‹ Histoire de l'église. Tome douzièmeChapitre 46 sur 64 · D B I.' E G L I SE · texte numérisé non relu

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fen a qui sont de nécessi le absolue , ou eh réalité ou du moins en désir. En un mot, tout estexpliq[ué avec une justesse , une précision visiblement inspirée p%r le même esprit qui a dirigé dans tous les temps les augustes assemblées des prertiiers pasteurs : pn dirait que les pères de Lavaur s^étaient concertés avec ceux de Trente , et ces enseignexnens antiques semblent un abrégé de ce dernier concile.

La seconde partie; de Tinstruction de Lavaur touchant lés vertus et les vices , est plus étendue. On y trouve tout ce qui concerne les vertus tant morales que théologales , les dons et les fruits du Saint-Esprit , les huit béatitudes , les sept demandes de l'oraison dominicale, les œuvres de miséricorde, les péchés capitaux et les vertus qui leur sont opposées. Enfin , sur les commandemens de Dieu , on fait voir l'objet et l'étendue de chacun, sans omettre les deux derniers qui défendent les désirs illicites , et qu'on distingue nettement de ceux qui condamnent les actions.

Suivent difFérens statuts pour le bon ordre des conciles provinciaux et des synodes diocésains. Entre ces décrets , le vingtième défend d'admettre aux ordres ceux qui ne savent pas parler latin. Le trente-sixième veut que les juges séculiers s'abstiennent des causes personnelles des clercs : qu'ils ne décident p^int si une censure est juste ou si elle ne l'est pas ; en un mot, qu'ils ne se mêlent point des affaires ecclésiastiques^ et spirituelles y ni da celles que le droit ou une ancienne coutume adjuge au tribunal de l'église. Le cinquante-troisième et le cinquante-sixième règlent qu après la mort d'un, cvêque où d'un autre prélat , on nommera deux administrateurs pour les biens ecclésiastiques du défunt ; qu'ils en feront dans l'espace de dix jours un inventaire exact, et qu'ils rendront compte de tout au successeur. Le soixante-unième porte que chaque évêque et archevêque des trois provinces rasseml^lées doit doQUçr pendant sa vie à son église

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ealliédraïe une chapelle d'etofie précieuse ; ce i^ te pratique encore dans le Languedoc. Dans Ift soixante-cinquième el le soisante-sixième, on traite élu droit qu ont les églises paroissiales à l'hàhoraire des obsèques faites ehez les religieux , et l'on en attribue la quatrième partie aux cnrés , sui*'ant hi dëcrétale tle Boniface VIII. Le décret soixantedix-Iiuitième défend aux curés .nomnaés , de faire aucune ftmction, sans avoir auparavant reçu l'insficution de l'évéque diocésain. Par te quatre-vingttroisième , les curés sont autorisés à menacer d'exeomuiunication les paroissiens qui man(|uent deux «timanches consécutifs à entendre la messe dans leur paroisse. Le cent dixième excommunie ceux qui se marient hors de leur paroisse , sans la permission de leur curé. Le cent onzième règle que tous les cbapiLies composés de dix chanoines, enrerront deux des leurs aux universités pour y étudier la théologie et te droit canonique, sans rien perdre de leurs revenus que les distributions. Par le cent sixième , les évêqucs sont avertis de commettre sous eux des confesseurs qui aient le pouvoir d'absoudre des cas réservés. Tels sont , entre" ïes cent trente-trois canons du concile de Lavaur , ceux qui sont les plus dignes de remarque.

