‹ Histoire de l'Empereur Charles-QuintChapitre 43 sur 56 · livre ni · texte numérisé non relu

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les maux : « Et vous , ajouta-t-elle , songez à faire tout ce qui est nécessaire pour le bien général. » Padilla, trop prompt à croire ce qui favorisait ses désirs , prit ce faible intervalle de bon sens pour le retour parfait de sa raison, et, instruisant la ligue de ce qui venait d'arriver , leur conseilla de venir s'établir à Tordesillas et de tenir leurs assemblées dans cette ville. Les députés s'y rendirent aussitôt : Jeanne reçut favorablement une requête que lui adressa la ligue, pour la conjurer de prendre les rênes du gouvernement , et , pour marque de son acquiescement, elle admit les députés à lui baiser la main ; elle assista même au tournoi qui se fit à cette occasion, et parut prendre beaucoup de plaisir à ces cérémonies, où, pour lui plaire, l'on eut soin de déployer la plus grande magnificence ; mais elle retomba bientôt dans son premier état de sombre mélancolie , et , quelques raisons , quelques prières qu'on employât ensuite , on ne put jamais obtenir d'elle aucune signature pour l'expédition des affaires * .

La ligue prit soin de cacher cette circonstance avec la plus grande précaution, et continua ses délibérations au nom de la reine : les Castillans , qui idolâtraient encore la mémoire d'Isabelle , avaient conservé le plus grand attachement pour sa fille; dès que le peuple apprit qu'elle venait de consentir à prendre les rênes du gouvernement , il fit éclater la joie la plus universelle et la plus immodérée ; et, croyant que sa santé était parfaitement rétablie , il attribua cet événement à l'intervention miraculeuse du ciel , qui voulait affranchir leur pays de l'oppression des étrangers. La ligue, frappée elle-même du degré de réputation et de puissance qu'elle avait acquis en paraissant agir au nom de l'autorité royale , ne se contenta plus de requérir Adrien de résigner son office de régent , elle envoya Padilla à Valladolid , avec un détachement assez nombreux , pour se saisir de tous les membres du conseil qui se trouveraient encore dans la ville , les amener à Tordesillas , et apporter avec lui les sceaux du royaume, les archives publiques et les registres du trésor. Padilla fut reçu par les habitants comme le libérateur de sa patrie , et exécuta ponctuellement sa commission ; il permit cependant à Adrien de demeurer à Valladolid , mais seulement comme tout autre particulier , et sans aucun pouvoir *.

1 Sandov., p. 164. P. Mart., Ep., p. 685, 686. * Xbid., p. 1W, Ibié., p. 791.

L'empereur recevait en Flandre , oà il était don , de fréquente* nouvelles de tout ce qui se passait en Espagne; il sentit toute l'imprudence que ses ministres avaient commise en méprisant trop longtemps les murmures et les plaintes des Castillans ; il voyait avec la pte grande inquiétude un royaume , le plus précieux de tous ceux qu'il possédait , celui dans lequel résidaient la force et le principe de m puissance , prêt à méconnaître son autorité , et sur le point de se plonger dans toutes les horreurs d'une guerre civile* Sa présence eftt pu prévenir cette calamité ; mais il ne pouvait alors retourner es Espagne sans s'exposer à perdre la couronne impériale» et sans laiawr au roi de France le loisir d'exécuter ses projets ambitieux. Il ne foi restait qu'à choisir entre deux partis , ou de ramener les mécontents par les voies de douceur et par des concessions , ou de se préparer sur le champ à les réduire par la force. Après y avoir réfléchi , il résolut de tenter d'abord le premier moyen , et de se disposer en même temps, s'il était sans effet, à recourir à l'autre. En conséquence, il adressa des lettres circulaires à toutes les villes de la CastilJe , les exhortant, dans les termes les plus doux» avec l'assurance d'un pardon général , à mettre bas les armes, promettant de ne point exiger de* villes qui lui étaient restées fidèles le subside arrêté dans la dernière assemblée des états , et offrant la même exemption à celles qui rentreraient dans le devoir ; il s'engageait encore à neeonférer désormais aucun office qu'aux Castillans. En même temps, il écrivit eux nobles, pour les exciter à défendre avec vigueur leurs droits et ceux de la couronne contre les prétentions exorbitantes des communes. Il nomaa régents du royaume , conjointement avec Adrien , le grand amiral , don Fadriqne Henriqœi, et le grand connétable de Castiile, don Inigo de Velasco f deux gentilshommes qui joignaient à beaucoup de mérite un très-grand crédit; il leur donna des instructions et un plein pouvoir pour les autoriser, au cas que l'obstination des rebelles lea y forçât , à prendre les armes pour soutenir l'autorité royale f .

