‹ Histoire de l'éloquence (volume 2)Chapitre 23 sur 89 · SOPHOCLE · texte numérisé non relu

SOPHOCLE

amenée par raltendrisscment d'Orcste , qui ne peut résister aux larmes de sa sœur ; en un mot , cette simplicité d'action et d'intérêt si rare et si admirable , tout cela fait de la pièce de Sophocle et de celle de Voltaire , de véritables chefs-d'œuvre.

ELECTRE, PTLADE, portant l'urne des cendres d'Oreste , ORESTE , LE CHŒITR. ORESTE , au chœur.

Filles d'Argos , nous a-t-on bien instruits? Sommes-nous en effet dans le lieu où nous voulions arriver?

LE CHGELT».

Quel dessein couduit ici vos pas? Que chercliez-vous?

ORESTE

La demeure d'Ëgisthc ; nous la demandons depuis longtemps

LE ciKccn.

Elle est devant vos yeux. Celui qui vous l'indiqua ne vous a point trompés.

ORESTE

Qui de vous pourrait aller dans ce palais annoncer notre arrivée , qu'on y désire depuis longtemps.

LE CHOEUR , montrant Electre.

C'est-elle, si c'est aux proches parents de se charger de ce message.

ORESTE , inconnu encore k Electre.

Allez donc, et en entrant dites que des Phocéens demandent Égislbc.

ELECTRE

Infortunée que je suis ! N'apportez-vous point des indices qui confirment le récit que nous avons entendu?

ORESTE

Je ne sais de quel récit vous voulez parler; mais un vieillard, qu'on nomme Slrophius , m'a chargé de ce message , concernant Orcste.

ÉLIXTIIE.I

Quel est-il , ce message? Mes sens sont glacés d'effroi.

ORESTE

Dans celte urne légère que vous voyez, nous apportons les faibles restes de ce prince qui n'est plus.

ELECTRE

Malheureu.se ! il n'est donc que trop véritable ; je vois , sans en pouvoir douter, le triste objet de ma douleur !

ORESTE

Si vous déplorez le malheur d'Oreste , sachez que ce vase renfernio tout son corps.

ELECTRE

0 étranger! au nom des dieux, s'il est \Tai que cette urne li- ronfcrme, pcrmelloz-nioi de la prendre en mes mains; que je puisse, arrosant sa cendre de mes pleurs, gémir sur mon infortune, sur la sienne cl sur celle de notre maison.

ORESTE . Il sa suite.

Approchez, et remoltcz-lui celle urne : qucllf ipiVlio soil, elle ne la demande pas dans un ospril de haine; elle lui élait sans doulo unie par l'amilié ou par les liens du sang.

ELECTRE, prenant l'urne.

Restes derniers du mortel que j'ai le plus aimé , cher Oreste ! combien l'état ou je te reçois est loin des espérances que j'avais quand je t'éloignai de ces lieux ! tu n'es plus à présent qu'une cendre vaine que je porte entre mes bras ; et lorsque je l'envoyai hors de ce palais , cher enfant ! tu étais tout brillant de force et de santé. Ah! que n'ai-je perdu la vie avant de t'avoir dérobé au trépas pour t'envoyer dans une terre étrangère ! tu serais mort en ce funeste jour, mais du moins tu aurais été renfermé dans le tombeau de ton père. Aujourd'hui , fugitif et banni , tu meurs loin de ton pays, loin des bras de la sœur. Malheureuse que je suis ! mes mains n'ont point répandu sur ton corps les eaux lustrales ! je n'ai point recueilli sur ton bûcher ce déplorable poids de tes cendres I des mains étrangères t'ont rendu ce triste devoir. Infortuné ! tu reviens dans mes bras, et tu n'es plus qu'un poids léger dans une urne légère. Malheureuse ! que sont devenus les soins que je pris de Ion enfance, ces soins habituels qui me coûtaient de si douces peines! car tu n'étais pas alors plus cher au cœur de ta mère que lu ne l'étais au mien. Aussi, je ne me reposais sur personne du soin de ta nourriture; c'était moi qui m'en étais chargée; c'était moi que tu nommais toujours la sœur. Hélas! tout avec toi a disparu dans un jour : la mort, comme un funeste orage, m'a tout ravi dans un moment. Mon père est mort, lu péris, et je meurs. Nos ennemis triomphent; une mère, une marâtre s'enivre de joie; et cependant combien de fois tes secrets messages m'avaient-ils promis que tu viendrais la punir! Mais une divinité, ennemie de tes jours et des miens, nous a ravi cette vengeance : c'esl-elle qui , au lieu de ces traits chéris , dont ton image occupait ma pensée , m'envoie une ombre et une cendre vaine. Hélas ! hélas ! déplorables restes ! quel funeste retour ce dieu cruel t'a procuré! C'est loi, mon cher frère , c'est toi qui reviens ainsi pour m'ôter, pour m'arracher la vie. Reçois-moi donc dans Ion dernier séjour, joins une ombre à une ombre ; que nous puissions à jamais l'habiter ensemble. Tant que tu vis la lumière , j'aimais à la partager avec loi ; à présent, je ne souhaite plus que le trépas, pour partager ton tombeau : les morts ne sont plus malheureux.

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