde ,
frartagea ses biens entre ses trois fils , et entra chez es frères mineurs à Valence. Il ohtint dispense du pape , pour faire profession avant que l'année du noviciat fût accomplie. La cérémonie s'en fit aTec autant d'édification que de solennité , en présence d'une noblesse nombreuse. Il vécut encore au moins vingt ans depuis , avec une persévérance et une régidarité qui nese démentirent jamais.
Charles , comte d'AJençon , fils d'un frère de Philippe de Valois et cousin germain du roi Jean, embrassa dès sa jeunesse finstitut des frères prêcheurs. Son père, nommé Charles aussi-bien que lui, ayant été tué à la malUeurcuse aifaire deCréci, Marie d'Espagne, sa mère, fut d'autant plus affligée de la résolution du jeune prince , qu'il était faîne de sa famille. Elle écrivit au pape (i), et lui représenta, comme au père commun des chrétiens, les malheurs auxquels la retraite du comte exposait ses domaines et ses .vassaux , vu les troubles qui infestaient sur-tout ces contrées. Innocent fit, examiner la vocation du jeune prince, afin de l'en détourner ai c'était une légt reté de son âge , mais aussi pour l'y confirmer si elle était solide. Elle fut sans doute approuvée, puisqu'il y persévéra. On réleva dans la suite sur le siège archiépiscopal de Lyon, où, contre les entreprises des prim même de son sang , il soutint les droits de son égli avec une fermeté digne de son auguste origine.
Le pape Innocent , avec les domaines de l'égl usurpés ou dévastés de toute part , ne pouvant fournir à l'entretien et aux charges de Sti dignité ,
[i) Brov. an. i339, n i^.
DE l' E G L I S É. SgS
imagina de lever le dixième de(nier sur tous les revenus ecclésiastiques de l'Allemagne (i). A la nouvelle de cette exaction inouie , le clergé des métropoles de la première Germanie , Mayence , Trêves et Cologne, avec différens abbés, se rassembla précipitamment , et tout d'une voix conclut à ne rien accorder. Ils écrivirent aussitôt après aux autres provinces de la nation , dont ils attirèrent à leur sentiment tous les prélats , tous les ecclésiastiques et tous les moines. L'empereur Charles , de son côté , s'empressa de convoquer à Mayence tous les princes de l'empire avec les hommes les plus doctes , afin de s'opposer elFicacement à une entrer prise de cette conséquence.
Conrad d'Alzeïa , chancelier du comte palatin , eut charge de parler pour le clergé , et. dit en substance : Arrêtons à son principe le mal tèul nouveau qui se déborde sur nous , et repoussons au moins cette partie du joug accablant et honteux que l'on nous impose. Assez et trop long- temps les Romains ont regardé l'Allemagne comme une mine d'or , pour l'épuisement de laquelle ils ne cessent d'inventer des manipulations de toute espèce.. Que nous donnent-ils en échange, sinon du papier et des paroles ? La cour de Rome est un grouffre où vont se perdre toutes nos richesses. Des ruisseaux d'or et d'argent y afHuent sans cesse d'Allemagne, dirai-ie pour l'impétration ou pour l'achat des bénéfices , pour la confirmation des prélats , pout la poursuite des procès , pour les appellations mul- ! lipliées à Tinfini , pour les dispenses , pour les absolutions , pour les indulgences , pour les privilèges , en un mot, pour des servitudes sans nombre décorées du beau nom de grâces. De toute antiquité , les métropolitains ont confirmé l'élection des évéques leurs sufFragans : Jean XXII , dans notre âge , les a violemment dépouillés de ce droit. Pi'est-ce point assez pour ses successeurs , que la
(i) 2 Vit. Inn.^pag. 35o. Chron. Hirs. p. 234«
n I s T O I n E collation de lous les bèD(»Iices PSouffrirons-nous qu'ils en ravissent encore les fruits à ceux qui eu ont lonle la charge ?
Ce début emporte' monta presque sur le même ton renipereiir et les "tancls. Le lendemain ils appelèrent Philippe de Cahassole , évêque de Ca- ■ïaillon , charge de celte l飻rition épineuse, et lui tlirent sèchement, que jamais le clei-gé n'entendrait 3 une imposition aussi étrange. On ajouta que l'empereur était sur-lout indigné de ce que le pape s'adressait pour cela aux Allemands plutôt qu aux autres nations. Ce prince , prenant lui-même la
Erole avec chaleur : Seif^neur évèque , dil-il au jat , d'où vient que le pape demande au clergé tant d'argent, et ne stinge pointa le réformer? Vous •toyez comment ils vivent; vous voyez leur hauteur, leur luxe , leur faste insolent.
En parlant ainsi , il fixait les ■\'eu\ sur Conrad de Falqueslein. , chanoine de Mavence , qui durant le schisme de cette église avait été coadjuteiir de l'archevêque Henri de Busman. Il s'approcha du chanoine , lui prit sur la tête un chaperon magnifique , orné d'or et de pierreries , lui donna le sien |ui n'était que d'un simple drap , et mettant celui ieConrad sur sa propre tête : Que vous en semble, dit-il aux assistans? avec ce chaperon , ne suis-je pas plus semblable à un chevalier qu'à un ecclésiaslique?Puis reprenant son chaperon et un air de sévérité , il dit à l'archevêque Gerlac : Nous vous ordonnons , par la foi que vous nous devez , de réformer votre clergé suivant tes canons. S'il est des rebelles et des réfractaires , vous saisirez les fruits de leurs bénéfices au profit du fisc , et , s'il en est besoin , vous userez contre eux de la prison. Charles donna le même ordre au\ autres évèques, et usant de la constance nécessaire contre des abus invétérés , après la diète , Jl écrivit encore aux prélats , dont il menaça de punir la négligence , en mettant les revenus ecclésiastiques en séquestre dant. la niaia^ des princes laïques.
