CYRUS MOURANT, A SES FILS
Cyrus, sentant sa fin approcher, fit appeler ses deux fils avec ses amis et les principaux magistrats des Perses ; et , les voyant rassemblés, il leur dit :
(T Mes enfants, et vous tous, mes amis , qui êtes ici présents , je reconnais à plusieurs signes que je touche au terme de ma vie. Comptez-moi, quand je ne serai plus, au nombre des heureux; et faites voir, par vos actions comme par vos discours , que vous croyez que je le suis en effet. Dès mon enfance , je me suis vu entouré des honneurs dont ce premier âge peut être susceptible; et cet avantage (si c'en est un) m'a suivi dans l'adolescence et dans l'âge mûr. J'ai toujours cru voir mes forces augmenter avec le nombre de mes années , en sorte que, dans ma vieillesse même , je ne me suis senti ni moins fort ni moins vigoureux qu'aux jours mêmes de ma jeunesse. Tous les projets que j'ai conçus, toutes les entreprises que j'ai formées, m'ont réussi au gré de mes désirs. J'ai vu mes amis heureux par mes bienfaits, et mes ennemis assujettis par mes armes. Avant moi, ma patrie était une province obscure de l'Asie , et je la laisse souveraine de l'Asie entière. Ce que mon bras avait conquis , mon bonheur et ma prudence ont su le conserver.