CHAPITRE PREMIER
Le comte d'Artois à Valenciennes. — Les Condé ne font qu'y passer. — Portrait du comte d'Artois. — Sa fuite de Paris. — Les premiers émigrés. — Leurs illusions. — Le comte d'Artois à Bruxelles, puis à Mantoue et de là à Turin. — Accueil que lui et les princes de Condé reçoivent du roi de Sardaigne. — Premières intrigues.
Au mois de juillet 1789, le comte Valentin Eszterhazy commandait au nom du roi Louis XVI la place de Valenciennes. D'origine hongroise, âgé de cinquante ans, successivement colonel de hussards, maréchal de camp et Cordon bleu, ce gentilhomme avait fait sa carrière en France. Il occupait le premier rang parmi ces favoris de Marie- Antoinette, qu'elle avait comblés de ses bienfaits et
qui lui témoignaient leur gratitude par un incessant et passionné dévouement.
Aux premières nouvelles des événements qui marquèrent les débuts de la Révolution, le comte Eszterhazy avait pressenti les périls qui menaçaient la famille royale. Afin d'en mesurer Tétendue et de contribuer à les conjurer, il s'était mis aussitôt en route pour Paris, alléguant la nécessité d'y conduire sa femme et dissimulant sous ce prétexte le véritable objet de son voyage. Il arriva aux portes de la capitale, le 14 juillet, vers le déclin du jour. La Bastille venait d'être prise, la plupart de ses défenseurs d'être massacrés. Un vent d'émeute soufflait sur la ville où régnaient l'émotion, le désordre, de vives alarmes, par suite des tragiques excès auxquels s'étaient livrés les vainqueurs.
C'est par la rumeur publi-que que le comte Eszterhazy fut mis au courant des irréparables malheurs qui s'étaient accomplis et en présageaient de plus lamentables. Il comprit que son devoir était de retourner sans délai au poste qu'il tenait de la confiance du roi et d'y prévenir, par des mesures de précaution, le contre-coup dotant de passions déchaînées. Se séparant de sa femme qu'il laissa entrer seule dans Paris, il revint aussitôt sur ses pas. Dès le matin du 18 juillet, de retour à Valenciennes, il s'empressait de donner, en y arrivant, les ordres que commandaient les circonstances.
Dans la soirée du même jour, après s'être assuré que le calme régnait parmi les populations soumises à son commandement, il allait se retirer dans sa chambre quand il fut appelé au nom d'un de ses amis, le prince de Chimay, à la poste aux chevaux. Il y courut et se trouva en présence du comte d'Artois qui venait d'arriver. Le prince d'Hénin, le comte de Vaudreuil, le marquis de Blignac, d'autres encore accompagnaient le frère du roi. Eszterhazy reçut de ses mains une lettre de Louis XVI, une autre de la reine mettant les fugitifs sous sa garde jusqu'à ce qu'ils eussent passé la frontière.
Ces lettres lues, il promit au comte d'Artois dévouement et sûreté, lui demanda ses ordres, en lui offrant dans sa propre maison une hospitalité qui fut acceptée avec empressement. Le prince désirait attendre à Valenciennes ses deux fils, le duc d'Angoulême et le duc de Berry, partis de Paris derrière lui et qui devaient arriver le lendemain.
Au moment où, sur l'invitation du comte Eszterhazy, la voiture du comte d'Artois allait se rendre à l'hôtel du Gouvernement, deux berlines ébranlant le pavé sous leurs roues chauffées par une longue route vinrent s'arrêter devant la poste. Elles amenaient les trois Condé, le prince chef de la famille, son fils le duc de Bourbon, son petit-fils le duc d'Enghien. Ils fuyaient eux aussi, suivis d'un petit nombre de courtisans, à ce point affolés que quelque
supplication que leur adressât le gouverneur de Valenciennes pour les retenir au moins durant la nuit, ils refusèrent avec énergie de prolonger leur séjour dans la ville au delà du temps nécessité par le changement de chevaux. Quelques instants après leur arrivée, ils partaient sans que les groupes qui stationnaient autour d'eux, soupçonneux et inquiets, les eussent reconnus. Le comte d'Artois, dont l'incognito n'avait pas été découvert, put alors se rendre chez Eszterhazy.
