‹ Histoire de l'éloquenceChapitre 12 sur 77 · FÉNÉLON · texte numérisé non relu

FÉNÉLON

un sublime tableau de la propagation de l'Evangile, qu'on trouve au commencement du premier point, Fénélon nous montre, dès l'origine du Christianisme , « l'Eglise déjà plus étendue que cet empire , qui se vantait d'être lui seul tout l'univers. Les régions sauvages et inaccessibles du nord, que le soleil éclaire à peine de ses rayons, ont vu la lumière céleste. Les plages brûlantes de l'Afrique ont été inondées des torrents de la grâce. >

Voici comment il retrace l'invasion de Rome et la conversion de ses farouches vainqueurs.

c Regardez ces peuples barbares qui firent tomber l'empire romain. Dieu les a tenus en réserve sous un ciel glacé, pour punir Rome païenne et enivrée du sang des martyrs : il leur lâche la bride, et le monde en est inondé. Mais en renversant cet empire, ils se soumettent à celui du Sauveur. Tout ensemble ministres des vengeances et objets des miséricordes sans le savoir, ils sont amenés comme par la main au-devant de l'Evangile, et c'est d'eux qu'on peut dire à la lettre qu'ils ont trouvé le Dieu qu'ils ne cherchaient pas. >

L'orateur parcourt l'Europe et le globe entier avec l'essor d'un génie prophétique et avec l'impétuosité des mouvements les plus soutenus, les plus entraînants et les plus variés, pour mieux célébrer les conquêtes de la croix dans les missions de l'Orient.

« Que reste-t-il? peuples de l'extrémité de l'Orient, votre heure est venue. Alexandre, ce conquérant rapide que Daniel dépeint comme ne touchant pas la terre de ses pieds, lui qui fut si jaloux de subjuguer le monde entier, s'arrêta bien loin en deçà de vous; mais la charité va plus loin que l'orgueil. Ni les sables brûlants, ni les déserts, ni les montagnes, ni la distance des lieux, ni les tempêtes , ni les écueils de tant de mers, ni l'intempérie de l'air, ni le milieu fatal de la ligne où l'on découvre un ciel nouveau, ni les flottes ennemies, ni les côtes barbares ne peuvent arrêter ceux que Dieu envoie. Qui sont ceux-ci qui volent comme les nuées? Vents, portez-les sur vos ailes. Que le Midi, que l'Orient, que les îles inconnues les attendent et les regardent en silence venir de loin. Qu'ils sont beaux les pieds de ces hommes qu'on voit arriver du haut des montagnes, apporter la paix, annoncer les biens éternels , prêcher le salut, et dire : 0 Sion ! ton Dieu régnera sur toi ! Les voici ces nouveaux conqucrcnts qui viennent sans armes, excepté la croix du Sauveur. Ils viennent, non pour enlever les richesses et répandre le sang des vaincus, mais pour

offrir leur propre sang et communiquer le trésor céleste. Peuples qui les \ites venir, quelle fut d'abord votre surprise, et qui peut la représenter? Des hommes qui viennent à vous , sans être attirés par aucun motif, ni de commerce, ni d'ambition, ni de curiosité ; des hommes qui , sans vous avoir jamais vus, sans savoir même où vous êtes, quittent tout pour vous, et vous cherchent à travers toutes les mers , avec tant de fatigues et de périls, pour vous faire part de la vie éternelle qu'ils ont découverte ! Nations ensevelies dans l'ombre de la mort, quelle lumière sur vos tètes! »

Devenu archevêque de Cambrai , Fénélon montait souvent dans la chaire de son église, et se livrait à son cœur et à sa foi ; il répandait, dans de brillantes improvisations, tous les trésors de son facile génie. Dne circonstance particulière lui donna lieu de développer avec plus de travail son éloquence naturelle. Le sermon qu'il prononça dans la cathédrale de Lille, pour le sacre de V archevêque de Cologne, est, avec le discours sur les Missions, un des monuments les plus parfaits de l'éloquence moderne.

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