CHAPITRE QUATRIÈIHE
DE l'éloquence du BARREAU DEPUIS Là RÉVOLUTION.
L'éloquence du barreau étend son domaine après la révolution. — Causes politiques. — M. de Martignac.
L'éloquence judiciaire recommença aussitôt que l'ordre eût été rétabli et que les lois eurent repris leur empire. Elle a même acquis une importance qu'elle n'avait pas avant nos malheurs. Les changements opérés dans nos institutions, l'établissement du jury, son application aux délits de la presse , le privilège de la chambre haute, qui, pour des causes extraordinaires, s'est plusieurs fois constituée en cour de justice, tout cela a étendu le domaine de l'orateur du barreau , l'a placé sur de plus grands théâtres, et lui a donné les moyens d'agir avec plus de force sur les cœurs par l'entraînement des passions.
Dans les procès politiques , ses défaites sont quelquefois des triomphes; s'il perd sa cause devant les juges, il la gagne au tribunal de l'opinion publique ; pour la défense des accusés, il ne se borne pas à leur justification ; il change de rôle , il devient accusateur, il provoque l'indignation contre la persécution et l'arbitraire, il discute des principes, il établit des opinions; et ses paroles , recueillies par la presse , vont en un moment agiter les esprits, jusqu'aux extrémités du royaume.
Un grand nombre d'orateurs se sont illustrés dans les diverses carrières que le dix-neuvième siècle a ouvertes au barreau. Nous nommerons MM. Berryer , de Martignac , Sauzet, Hennequin , Janvier, Dupin aine , Dupin jeune , Mauguin, Odillon-Barrot, les frères Rianccy.
MM. de Peyronnet, de Kergorlay, de Monlalembert, Lacordaire, de Coux, cf plusieurs aulres, en parlant eux-mêmes dans leur