Les concessions qu'il était disposé à faire auraient pu satisfaire entièrement le peuple dans le temps qu'il partit d'Espagne, mais alon elles venaient trop tard pour produire aucun effet. La ligue, se reposant sur l'unanimité avec laquelle toute la nation avait reconnu son autorité , enflée par les succès qui avaient jusque-là couronné

1 P. Heuter., Mer. austr., lib. vin, chap. vi, p. 188»

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entreprise», et ne voyant point autour d'elle de force militaire en état de s'opposer à ses desseins , voulait une réforme plus étendue des abus du gouvernement. Elle s'occupa quelque temps à préparer une remontrance qui contenait une longue énumération , non-seulement des griefs dont elle désirait le redressement , mais encore de tous les règlements nouveaux qu'elle jugeait nécessaires pour assurer les privilèges des communes. Cette remontrance* qui est divisée en plusieurs articles relatifs aux différents membres dont le gouvernement était composé, et aux différents départements de l'administration , nous instruit des intentions de la ligue d'une manière bien plus précise et bien plus authentique que les témoignages des historiens espagnols plus modernes, lesquels vivaient dans un temps où il était d'usage et même indispensable de peindre la conduite des mécontents sous le point de vue le plus odieux et de prêter h leurs démarches les motifs les plus coupables. Après un long préambule sur les nombreuses calamités qui affligeaient la nation , et sur les vices et la corruption du gouvernement , auxquels on attribuait tous ces maux , on y fait remarquer la patience exemplaire avec laquelle le peuple les a endurés, Jutqu'à ce qu'enfin l'intérêt de sa propre conservation et la considération de ce qu'on doit à la patrie l'aient obligé de s'assembler afin de pourvoir d'une manière légale à sa propre sûreté et à celle de la constitution. En conséquence on demandait qu'il plût au roi de revenir dans son royaume d'Espagne , et d'y fixer sa résidence , à l'exemple des rois ses prédécesseurs ; qu'il ne pût se marier sans le consentement des états ; que , dans le cas ou il serait obligé de quitter le royaume, il s'engageât à n'en jamais donner la régence à un étranger; que la nomination du cardinal Adrien à cet office fût sur le champ déclarée nulle ; que le roi , à son retour , n'amenât avec lui ni Flamands ni d'autres étrangers ; qu'on n'introduisit jamais de troupes étrangère» dans le royaume sous quelque prétexte que ce fût ; qu'il n'y eût que les sujets naturels qui pussent posséder les charges et les bénéfices dans l'État et dans l'Église; qu'on n'accordât à aucun étranger des lettres de naturalisation ; qu'on ne donnât plus aux troupe» de logements gratuits, et que la maison du roi ne fût logée que pendant l'espace de six jours , et seulement quand la cour voyagerait ; que toutes les taxes fussent rétablies sur le pied où elles étaient à la mort d'Isabelle ; qu'on rentrât dans toutes les aliénations des domaines ou revenu» royaux qui s'étaient faite» depuis la mort de cette princesse?

