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de Ximenès Charles avait imprudemment élevé à la dignité de chancelier de Castille , épuisaient à l'envi tous les moyens de multiplier les exactions et d'étendre la vénalité. Ces faits ne sont pas seulement rapportés par les historiens espagnols, que la prévention nationale peut faire soupçonner d'exagération : Pierre-Martyr Angleria , qui résidait alors à la cour d'Espagne , et qui n'avait aucun motif pour tromper ceux à qui il écrivait, a laissé dans ses lettres un détail presque* incroyable de l'insatiable et insolente avidité des Flamands. Selon le calcul que cet écrivain nous a laissé, et qu'il assure être très-modéré, ils firent passer dans les Pays-Bas, pendant l'espace de dix mois, onze cent mille ducats. Ce qui irrita les Espagnols plus encore que toutes les exactions, ce fut de voir nommer à l'archevêché de Tolède Guillaume de Croy, neveu de Chièvres, jeune homme qui n'avait pas encore l'âge prescrit par les canons. L'élévation d'un étranger à la première dignité de leur Église et au plus riche bénéfice du royaume, leur parut non-seulement une injustice , mais encore une insulte à toute la nation; et le clergé et les laïques, l'un par intérêt, les autres par indignation , se réunirent pour blâmer hautement un choix si révoltant * .
Charles quitta la Castille dans le moment même où l'on était si mécontent de son administration , et partit pour Saragosse, dans le dessein d'assister aux états de ce royaume. Dans sa route , il prit congé de son frère Ferdinand, qu'il envoya en Allemagne» sous préhr texte que sa présence serait agréable à Maximilien, leur grand-père. Charles dut à cette sage précaution la conservation de ses domaine» d'Espagne. Au milieu des troubles violents qui s'y élevèrent bientôt après cette époque, on ne peut pas douter que les Espagnols n'eussent offert la couronne à un prince qui était l'idole de toute la nation ; et Ferdinand ne manquait ni d'ambition ni de conseils qui l'auraient déterminé à accepter l'offre d'un royaume *•
Les Aragonais n'avaient pas encore reconnu Charles pour leur roi, et les états ne s'assemblèrent pas en son nom, mais au nom du jutt* tiza, à qui, pendant les interrègnes, ce privilège appartenait 5. L'opposition que Charles trouva dans cette assemblée fut plus violente et
» Sandoval,page28, 31. P. Mart., Ep., page 608,011 , 613, 614,622, 623, 639t Miniana, Contin., lib. i, c. m, 1. ix. 2 P. Mart., Ep., p. 619. Ferreras, vol. vm, p. 160. 9 P. Mart., Ep,, p. 605.
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plus opiniâtre que celle des états de Castille : cependant, après beaucoup de résistance et de longs délais, il obtint le titre de roi conjointement avec sa mère. En même temps il s'engagea, par un serment solennel que les Aragonais exigeaient toujours de leur roi 9 à ne jamais violer aucun de leurs droits et privilèges. Les états furent encore plus intraitables sur la proposition d'un don gratuit. Il s'écoula plusieurs mois avant qu'ils voulussent consentir à accorder à Charles deux cent mille ducats , et ils exigèrent que cette somme fût employée à acquitter des dettes de la couronne oubliées dès longtemps, de sorte qu'il n'en resta qu'une petite partie à la disposition du roi. Ce qui s'était passé en Castille avait appris aux Aragonais à se tenir sur leurs gardes , et ils aimèrent mieux avoir égard aux prétentions de leurs concitoyens , quelque extraordinaires qu'elles pussent être , que de fournir à des étrangers les moyens de s'enrichir des dépouilles de la patrie * .
Pendant l'assemblée des états, les ambassadeurs de François Ier et du jeune roi de Navarre arrivèrent à Saragosse, pour demander, en vertu du traité de Noyon, la restitution de la Navarre : mais ni Charles ni les nobles castillans qu'il consulta sur cet objet, ne parurent disposés à céder cette acquisition. On tint, quelque temps après, des conférences à Montpellier pour arranger cette affaire à l'amiable , mais ce fut sans succès : les Français alléguaient toujours l'injustice de l'usurpation, et les Espagnols n'en considéraient que l'importance *.
Charles, en quittant F Aragon, se rendit en Catalogne, où il perdit autant de temps, trouva plus d'obstacles et obtint encore moins d'argent. Les Flamands s'étaient rendus si odieux par leurs exactions dans toutes les provinces d'Espagne , que le désir de les mortifier et de frustrer leur avarice donnait un nouveau ressort à la jalousie qui anime d'ordinaire les déterminations d'un peuple libre.
Les Castillans, qui avaient senti très-vivement le poids et la rigueur de l'oppression des Flamands, prirent le parti de renoncer a une docilité qui leur était funeste, et qui les rendait en même temps un objet de mépris pour les autres provinces d'Espagne. Ségovie , Tolède, Séville , et plusieurs autres villes du premier ordre , formèrent une confédération pour la défense de leurs droits et de leurs privilèges;
1 P. Mart., Ep., p. 61». «34.