Le prince avait trente-deux ans. Un portrait du temps le représente vêtu d'un habit gris en soie dont les dentelles flottantes du jabot cachent les revers. Petite est la tête, très aristocratique la physionomie ; il y a de la finesse dans ces yeux bleus qui révèlent sous la grâce voulue de l'expression, plus de sensibilité que de cœur. Avec sa taille svelte, sa tournure agile, ses manières affables, son grand air, le comte d'Artois est séduisant et en même temps dédaigneux et hautain. Il est aisé de comprendre qu'il ait été tout à la fois un des Dons Juans de la cour de France et la bête noire d'une plèbe qui le croyait indiffèrent à ses maux. C'est bien le type du gentilhomme vaniteux et léger, dont ses contemporains offrent de si nombreux modèles, qui sera tour à tour l'émigré de Coblentz, aveugle et têtu, ne voulant rien voir ni rien apprendre et l'émigré de 1814, n'ayant rien oublié.
Avant de poursuivre ce récit, il convient d'indiquer par suite de quelles circonstances, il se trouvait à Valenciennes, le 17 juillet 1789. Trois jours avant, Louis XVI qui le savait désigné aux fureurs populaires, lui avait enjoint de quitter Paris et (c de se retirer hors du royaume. » Muni d'un passeport délivré par le général de La Fayette, il était parti à la pointe du jour, après avoir décidé que ses fils, le duc d' Angoulême et le duc de Berry, s'éloigneraient par une autre voie que lui, sous la conduite du comte de Seront leur gouverneur, et le rejoindraient sur la frontière.
Une ordre analogue avait été donné par le roi au prince de Condé, au duc et à la duchesse de Polignac. Condé se l'était fait répéter trois fois avant d'obéir. La duchesse de Polignac avait résisté avec une égale énergie.
— Au nom de l'amitié, s'était écriée la reine, je vous en prie, je vous l'ordonne, partez, quand il en est temps encore.
Il n'avait pas fallu moins que cette émouvante prière pour décider la jeune femme à abandonner la famille royale. Comme elle allait monter en voiture, vers minuit, on lui avait remis un billet de Marie- Antoinette, lui portant de déchirants adieux : « Adieu, la plus tendre des amies. Ce mot est affreux. Mais, il le faut. Voilà l'ordre pour les chevaux. Je n'ai que la force de vous embrasser. »
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Durant cette même nuit succédant à la plus tragique des journées, fuyaient également ou se préparaient à fuir tous ceux qui, se croyant menacés, avaient pris peur. Sur cette liste des premiers émigrés, à côté des noms obscurs de prêtres et de religieuses, on en relève de plus éclatants : d'Harcourt. Duras, Villequier, Beauvau, Fitz-James, Mortemart, Cambis, Lauzun, de Lage, de Ginestous, gentilshommes appartenant aux plus illustres familles du royaume, femmes belles et élégantes, la plus brillante parure de la cour de France, s'en allant les uns en Angleterre, les autres en Allemagne ou dans les Pays-Bas.
Il faut y joindre encore la princesse de Lamballe qui se décidait à aller attendre la fin de la tourmente à Spa d'où, pour son malheur, elle devait revenir trop tôt ; le maréchal de Broglie qui, parti de Paris pour se rendre à son commandement de Metz, était empêché par une émeute d'en prendre possession et contraint de se réfugier à l'étranger.
Le nombre de ces fugitifs de la première heure allait se grossir rapidement de tous ceux qu'entraînait leur exemple et à quelques mois de là, la famille royale, victime de leur fuite, qu'avaient provoquée sa bonté et sa faiblesse, se trouver isolée dans Paris, privée de ses plus sûrs défenseurs et abandonnée à ses ennemis.
C'est au cours d'événements dont il ne connais-
sait encore qu'une très minime part que le comte d'Artois avait quitté Paris. Il raconta au comte Eszterhazy ce qu'il en savait, sans lui faire toutefois de la situation du royaume le sombre tableau que Ton pourrait supposer. Bien au contraire, il la présentait sous des couleurs rassurantes. A Tentendre, les péripéties devant lesquelles il fuyait, ne constituaient qu'un accident qui n'aurait pas de suite, un feu de paille destiné à s'éteindre promptement.