Ce ne fut pas seulement en France qu'on entra dans les vues du pape Urbain pour la célébration des conciles. Pîous voyons , par les sUituts de celui d'YorcX, tenu vers le même temps , que le clergé d'Angleterre ne se conforma pas moins fidèlement' aux ordres de ce pontife pour le rétablissement de la discipline, sur-tout en ce qui regardait la modestie , la décence, le désintéressement .de l'clat clérical et la sainteté des mariages cbrétiens. II est à présumer que les autres nations catholiques imitèrent ces ext -raples. ■ Un autre point de réforme ou de rétablissement ne tenait pas moins au coeur du pape Urbain. Depuis long-temps il se proposait de rétablir à Rome la résidence des souverains pontifes. Après-

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avoir crée trots cardinaux, parmi lesquels fut ^on frère Âi^glic de Grimoard qu'il avait déjà fait évêque d'Avignon , il^lëclara publiquement son des^- . sein , et incontinent il envoya ses gens faire sur la route les, préparatifs nécessaires , et marquer k Rome les logemens des cardinaux.

Cette nouvelle agita tout le monde , et partageai les suffrages , selon la diversité des inclinations et des intérêts d'un chacun. Pierre d'Aragon , qui avait renoncé aux grandeurs du siècle pour embra^ ^er rhumbl<e institut de saint François, et le célèbre Pétrarque , furent , dans l'ordre des vertus et des talens , les personnages les plus distingués qui s'empressèrent à confirmer le pape dans sa résolu» tion. L'illustre franciscain, qui passait pour ua saint à révélation et à miracles, fit exprès le voyage d'Avignon , pour encourager Urbain , qui fut en effet frappé de sa démarcrhe , et parut fort touehié de ses remontrances. Pétrarque lui écrivit une longue et belle lettre , où il rassembla tous les traits capables de faire impression sur un esprit juste et une ame sensible.

Considérez , lui dit-il (i)', que l'église de Rome est votre épouse : on pourra nous dire que l'épouse du pontife romain n'est pas une église seule et particulière , mais l'église universelle. Je le sais , très-saint père , et à Dieu ne plaise que je resserre •votre juridiction ! je l'élendrais plutôt , s'il'était possible,; je reconnais avec joie qu'elle n'a point d'autres bornes que celles de 1 Océan. Mais, quoique votre siège soit par-tout où Jesus-Christ a des adorateurs , Rome cependant n'en a pas avec vous des rapports moins particuliers. Comme lesauti^s villes ont chacune leur évêque , vous seul êtes l'évêque -de cette reine des cites. Toutefois des esprits , ou bornés, ou passionnés, ou prévenus, vous parleront d'une manière bien différente. Ils vous peindront l'Italie comme unfe terre qui dévore* les étrangers

(i) Fetrarc. B.er. sen. 1. 7 , ep. unie.

et ses propres hahi tans, où l'on marclic sur des fcuï mal couverls et les précipices, où les alimens, les eaux, l'air inêine , et sui-toiit le caractère das^^ peuples, engendrent la mort et accumulent sou^jH chaque pas les pérîh de tout genre. • ^B

Mais souvenez-vous, saint père, de rinjure faite' depuis peu par des brigands de vos canrons à votre cour et à voire personne sacrée : l'Italie fournit-elle vnexemplede pareils attentats et de pareils désordres ? Lorsque ces infâmes compagnies vous forcèrent de racheter , au poids de" l'or , votre liberté et votre vie peut-être aussi-bien que celle de vo8^^| cardinaux, vous vous plaignîtes en plein consistoire'^^ que cet outrage avait queupie cbose de plus crianB^ «luele traitemenifait à Boniface VIII, et vous eûtes raison de parler ainsi. Quoique ce soit toujours un forfait énorme d'user de violence contrôle vicaire de Jesus-Christ , on peut dire quo la fierté et la dureté de Boniface y avaientdonné lieu. En vous, au contraire , il n'y avait que des bienfaits à reconnaître , et des vertus à révérer, une bienfaisance généreuse, une bénignité vraiment évangéliijue, une douceur inaltérable, un éloicnement infini de tout ce-qui peut blesser le ipoindre des hommes. Investi néannuiins tont à coup par des troupes dehrulaus, vous fûtes réduit à sacrifier vos trésors , ou , pour mieux dire , le patrimoine de l'église et des pauvres ^ pouf éviter de plus grands rnaus : heureux cependant de sentir alors que ces maux étaient le digne salaire de l'abandon où l'on s'obstinait à laisser languir l'église de Rome, cette épouse distinguée que vous a donnée Jesus-Christ. PJ'esl-il pas temps enfin d'essujer ses larmes, et de lui faire oublier jusqu'à ses ennuis par une prompte et tendi-e réuiiion?Ovous, le souverain pasteur et J'évêque de l'église universelle, que faites-vous sur les bords du Khône et de la Durance , tandis que l'ilellespont et la mer Egée, les îles de Chjfire et de Rhodes, lEpireet l'Achaïe, Ic5 terres elles mers de l'Orient et de Tunlvers entier rèclaroent votre sollicitude et