Ces idées de séquestre se présentèrent au pape comme un renversement de la dignité de Téglise et des libertés ecclésiastiques. Il écrivit à l'empereur qu'il louait son zèle; mais qu'il tremblait en même temps que les effets ne répondissent point à la droiture de ses inlen lions; qu*au lieu de raenacesct d'entreprises de la part des séculiers contre l'ordre clérical , il fallait exciter les prélats qu'on y jugerait les plus propres à faire leur devoir contre Je clergé^ et qu'ils le feraient avec succès , qnand ils seraient secondés par la puissance qui doit appuyer leurs droits , non. pas les exercer (i). Le pape s'efforça aussitôt de réveiller le zèle des premiers prélats , et écrivit en ces termes aux'archevêques de Mayence, de Trêves, de Cologne, de Brème et de Sallzbourg: Il nous est revenu depuis peu , que dans vos provinces quelques ecclésiastiques, et même des évêques , oublient la sainte prééminence de leur état , pour prendre des moeurs séculières; qu'ils partici^ penl aux joutes , aux tournois et aux autres exercices militaires ; qu'ils montrent dans leur train ^ dans leurs vêtemens, jusque dans leur chaussure, un faste qui leur est interdit, et dissipent ainsi le patrimoine de l'église et des pauvres , au grand scandale de tout le monde. Ç est pourquoi nous vous conjurons et vous ordonnons tout à la fois de réprimer ces abus dans tous les ecclésiastiques , de quelque rang et de quelque dignité qu'ils soient , et de les faire vivre suivant la gravité et la modestie de leur profession. Enjoignez aux évêques vos suffragans de veiller de même sur la conduite des clercs qui leur sont soumis. Ces dérèglemens du clergé d'Allemagne provenaient du schisme de Louis de Bavière , et de ses longs démêlés avec les papes : tant il importe à l'une et à l'autre puissance d éviter une rupture dont elles doivent toutes deux avoir si long-temps à gémir.
Quant à la demande pécuniaire d'Innocent VI,
(i) Rain. an. rSSg , n. ii.
rannce suivanle , renouvela les alarmes i
para pape
Pour comble iVinforliine, la peste qui avaitcléjâ dévaslù Avignon , y repritavec tant de violence , que depuis le jour de Pàque 28 Mars , jusqu'à la saint Jacques aS Juillet, il mourut environ dixsept mille personnes. De ce nombre furent cent évèques et neuf cardinaux , entr'autres Pierre Bertrand , évêque d'Ostie , et chef de la croisade contre les compagnons. Pour réparer cette perte , le pape Bl une promotion de huit cardinaux , tous français san^ exception. Quelques années aiipara- Tant, il avaitdejà créé six cardinaux , dont quatre français , un italien et un catalan.
L'année suivante i3G3 , Innocent VI, consumé de vieillesse j de soucis et de maladies , mourut le 12 de Septembre, après neuf ans et près de sept mois de pontificat. Son coips fut déposé dans la cathédrale d'Avij^non, puislvansféréà la chartreuse de Villeneuve qu'il avait fondée. Pontife de vie exemplaire . observateur toujours exact de la justice, sévère quelquefois , inflexible même quand le danger du scandaiff le requérait , d'une chaiité à laquelle on fit le reprocue glorieux d'aller jusqu'à 1 excès , zélé pour les intérêts de l'église, ami des sciences et des savans, en un mot, exempt de toute tache , s'il n'eût marque un peu trop d'empressement pour élever ses proches aux dignités ecclésiastiques, dont la plupart néanmoins se montrèrent dignes etremplirentsoigneusemenllea devoirs : plus louable en ce point , comme à bien d'autres égards, que son prédécesseur , il ne peut êire éclipsé que par le vif et pur éclat de toutes les vertus que son successeur sut réunir.
Ce digne pontife, qui prit le nom d Urbain V , pour s'animer à ressembler aux papes de ce nom , tou^ distingués par la sainteté de leur vie , ne fut pas tiré du sacré collège, qui ne inanqjtail pas cependant de sujets propres a remplir la chaire apostolique
DE l' E G L I SE. 4^1
apostolique (i). Les cardinaux s'étant assemblés en conclave au nombre de vingt , après les tunérailles du feu pape et le deuil de la cour romaine , c'esIP^àdire , au bout de dix jours, dix-neuf voix tombèrent d'abord sur l'un d'entr'eux que l'histoire ne nomme point , comme pour seconder les vœux de cet humble prélat , qui ne respirait que l'amour d'une sainte obscurité , et qui opposa une résistance invincible à son élévation. Après lui , difFé* rens cardinaux eurent successivement un assez bon nombre de suffrages ^ mais insuffisant pour une élection conforme à toute la teneur des lois. Enfin les électeurs portèrent leurs vues sur l'abbé de Saint-Victor de Marseille, Guillaume de Grimoard, fils d'un seigneur du Gévaudan , et alors nonce apostolique en Sicile. Onl'élut pape le 28 Octobre, et on l'envoya aussitôt chercher , sous prétexte de quelque affaire importante qu'on avait à lui com« muniquer ; car on tenait l'élection secrète, dans la crainte qu'il ne vînt encore à refuser le pontificat , ou que les Italiens , s'ils apprenaient qu'il fut pape , ne le retinssent cliez eux. Il donna son consenlement sans difficulté , dans l'espérance de bientôt rétablir Le saint siège à Rome. Il avait cet objet tellement à coeur , qu'à la première nouvelle de la mort de son prédécesseur qu'il apprit à Florence, tandis qu'il n imaginait nullement devoir le remplacer , il dit que si le pape futur retournait à sa résidence naturelle, il serait content de mourir le lendemain.
Il entra secrètement à Avignon, deux jours après que son élection lui eut été notifiée , et le lendemain 3i d'Octobre , elle fut rendue publique. Le 6 du mois suivant qui était un dimanche, il fut sacré et couronné par le cardinal de Maguelone , évêque d'Ostie. Il ne voulut point faire la cavalcade accoutumée, quoique tout fût préparé pour cela, tant par aversion du faste, que parce qu'il regar-
1 ■■ noit
(1) Vit. Pap. p. 399 et seq.
