LIVRE I
et malgré le silence de la noblesse, qui, dans cette occasion, ne montra ni l'esprit public ni le courage qu'on avait droit d'en attendre , les villes confédérées adressèrent au roi un exposé détaillé de l'état du royaume et de la mauvaise administration de ses favoris. La nomination des étrangers aux emplois, l'exportation de l'argent monnayé et l'augmentation des taxes, furent les principaux griefs qu'ils exposèrent, et ils en demandèrent justice avec la hardiesse naturelle à un peuple libre. Ces remontrances furent d'abord présentées & Saragosse et renouvelées ensuite à Barcelone ; mais Charles ne parut pas y faire beaucoup d'attention : cependant la confédération de ces villes fut le commencement de cette union fameuse des communes de Castilie, union qui , bientôt après , jeta tout le royaume dans la plus grande confusion, ébranla le trône, et fut sur le point de détruire la constitution même * .
II n'y avait pas longtemps que Charles était arrivé à Barcelone lorsqu'il reçut la nouvelle d'un événement qui l'intéressait plus que les murmures des Castillans et les scrupules des états de Catalogne : c'était la mort de l'empereur Maximilien. Cette mort n'avait rien de fort important par elle-même; car Maximilien n'était recommandable ni par ses vertus , ni par son pouvoir , ni par ses talents ; mais elle devint , par ses suites, un des plus mémorables événements de l'histoire moderne : elle rompit cette paix universelle et profonde qui régnait dans le monde chrétien ; elle excita entre deux princes une rivalité qui remua toute l'Europe, et y alluma des guerres plus générales et plus longues qu'on n'en avait eu jusque-là depuis la république romaine.
Les révolutions qu'avait occasionnées l'expédition du roi de France Charles VIII en Italie, avaient inspiré aux princes d'Europe de nouvelles idées sur l'importance de la dignité impériale. L'empire avait beaucoup de prétentions sur quelques États d'Italie, et sur quelques autres une juridiction fort étendue : il est vrai que sous des princes qui n'avaient que peu de talents et d'influence, ces prétentions avaient été presque abandonnées et que cette juridiction avait été rarement exercée : cependant on sentait bien qu'un empereur qui aurait du pouvoir et du génie , s'en servirait avec succès pour étendre son domaine sur la plus grande partie de l'Italie. Maximilien môme*
1 P. Mart., Ep., p. 6*30. Ferrei^, vol. vni, p. 464.
£2 HISTOIRE M CHABLBS-QUINT.
quelque faible et Incertaine que sa conduite ait toujours été ♦ «?eM m tirer avantage de- tonfes les guerres et de toutes les négociation «ri s'étaient faites en Italie pendant son règne. D'ailleurs, la préétft» nence reconnue que le chef de l'empire avait sur les princes chrétiens* les droits attachés à cette dignité, et qui pouvaient devenir «rèMMsidérabies dans les mains d'un prince qui saurait les faire valoir uvet habileté, tout concourait à rendre plus que jamais la couronne impériale un objet digne d'exciter l'ambition et la rivalité des souverains. Maximiiien avait montré , peu de temps avant sa mort , un grand désir de conserver cette dignité dans la maison d'Autriche , et de faire nommer le roi d'Espagne pour son successeur ; mais n'ayant jamais été couronné par le pape , cérémonie qu'en regardait elen comme essentielle , il n'était considéré que comme empereur ««. Quoique les historiens n'aient point remarqué cette distinction f H est certain que les chancelleries d'Italie et d'Allemagne n'ont jamais donné à Maximiiien que le titre de roi des Romains; et, Comme on ne trouvait dans l'histoire aucun exemple d'un roi des Romains à qui l'on eAt nommé un successeur de son vivant, lès Allemands, toujours attachés à leurs formes f ne voulurent ptt accorder à CharkÉ «m rang pour lequel il n'y avait pas même de nom dans les constitutions de l'empire , et refusèrent avec opiniâtreté de satisfaire s* ce point le désir de Maximilien * .
La mort de cet empereur leva tout» ces difficultés. Charte demanda ouvertement cette place * que son grand-père avait tenté* «ans succès f de lui assurer d'avance ; François P* se mit en mette temps sur les rangs pour la lui disputer. Cette rivalité , non moins éclatante par la grandeur des concurrents que par l'importance du prix auquel ils aspiraient , attira l'attention de toute l'Europe : les deux monarques déclarèrent leure prétentions avec confiance ; l'un et l'autre paraissaient avoir une égale espérance de réussir. Le tréne impérial était depuis si longtemps occupé par la roaisea d'Autriche, que Charles le regardait comme un héritage qui lui appartenait de droit : il savait qu'aucun prince de l'empire n'avait ni assez de pouvoir ni assez de crédit pour entrer en concurrence aver lui ; il se flattait qu'aucune considération ne pourrait déterminer k*
' Guicciardini, lib. xiii, p. 15. Barre, Hùt. génér. d'Allemagne, t. VIII, part. i. p. 187. P. Heuter., Rer. Austr., lib. vu, cap. xvii, p. 179, lib. vin, c. u, p»!SS-