qu'on abolit tous les nouveaux offices créés depuis cette époque ; qu'on ne levât point en Galice le subside accordé par les derniers états ; qu'aux états qui se tiendraient par la suite chaque ville envoyât un représentant du clergé , un de la noblesse et un du tiers-état , élus chacun par leur ordre ; que la cour ne gênât ni directement ni indirectement le choix de ces représentants ; qu'aucun membre des états ne pût recevoir ni office ni pension du roi , soit pour lui , soit pour des personnes de sa famille , sous peine de mort et de confiscation de ses biens ; que chaque ville ou communauté payât à son représentant le salaire convenable pour son entretien pendant le temps qu'il assisterait aux états ; que les états s'assemblassent au moins une fois tous les trois ans, soit que le roi les convoquât ou non; qu'ils examinassent si les articles de la présente remontrance s'observaient , et qu'ils délibérassent sur les affaires publiques ; que les récompenses qui avaient été données ou promises aux membres des états de la Galice fussent révoquées ; qu'on ne fit sortir du royaume ni or, ni argent, ni bijoux sous peine de mort ; qu'on assignât aux juges des honoraire fixes , et qu'ils ne reçussent plus aucune part des amendes et confiscations sur les biens des condamnés ; que toute donation des biens des personnes accusées fût nulle si elle n'était faite avant leur jugement ; que tous les privilèges obtenus par les nobles , en quelque temps que ce fût, au préjudice des communes , fussent révoqués ; qu'on ne donnât plus à la noblesse le gouvernement des villes ; que les terres des nobles fussent assujetties à toutes les taxes publiques comme celles des communes ; qu'on examinât la conduite de ceux qui avaient été chargés de l'administration du patrimoine royal depuis l'avènement de Ferdinand à la couronne , et que si dans trente jours le roi ne nommait pas des personnes propres à cet emploi , les états fussent en droit de les nommer ; que les indulgences ne fussent ni préchées ni répandues dans le royaume avant que les états eussent examiné et approuvé la cause pour laquelle elles étaient publiées; que tout l'argent qui proviendrait de la vente des indulgences fût fidèlement employé à faire la guerre aux infidèles ; que les prélats qui ne résideraient pas six mois de l'année dans leurs diocèses fussent privés de leurs revenus pendant tout le temps de leur absence ; que les juges ecclésiastiques et leurs officiers n'exigeassent exactement que les mêmes honoraires qui se payaient dans les cours séculières ; que l'archevêque actuel de Tolède, en qualité d'étranger , fût obligé de se démettre, et que son arche»

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vécbé fût donné à un Castillan ; que le roi ratifiât tous les actes de la ligue, et les tint pour bons offices rendus à lui et à toute la nation ; qu'il pardonnât toutes les irrégularités que les villes auraient pu commettre par un excès de zèle pour une cause juste ; qu'il promit et jurât dons la forme la plus solennelle d'observer tous ces articles ; qu'il ne cherchât en aucune occasion à les éluder ni à les révoquer» et que jamais il ne sollicitât auprès du pape ou d'aucun autre prélat la dispense ou l'absolution de cette promesse et de ce serment '•

Tels furent les principaux articles de la remontrance présentée par la ligue à son souverain. Gomme les institutions féodales étaient originairement les mêmes dans les différents royaumes de l'Europe, l'esprit des gouvernements formés sur ce système était à peu près le même partout ; les règlements que les Castillans s'efforçaient d'établir dans cette conjoncture diffèrent très -peu de ceux que les autres nations tâchèrent d'introduire dans les débats qu'elles eurent avec leurs rois pour leur liberté. Les abus qui furent cités et les remèdes qui furent proposés par les communes d'Angleterre, dans leurs contestations avec les princes de la maison de Stuart, ressemblent beau- ' coup aux articles sur lesquels insistait alors la sainte ligue d'Espagne, Mais les Espagnols avaient, dès ce temps-là, acquis des idées de liberté et d'indépendance, des principes hardis de gouvernement, et une étendue de vues politiques auxquels les Anglais ne sont arrivés que plus d'un siècle plus tard.