— Nous rentrerons dans trois mois, disait-il avec insouciance.
Trois moisi Ainsi s'exprime la conviction des premiers émigrés. Ils ont foi dans l'avenir. Ils se voient revenus avant peu dans leurs foyers. Cette conviction explique pourquoi ils les ont désertés si vite, sans régler leurs affaires les plus urgentes, sans s'assurer des ressources pour vivre dans l'exil au delà de quelques semaines. La certitude d'un ■prochain retour, c'est la caractéristique de l'Emi- |;gration à ses débuts.
Quoique pressé de passer la frontière, le comte id' Artois était tenu d'attendre à Yalenciennes la venue de ses fils. Ils arrivèrent le lendemain. Il les laissa se reposer une journée et profita du loisir que deur repos lui donnait pour recevoir quelques-unes 'de ses amies de Paris, qui se trouvaient dans la ville : la duchesse de Laval, la comtesse de Balbi,
la comtesse de Ménars, madame de Bouf fiers. Puis, il conféra avec ses courtisans. Il s'agissait de décider en quel lieu il se rendrait.
Eszterhazy conseillait l'Espagne ; le comte d'Artois opinait pour Turin où la cour de son beau-père, Victor- Amédée III, lui offrait un asile. Finalement, il résolut de gagner Bruxelles et d'attendre d'y être pour choisir sa résidence définitive. Il partit le même jour, sous la protection d'une escorte à la tête de laquelle s'était mis Eszterhazy et qui le conduisit à Quiévrain. Le départ de ses fils fut l'objet d'une égale sollicitude et s'accomplit sans accidents.
Tel est, brièvement raconté, l'épisode initial de l'Émigration. Cette émigration, nous la verrons bientôt s'étendre. Les tragédies qui vont se succéder dans Paris et accroître la terreur seront la cause de son extension.
Elle s'accélérait déjà dans les provinces touchant aux frontières méridionales. Abandonnant leurs châteaux menacés, de nobles familles de Provence et du Dauphiné se réfugiaient à Chambéry et à Nice. Celles qui allaient vers Nice trouvaient le long du Var, pour les protéger contre les brigands, des troupes que le roi de Sardaigne avait envoyées à leur rencontre. Celles qui passaient en Savoie sollicitaient de ce prince des secours analogues. Toutes ces contrées étaient en feu. L'incendie rapidement se propageait.
Bientôt, ce sera la déclaration des Droits de l'homme qui viendra augmenter le péril public et sanctionner, selon l'expression de l'historien Sybel, les violations de la justice et de l'équité. Les paysans traqueront leurs anciens maîtres au nom du saint devoir de l'insurrection. Lorsqu'après le 4 août, on leur demandera de payer les taxes maintenues ce jour-là, ils s'y refuseront sous prétexte qu'elles sont incompatibles avec la détresse générale.
Le 6 octobre suivant, l'invasion de Versailles imprimera au flot de l'émigration une impulsion nouvelle. Parmi les fugitifs, figurera le duc d'Orléans. C'est alors que le comte de Montmorin, ministre des affaires étrangères, écrira officiellement, sans qu'on puisse savoir si son langage est sincère ou s'il n'a d'autre but que de flatter l'opinion victorieuse : (c Ces émigrations ne peuvent qu'affliger ceux qui, ayant confiance dans la volonté paternelle du roi et le dévouement de son ministère, pensent que, quelles que soient les calamités actuelles, on ne devrait pas abandonner la patrie, mais concourir plutôt par des exhortations, des bons conseils et des sacrifices au retour de la prospérité dont on ne peut qu'éloigner le terme par un découragement aussi marqué qui ne peut faire que le plus fâcheux effet chez les étrangers et nuire à notre considération (1). )>
(i) Montmorin au baron de Choiseul, ministre de France à Turin, 7 octobre 1789. — Archives des Affaires étrangères.
