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CHAPITRE PREMIER

PREMIERS PROGRÈS DE l'ÉLOQUENCE DE LA CHAIRE.

Prédicateurs du quinzième et du seizième siècle. — Beautés et défauts de leur éloquence. — Ménot. — Maillard. — Raulin, — Barlet. — La chaire commence à s'épurer sur la fin du seizième siècle et au commencement du dix-septième. — Le Père le Jeune. — Saint François de Sales. — Saint Vincent de Paul. — Réflexiocs.

Saint Bernard, véritable prodige de son siècle, et par l'élévation de son génie et même par la beauté de son style , fit briller la cbairc d'un grand éclat, et les ouvrages qu'il a laissés rappellent encore l'éloquence des Augustin et des Chrysostôme. Mais après lui, pendant une longue période, les orateurs chrétiens ne purent produire aucun ouvrage digne de la postérité. Longtemps ils ne connurent presque que l'idiome des anciens Romains , défiguré par les altérations successives qu'il avait subies. Dès qu'ils voulurent se servir de leur propre langue, ils se laissèrent plus ou moins entraîner par le mauvais goût qui avait envahi tous les autres genres de la littérature. L'étude des anciens, qui s'était ranimée en France sous le règne de François I"', avait amené la

manie de l'érudition. Les prédicateurs, aussi bien que les écrivains, pour obtenir de l'estime et donner de l'autorité à leurs paroles , se croyaient obligés de montrer qu'ils avaient de vastes connaissances, et surtout qu'ils étaient très-versés dans l'antiquité. De là ces textes d'auteurs anciens qui revenaient à tout propos ; de là aussi ce mélange du sacré et du profane; Virgile était nommé à côté de Moïse, et David après Hercule.

On donnait encore dans d'autres défauts qui n'étaient guère moins contraires au bon goût. Le style était précieux et maniéré ; l'orateur prenait de longs détours, faisait des préambules sans fin pour en venir à la matière qu'il voulait traiter ; il ne montrait pas toujours assez de critique dans les traits d'histoire qu'il citait à l'appui de ses preuves , ni assez de goût dans les figures et les comparaisons qu'il prodiguait avec une abondance intarissable.

Nous devons dire cependant que la critique moderne s'est montrée trop sévère à l'égard des prédicateurs de cette époque. « Les sermons de Ménot et de Maillard, dit Voltaire, étaient prononcés moitié en mauvais latin, moitié en mauvais français. De ce mélange monstrueux naquit le style macaroniquc : c'est le chef-d'œuvre de la barbarie. Cette espèce d'éloquence, digne des Hurons et des Iroquois, s'est maintenue jusqu'à Louis XIIL » Une histoire littéraire récemment publiée dit à ce sujet : « Cette éloquence est bien médiocre et bien grossière; elle ne nous présente que les inventions burlesques de Ménot, les platitudes de Raulin, les bouffonneries cyniques de Maillard. »

Voilà, dit M. Géruzez, des accusations graves qui paraissent avoir force de chose jugée ; nous allons les examiner, et montrer que les sermonnaires du xv® siècle sont bien loin d'être sans mérite.

Il y a d'abord trois questions préjudicielles à résoudre : celle du langage , celle du grotesque et celle du cynisme. Quant à la platitude, c'est un grief accidentel.

Est-il vrai que les sermons de Ménot et de ses confrères furent prononcés en langue hybride, mi-latine et mi-française, ou, comme dit Voltaire , en jargon macaronique? Cette assertion n'est pas fondée ; car il n'est pas vraisemblable qu'à une époque où l'usage du latin était devenu le privilège du savant, l'orateur chrétien qui s'adressait au peuple ait parlé pour ne pas être compris, ou ne l'être qu'à moitié. D'ailleurs on a conservé plusieurs sermons en langue vulgaire. Le sermon tousseux de Maillard, ainsi nommé parce que les pauses où le prédicateur s'arrêtait pour tousser et cracher sont indiquées en marge par des hem , hem ; ce sermon est en français ; en outre, nous voyons dans le recueil latin publié

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