Wolre protection ? Quels que soient les agrëmens du comtat Vénaissin , tous imaginaires ou bien minces en comparaison de ceux de la douce Hespérie , soVigez que votre place n'est point là où il y a de plus doux ombrages et des fontaines pluô fraîches; mais où les loups frémissent avec le plus àt fureur , et le troupeau court de plus grands périls.

Il lui représente enfin la brièveté de la vie , et le compte terrible qu'il faudra rendre au souverain Juge. Quand vous paraîtrez , dit-il , à ce tribunal où vous n*aurez plus la qualité de maître, maii uniquement celle de serviteur comme le. journalier et l'esclave , que répondrez-vous à Jcsus-Christ , lorsqu'il vous dira : Je vous avais choisi , contre toute attente , 'afin de réparer les. fautes de vos prédécesseurs ? Que répondre encore au prince des apôtres , quand , au sortir dû tombeau , il vous demandera d'où vous venez? Voyez si en ce moment vous aimez mieux vous rencontrer avec vqs Provençaux, qu'avec les glorieux apôtres Pierre et Paul, les saints martyrs Etienne et Laurent , les confesseurs Silvestre et Grégoire , les vierges Agnès et Cécile. Plût à Dieu que cette même nuit.où je vous écris ( c'était la veille de saint Pierre ) , vous fhssiez présent aux divins oiTices dans la basilique du saint apôtre dont vous occupez la chaire ! Quelle joie rie $erait-ce point pour lui ! QuelS momens délicieux pour vous ! Jamais votre séjour d'Avignon ne vous en procurera de semblables. Ce n'est pas la jouissance des douceurs sensibles , c'est Fonction de la f>iété qui fait le vrai bonheur. Ce fut avec une abondance bien plus grande encore de raisons fortes et de riches images , que Pétrarque pressa le départ da pape pour l'Italie.

D'unautrec^éjNicolasOrême, docteur de Parîsj envoyé par le roi Charles V , fit un grand discours pour dissuader Ufbain d'aller à Rome (i). Mais autant les causes et les talens des deux orateurs

(i) Du. Boulai , t. iT ; p. 396 et seq.

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étaient dissemblables, anlanl l'épUre ingénieuse et dc-licale Ju poète d'Italie l'emporta sur l'absurde et pesante harangue du théologien de Gaule. A la. dignirë de la ville de Rome , siège du premier des empires et capitale de l'univers ; à l'étroite alliance du pape avec cette église, mère de toutes les autres; à l'eseinple de tant de pontifes qui ont trouvé leirtr sanctiUcalion dans son sein ; aux remords de ceux qui l'ont délaissée, et aux promesses réitérées si souvent de faire cesser ce divorce , Orême oppose, comme autant d'argumens invincibles, l'inclina tioa constante et naturelle des Gaulois pour les exercice* religieux, laquelle, dit-il, s'est manifestée dès le temps des druides, et se trouve attestée dan» let commentaires de César; l'asile que les papes tourmentés au delà des monts ont toujours trouvé dans les états des rois très-chrétiens; l'académie florissante autrefois transférée de Rome à Paris par Charlemagne , remjdîe de docteurs profonds dans la théologie , dans le droit , dans les arts libéraux ^ comparable aux astres et aux foudres dont il est parle dans l'apocalyjise ; enfin, la situation de la Provence au milieu de l'Europe, et l'avantage qu'avait la France d'être la patrie du pape , qui doit^ conclut-on , y fixer son séjour comme Jesus-Cbrist a fixé le sien dans la Judée.