. Tome FIL Ce
peu pai init la
ro r K E
daît la (lignilc pontiCcaie corome exilée en deçà des mon Is. L'ei^llse d'Avignon n'avait pointeud'é- Tcque sons les deux derniers papes , qui la tenaient en réserve pour jouir de ses revenus, et la pouvernaient par desi^rands vicaires ; le pape Urbain la remit en règle , et en pourvut son frère Anglic y Vertueux clianoine régulier de la congrégation de Saint-Riif.
Cependant le roi Jean, délivré depuis deux ans de sa prison d'Angleterre , partit de Paris pour venir voir le nouveau pape , et visiter en pas><ant le duché de Bourgogne , qui lui était échu depuis par la mort de Philippe de Rouvre , en qui i première branche des ducs de Bourgogne jssue du roi Robert. Après avoir rendu ses deVoirs au vicaire de Jesns-Christ , comme il apprit que le roi de Chypre , Pierre de Lusignan , devait arri- Ter à Avignon, il y prolongea son séjour, aCn de se rencontrer avec un prince si renommé pour ses exploits contreles Sarrasins , et tout nouvellement parla prise de la ville d'Attalie en Painpliilie. Pierre de Lusignan arriva le mercredi 2») Mars i363 , et le vendredi saint le pape ofllcia dans sa chapelle , où il fit un discours de grande édifiration , en présence des deux rois. Alors celui de France déclarant la résolution qu'il avait formée depuis queiqne temps, mais en secret, pria le pape de lui donner la croix pour le passage d oui renier, ce (]Lie le pontife lui accorda volontiers. Rien ne pouvait flatter davantage le roi de Cli\|>re
i n'était venu qn'à dessein de réveiller la valei .es Occidentaux contre les infidèles du Lew "*
cardinal de Pérîgord et q
ntité de
rent l'exemple du roi Jean, Le pape pfl croisade, donna des ordres et prit di
un passage gei
iéral , en fit chef le roi Jean , eP
le cardinal de Périgord. Tous ces mouvemensï produisirent qu'un surcroit d'infortune pof chrétiens d'Egjple et de S; '" '" '
mal , avertis d' sombre
reterentei et tourmentèrent cruellement.
e ces preparuli
La cix>isafle éprouYa d'abord un grand obstacle 1 de la pai't de Bernabo ou Barnabe , tjian du Mi- J lanez. Ce jeun^ seigneur, ambitieux, uaturelle? ment em])Oi't(ï , d'ailleurs fort aigri par les poursuites et les censures ecclésiastiques, se faisait gloire d'enfreindi-e toutes le* règles de ta religion et de lav décence, et mettait en combustion Tltatie entière.- Il ne connaissait d'autres lots({ue sa volante , et ne rougissait pas de dire tju'il etai t seigneur, empereur el pape dans toutes ses terres. Il y fit défendre à cri public, sous peine du feu, d'aller solliciter des grâces auprèsdu papeou du légat d'Italie, de leur donner aide ou conseil , et de leur satisfaire pour, dettes. Il contraignit un prêtre de Parmeà monter sur une tour , et à prononcer anathème contre le souverain pontife et le sacré collège. D'autres eo* clésiasliques et des religieux fiirent tourmenta sur le chevalet; il en fit brûler quelques-uns dani une cage de fer ; un frère mineur , en vénératioa pour sa vertu , eut les oreilles percées d'un feifl chaud (i)< '
Ces excès ne firent pas le seul malheur de quel-* ques particuliers, et ne se tinrent pas même reU'» fermes dans le ducbé de Milan ; Bernabo s'empar4 de Bologne , ou plutôt se rendit fauteur de la re-' betlion des Bolonais , qui s'étaient soustraits dâ nouveau à l'obéissance du pape, Il prit encore d<! vive force différentes places et plusieurs château de l'église. Ainsi l'on vit se former deux partis dont 1 un par l'emp Ire par l'ascendanj gèrent toute l'ItaM autre entreprise.* qu'on prêcha la C tre lesei"neur de
Eoint à des moje:
i négociation , e, d'abord égalema
Histoire du roi Jpan qui s'intéressait pour eux comme beao père (le Galcas , frère de Maltliieu el de Bernabo , ne furent pas mieux écoules que ceux du roi de C!i\pre. Ils se rebnièrent liiérue les premiers , el se retirèi-ent fort méconleus, sans avoir pu rien faire.
Jjes ambassadeurs de Cliypie, qui élaient le saint archevêque Pierre-Thomas elle chancelier Philippe de Maizièrea, doué de ver lus presque égales à celles du saint, eurent plus de persévérance. Le ciel réservai ta celle constance et au charme delà vertu, ce que tout le poids de la puissance n'avait pu ohlenir. Deux jours après le départ des Français , Bernabo envoya chercher les ministres de Chypre. Il les conduisit dans un appartement retiré, les fit asseoir , B^assit entre leS deux , prit uu air serein , des manières ouvertes, et leur dit d'un ton engageant : Maintenant parlez-moi de la paix en toute assurance , et me dites librement tout ce que vous
Fensez. Le saint archevêque parla du respect dû à église , des avanlnges de la paix et des horreurs de la guerre, avec une force et des grâces plus propres à un esprit céleste qu'à un simple mortel. Quand il eut fini , Bernabo parut quelque temps, absorbé dans les plus profondes réflexions ; pui"' Jetant un grand soupir : C'en est fait , s'écria-t-H je veux absolument avoir la paix avec L'église désormais je lui serai inviolablement soumis. Prodige inconcevable ! s'écrie là-dessus le cliancelier de Maizières , auteur de la vie du bienheureux Thomas; ce prince , poussé dune espèce de rage contre Téglise , ce flambeau de la discorde parmi les chrétiens, ce monstre qui ne se complaisait qu'à dévaster l'héritage du Seigneur, quis'abrea- . Tait du sang des saints, qui avait pris a lâche d'anéanlirlafoi catholique, qui ne craignait ni Dieu ni les hommes, qui bravait le pouvoir de l'empereui* et de tous les rois de la chrétienté , vaincu tout à coup par les paroles d'un prêtre , devint
fénilent , et le plus respectueux des ei église.