En quittant Valenciennes, le comte d'A^rtois s'était dirigé vers Bruxelles. Il y arriva dans les derniers jours de juillet. Cette ville n'était pas encore, ainsi qu'elle le devint plus tard, un rendez-vous d'émigrés (1). L'archiduchesse Marie- Christine, sœur de l'Empereur Joseph II, mariée au duc de Saxe-Teschen y résidait, au nom de ce souverain, comme gouvernante des Pays-Bas. Après avoir reçu la visite du comte d'Artois, elle en manda la nouvelle à son frère. L'Empereur répondit sur-le-champ qu'il ne pouvait autoriser le séjour des princes français à Bruxelles. Il ne voulait pas, en laissant se créer aux portes de la France un foyer de conspirateurs, justifier les griefs que le gouvernement royal ne manquerait pas de lui imputer. Il ordonnait donc à sa sœur d'inviter le comte d'Artois à s'éloigner, et s'il ne le pouvait sur-le-champ, à se fixer jusqu'à son départ au château de Laecken avec un seul domestique, à y vivre incognito après avoir pris l'engagement de n'y recevoir personne.
(1) C'est par erreur que l'historien Forneron, dans ses études sur l'Émigration, malheureusement interrompues par sa mort, a prétendu le contraire. Il dit qu'à Bruxelles se réunirent d'abord les émigrés les plus riches, et il indique que ce fut dès 1789. Il cite même, à l'appui de son dire, une phrase du journal de Ferscn : « Je fus à la comédie. J'y trouvai tous les Français qui y sont d'ordinaire, moins les femmes. » Mais cette phrase est extraite d'une lettre qui porte la date du 11 août 1792, et non de 1789.
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Ces instructions rigoureuses, communiquées au prince, le décidèrent à quitter la Belgique et à se rendre à Turin, bien qu'il ignorât, si son beau-père Ty verrait sans déplaisir II lui écrivit afin de lui annoncer sa venue et confia sa lettre à son aide de camp, le baron de Castelnau, qui devait lui rapporter la réponse à Mantoue où il allait l'attendre. Puis, il gagna l'Italie par TAllemagne et la Suisse, voyageant à petites journées, faisant le long de sa route de fréquents arrêts, notamment à Gumlingen près de Berne, où il passa trois semaines, en ayant soin, là comme ailleurs, de laisser ignorer qui il était.
Le 4 septembre, Castelnau était à Turin. Depuis plusieurs jours, le roi de Sardaigne possédait une lettre de sa fille, la comtesse d'Artois, restée à Paris, qui lui demandait l'autorisation de se fixer près de lui. Avant de répondre, Victor- Amédée avait voulu s'assurer de l'adhésion de Louis XVI à ce projet. Cette adhésion était acquise d'avance. N'était-ce pas le roi de France qui avait engagé son frère à s'établir à Turin, jusqu'à la fin des troubles? Quant à la comtesse d'Artois, « il ne pouvait qu'approuver qu'elle se réunît à son mari et à ses enfants et la laisser maîtresse de faire ce que lui dicterait son cœur. »
Après ces pourparlers, il fut permis aux princes français de venir en Piémont. Castelnau partit aussitôt pour en porter la nouvelle au comte d'Ar-
tois, tandis que le roi de Sardaigne, étant installé pour toute la durée de Tété dans sa résidence de Moncalieri, louait à proximité du château trois confortables maisons pour y loger son gendre, sa fille, ses petits-fils et leur suite.
Ce fut seulement à la mi-septembre que le comte d'Artois arriva à Moncalieri. Le roi et les princes ses fils le reçurent à la descente de son carrosse avec les témoignages de la plus tendre affection et le conduisirent chez sa sœur, laprincesse de Piémont, celle que son embonpoint avait fait surnommer (( Gros Madame ». Après les épanchements de famille, il reçut le ministre de France, Choiseul^ qui lui présenta le corps diplomatique. Les jours suivants, arrivèrent successivement et furent accueillis avec une égale bonne grâce la comtesse d'Artois, le duc d'Angoulême, le duc de Berry, les trois Condé, la princesse Louise de Condé, le prince de Monaco et une nombreuse suite dont faisaient partie le marquis et la marquise d'Autichamp, le comte du Cayla, le comte de Choiseul- Meun, le comte d'Espinchal, le chevalier de Virieu.