Ces raisonnement ridicules, et noyés d'ailleurs dans uneinfinilé de passages de l'écritureet du droit, qui marquaient une érudition aussi mai digérée

3 u'ils annonçaient pende jugement , n'étaient pas e nature à contre-balancer les puissans motifs d%i ^ape Urbain, De peur qu'il ne survint des obstacles plus capables de l'arrêter , il s'empressa daccomjJir ponctuellement sa résolution au terme qu'il avait assigné. Le dernier jour d'Avril «367 , il partit d'Avigiion , accompagné de ses cardinaux , qui suivaient la plupart par nécessité, comme s ils fussent partis pour l'exil, Il prit sa route par Marseille , pour visiter son abbaye de Saint-Victor, qu'il a^ait rétablie dans uu état florissant depuis son.

élévation sn pontificat ,. et qu'il aim$iit toujours comme son berceau. On compte jusqu^àâix monastères qu'il avait soumis à celui-ci , entr'autres la maison de bénédictins qu'il' avait établie depuis peu à Montpellier , et qui a formé le chapitre de cette cathédrale , à la translation du siège de Maguelone. Le 12 de Mai , étant encore à Marseille , il fit cardinal Guillaume d'Aigrefeuille , âgé tout au plus de vingt-huit ans , mais des plus capables, entre ceux de son âge , et neveu d'un vieux cardinal de même nom , qui était grand ami d'Urbain , et passait pour le promoteur principal de Texaltatioa ae ce pontife (i).

Cependant on voyait au port les pavillons épioyés de vingt-trois galères et d^ plusieurs autres bâti mens de toute espèce , que la reine de Sicile et les républiques ^e Venise^ de Gênes et de Pise avaient équipeV, tant pourconduire en sûreté, le chef de l'église, qhe pour: lui faire honneur. Le. 19, Urbain monta sur une galère vénitienne , on leva l'ancre , et les vents secondant l'ardeur du pontife^ en quelques heures on perdit àe vue les rivages de la Frange. A ce moment l'amour de la patrie |e fit sentir dans toute sa vivacité à quelques cardinaux français , qui s'oublièrent jusqu'à s'échapper en murmures peu mesurés contre le pape : aveugle puérilité, dit à ce sujet Pétrarque (2), mutinée^ contre un père qui forçait ses enfans à rentrer dans la voie de leur propre bonheur et de leur salut. Le pape ferma l'oreille à ces ct'is méprisables : sa Coiirse n'en fut pas moins rapide , -et le 9 de Juin il arriva a Viterbe, ou pendant quatre mois il reçut les témoignages les plus expressifs du respect , de la gratitude et de l'alégressedetoute l'Italie. Dès son débarquement à Corneto , première place de l'état ecclésiastique ,»presque tous les grands de ces provinces étaient venus lui faire hommage , et les

(1) Iterital. Urb.*V. ap. Baluz. | (2) Rçr^ seu. 1. 9 , ep. 2. t. 2.Yit.Pap. Aven.p.SbS^tseq. I

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députes de Rome lui avaient remis la pleine seigneurie de leur ville , avec les clefs du château Saint- Ange , qu'ils avaient retenues justjue-ià.

