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LES ENFANTS

On nous verra bientôt aux champs de la victoire : Nous effacerons votre gloire.

Ces chœurs sont d'une extrême simplicité ; mais quel devait en être l'effet lorsqu'un peuple entier les chantait avec l'accent du plus vif enthousiasme ! Ils ont pu donner à Joseph Chénier l'idée du Chant du Départ.

Trois poëtes tragiques , Eschyle , Sophocle et Euripide , illustrèrent le théâtre d'Athènes. Ils doivent être examinés au point de vue de l'éloquence poétique.

Eschyle (525 — 456).

Au milieu des désordres et des mystères de la nature, rien ne frappait plus Eschyle que l'étrange destinée du genre humain : dans l'homme , des crimes dont il est l'auteur, des malheurs dont il est la victime; au-dessus de lui, la vengeance céleste et l'aveugle fatalité , dont l'une le poursuit quand il est coupable, l'autre quand il est heureux. Telle est la doctrine qu'il avait puisée dans le commerce des sages, qu'il a semée dans presque toutes ses pièces, et qui, tenant nos âmes dans une terreur continuelle , les avertit sans cesse de ne pas s'attirer le courroux des dieux, de se soumettre aux coups du destin. De là ce mépris souverain qu'il témoigne pour les faux biens qui nous éblouissent , et cette force d'éloquence avec laquelle il insulte aux misères de la fortune. « 0 grandeurs humaines , s'écrie Cassandre avec indignation, brillantes et vaines images qu'une ombre peut obscurcir, une goutte d'eau effacer! la prospérité de l'homme me fait plus de pitié que ses malheurs! »

De son temps on ne connaissait pour le genre héroïque que le ton de l'épopée et celui du dithyrambe. Comme ils s'assortissaicnt à la hauteur de ses idées et de ses sentiments, Eschyle les transporta , sans les affaiblir, dans la tragédie. Entraîné par un enthousiasme qu'il ne peut plus gouverner, il prodigue les épilhètes.

ESCHYLE. i05

les métaphores, toutes les expressions figurées des mouvements de l'âme , tout ce qui donne du poids , de la force , de la magnificence au langage , tout ce qui peut l'animer et le passionner. Sous son pinceau vigoureux, les récits, les pensées, les maximes se changent en images frappantes par leur hcauté ou par leur singularité. Dans la tragédie des Sept chefs devant Thèbes : « Roi des Thébains , dit un courrier qu'Etéocle avait envoyé au-devant de l'armée des Argiens, l'ennemi approche, je l'ai vu , croyez-en mon récit :

Sur un bouclier noir, sept chefs impitoyables , Epouvantent les dieux de serments effroyables , Près d'un taureau mourant qu'ils viennent d'égorger, Tous, la main dans le sang , jurent de se venger: Ils en jurent la Peur, le dieu Mars et Bellone. »

Il dit d'un homme dont la prudence était consommée : « Il moissonne ces sages et généreuses résolutions qui germent dans les profonds sillons de son Ame. »

Et ailleurs : c L'intelligence qui m'anime est descendue du ciel sur la terre , et me cric sans cesse : N'accorde qu'une faible estime à ce qui est mortel. >

Pour avertir les peuples libres de veiller de bonne heure sur les démarches d'un citoyen dangereux par ses talents et ses richesses : t Gardez-vous, leur dit-il, d'élever un jeune lion, de le ménager quand il craint encore, de lui résister quand il ne craint plus rien. »

A travers ces brillantes étincelles, il règne, dans quelques-uns de ses ouvrages, une obscurité qui provient non-seulement de son extrême précision et de la hardiesse de ses figures , mais encore des termes nouveaux dont il affecte d'enrichir ou de hérisser son style. Eschyle ne voulait pas que ses héros s'exprimassent comme le commun des hommes ; leur éloculion devait être au-dessus du langage vulgaire; clic est souvent au-dessus du langage connu. Pour fortifier sa diction, des mots volumineux, (luronicnl construits des débris de quelques autres, s'élèvent du milieu de la phrase, comme ces tours superbes qui dominent sur les remparts d'une ville. C'est la comparaison d'Aristophane.

L'éloquence d'Eschyle était trop forte pou)- l'assujettir aux recherches de lélégancc, de rhannonic et de la correction; son essor, trop audacieux pour ne pas l'exposer à des écarts et à des chutes. C'est un style, en général, noble et sublime ; en certains endroits, grand avec excès et pompeux jusqu'à Icnllure; quelquefois tnéconnaissable et révoltant par des comparaisons ijiUDhlc*, (!<■;• jeux

de mots puérils , et d'autres vices qui sont communs à cet auteur avec ceux qui ont plus de génie que de goût. Cependant , « dans sa grandeur plus qu'humaine , dit Schlegel , il devait toujours rester sans rival, puisque Sophocle, son émule, plus jeune et plus heureux, n'a pu lui-même l'égaler. » (Cours de littérature dramatique.)

Skiphocle (495 — 406).

Sophocle est regardé comme le poëte tragique le plus parfait de l'antiquité. Dans ses pièces, l'action est toujours ornée avec art, et la catastrophe préparée de loin. Ses caractères sont grands et héroïques; mais ils ne s'élèvent pas, comme ceux d'Eschyle, au-dessus de l'humanité. Sophocle est un grand peintre des passions, et il avait scruté le cœur humain dans ses replis les plus cachés. Le langage qu'il met dans la bouche de ses personnages est toujours parfaitement convenable à leur caractère , au lieu et aux circonstances où ils se trouvent. Son style est noble sans que ses expressions soient gigantesques ; sa versification est riche et harmonieuse.

Les anciens nous apprennent que l'aménité et la douceur qui caractérisaient Sophocle , lui ont fait donner le surnom d'Abeille attique.

Parmi ses tragédies, nous signalerons VOEdipe roi et V Electre , comme les plus belles et comme offrant un sujet intéressant de comparaison avec les mêmes pièces traitées par Voltaire.

Le beau caractère d'Electre , l'un des plus dramatiques que l'on connaisse; sa douleur profonde, tour à tour si touchante et si impétueuse; les regrets qu'elle donne à son père qu'elle a perdu, à son frère qu'elle a sauvé, et qu'elle attend comme un libérateur; son esclavage, qui n'abat ni son courage ni sa fierté; la soif de vengeance qui l'anime sans cesse; enfin le contraste qui forme le rôle de Chrysothémis, qui est l'Iphise de Voltaire, et dont la sensibilité douce et timide fait encore mieux ressortir l'élévation et l'énergie de sa sœur; les ordres d'Apollon, qui recommandent le secret à Oreste comme le ressort de toute son entreprise; le rôle du vieux gouverneur d'Oreste ; cette idée si théâtrale d'apporter une urne qui est supposée contenir les cendres d'Agamemnon ; ces alternatives de crainte et d'espérance , causées par la fausse nouvelle de la mort d'Oreste et par les présents qu'on a vus sur le tombeau de son père; cette situation déchirante de la malheureuse Electre, qui croit tenir en ses mains les cendres de son frère, tandis que son frère est sous ses yeux ; cette reconnaissance si naturcllcmeni

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