Tous les jours, le ministre de France rendait compte à Montmorin des faits et gestes des augustes personnages. On connaît par ses rapports leur conduite et leurs intentions. « Le comte d'Artois restera à Turin et s'y occupera des intérêts de son frère. Les Condé iront, à ce qu'on croit, voyager
en Italie... Il y a de nombreuses réunions de famille à la cour, chez le duc et la duchesse de Chablais, installés à leur château d'Aglaé, chez le prince et la princesse de Piémont, chez le duc d'Aoste; il y a aussi des parties de chasse... Les Condé se sont établis dans un hôtel de Turin. Le comte d'Artois s'y rend de Moncalieri, va leur demander à dîner sans façon. )>
Le 26 septembre, Choiseul écrit que les princes de Condé dînent chez lui ce jour-là. « Le comte d'Artois avait promis devenir. Mais il s'est excusé, étant trop occupé par ses affaires de finances avec M. de Bonnières, l'intendant de sa maison. » Que d'âpres préoccupations révèlent ces trois lignes ! Les affaires de finances sont déjà le plus cuisant souci de Texil qui commence, une terrible plaie qui vient de s'ouvrir et va se creuser de jour en jour. Dès ce premier moment, il faut suffire à l'entretien d'une suite de quatre vingt-deux personnes, car la suite du comte d'Artois compte quatre-vingtdeux personnes, comme celle des Condé en compte quarante-cinq.
Les jours s'écoulent ainsi. Le 7 octobre, les Condé partent pour Gênes. « Leur voyage ne doit pas se prolonger au-delà d'une semaine. » Ils sont décidés à passer l'hiver à Turin. « Ils y ont fait venir leurs chevaux. Ils ont loué pour neuf mois, à raison de trois mille six cents francs par mois, une maison
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qui communique par Je jardin avec celle que doit habiter le comte d'Artois, quand la cour de Piémont rentrera dans la capitale, après le séjour d'été à Moncalieri. » Ils ne tardent pas à y retourner. Ils y sont quand arrive la comtesse de Polastron. Cette jeune femme est adorée du comte d'Artois. Il souflre d'être contraint de vivre éloigné d'elle. Elle vient passer quelques semaines auprès de lui. (1)
A la mi-octobre, Choiseul annonce à Paris la présence, à Turin, de nouveaux émigrés : le duc de Laval et ses fils, le comte de Bonneval, la Fare, premier président des États de Provence, le marquis de Montesson, le duc et la duchesse de Polignac, qui se rendent à Rome, la comtesse Diane de Polignac, la vicomtesse de Vaudreuil, l'abbé de Balivière, la Comtesse de Brionne, amie du maréchal de Castries, mère du prince de Lambescetde la princesse de Carignan, qui repart pour Paris, à peine débarquée, afin de s'y dévouer au salut de son fils, compromis dans les événements, la duchesse de Brissac, qui se rend à Nice pour sa santé et beaucoup d'autres Français de toutes les classes.
Cette cohue aristocratique devient bientôt si
(1) Elle mourut à Londres le 27 mars 1804. Sa mort fut le signal de la conversion du comte d'Arlois qui, dès ce jour, tomba dans la dévotion.
nombreuse, que la cour de Sardaigne s'en -inquiète.
Le ministre de France aimerait mieux que les émigrés allassent à Rome ou ailleurs, où on ne pourrait, vu l'éloignement, les soupçonner de former des projets contre leur pays. « Je ne peux voir qu'avec peine une réunion qui échauffe les esprits, même à Turin, et qui peut faire sensation en France comme ici. » Il leur ouvre toutefois sa maison, les y accueille avec courtoisie, leur donne à dîner. « Jusqu'à présent j'en suis quitte pour de la fatigue et de la dépense... Vous pouvez imaginer en général leurs principes. » Choiseul est un gentilhomme dévoué au roi. Mais, il ne peut s'associer au langage qu'il entend, approuver les projets que l'on commence à fomenter contre la France et dont imprudemment on parle tout haut.