LÀ RUE
un très-heureux talent ; ses sermons respirent une éloquence attrayante et affectueuse , dont le charme fait regretter que cet écrivain , condamné par la nature à des infirmités habituelles, n'ait pas assez vécu pour remplir toute sa carrière oratoire. Il semblait appelé à se montrer le plus touchant des prédicateurs, et le P. Bouhours le désigne avec raison comme l'Euripide de la chaire. »
Giroust. (1624 — 1689.)
la manière de Giroust était simple, son éloquence forte et naturelle. Il possédait l'art de fixer ou de réveiller l'attention de son auditoire par des mouvements pathétiques, qu'il savait employer et ménager à propos. On lui reproche des négligences dans le style; mais, bien plus occupé de ramener les âmes que de mériter la réputation de grand orateur, le P. Giroust écrivait rarement ses sermons en entier ; il se contentait d'en méditer les principales parties, sans chercher à en faire disparaître les incorrections, qui d'ailleurs devaient être bien moins sensibles dans la chaleur du débit qu'elles ne le sont à la lecture.
La Bue. (1642 — l'/2o.)
La Rue, moins célèbre que Bourdaloue pour les discours de morale, mais né avec un esprit plus souple et une âme plus sensible, réussit mieux dans le genre des éloges funèbres ; il était en même temps poète et orateur, et il avait, comme Fléchier, le mérite d'écrire en vers la langue d'Horace et de Virgile. Il porta souvent la parole devant Louis XIV , à l'époque où de grandes infortunes succédèrent pour ce monarque à quarante années de gloire et de bonheur. Ce fut lui qui en 1711 fit l'éloge du grand dauphin. Un an après il rendit le même honneur au duc de Bourgogne, élève de Fénélon, et dans son discours il peignit avec un rare talent les qualités de ce prince, qui devait faire le bonheur de la France. On sait que, par une circonstance presque inouie, l'orateur avait à déplorer trois morts au lieu d'une. On sait que la jeune Adélaïde de Savoie, duchesse de Bourgogne, dont il était le confesseur, venait d'être moissonnée en môme temps que son époux sur les marches du trône que tous deux étaient destinés à illustrer par leurs vertus, et que cette princesse, si digne d'amour
et de regrets, était, placée dans le même cercueil, entre le duc et son fils. Le texte du discours, tiré de Jérémie, semblait être une prédiction, et avoir été choisi pour annoncer le déchirant spectacle offert à tous les yeux, d'un père, d'une mère et d'un enfant frappés et ensevelis ensemble : Quarè facitis malum grande contra animas vestras , ut intereat ex vobis vir, et mulier, et parvutus de medio Judœ? — Pourquoi vous attirez-vous par vos péchés un tel malheur , que de voir enlever par la mort , du milieu de vousy V époux i V épouse et l'enfant F (Chap. -44.) L'orateur fit couler des larmes abondantes et par la force de son sujet et par les beautés que son génie sut en tirer. On ne peut lire plusieurs morceaux de ce discours, et la fin surtout, sans attendrissement.
Son talent ne se fit pas moins remarquer dans l'oraison funèbre du maréchal François-Henry de Luxembourg , dans celle du maréchal de Boufflers, que Thomas regarde comme le chef-d'œuvre de l'auteur, et dans celle de Bossuet, citée aussi avec éloge par plusieurs critiques.
La Rue était de tous les prédicateurs de son temps celui qui débitait le mieux. Son imagination, fortement animée, laissait, dit-on , échapper dans le feu de la déclamation des traits du plus grand effet , qui ne se trouvent pas dans ses sermons imprimés. On admire dans la plupart l'esprit d'observation, la force et en même temps la facilité ; mais on y reprend beaucoup d'inégalités et de négligences.
« Ce que ^
s'y élc est p Le s