PETIT CAREME DE MASSILLON
Peut-être que La Rue, sur la fin de sa carrière, (il mourut eiv 4725), était déjà sous l'influence du mauvais goût qui envahit bientôt la chaire. Car, après le siècle de Louis le Grand, la décadence fut rapide, et nous croyons même avec Maury et d'autres judicieux critiques, que le Petit carême de Massillon la commença.
Cet orateur, ayant à parler devant un roi de huit ans et en présence d'un auditoire tout nouveau, crut devoir écarter les grands sujets qu'il avait traités avec tant de supériorité sous le règne précédent. 11 se renferma dans la condition, dans les devoirs, dans les dangers, dans les faiblesses des grands. Mais en se restreignant dans ce coin de la morale, il ne pouvait être éloquent; il déploya toutes les richesses d'un style agréable, il n'eut point de mouvements sublimes ; il fit briller des pensées ingénieuses et des aperçus pleins de grâce , il n'ébranla point ses auditeurs. Aussi, malgré l'enthousiasme qu'inspira pendant un demi siècle le Petit Carême , qui se trouvait, a-t-on dit, sur le bureau de Voltaire et
sur la toilette des dames; malgré le mérite du style, qui sans doute le rendra immortel, il faut convenir, pour l'intérêt du bon goût, que les amplifications, les redondances, le vide ou le retour fréquent des mêmes idées , les cadres communs et monotones des plans , les faibles développements trop souvent substitués à l'éloquence , mettent ce recueil tant vanté fort au-dessous des autres ouvrages de Massillon.