Il y a apparence, pourtant, que l'esprit de réforme qui s'était répandu parmi les Castillans, étant encouragé par les succès et n'étant point réprimé par l'autorité, devint trop impétueux et porta la ligue à proposer des innovations qui, en alarmant les membres des autres ordres, furent par là funestes à sa cause. La noblesse, au lieu de s'opposer aux communes, avait favorisé leurs démarches ou fermé les yeux sur leurs entreprises, tant qu'elles se bornèrent à demander la réforme des abus occasionnés par le défaut d'expérience du jeune monarque, ou par l'imprudence et l'avidité des ministres étrangers; mais dès que les communes commencèrent à entreprendre sur les privilèges des nobles, ils s'indignèrent et virent clairement que le* mesures de la ligue ne tendaient pas moins à anéantir le pouvoir aristocratique qu'à resserrer les prérogatives de la couronne. Le res-

* Stndor., p. **. P. Mtrt., Bp.p p. 686.

tS8 HisTom M <Hun»H^mr.

sentiment qu avait excité parmi ta uuMessc ta promofkni « Aon à la régente, <était fort aflWMi depuis que rcinpcreur avait nomat le connétable et Pamira! pour adjoints à cette charge; et, oome f orgueil des nobles se trouvait moins choqué de retendue As prérogatives du roi que des prétentions outrées d* peuple, ib se <Mhnnèrent à donner au souverain l'assistance quft demandait, et on» mencèrent , <hns cette vue, à rassembler leurs vassaux.

Cependant la ligue attendait avec la ptos grande impatience h réponse que ferait le roi è sa requête, et cite nomma desmembiw* son corps pour aller ta lui présenter. Les députés chargés de c*fc commission partirent sur4e*ehamp pour F Allemagne; meisaynt reçu avis, à dif&rentes distances, qu^ta ne pouvaient paraître à h cour sans exposer leur vie au plus grand danger, ifc ^affrétèrent* «formèrent ta ligue des avis qu'on leur donnait ft. Cette aeawfc transporta tous tes confédérés d'une foreur qui leur ft paner tonta les bornes dota prudence et de ta modération.

Qu'un rot de CasWfle refusât de donner audience à ses sojeb* d'écouter tours humbles remontrances, c'était è leurs yeai an a* , detjiante inouï et inteléraMe ; iferne virent plus deressonrceqri ae servir des armes quTfc avaient entre le» mains pour écarter* ' tréne cotte troupe d'étrangers rapaces qui l'obsédaient, et qoi,afi* avoir dévoaé tas richesses du royaume, voulaient encore empiéta les cris d'un peuple outragé de parvenir jusqu'aux oreiltes de aw «* verain. Qacïfuus uns insistèrent avec chaleur sur une proposM»*» avait déjà été faite pour dépouHter le roi, tant que sa mtae ita* du titre et de F autorité de roi, qoftm lui avait conférés trop H*^ ment sur la fcuroe suppostttan que la malheureuse Jeanne était** une incapacité afcaatae degouveraer. D'autres proposaient de ta* k la reine un adjoint pour Faider dans f administration des ••*• publique», on ta mariant au prime de Catabre, héritier dès*** Maples de ta maison # Aragon, et qui était détenu dan* tes V&0 depuis que Ferdinand avait chassé ses ancêtres de fcnrtféae. *• ae réunirent à penser que l'espérance qtfifc avaient consente t* tenir sattaTaction du roi et d'assurer leur liberté, en se conterf*** * lui présenter des requêtes, les avait twp longtemps abusés cf «*»^ dans llnaetfoo ; quffl était temps d'en sortir et de réunfr tout»**

« Sandov., p. 143.

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farces penrsffawiuajr vtgenree» résistance à l'unie» dette noUew et do ra* conjuré* contre taalibetféa *♦

Us te» murante» campngnfl avec vingt mille hommes. Il s'éleva 4e vives disputas entre eux sur te commandement de l'armée. Padîlte, le favori du peuple tl des. soldats», était le seul qu'il* jugeaient digne de cet tamenr; matadnn Pedro Giron* fite alaér du comte d'Urueua, jeune homme du petnier rang, a'était récemment jeté dans le parti descommunes,, par un mécontentement pewoonel contre l'empereur : les égards dos à sa naissance, jointe au désir secret de mortifier itodiHa T dent la papahuâté avait «cité la jalousta de plusieurs membres.ee la Ugâs^hil firent déférer l'emploi der général» II leur apprit bientôt à leurs dépene qu'il t'avait ni l'expérience, ni les talents, ni la fermeté nécessaires pour ua peste de cette importance.

