‹ Histoire de l'Empereur Charles-QuintChapitre 42 sur 56 · livre m · texte numérisé non relu

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tin peuple dont la fureur avait quelque fondement, et représentaient le danger qu'il y aurait à les forcer, par une rigueur hors de saison, à franchir toutes les bornes du devoir. Le premier avis, étant soutenu de l'archevêque de Grenade, président du conseil, personnage d'une grande autorité, mais d'un caractère violent et impétueux, fut approuvé par Adrien , que son zèle pour maintenir l'autorité de son maître précipita dans une démarche imprudente , qu'il aurait rejetée s'il n'eût écouté que la circonspection et la timidité naturelle de son caractère. Il donna ordre à Ronquillo, un des juges du roi , de se rendre sur le champ à Ségovie, qui avait la première levé l'étendard de la révolte, et de procéder contre les coupables dans toute la rigueur des lois ; il fit marcher à sa suite un corps de troupes considérable. Les Ségoviens, prévoyant ce qu'ils devaient attendre d'un juge connu par son caractère austère et inexorable, prirent les armes d'une résolution unanime , et, ayant rassemblé douze mille hommes, lui fermèrent leurs portes. Ronquillo, irrité de cet affront, les déclara rebelles et proscrits , et se saisissant , avec ses troupes, des avenues de la ville, il se flattait de les obliger bientôt à se rendre faute de vivres. Mais les habitants se défendirent avec vigueur, et, ayant reçu de Tolède un renfort considérable, sous la conduite de Padilla, marchèrent à Ronquillo , l'attaquèrent , le forcèrent à se retirer et lui enlevèrent son bagage et sa caisse militaire ' .

Après ce mauvais succès, Adrien donna ordre à Antoine de Fonseca, que l'empereur avait nommé commandant en chef des troupes d'Espagne, d'assembler une armée et d'assiéger la ville dans les formes. Mais les habitants de Medina-del-Campo, où le cardinal avait établi un vaste magasin de munitions de guerre, ne voulurent pas souffrir qu'il en tirât un train d'artillerie, et qu'il employât à détruire leurs compatriotes, des armes qui n'étaient destinées que contre les ennemis du royaume. Fonseca, qui ne pouvait, sans munitions, exécuter les ordres d'Adrien, entreprit de s'emparer du magasin par la force, et les bourgeois se tenant sur la défensive, il prit le parti d'attaquer la ville avec la plus grande vigueur ; mais ses troupes furent reçues par les bourgeois avec tant de bravoure, que , désespérant d'emporter la place, Fonseca fit mettre le feu à quelques maisons, dans la vue de forcer les habitants à abandonner les remparts pour aller sauver leurs

1 StDdov., p. 112. P. Martyr., Bp., p. 6HMCniftiiâ9 Continuatio, p. 15»

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famille* et leur» effets. Son espérance fut encore trompé* : la assiégés, plus animés encore par la foreur, le repoussèrent, Usds que les flammes, gagnant de rues en rues, réduisirent presque toëe la ville en cendres. C'était une des villes les plus coasidésabln de l'Espagne, et le principal entrepôt des manufactura de Ségwiett A plusieurs autres cités. Comme les magasins étaient alors remplie marchandises destinées pour la foire, dont le temps approchait, k perte fut immense et se fit généralement sentir dans le roytune.Ce désastre, joint à l'impression qu'avait fait un moyen si notent sur F» prit d'un peuple qui depuis longtemps n'était plus accoutumé tu horreurs des guerres civiles, porta à l'excès la fureur des CMtiHutf. Fonseca devint l'objet de l'indignation universelle, et fut flétri da non d'ennemi et d'incendiaire de sa patrie. Les habitants de VaBsÉtfl même, que la présence du cardinal avait contenus jusqu'alois, àtdt rèrent qu'ils ne voulaient pas rester plus longtemps spectateurs buquilles des maux de leurs compatriotes , et, courant aux annam la même fureur que les autres, ils brûlèrent la maison de Fenen jusqu'aux fondements, élurent de nouveaux magistrats, levèrent da soldats, nommèrent des officiers pour les commavder, et garàèrat leurs murs avec autant de soin que si l'ennemi eut été à leuis porte

Le cardinal était vraiment vertueux et désintéressé ; il eàtpa,<ha des temps plus paisibles, gouverner le royaume avec honneur; maisfl n'avait ni le courage ni l'habileté qu'exigeaient des drcoastaseeis délicates* Se sentant incapable de réprimer les excès qai te cco* mettaient sous ses yeux , il essaya d'apaiser le peuple en pisto*** quePoaseea avait été au delà de ses ordres , et qu'il était tai**«* très-oflensé des violences commises par ce général. Cette csnènosdance, l'effet de son irrésolution et dosa timkhté, ne fit qutagnesiff l'audaeeet l'insolence de» mécontents. Le cardinal, aussitôt après, Appela Fonseca et licencia ses troupes, qu'il ne pouvait pins payai f** qu'il avait trouvé le trésor épuisé par les rapànesdes nrinistrai8an*fc <* n'ayant aucun secours d'argent à attendre des grandes viMes, <J» s'étaient tentes révoltées, il laissa le peuple s'abandonner à son csfrift conservant à peina dans a» mains une ombre de penvoiret d'antori^