A Viterbe , le pape Urbain confirma la nouvelle congrégation des Jésuates , que venait de fonder Jean Colombin (i). Ce pieux institnteurctaitun noble siennois ,qui avait occupé la dignité de gonfalonier , la première de la république. Alors il marquait peu de religion , un entier oubli des lois de la probité , un emportement fougueux dans tous ses désirs, et une soif de l'or qui usait indistinctement de toutes les voies propres à grossir sa fortune. Un jour qu'au sortir du senal il ne trouva passon dîner prêt, il s'emporta contre ses gens avec une violence raesséante. Sa femme , pour !ui faire preïldre patience , lui donna la vie des saints , qu'il jeta d'abord de colère , puis s'sMJoucissanl d une manière inopinée , il ramassa le livre , l'ouvrit au moins pour se distraire , et tomba sur la pénitence de sainte Marie d'Egjpte. Il en fut si touché , qu'il résolut sur le champ de se convertir lui-même. Il commença dès-lors à faire des aumônes abondantes, à fniquenter les églises , et à s'appliquer au jeûne ainsi qu'àToraison. Sa pieuse épouse qui priait depuis long-temps pour sa convei-sion , et qui lui donnait des exemples de vertu jusque-là sans eiïèt , trouva aussitôt en lui un maître et un modèle de ta perfection évangélique : il lui persuada de garder ensemble la continence ; après quoi il ne coucha plus que sur des planches , ne porta que des habits pauvres , et par-dessous un rude cilice , à quoi il ajoutait beaucoup d'autres macérations. De sa maison , il fit un hôpital pour les pèlerins et les malades , Mu'il servait de ses mains. Alors il avait encore un fils et une QUe.

Son fils étant venu à mourir , et sa fille ayant embrassé la vie religieuse , Jean Colombin , du consentement de son ipouse , distribua tous ses

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l)Iens auic pauvres , et se réduisit à la mendicité. Il eut pour coopérateur, un autre noble siennois , nommé François Vincenti. Tous deux se mirent à prêcher par les villes et les villages de Toscane , exhortant tout le monde à faire pénitence , et par Tédificationde leur vie, attirant les plus vertueux à leursuite. Ils rassemblèrent ainsi jusqu'à soixante disciples , avec lesquels ils vinrent se présenter au pape Urbain , nu-pieds , nu-tête , et le reste da corps couvert de haillons rapiécés. Le pontife le» reçut avec bonté j voulut qu ils portassent au moins des sandales de bois , qu ils se couvrissent la tête , et pour habit , il leur donna une tunique blanche, avec un chaperon de même étoffe et un manteau de couleur tannée. Le peuple les nomma jésuates , parce qu'ils avaient toujours en bouche le nom de Jésus. Comme Jean Colombini'etournait à Sienne , il mourut en chemin , le dernier jour de Juillet 1367. Quoiqu'il n'ait pas été canonisé en forme, le pape Grégoire XIII a fait mettre son nom dans le martyrologe romain. Cette congrégation futsupprimée par Olément IX y après avoir subsisté trois cents ans.

Enfin , le chef de l'églisfe rentra dans Rome le samedi 16 d'Octobre, soixante-trois ans après la mort de Benoît XI , dont les successeurs avaient établi leur séjour en France. Urbain V entra dans la ville avec deux mille gendarmes, au milieu du clergé et du peuple romain qui étaient venus au-devant dé lui , et qui le reçurent-avec une alégresseetdes solennités dont le« plus âgés d'entr'eux n'avaient point vu d'exemples. Après qu'il eut fait sa prière dans l'église du prince des apôtres , et qu il eut été installé dans la chaire pontificale, il passa au palais contigu du Vatican qui tombait en ruines , et qu'il fit peu après réparer magnifiquement. Le dernier jour d'Octobre , veille -de Ta Toussaints , il célébra la messe pontificalement sur l'autel de saint Pierre , où elle ne l'avait pas été depuis Boniface YUL Ijq second jour de

Mars i365 , Urttain , auras avoir célèbre à Saint- Jean (le Latian , dans la cltaprlie qu'on nomme Sancta sanctonim , fit tirer les cliefs de saint Pierre et de saint Paul , presque oubliés sous l'autel où il venait de dire la messe , afin de rendre à ces reliques insignes des hommages dignes d'elles. li leur bt faire ensuite des châsses nouvelles , dont le pri\ passa trentemille florins d'or. Ce sont deux grands bustes d'argent , du poids de douze centtf ^arcs, et tout étincelans de pierreries. Sur le buste de saint Pierre , on remarque la tiare , ou triple ■ couronne; ce qui en a fait attribuer l'institutioa au pape Urbain V. Cependant on avait déjà les statues de ses prédécesseurs Jean XKII , Benoit XII et Innocent VI, ornées de couronnes peu différentes. On observe encore , qu'en revenant du mont de Latran à celui du, Vatican, Urbain V ne se détourna point, pour éviter, comme avaient fait queiques-nns de ses prédécesseurs , l'endroit où l'on disait que la papesse Jeanne était acooulîbée ; ce qui montre que déjà l'on était désabuse de cette fabla,

