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Histoire de l'éloquence

L'histoire des triomphes de l'Eloquence doit sans doute faire partie d'un cours de rhétorique. Le professeur qui désire les progrès de ses élèves ne se Lornc pas à leur expliquer les préceptes de l'art, à leur montrer des modèles et à les exercer par de fréquentes compositions, il les transporte encore, par la pensée, aux temps les plus anciens, redescend avec eux le cours des siècles, et, s'arrètant à chaque époque mémorable, leur fait voir les orateurs tels qu'ils furent au milieu de leurs contemporains. Il retrace la vie de ces grands hommes, les obstacles qu'ils eurent à vaincre, les ressources qu'ils surent tirer de leur génie , les beautés et même les défauts de leurs ouvrages. Il marque aussi le caractère particulier de chaque siècle; signale les causes de progrès, de perfection et de décadence ; fait ressortir l'inlluence des doctrines, des mœurs et des gouvernements, et développe enfin toutes les considérations qui lui paraissent propres à former le jugement et à étendre les connaissances.

\j PRÉFACE.

A mesure qu'il avance ainsi dans l'histoire , il a soin de lire et d'analyser les chefs-d'œuvre , et on sent que la simultanéité donne aux choses un nouveau degré d'intérêt, excite un plus vif enthousiasme et procure de plus douces jouissances. Les principes de l'art, qu'il a occasion de reproduire sous des formes diverses, sont beaucoup mieux sentis , parce qu'on en voit l'application. Ce ne sont point des règles stériles comme celles que l'on étudie froidement dans un Hvre muet , c'est une rhétorique féconde qui est en action et pour ainsi dire dramatique. Les orateurs eux-mêmes semblent revivre pour prononcer leurs discours et pour révéler les secrets de leur composition.

Toutefois , pour que cette méthode obtienne des résultats durables , il faut que les élèves aient entre les mains un abrégé qui, sans comprendre les faits politiques, civils ou rehgieux que le maître a souvent dû rattacher à son sujet, recueille au moins ce qui est particuHer à l'éloquence ; fasse connaître , par exemple, la vie oratoire des hommes qui ont exercé avec le plus de succès le talent de la parole ; présente sur leurs ouvrages des jugements rédigés d'après les meilleurs critiques ; donne , à l'appui de ces jugenients , des morceaux tellement choisis, qu'ils rappellent les plus beaux chefs-d'œuvre et fournissent sur tous les points importants une instruction solide; et enfin, pour ce qui est des considérations générales , les indique suffisamment et résume les développements qui ont été donnés de vive voix. Sans cet abrégé, les choses qui ont fait d'abord une impression vive, n'auront bientôt laissé dans l'esprit que des idées superficielles et de vagues souvenirs.

PRÉFACE. Vij

En disant ce que devrait être un tel résumé , je rends compte des motifs qui m'ont déterminé à entreprendre ce Précis Je V Histoire de l Eloquence '.

Je l'ai partagé en trois livres, qui traitent : le premier, de l'Eloquence ancienne proprement dite (grecque et romaine) ; le second , de l'Eloquence des saints Pères ; et le troisième , de l'Eloquence moderne. Un chapitre sur les livres saints sert de supplément à l'Eloquence ancienne et d'introduction à celle des saints Pères ^

On trouvera peut-être un défaut de proportion entre le premier et le second livre ' : dans l'un j'ai été court, dans l'autre j'ai été plus long. Voici pour quels motifs. D'abord, chez les Grecs et chez les Romains, un assez petit nombre d'orateurs ont laissé des monuments de leur éloquence. Il n'en est pas de même des grands docteurs qui ont illustré l'Eglise. En second Heu, les orateurs anciens sont généralement bien connus. 11 suffisait de dire , d'une manière suivie , mais en peu de

> Le Précis de l'IIisloire de l'Eloquence, en deux volumes iii-S", a été trouvé ou trop long ou trop court, selon l'usage auquel on l'a destiné, r.omme livre destiné à être appris par cœur, il était en effet trop long , et pouvait surcharger la mémoire des élèves; en conséquence, il sera réduit à un seul volume in-S» dans la seconde édition. Comme livre de lecture destiné à être analysé, il était trop court. 11 a donc fallu l'étendre et surtout renrichir de citations plus nombreuses et plus étendues ; de là l'édition en quatre volumes in-K». Nous pensons «lue MM. les professeurs choisiront de préférence l'édition développée, comme plus instructive et plus utile pour les élèves. (Noie de la seconde édition.)

* Un chapitre supplémentaire était insuOisant pour cette imporlanle matière. Elle est traitée, pour la seconde édition, dans un volume in-8", qui forme un ouvrage séparé et qui a pour titre : Eloquence cl Poésie des livres sainls.

' Pour la seconde édition, une juste proportion est établie entre toutes les parties de l'ouvrage.

Yilj PREFACE.

mots , ce qui se trouve disséminé dans un grand nombre d'ouvrages.

Quant au second livre , quoique le sujet en soit trèsintéressant par lui-même , il a été presqu'entièrement inconnu jusqu'alors dans les classes de rhétorique. Dans un grand nombre de collèges et même de petits séminaires, les études, en ce qui touche à l'antiquité, sont encore entièrement profanes. Les élèves, grecs et romains exclusivement, connaissent, il est vrai, Cicéron et Démosthène ; mais ils n'ont que peu d'idée des grands hommes qui ont défendu l'Eglise pendant les siècles de persécution , ou qui ont annoncé ses dogmes et sa morale avec tant de génie dans le iv« siècle; ils connaissent à peine les noms des orateurs célèbres de ces deux grandes époques. Il fallait, par conséquent, traiter cette matière avec une certaine étendue ; il fallait multiplier les morceaux d'éloquence pour justifier par des preuves sans réplique les éloges donnés aux écrits des saints Pères.

Pour la rédaction de ce recueil , je me suis servi de tout ce que m'ont fourni les bons auteurs. Je n'ai pas même indiqué d'ordinaire les sources où j'avais puisé , parce que ces indications , qui d'ailleurs eussent été trop fréquentes , me paraissaient inutiles ; je ne m'y suis astreint que lorsqu'elles pouvaient faire une autorité que n'auraient pas eue mes paroles.

DE

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