Ce changement inespéré facililait sans doute la croisade d'outre- mer ; mais la mort du roi Jeaa ui en était le chef, et celle du légat, ou du carinal de Périgord, firent aussitôt échouer ces espérances. Le roi , par une droiture conforme à son caractère , mais si éloignée des mœurs communes, qu'on a cru ne pouvoir expliquer sa démarche que par une imputation romanesque , avait repassé en Angleterre, pour léparer la faute du duc d'Anjou son fils , qui s'él.ait échappé de Calais , où les Anglais le laissaient prisonnier sur sa bonne foi : abus de confiance inexcusable au jugemeit du roi son
Eère , qui tenait pour maxime, que la fidélité annie de l'univers , devrait se rel^rouver dans le cœur des princes. Jean tomba malade au mois de. Mars, et mourut à Lêndres le 8 Avril i364 > emportant les regrets de tous les Anglais justes estimateurs des hautes vertus , et singulièrement flattés de voir dans un roi si long- temps leur ennemi y tant de confiance à se remettre entre leurs mains. Il eut pour successeur son fils aîné , duc de Normandie et dauphin, Charles cinquième du nom , surnommé le Sage.
A la place du cardinal de Périgord , le pape commit à saint Pierre-Thomas la légation de la croisade, lui donna le titre de^patriarche deConstantinople, et lui assigna dix florins par jour, outre les revenus des églises de Coron et de Négrepont. Quant à la dignilé de capitaine général pour la guerre sainte , quelque temps'apres la mort du roi Jean , le pape la conféra au roi de Chypre, qui était allé d'Avignon vers l'empereur et les autres princes d'Occident , afin de les intéresser pareillement à son entreprise. Il s'était déjà rencontré dans cette ville avec le roi deDanemarck, Valdemarîil, qui était venu visiter le pape Urbain au commencement de son pontificat , et qui s'était croisé à l'exemple du roi ae France. Au printemps de l'année x365, l'empereur Charles vînt aussi a Avignon avec une quantité de noblesse d'Allemagne et d'ailleurs. On
Ce *?>
'4oS Histoire
V vit , dii royguine de France , le (lac d'AnjOn ' frère du nouveau rbi , avec one suite nombreuse de seigneurs et (le prélats distingués. On conféra fort au Ion" sur le recouvrement de la Terre- Sainte , sur Tes moyens d abaisser les infidèles , sur les secours d'hommes, de vivres, d'argent, et notamment sur les ressources qu'on pouvait li des compagnies blanches , en fes faisant marche.! de gré ou de forcé , par terre ou par mer, conti les ennemis du nom chrétien.
Tous les conseils ne produisirent que des pi jets. Le roi 9e Chypre revint à la cour du pape sans avoir avancé davantage ses affaires , en visitant tous les princes de TEurope. Le saint patriarche de Conslantinople avait travaillé avec un peu plus de succès , à Venise , lieu ftiarqué pour rembarquement, où il s'était rendu ponclucllement an terme prescrit, c'est-à-dire, au mois de Mars i365. Il y avait rassemblé une certaine quantité de noblesse , avec un asscit grand nombre de combattans ordinaires, qui prirent la croix , et attendirent avec lui le roi de Chypre, jusqu'au temps marqué pour le départ. Mais ce prince n'étant arrivé qu'après l'expiration de ce terme , la ferveur des croisés s'était amortie, et ces troupes inconstantes s'étaient dissipées.
Ainsi abandonnés de toute» les puissances, le général et le légat de la croisade ne s'abandonnèrent point eux-mêmes. Pierre de Lusignan , ré-luîl à partir de Venise avec deifx galères et le peu de troupes qu'il avait pu ramasser à ses dépens, alla débarquer à Rhodes , où cent chevaliers s'attachèrent d'abord à sa fortune. Bientôt le prince d'Anlioche, son frèi-e ,qu'ilavail laissé régent en Chypre, lui en amena des troupes assez nombreuses , pour former,aveclepeu qu'il avait déjà, dix mille hommes d'infanterie, et quatorze cents de cavalerie. La flotte était de près de cent voiles , tant galères qu'autres bàiimens.
Eu attendant le départ , le saint légat s'eflbra
DE l' E G L t S B, 4^7
d'attirer les bénédictions du Seigneur, en bannissant de Farmée la dissolution des moeurs , en purifiant les consciences , en excitant dans tous les cœurs les sentimens de la religion et de !a pîété.' Il était sans cesse occupé à prêcher , à confesser,' à donner de bons conseils , souvent à exhorter ua simple soldat ou un matelot , à consoler un malade 5 a célébrer des messes, et à faire d'autres prières ferventes pour le succès de l'entreprise. A peine se donnait-il le lemps^ de prendre un peu de sommeil et de nourriture. Quelques joui^ avant de mettre à la voile , il y eut une communion générale .dans l'armée : le roi et les seigneurs donnèrent ' l'exemple , et communièrent de la main du légat* Des pécheurs qui ne s'étaient pas confessés depuis -dix , quinze et vingt ans , le firent alors avec des marques npn équivoques de pénitence. Plusieurs,' qui n'avaient pris la croix que par légèreté , par vanité , par intérêt , et dans la seule espérance des Jbienfaits du roi , reprirent des sentimens plus dignes de l'œuvre sainte pour laquelle ils prodiguaient leur sang. Au moment de lever les ancres , le légat , accompagné de tous les ecclésiastiques de l'armée , monta sur la galère du roi , se plaça au lieu le plus élevé , et , à la vue de tout le monde ,' prononça une prière attendrissante , bénissant les personnes et les armes , les vaisseaux et la mer/ et sollicitant les secours du Seigneur contre le^ blasphémateurs de son nom.