Dans les commencemens du mois de Mai , le pape Urbain alla de Rome à Monte-Fiascone , renommé pour la salubrité de l'air , afin d'y passer Télé. Il y fit une promotion nouvelle de huitcai> dinaux , encore français pour la plupart , comme ceux de ses derniers prédécesseurs. L'empereur Charles IV l'y vint joindre avec une armée nomireuse , destinée à soumettre les usurpateurs des terres de l'église , et à contenir les peuples dans l'obéissance due au souverain pontife. Ils se rendirent l'un et l'autre à Rome , pour attendre l'inijiératrice qui devait y être couronnée par le pape , et qui le fut en eifet le jour de la Toussaints , après avoir reçu l'onction , suivant la coutume, de la main du cai'dinal-évêque d'Ostie. Le pape, pour cette cérémonie, célébra la messe sur 1 autel de saint Pierre , et l'empereur fît l'oflice de diacre , ^k sans néanmoins lire l'évangile, ce qu'il n'avait 1

droit de faire que le jour de Noël. Ce prince, toujours fidèle à sa promesse, sortit de Rome peu * après le couronnement de Fimpératrice son épouse.^ On y vît, Fannée suivante iSôg, Fempereur d'Orient Jean Paléologue.

Ce prince, effrayé des rapides progrès des Turcs, avait passé en Italie pour presser les secours des Occidentaux, Le pape Urbain se montra fort zélé ^ pour ses intérêts , et lui fit beaucoup d'bonneur , un peu moins toutefois qu'à Fempereur d'Occî-^ dent, toujours censé souverain , ou du moins rerésentant des sauyerains de Rome. Paléologue , e son côté , se montra constant dans Ja foi ro-^ maine, dont il avait déjà fait profession. Le jour de saint Luc , i8 d'Octobre , il se rendit à Fégiise du Saint-Esprit , et en présence de quatre cardinaux , il confessa que cette personne divine procède des deux premières ; que Féslîse romaine a la primauté sur toute Fégiise catholique; qu'il lui appartient de décider les questions de foi , et que quiconque se sent lésé en matière ecclésiastique , y peut appeler. L'empereur donna cette confessîj)» en forme de bulle , souscrite de sa main en vermillon ^ et scellée en or ; il y ajouta Je serment , et les cardinaux Fadmirent au baiser de paix , comme vrai catholique. Le dimanche d'après , le pape revêtu pontificalement , et accompagné des cardinaux et des autres prélats dans tout Féclat de leurs dignités , alla du Yatican à Fégiise de Saint- Pierre , où il s'assit sur une chaire préparée au haut des degrés du parvis. L'empei^ur vint ensuite , et dès qu'il aperçut le souverain pontife, îl' £t trois génuflexions. Il se prosterna , i) lui baisa les pieds, puis les mains et ta bouche. Le pontife se leva , le prit par la main j et commençant \e Te Deum , ils entrèrent ensemble dans Fégiise , où Je pape chanta la messe en présence du prince et d'une multitude de Grecs. Après Foffice, Paléologue alla dîner avec ie pape et tous les cardinaux (i).

(i) CUalc. p.35. Allât. Cons. p..842. Huin. an 1869 et 1370.

