‹ Histoire de l'Empereur Charles-QuintChapitre 20 sur 56 · livre i · texte numérisé non relu

livre i

Espagnols ne parent voir sans indignation les places les plus importantes publiquement exposées en vente par des étrangers, qui n'étaient intéressés ni au bonheur, ni à la gloire de l'Espagne. Ximenès, qui dans toute son administration avait montré le désintéressement le plus pur, et qui avait l'Ame trop haute pour connaître le vil sentiment de l'avarice, s'éleva avec la plus grande liberté contre la corruption des Flamands. Il représenta vivement au roi les murmures et l'indignation que leur conduite excitait parmi un peuple libre et fier, et le supplia en même temps de partir sans délai pour l'Espagne, afin de dissiper par sa présence l'orage qui se formait sur le royaume.

Charles sentait bien qu'il avait différé trop longtemps d'aller prendre» possession de ses États en Espagne ; mais de puissants obstacles l'arrêtaient et le retenaient encore dans les Pays-Bas. La guerre, que la ligue de Cambrai avait allumée en Italie, n'était pas terminée, quoique les armées de toutes les parties belligérantes eussent pris pendant le cours de cette guerre des directions différentes. La France était alors liée avec les Vénitiens, contre lesquels elle s'était liguée d'abord : Maximilien et Ferdinand avaient depuis quelques années commencé des hostilités contre la France, leur première alliée , quoique ce fût a la valeur des troupes françaises que la confédération eût été redevable de tous ses succès. Ferdinand avait laissé à son petit-fils, avec tous ses royaumes, cette guerre à soutenir ; et la passion de Maximilien pour toute entreprise nouvelle, donnait lieu de croire qu'il persuaderait au jeune monarque de la poursuivre avec ardeur : mais les Flamands, dont le commerce toujours croissant s'était élevé, pendant le cours de cette guerre, sur les débris de celui de Venise, craignaient une rupture avec les Français ; et Chièvres, habile à démêler les véritables intérêts de son pays, et n'en étant pas détourné en cette occasion par son avarice, se déclara vivement pour la paix. François Ier, qui se trouvait sans alliés et qui cherchait à s'assurer par un traité ses dernières conquêtes en Italie , reçut avec joie les premières ouvertures d'un accommodement : Chièvres entama lui-même la négociation au nom de Charles, avec Boisy, plénipotentiaire de François Ier. Chacun de ces ministres avait présidé à l'éducation du prince qu'il représentait : ils avaient tous deux les mêmes dispositions à la paix et étaient également persuadés que l'union de leurs maîtres était l'événement le plus heureux et pour les deux monarques et pour leurs peuples. Cne négociation conduite par deux hommes de ce

caractère ne pouvait pas traîner en longueur. Quelques jours après Fouverture des conférences, qui se tinrent à Noyon, les plénipotentiaires conclurent un traité d'alliance et de défense réciproque entre les deux souverains. Un des priucipaux articles fut le mariage de Charles avec madame Louise, fille unique de François, et Agée seulement d'un an ; pour son douaire, François abandonnait à Charles toutes ses prétentions sur le royaume de Navarre ; mais comme ce royaume était déjà entre les mains du roi d'Espagne, il fut convenu que ce prince payerait au roi de France cent mille écus par an jusqu'à la conclusion de son mariage, et cinquante mille écus après le jnariage, tant que la princesse n'aurait point d'enfants. On convint aussi que lorsque Charles serait arrivé en Espagne, les héritiers de Jean d'Albret lui exposeraient leurs droits sur la Navarre ; et que s'il ne leur donnait pas satisfaction , François serait autorisé à les secourir de toutes ses forces f . L'union de Charles et de François ne fut pas le seul fruit de cette alliance ; Maximilien qui ne se sentait pas en état de résister aux forces réunies de la France et de Venise, fut obligé par là de conclure avec ces puissances un traité qui termina enfin cette longue et sanglante guerre que la ligue de Cambrai avait allumée. L'Europe jouit pendant quelques années d'une tranquillité générale, et dut ce bienfait à deux princes dont la rivalité et l'ambition la troublèrent ensuite et la divisèrent pendant tout le reste de leur règne.

Charles s'assurait, par le traité de Noyon, un passage libre pour aller en Espagne ; mais il n'était pas de l'intérêt des Flamands qu'A entreprit si promptement ce voyage. Pendant qu'il résidait en Flandre, il y dépensait les revenus de la couronne, et ses favoris attiraient sur eux, sans avoir de concurrents, tous les effets de sa liberté. Leur pays était le siège du gouvernement, et toutes les grâces étaient dispensées par leurs mains ; mais il» sentaient que le moment où Charles mettrait le pied en Espagne les dépouillerait vraisemblablement de tous <« avantages. Il était naturel que les Espagnols prissent la direction de leurs propres affaires ; les Flamands prévoyaient que les Pays-Bas ne seraient plus regardés que comme une province de l'Espagne, et que ceux qui disposaient auparavant de toutes les faveurs seraient obligés de les obtenir alors de la main des Espagnols. Ce que Chiènes

« Léonard, RôcmiU de$ TrmUéê, tome II, p. 6a.

Page 1