Quand on fui en pleine mer, le roi déclara la résolution qu'il avait prise, dans un conseil secret, de marcher à Alexandrie. On y arriva au bout de quatre jours de navigation , le 2 d'Octobre de cette année i365. Quoiqu'il ne fût qu'environ midi j on remit la descente au lendemain , pour la faire en meilleur ordre. Cependant les Sarrasins se rassemblèrent en une multitude innombrable , s'avancèrent en bataille sur le rivage à la vue de l'armée chrétienne, et y passèrent la nuit. Le lendemain ^ après une faible résistance ; ils s'enfuirent
Ce 4
dans la TÎÎIe , el iptire le feu aux pi
I s T o I K B j enfpinièrent
puis voyant* > et ct-dant à l'effroî que
chafjue iiisinnt reiloublait, ils abandonnèrent leurs -remparts, leurs tours, la principale enceinte de la ville , et se réfdyîèrtTit presque tous à Babjlone , c'est-a-d ire, au Grand-Caire. Ainsi fut prise Alexandrie , après un combat d'une lieiire , où il ne périt pas un seni chrétien. On trouva dans la ville une quantité de musulmans morts des traits d'arbalète et des tlèches tirées du dehors.
La suite ne répondit pointàonsi heureux commencement. L'ennemi tenant encore une partie de la ville , séparée dn reste par un bras du Nil , la plupart des commandans chrétiens , particulièrement ceux d'Angleterre et de Rhodes , furent d'avis qu'on ne pourrait conserver avec si peu de monde une place immense que les barbares , remis de leur première terreur, ne tarderaient point à revenir accabler de toutes leurs forces. Le roi et le légat étaient inconsolables de cette pusillanimité, .<jui leur partit injurieuse au Tout-puissant , dont les premiers elFets d'une protection si éclatante ne devaient inspirer que la confiance. Ils furent contraint de céder au torrent , et Alexandrie fut abandonnée , quatre jours après une conquête qui en devait procurer tant d'autres. Tout le fruit s'en réduisit au butin, qui , à la vérité, fut inestimable. On en remporta des richesses immenses , en arf^ent monnoyé, en meubles également curieux et précieux , et sni'-tont en étolf'es d'or et de soie , dont la matière faisait le moindre prix, et qui se trou valent en tassées sans nombre dans cet te ville opulente, le centre de l'industrie et l'entrepôt général du commerce de tout l'Orient.
Les croisés reportèrent leur butin en Chypre, où le bienheureux Pierre Thomas tomba malade à Famagouste , et eut connaissance de sa dernière heuie. Il s'y prépara avec fa même componction et la même humilité que s'il n'eût encore rien fait L pour Icciel. Tous ses momens étaient marqués par
DE L^ Eglise. 4^
nn redoublement de ferveur , et par la pratique des plus excellentes vertus. Il se fit étendre par terre , revêtu d'un sac et la corde au cou , pour demander, pardon à tous les assistans , et recevoir les derniers sacremens de l'église. Cependant , et quoiqu'il n'eût plus qu'un souffle de vie , il dit qu'il ne pouvait partir de ce monde sans avoir vu son cher disciple le chancelier Philippe de Maizières, qu'il avait mandé de Nicosie. Le chancelier arriva : le saint reprit ses forces , lui communiqua ses dernières vues pour le bien de la religion , avec autant dé présence d'esprit que s'il eût été en pleine santé : puis il entra dans une douce agonie , et rendit tranquillement son ame à son Créateur , le. jour de TEpiphanie i366. Quoiqu'il n'ait pas été canonisé selon les formes ordinaires , les religieux de son ordre font sa fête le 29 Janvier , et la congrégation des rites a confirmé cet usage. Il est même honoré comme martyr , parce qu'il avait été blessé à la prise d'Alexandrie , et que cette blessure fut la première cause de sa mort.
La conquête de cette ville, quoique si vite abandonnée j ne laissa. pas de causer une chaude alarme à Schaaban , fils de Hosain , sultan d'Egypte. C'était le vingt - deuxième des Mammelus , qui toutefois ne régnaient que depuis cent et quelques» années. Malgré tous les désordres des états chrétiens , on n'y vit jamais des révolutions aussi multipliées, ni aussi sanglantes. Schaaban, couronné à l'âge de dix ans, fut étranglé à Tâge de vingtquatre. Les musulmans .d'Egypte se liguèrent ce- Î)endant avec les Turcs , afin de chasser du levant e roi de Chypre et les chevaliers de Rhodes , c'està-dire , les moteurs principaux de l'jexpédilioa d'Alexandrie ; ce qui causa les plus cruels soucis au pape Urbain. Il mit tout en oeuvre pour empêcher une invasion qui eût fait évanouir à jamais l'espérance de i^ecouvrer la Terre-Sainte.
On avait déjà formé , comme ou l'a vu , le dessein de tourner contre les ennemis du nom chré-
Histoihe tien , ces ennemis de tout ordre pntlic , qoî , son* le nom de compagnons , continuaient à dévaster nos plus belles provinces. La mort de Charles de Blois , époux de la comtesse de Penlliièvre, sembla d'abord ramener la paix en France, en faisant ' cesser le plus grand obstacle qu'éprouvât la comtesse de Montfort dans ses prétentions sur le dnclié de Bretagne ; mais le calme de celte province écartée fit refluer les attentats et les troubles au centre du royaume, avec les troupes congédiées de part et d'antre. Elles furent un nouveau renfort pour ces terribles compagnies qui bravaient toute puissance légitime.