■ Au commer

^' comme od ers

Au commencement de l'anne'e suivante iS^o ,comme od craignait quelque cbicane sur le nom d'église romaine delà pari des Grecs qui se disaient tou|ours Romains , Jean Paléologue donna une «econde bulle en explication de la première , et déclara que, par l'e{j;lise romaine , il entendait celle où présidait le pape Urbain V. Cet empereur ne tarda plus à rejiartir pour Constanlinople. Urbain , qui ne put encore lui donner les secours tant de fois sollicités, s'efforça de l'en dédummager par la concession des faveurs spirituelles qui ne dé- |>endaient que de lui. On remarque entr'aulres privilèges, celui qu il lui accorda d'avoir un autel portatif, c'est-à-dire , une pierre consacrée où il fît dire la messe en sa présence , contre l'usage des Grecs qui ne se servent pour cela que d'un cuir , d'un linge, ou d'un morceau d'étoiie bénit; mais Paléologue n'y devait faire célébrer qu'un prêtre latin (i). Pour ce qui est des secours temporels, Urbain le recommanda par lettres à différens princes chrétiens , particulièrement à la reine Jeanne de Naples , et à Philippe prince de Tarente , chez lesquels il devait passer. L'empereur parut néanmoins fort content du pape , et partit dans \e% dispositions les plus favorables à l'unité catholique.

Le pape Urbain s'eiforca aussi d'éteindre le schisme , ou du moins d'en arrêter les progrès dans les confins de l'empire de Conslantinople(3j. Claire, veuve d'Alexandre, vayvode de Valaquie, princesse

Eieuse et fort attachée à la vraie foi , avait deux lies mariées, l'une au roi de Bulgarie, et l'autre au roi de Servie. Le pape ayant appris qu'elle avait retiré la première de l'erreur du schisme , lui en écrivit, et pour la féliciter de cet heureux succès, et pour i'exhortef à travailler de même à la conversion de la seconde. Il exhorta aussi le jeune vayvode de Valaquie, nommé Ladislas, à quitter le

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Scliîstne. Lasco, duc de Moldavie, de la même nation des Valaques , ayant déjà résolu de le quitter par le conseil de quelques frères mineurs , le pape ne crut pas devoir laisser plus long-temps celte province sous la dépendance de Févêque de Halits en Russie, qui était schismatique , et qui d'ailleurs s'en trouvait fort éloigné. Sur quoi il écrivit en ces termes , tant à Farchevêcpue de Prague qu'aux évêques de Breslau et de Cracovie :Si vous trouve» que le duc Lasco avec ses sujets veuillent sincèrement et fermement embrasser la foi catholique ,' vous leur ferez abjurer publiquement le schisme^ ou à ceux d'enir'eux que vous jugerez à propos j puis vous affranchirez la ville de Cérète et tout le duché de Moldavie , de la juridiction de l'évêque de Halits et de tout autre personne ecclésiastique,' en sorte que cette contrée, pour le spirituel, ne soit soumise qu'au saint siège ; ensuite vous érigerez Cérète en cité et en évêché , dont le diocèse com-. prendra tout le duché de Moldavie. Le duc Lasco îibjura effectivement, et de ses états la lumière du salut se répandit dans les pays voisins , principalement dans la Bosnie , la Rascie et le Bassarat ^ où les missionnaires franciscains accoururent en foule , et convertirent des milliers d'hérétiques et de schismatiques.

Cependant là pkipart des excellens missionnaires ue cet ordre avait en Tartarie , y étant mortsi epuis le long temps qu'ils y avaient été envoyé* par les prédécesseurs d'Urbain V, ce vigilant pontife-crut devoir s'occuper de ces nouvelles églises qui commençaient à manquer de pasteurs (i). Il envoya , pour les remplacer , plusieurs de leurs confrères : Guillaume du Préat leur chef , qu'il fit archevêque de Cambalu et vicaire général deson ordre dans le Cathai , eut le pouvoir d'emmener aivec lui jusqu'à douze de ses confrères à son choix.' Urbain les chargea de plusieurs lettres , qui mon-

■ I II! .— — i— — — wa^— Il I I i»^l.>»fc— — i^

(i) Vading. iS^o , n./ia.