Cependant les régenta du royaume avaient indiqué Bioseco pour lo rendes» vens de feu» troupes* qui étaient bien inférieures en namhrc à ceHes des commwnfin, amis qui ksanrpassaieut de beaucoup par te valeur et te disciplina- Us avaient tiré de la Navarre un corps eansMraUe de vteiita trompes dTinfaateria réglée ; laur cavalerie faisait te principale farce de taur armée ; elle était composée de gciKtitel— nnem accoutumés à te vie militaire et animés de l'esprit bettkpmm fm distinguait te noblesse docfr&iècle. L'infanterie de la ligue nfétait qu'un samaa de bourgeois et» d'artisans qui savaient à petee se servir de team amas» Le petit corpa de cavalerie qu'ils avaient païamcanhter n'était «empoté que de g*as de la lie da peuple entièrement étrangers au métier qu'ils embrassaient. Il o/y avait pas moins dffaégaMè daan faartalaata des gAnteau* des deux partie que danalanotumdes tnmpee. Lananyailrtm affamât à loue tétftieeemfte de Bsr^Msafaé<neoMnétabtev fâi jiagairit àbeaueanp4'fflpirinnre la ptaa grande cupsnsm*

6k*it marcha avac son armée droit à Bàaseoo, et s'emparent des vHbgeaet des awaw de» environs» il se flattait de réduise bientôt tes royalistes» on è se ion ira faute de vivres» ou à accepter un. combat ddenrantagm* , nvunâ qufite eussent pu raammUnr toulea leurs troupes. Mais M aurait fattu nu général phs dataient*, et w soldats ptoodtep—ienco et d» (Mac iplsm, pour enéeater e* plan avec sumép. Le comte de Haro fit, sans beaucoup, de peine, entrer dans te

1 P. Martyr,, ty^ftttt»

140 HISTOIM M CHAUUM-QOIffT.

un renfort considérable, qui passa à tairas tous les postes de Gins, et celui-ci, désespérant de U réduire, s'avança avec précipitatiee un Villalpanda, place qui appartenait au connétable, et qui toit le frisdpal magasin des provirions de l'ennemi. Cette marche, wâmr binée, ouvrit la route de Tordesillas aux royalistes, et le conte de Haro les y conduisit pendant la nuit avec le {dus grand secret et h plus grande diligence ; il attaqua la ville, où Giron n'avait tawé pur toute garnison qu'un régiment de prêtres levé par révoque Je Zamora ; il y entra de vive force au point du jour, après une instance trèsopiniàtre ; il s'assura de la personne de la reine, fit pria* niers plusieurs des membres de la ligue, et reprit le grand soesad les autres marques de l'autorité royale.

Ce coup fut fatal à la ligue, et lui fit perdre la réputation et rutorité dont elle jouissait en paraissant n'agir que sous les «*«* la reine; tous les nobles, qui étaient restés jusqu'alors inésokstf incertains dans leur choix , se joignirent aux régents et leur menèrent toutes leurs forces : une consternation universelle sent te partisans des communes; die fut encore augmentée par Ici soapçons qu'ils commencèrent à former contre Giron, qu'on aocsnï hautement d'avoir livré Tordesillas A l'ennemi. Cette «petite était dénuée de fondement; car les royalistes devaient lears ffrà k la mauvaise conduite de Giron plutôt qu'à sa perfidie, mais il s'en perdit pas moins tout le crédit qu'il avait dans son parti, et il » * obligé de se démettre du commandement et de se retfser daasas de ses châteaux1.