Au milieu de ces horreurs , nous pouvons nénojnoins reposer nos veux sur un objet d'autant plus digne de la foi chrétienne , <|ue ton tes les passions humaines concouraient à l'étouiFer. Charles, ûls de Louis de Chalillon , comte de Blois , trouva sa sanctilication dans les guerres intestines et les factions elFrénées qui pervertissaient presque tous les princes (i). Il soutint une guerre de vingurois ans, pour défendre les droits de Jeanne son épouse, et toujours il désira d'y meltre fin , ou par un traité qui le privât d'une partie de ses prétentions, ou par un combat qui ne mît que sa personne en péril. Sans cesse il se reprochait avec amertume ce que les peuples souffraient à son occasion. Le fer même à la main, il observait à Tégard de son compétiteur , toutes les règles de la modération chrétienne et de la charité fraternelle. Dans l'usage ordinaire de la société, si quelqu'un de ses gens s'échappait en propos contre la maison de Montfort , il imposait rigoureusement silence : il s'en faisait en quelque sorte l'apologiste, et disait qu'elle croyait défendre ses droits , comme lui - même défendait les siens. Telle était en un mot la délicatesse de sa conscience, que ses partisans se plaignaient quelquefois d'avoir à leur tête un religieux plutôt qu'un duc.
(ij Loliin- Vies des SS. Brel. p. aOa et sctj.
D B l' E G L I SE.- 4^t
ïl eut éiï effet toutes les vertus et tous les senti*» mens des plus fervens religieux. Dès son enfance , on enrichit sa mémoire de ce que l'église a de plus touchant dans ses divins offices, et dès-lors il se fit une loi de réciter règlement ces prières , qu'il animait des grands sentimens de la crainte et de' l'amour du Seigneur. Il châtia sa chair avant qu'elle se révoltât contré l'esprit. Outre les jeûnes et les veilles , il s'adonna aux exercices de la mortification la plus étudiée. Il ne prenait son sommeil , qu'après avoir préparé son lit d'une manière à contraindre la nature jusque dans ce soulagement indispensable. Il prenait souvent de longues et sanglantes (liscîplines. Soiis Thermine et la cuirasse, à l'armée comme à la cour , il était couvert d'un cilice qu'il ceignait de coi^des à gros nœuds, pour le rendre plus rude. On l'en trouva encore revêtu sur le champ de bataille où il perdit la vie , et qui trahit ainsi l'humilité avec laquelle il prit toujours soin de dérober toutes ses vertus aux applaudissemens des hommes. Jamais ri ne se crut puissant que pour- soutenir les faibles et soulagei^ies malheureux. Son affection pour les pauvi*s s'était manifestée au premier moment qu'il avait eu le spectacle de la misère. Il en rassemblait des troupes dans son palais , et leur donnait lui-même à manger ; il les visilait dans les hôpitaux et dans leurs chaumières ; en plusieurs rencontres il se ddpouilla de ses vêtemens les plus précieux, dans l'empressement qu'il avait à les secourir.
Il ne se montra pas moins généreux pour tout ce qui concernait le bien de l'église et la majesté du service divin. Ses dons et ses fondations de piété sont sans nombre. Il contribuait infiniment de sa propre personne, à l'édification et à l'accroissenient du culte public. Chaque jour il entendait trois messes, dont l'une était célébrée solennellement. Le tumulte de la guerre , l'embarras des campemens , des marches et des contre-marches , ne lui paraissaient pas une raison suÛisante
H I s T o I n E pour manquer d'assister an moins une fois au satnt sacrifice. ToiiS les jours encore , outre l'office canonial , il recitait celui de la Vîcif^e. Les pèlerinages , aussi-bien que la multitude des prières vocales, disant loiijoiirs la dévotion du temps, il enchérit sur la pratique commune , et lit souvenl ces voyages de dévotion nu-pieds , dans les temps les plus rudes et par les chemins les plus difficiles. II s'approchait de la communion tous les mois et à chaque fête de quelque solennité. Quant à la confession , il avait tant de soin de conserver la pureté de son ame, qu'il venait régulièrement deuv fois la semaine. * effacer les moindres souillures dans ee bain SS^H lulaire. • ^*^
Les humiliations et les souffrances achevèrent de perfectionner de si éminentes vertus. Avant été vaincu et fait prisonnier en i347 , il fut transporté en Angleterre , et renfermé neuf ans entiers dans la tour de Londres. Il eut d'aboi-d à soulFrir toutes sortes d'outfages de la part des Anglais , qui , sans respect pour son rang , ne consultèrent que la féroci^ de leur caractère et de leur vengeance. Pendant le reste de sa captivité, il apprenait la nouvelle , tantôt d'une place enlevée à son parti , tantôt d'une bataille perdue, et de jour en jour la nrort funeste de quelques-unes des personnes qui lui étÂient les plus chères. Ce fut alors que le connétable Charles d'Espagne , son gendre , fut assassiné par les ordres-du roi de Navarre , et que cent mille florins d'or, envoyés pour sa propre rançon, furent engloutis pur Icstlots, avec le navire qui les portait. A toutes ces annonces accablantes, le saint duc répondait en levant les jeux an ciel: Que le Seigneur soit béni ! tout cela est pour noire hien. Délivré enfin de prison , comme il commençait a rétablir ses affaires , il fut pris dans un combat, malgré des prodiges de valeur, et massacré; brutalement. Il s'était préparé par la réception! de l'eucharistie , et mourut en se recommandan" au Seigneur, qui montra par desprodigeséclatans,^
DE L^ Eglise. 4^3
comïïien cette mort était précieuse à ses yeux. Sa canonisation ne fut empêchée que par les oppositions (le son concurrent au duché de' Bretagne , qui craignit de passer pour un usurpateur , si celui qu il en avait exclu était reconnu pour un • saint. Mais soixante témoins de l'éminence de ses vertus, et cinquante-huit du nombre et de l'éclat de ses miracles, parmi lesquels on comptait des résurrections de morts , forment une prpuve presque également satisfaisante de sa sainteté.