i I s T O I R E trent au nioinâ que les Tartares se piquaient toujours (l'ai Lâche ment ou de bienveillance envers le cbt^f des chrétiens. Il y avait une lettre pour leur empereur ou grand kan , une autre pour leurs diPlerens princes , une troisième pour le corps de la nation , le poutife les exhortait tous à favoriser l'archevêque avec ses confrères et les nouveaux chrétiens, et à profher eux-mêmes de la lumière que le ciel faisait luire parmi eux avec tant d'éclat. Les missioïina ires étaient encore chargés dune lettre , qu'ils devaient sans donte remettre en passant , et qui exhortait le clergé de la Grèce à imiter leur empereur dans l'abjuration du schisme. Urhain V , en portant si loin la sollicitude pontificale, n'en était pas moins attentif à l'édiiicalion ^es domestiques de la foi , et sur-tout d'une portion aussi privilégiée de la maison du Seigneur , que le sont les ordres religieux. Le monastère du Bïont-Cassin , ancien modèle de régularité pour l'ordre de saint Benoît , qui lui - même en avait servi si Ion"-temps à tous tes autres , était tombe' dans un relâchement, qu'il n'y eut plus moyen de pallier au pape quand il fut en Italie (i). Le mal était si grand , qu'on ne put le faire cesser qu'en chassant les moines arrogans et vagabonds qui s'y étaient habitués. Il fallut aussi supprimer révêché que le pape Jean XXII y avait étanli , et qni ne serrait qu à fomenter leur indocilité hautaine. Le pape Urbain y fit venir ensuite des moines vertueux, de diffërens monastères où l'observance était la pins exacte , et leur donna un digne ahhé qu'il chercha long-temps en vain parmi les moines noirs, et qu'enhn il trouva chez les Camaldutes. C'était André de Faénza , homme d'une éroiiiente piété , d'une régularité parfaite , très-versé dans la vie intérieure , et non moins habile dans la conduite des affaires. Mais sa modestie , égale à son mérite , opposa la plus forte résistance,

(0 Vit. PP. p. 389.

ipt Von fitt obligé d'user de contrainte pour son installation. Comme la ruine des bâtimens, causée par un. tremblement de terre et le délabrement des affaires temporelles , avait beaucoup contribué à celui de l'observance , le pape s^entremît , puissamment au- \ près de la reine Jeanne , afin de rendre à ce monastère les droits qui lui avaient été enlevés par les derniers rois de Na pies. Urbain V régla aussi qu'oa ne s'y servirait plus au chœur du pseautier romain^ mais qu'on y prendrait le pseautier gallican (i).

Pour bien entendre ce point dcTèglement, il faut reprendre les choses de plus haut. Dès lesr premiers temps, l'église occidentale eut une version latine des pseaumes , faite non sur l'hébreu , mais sur le grec des Septante , devenu plus fameux que le texte original. Cette version latine se trouva néanmoins défectueuse vers la fin du quatrième siècle, et saint Jérôme la corrigea, d'abord assez légèrement , puis avec beaucoup plus de soin. Les pseaumes corrigés de. cette seconde manière ont formé le pseautier gallican , ainsi appelé de l'ancien et constant usage qu'en a fait l'église de France. On en rapporte l'institution à saint Grégoire de Tours , et avec plus de raison à saint Boniface de Mayence , qui de Rome l'apporta aux églises de Gaule et de Germanie. De là il se réoandit insensiblement dans les autres églises. Enfin e concile de Trente l'a déclaré authentique , et faisant partie de l'écriture contenue dans la Vulgate. Le pseautier romain , ainsi nommé parce qu'on s'en était servi long-temps à Rome , est l'ancienne édition des pseaumes , telle qu'on l'avait au delà des monts avant saint Jérôme , ou même depuis la première correction qu'il en fit. Elle n'est plus guère en usage que dans l'église de Saint- Pierre de Rome , qui apparemment l'aura conservée par respect pour l'antiquité de ce^monument, Le f^enite exultemus y comme on le dit à

(i) BuUar. Magu. t. i , p. 206.

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