‹ Histoire de l'éloquence (volume 2)Chapitre 61 sur 89 · LUCIEN ENTRE LA SCULPTURE ET L'ÉLOQUENCE · texte numérisé non relu

LUCIEN ENTRE LA SCULPTURE ET L'ÉLOQUENCE

« Deux femmes , me prenant par les mains , me tiraient chacune de leur côté avec tant de violence , qu'il s'en fallait peu qu'elles ne me missent en pièces par leurs efforts contraires. Tantôt l'une paraissait remporter la victoire et me possédait presque entièrement; tantôt je passais au pouvoir de l'autre. Elles se disaient mutuellement des injures : l'une voulait m'avoir, sous prétexte que je lui appartenais déjà; l'autre me revendiquait comme ayant été soustrait à son pouvoir. La première avait l'air grossier d'un artisan; elle était robuste; ses cheveux en désordre, ses mains remplies de durillons , sa robe relevée jusqu'à la ceinture et couverte de poussière , la faisaient ressembler à mon oncle travaillant dans son atelier. La seconde, d'une physionomie très-agréable, avait un maintien noble et décent; sa robe flottait avec grâce. Enfin elles me laissèrent décider à laquelle des deux je voulais appartenir. La première , cette femme aux traits mâles et grossiers , me dit :

« Mon enfant, je suis la Sculpture, dont tu as reçu hier la » première leçon; je suis attachée depuis longtemps à ta famille,

> et par moi ton aïeul (elle prononça le nom du père de ma mère) » et tes deux oncles se sont illustrés. Si tu veux renoncer aux

> niaiseries et au vain babil de celle-ci (elle montra sa rivale), » me suivre et l'attacher à moi, je te donnerai d'abord une édu-

> cation mâle, tu deviendras robuste, tu ne seras point exposé à

> l'envie, ni obligé d'abandonner ta patrie pour parcourir des » pays étrangers. Les louanges que te donneront les hommes 1 n'auront pas pour fondement de vains discours. Que la grossiè-

> relé de ma taille ou la saleté de mon habit ne te rebute point :

Page 1