Le projet de faire marcher les compagnies en Orient n'ayant pas réussi , Henri ^ comte de Transtamare, frère naturel de Pierre le Cruel, roi de Castille , forma le dessein de s'en servir pour détrôner ce tyran et s'établir en sa placé. La cour de France avait trop d'intérêt à éloigner ces perturbateurs , pour ne pas seconder ce projet , sous le sage gouvernement du roi Charles V. C'est uniquement à ces deux mobiles, et non pas à l'influence de l'autorité pontificale, qu'on doit rapporter la déposition du roi Pierre IV, prince un iversellemcnl odieux à la vérité , mais toujours l'oint du Seigneur, et du nombre des puissances établies de Dieu. Ce fut dans ce coût que le vertueux pontife Urbain V en écrivit alors au roi d Aragon , conjure contre celui de Castille , témoignant une douleur extrême de voir la division entre les deux états chrétiens les plus florissans de l'Espagne (i). Il tint le même langage aux rois de Portugal et de Navarre , an prince de Galles , à la reine d'Aragon et au prince de Girone son fils aîné, qu'il suppliait d'employer leurs bons offices afin d'arrêter cette dissention funeste. Il est donc contraire à toute vraisemblance que le pape Urbain , comme le dit Froissart , écri- * vain souvent inexact , ait fourni à la rançon de Bertrand du Guesclin , prisonnier de l'anglais Ghandos de|)uis la bataille d'Auray , au moins à l'effet de le faire marcher , à la tête des compagnons ,
(i) Rain. au. i366, n. 3o.
4^^ HlSTOlUE
contre Pierre de Casiille. La suite de ce récit achè- "vera de dissiper les doutes à ce sujet.
Du Guesclin mis en liberté, alla trouver ces brigands, qui ne respiraient que la guerre et la violence, et leurlit une exhortation assortie à leur goût, pour les engager à marcher sur ses pas contre le tyran de l'Espagne , et de là contre les Maures. La franchise de son procède et le ton militaire de son zèle les persuadèrent en quelques momens. Ils s'avancèrent avec lui vers Avignon pour obtenir , et la mission du souverain pontife, et les moyens de k remplir. A leur approche , toute la cour pontificale éprouva des alarmes aussi vives qu'ils y en eussent jamais donne'. Le pape envoya un carainal pour les reconnaître et savoir ce qu'ils prétendaient. Toute leur réponse fut qu'il leur fallait de l'argent. Du Guesclin lui-même dit que les braves qvi'il commandait , allant , pour l'expiation de leurs fautes combattre les Maures de Grenade , exigeaient deux choses , savoir , une absolution générale , et deux cent mille francs ; qu'au reste on eût à les satisfaire promptement , si Ton voulait prévenir les désordres qui s'ensuivraient inévitablement de leur retard. Tandis même que le cardinal alla faire son rapport au pape , les compagnies commencèrentà piller la campagne. Le pape qui dé son palais vit emmener les bestiaux , enlever les grains et les fourrages , fit sans délai une somme de cent mille francs, par le moyen des riches bourgeois , trop contens de sauvera ce prix le reste de leurs possessions. Il envovta l'offrir à Bertrand du Guesclin avec une absolution , qui , à ce qu'on voit clairement par celte particularité seule ] ne pouvait être que celle des censures. Bertrand se contenta de cette somme ; mais sachant qu'on l'avait tirée des tourgeois , il ne voulut pas la recevoir , et la fit rendre à ceux qui l'avaient fournie. C'est au corps et an chef de Tordre ecclésiastique , dit-il , à porter le poids des subsides, dans une expédition qui ne tend qu'à l'exaltation de léglise. Il fallut dé^
fierer à un scrupule dont trente mille détermine's faisàientiine loi précise, et la cour romaine paya les cent mille francs (i).
Il est difficile, pour ne pas dire impossible , de concilier ce ton et ces procédés de Bertrand du Guesclin , avec le dessein supposé à Urbain Y de . détrôher le roi de Castille. Si ce pontife eût payé tout récemment la rançon d'un chevalier qui se piquait sur-toytde loyauté et de grandeur d'ame , celui-ci serait-il venu sur le champ mettre à contribution son libérateur, ou du moins l'eût-il fait avec cette personnalité qui parut tenir de l'injure et de la dérision ? Bertrand ne semblait aspirer qu'à combattre les Sarrasins , et ses (Compagnons attachèrent sur leurs habits de grandes cit>ix blanches ; mais ayant passé de Provence en Languedoc pour se joindre au roi d'Aragon , la feinte cessa , et l'on tourna tout à coup les armes de ces croisés prétendus contre le roi dom Pierre , qu'on leur représenta comme ennemi de Dieu et de l'église , allié des infidèles , infidèle lui-même , et formellement apostat.
Au milieu de tant d'inquiétudes et de tant d'îilarmes , le pape Urbain suivait toujours le projet qu'il avait formé de rétablir les mœurs et la discipline. I^abord il donna ses ordres, et pour la résidence des bénéficiers , et contre la pluralité des bénéfices ; puis il exigea que tous les clercs présentassent par écrit à leurs évêques un état des biens dont ils jouissaient ; qu'après lé mois ^ les évêques remissentà leurs métropolitains cette liste fermée et scellée , et qu'enfin les archevêqvies fis-* sent passer en cour de Rome , avec leurs propres registres , ceirx de leurs suffVagans (2). Mais le moyen que ce sage pontife trouva le plus propre et le seul efficace eontre les abus , ce fut de rétablir Tusage ancien et presque oublié de tenir les conciles provinciaux. Il adressa aux métropolitains • ■ ■' ■ ,- -- , .1 . III .. „
(i) Vie de Bcrt. c. 17. (2) Tom. xi , Conc. p. igSG.