Ces soulèvements des eommnmn n'étaient pan le simple efet d'à* fmemr populaire et séditieuse : leur but était d'obtenir le félon** plusieurs abus et d'établir la liberté publique sur une base solide; e* ces objets étaient dignes de touk Waèle que le peuple ait k learp**-

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suite. Le gouvernement féodal en Espagne était alors beaucoup plus favorable à la liberté que dans aucun autre État de l'Europe ; c'était principalement l'effet du grand nombre de cités qu'il y avait dans ee royaume, circonstance que j'ai déjà remarquée, et qui contribua plus qu'aucune autre à adoucir la rigueur des lois féodales et à introduire une forme de gouvernement plus juste et plus raisonnable. Les habitante de chaque ville formaient une grande corporation qui avait des privilèges et des immunités importantes ; ils étaient affranchis de l'état de servitude et de vasselage ; Hs furent admis à une part considérable dans la législation ; ib cultivèrent les arts de l'industrie, sans lesquels les villes ne peuvent subsister ; ils amassèrent des richesses par le commerce ; indépendants et libres eux-mêmes, ils furent les protecteurs de l'indépendance et de la liberté publique. L'esprit du gouvernement intérieur, établi dans les villes» esprit qui, même dans les pays où le despotisme domine le plus, est démocratique et républicain, leur rendait l'idée de la liberté plus familière et plus chère. Leurs représentants dans les cortès étaient accoutumés à résister avec une égale fermeté et aux entreprises du roi , et à La tyrannie des nobles ; ils tâchaient d'étendre les privilèges de leur or Are ; ils travaillaient à secouer les dernières entraves qui leur restaient encore de l'aristocratie féodale ; et, non contents de former un des ordres le plus considérables de l'État, ils aspiraient à en être le plus puissant

Les circonstances paraissaient très-favorables pour faire valoir leurs nouvelles prétentions. Le souverain était loin de ses États ; la mauvaise conduite de ses ministres lui avait fait perdre l'estime et l'affection de ses sujets. Le peuple , aigri par plusieurs injustices , avait pris les armes d'un consentement presque général, quoique sans s'être concerté, et la fureur qui l'animait pouvait le porter aux plus violentes extrémités. Le trésor royal était épuisé ; il a'y avait point de troupes dans le royaume , et le gouvernement était confié aux mains d'un étranger qui avait des vertus, mus qui n'avait pas assez de talents pour soutenir un pareil fardeau. Le premier soin de PadiUa et des autres chefe de In révolte » qui observaient attentivement toute les circonstances dans le dessein d'en tirer tout l'avantage possible, fut d'établir entre les mécontents une forme d'union et d'association , afin qu'ils pussent agir avec ordre et diriger toutes leurs démarches vers un même but. Gomme les mêmes motifs avaient excité Tes dfffSrentes villes à prendre les armes, et qu'elles étaient accoutumées à se regarder

comme on corps distingué du reste des sujets, Padilla vingt aisément à bout de son dessein. On indiqua une assemblée générale à Àrib. Les députés y parurent au nom de presque toutes les villes qui avaient droit d'envoyer des représentants aux états. Ib s'engagèrent tous par serment à vivre et à mourir pour le service du roi et pour la défense des privilèges de leur ordre ; et , prenant le nom de sainte ligue, 3s procédèrent à délibérer sur l'état de la nation et sur la conduite qu'il fallait tenir pour réformer les abus. Le premier qui se présentait naturellement à eux: était le choix qu'on avait fait d'un étranger pour exercer la régence ; ils déclarèrent tout d'une voix que c'était une contravention aux lois fondamentales du royaume, et arrêtèrent qu'on enverrait une députation de leurs membres à Adrien pour le sommer de déposer toutes les marques de son office , et de s'abstenir dans la suite de tout exercice d'une juridiction qu'ils avaient déclarée illégale ft .

Tandis qu'ils se disposaient à exécuter cette résolution hardie, Padilla mettait la dernière main à une entreprise des plus avantageuses pour leur cause. Après avoir délivré la ville de Ségovie,8 marcha droit à Tordesillas, où résidait la malheureuse Jeanne depuis la mort de son époux ; et, secondé par les habitants, il fut introduit dans la ville et se rendit maftre de la personne de la reine, pour h sûreté de laquelle Adrien avait négligé de prendre les précaution* convenables *. Padilla alla sur le champ lui rendre visite, et, l'abordant avec le profond respect qu'elle exigeait du petit nombre de personnes qu'elle daignait admettre en sa présence , il lui fit un récit détaillé de l'état misérable où ses sujets castillans étaient réduite sous le gouvernement de son fils, qui, n'ayant encore aucune expérience, permettait à des ministres étrangers de les traiter avec tant de rigueur. qu'ils avaient été enfin obligés de prendre les armes pour défendre J* libertés de leur pays. La reine , paraissant se réveiller d'une long» léthargie , marqua le plus grand étonnement à ce récit , et * Padilla que, n'ayant encore rien appris ni de la mort de son père w de ce que souffrait son peuple, on ne pouvait lui faire aucun reproctë ' mais qu'elle allait désormais s'occuper du soin de remédier a to»

1 P. Mark, Ep., p. 691. ^

1 VUadeW imper. Cari. F, dall. Alf. Ulloa. Ven. 1309, p. «• ^mi tinuat., p. 17.

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