4ijS Histoire
mie lettre circulaire, où il leur représenta que J'exariitude ancienne tles prélats à tenir ces saintes assemblées, avait oiaintcnu le bercail du Seigneur dans un ordre admirable, et precuré pendant lo!iij-temps le bien spirituel de l'état ecclésiasti^ que; mais depuis que la négligence des papes et des évèques avait interrompu celte coutume 'salutaire , le service divin tombait visiblement en décadence , la dévotion des peuples s'éteignait , les vices pullulaient de toute jiart , les immunités et les privilèges ecclésiastiques s'anéantissaient , les laïques maltraitaient le clergé , qui souffrait une perte notable jusque dans ses biens temporels. Le pape exbortai't enfin à célébrer au plutôL lea conciles , et enjoignait de rendre compte au saint siégi (le tout ce qu'on y aurait réglé (i).
En conséquence , on tint à Angers , pour la pn vince de Tours, un concile qui publia trente^ quatre articles de règlement (2}. Les premiers concernent les procédures ecclésiastiques, et montrent à quel point dans ces provinces tes clercs poussaient la chicane ; mais ils prouvent aussi combien ce désordre fut de tout temps contraire à l'esprit de l'église, qui prit de sages mesures pour le réprimer. Les statuts suivant regardent en grand nombre les exceptions et les immunités des églises, sans oublier néanmoins ia réforme et le solide règlement des mœurs cléricales.
On défendit aux ecclésiastiques toute apparence de faste et de vanité dans les vêlemens, tous les ornemens qui les rendaient semblables aux gens du monde, et notamment les babits trop courts. II est dit qu'ils doivent leur couvrir au moins le genou , et n'être point ouverts par «le baut. Les moines de saint Ëenolt doivent porter des robes longues et larges, pareillement fermées, etlescbanoines réguliers , des surplis en tout lieu. On interdit les habits courts aux uns et aux autres. Il
(1) Raie. an. i3G5, Q. i6. (2) Conc. Hanl. t. vi. , p. 177a.
fest défendu , en vertu de la sainte 'oLëissance et sous la menace du j^ugement de Diei^ , à tout ecclésiastique , même aux évêques , de se faire servir à table plus de deux plats , en quelque temps qvie ce* soit, excepté néanmoins le cas delà réception d'un prince.
Ordre aux curés de résider , sous peine de perdre leurs revenus , s'ils s'absentent pendant un mois, et d'être privés de leurs bénéfices, si pendant six mois ils demeurent absens. Même ordre aux chanoines , sous peine de perdre les distributions , s'ils n'assistent pas aux heures 4^uis le premier pseaume , et à la messe depuis la première oraison jusqu'à la fin. Ordre encore aux curés de dire l'office des morts tous les jours de férié , et à tous les chapitres , tant séculiers que réguliers , de chanter journelleoient l'office dé la Vierge, excepté les
f' randes fêtes , le temps de Ta vent et les jours où on fait (le BeataJ Défense à ceux qui obtieniient des bénéfices en cour de Rome , de le tenir caché , et de différer la prise de possession au delà de six mois. Tout colla teur , soit régulier , soit séculier , rendra pu^ blique , dans les six mois , la collation qu'il aura faite. Si la qualité du bénéfice exige les ordres sacrés y pn sera tenu de nommer un sujet qui soit en âg^e recevoir au moins le sous-cjiaconat dans l'année. On règle ce jqui appartient auiç archidiisfcrçs , à la mort de chaque curé > pour ce qy'on appelait le droit de lit , savoir, cmquante sous , si la cure du défunt porte cinquante livres de dé*cime , et cent sous , si elle porte cent livres. Du reste , il est défendu aux archidiacres qui examinent les curés , de rien prendre pour faire expédier ou sceller les provisions. A ceux qui donnent les provisions pour les aumôneries , léproseries , hôpitaux el hôteU-dieu , même défense de rieù prendre pour l'expédition des lettres , ni pour le sceau. On voit aussi par ce concile , que l'usage dubeurre^et du lait eu carême était encore gé« Tome FIL Dd
jfld n I s T a I K B
néralcment interdit : il en fait même ira cas léserv»;.
On lînl aussi un concile des évèques et archevêques dos provinces d'Arles , d'Aix et d'Embrun , xeiinis dnns la ville d'Apt(i). Par les actes de cette assemblée , demeuras manuscrits dans les archives de l'église où elle s'est tenue , on renouvela jirintcipalement les canons du concile célébré à Avignon, dix-huit ans auparavant, c'est-à-dire, en i33'j. ■Queltjiics années après , il se tint , toujours en conséquence des ordres d'Urbain V,un nouveau concile à Lavaur , des provinces de Narbonne , de Toulouse rt d'Aucli , dont les archevêques y présidèrent , les deux [iremiers on personne , et le troisième par son vicaire général, Philippe, abbé de Sorèze, qui précéda tous les évèques. Ce concile est une 'preuve bien consolante de la perpétuité de la foi catholique , et de l'assistance de l'Elsprit-Saint à l'égard des pasteurs, pour diriger les fidèles dans lesTToies du saint.
C'est ce qu'on voit dés le premier canon ou statut,' qni présente une instruction divisée en trois parties , dont la première traite des articles de foi et des sept sacremens ; la seconde , des vertus et des vices; la troisième , des commandemens de Dieu. Quant aux points de foi , le concile en fait une explication succincte, nette, très-exacte , et il avertit qoe dans la loi de grâce , tous sont obIi|Ks d'avoir une foi explicite de la Trinité et de Tincarnatîon. Une s'expliqne pas avec moins de précision sur les sacremens. On enseigne que le Sauveur les a tous institués par Itii-même ; mais que ceux de la confirmation et de l'extrême- onction ont été promulgués par les apôtres ; qu'il est nécessaire de conlesser de bouche les péchés qu'on de'teste de cœur ; que la matière , la forme et le ministre sont de l'essence de chaque sacrement ; qu'on n'en doit administrer aucun en péché mortel ; qu'il y