Ceux des membres de la ligue qui avaient échappé à reaoenU Tordesillas se réfugièrent à YalladoUd. Gomme il ett feliu p«*t beaucoup de temps pour remplacer par une nouvelle élection eau qui étaient prisonniers, ils firent choix de quelques-uns d'entre en, qu'ils chargèrent de l'administration suprême. Leur arméegroflHtfiri de jour en jour par l'arrivée des troupes qui venaient des différée parties du royaume marcha vers Valladelid, et Padilla apflt# nommé commandant en chef, le courage des soldats sa rafita» et tout le parti , oubliant ses derniers revers, continua de montrer la même ardeur pour défendre les libertés de la patrie et laméw^ mosité contre ses oppresseurs.

• MméUan*ou$ tracté by Dr. Mich. Greddes, vol. i, p. JNB.

un* m (1529). 141

Le plus grand embarras de la ligue était de trouver l'argent nécessaire pour payer ses troupes. Une grande partie de la monnaie courante avait été emportée hors du royaume par les Flamands ; les laies réglées qui se levaient en temps de paix étaient très-modiques, et, comme la guerre avait interrompu toute espèce de commerce» leur produit diminuait tous les jours; la ligue craignait aussi de dégoûter le peuple en le chargeant de nouveaux impôts, auxquels, dans ce temps-là, il n'était guère accoutumé. Le parti fut heureusement délivré de cet embarras par dona Maria Pacheco, épouse de Padilla, femme d'extraction noble, qui avait de grands talents, une ambition démesurée et le plus grand zèle pour la cause de la ligue. Cette femme, animée d'une audace supérieure aux craintes superstitieuses ordinaires à son sexe, proposa de s'emparer des riches et magnifiques ornements de la cathédrale de Tolède; mais, pour ôter à cette action l'apparence d'impiété qui aurait pu offenser le peuple , dona Maria et les personnes de sa maison se rendirent à l'église en procession solennelle, vêtues d'habits de deuil , les yeux en larmes, se frappant le sein ; et là , se prosternant à genoux, elles implorèrent le pardon des saints dont elles allaient dépouiller les autels. Cet artifice prévint l'imputation de sacrilège, et fit juger au peuple que la nécessité seule et le zèle de la bonne cause avaient pu déterminer cette femme, malgré sa répugnance, à se porter à une si étrange extrémité : la ligue se procura par là un secours considérable * . Les régents n'étaient pas moins embarrassés pour trouver les moyens d'entretenir leurs troupes, parce que les revenus de la couronne avaient été ou dissipés par les Flamands, ou saisis par les communes; ils furent obliges de prendre les joyaux de la reine et l'argenterie de la noblesse pour en faire frapper de la monnaie ; et , quand cette ressource fut épuisée, ils obtinrent encore du roi de Portugal une somme modique à titre d'emprunt *.

La noblesse montrait la plus grande répugnance à en venir aux mains avec la ligue. La haine des nobles contre les Flamands était égale à celle des communes ; ils approuvaient plusieurs articles de leur requête ; Us pensaient que les circonstances étaient très-favorables non-seulement pour obtenir la réforme des anciens abus, mais

1 Saodov., p. 308. Dict. de BayU, art. Padilla. ' P. Mari, Ep.. p. 718.

199 HISTOIU M CHABfaO^riNT.

aussi pour faire 4* nouveaux règlements qui wdiwMkcoMltothn <fe TÈtat plus parité et pi» tUMe ; ih daignaient que» tanisf* tes deux offres qui formaient te corps législatif consmaatort fa» forces en hoatiKtés réciproques , l'autorité lujata, profitait dtf afin» Mtaenrent des deux partis, ne s'élevât sur leure ruines, et a'eaqpitfc atftant sur l'indépendance des nobles que enr tas privilèges émtmt mottes. Ces dispositions des nobles donnèrent Ken m fréfseata ouvertures de paix que les régents firent à la ligua* €t an néf* ottions continuelles qui se traitèrent 4aua tant te cents 4ei apérations militaires* Les conditions qu'ils offnfen* a'diatent f* 4MsonrnUes : en 4fc* , rf la Kgue eéft touIu ae désiator 4e qaeijpa articles deitmcttft de l'autorité royale, on inceaupatiMes avac te droits de la noblesse , les régents promettaient 4e Cake accepter pu l'empereur les autres propositions ; et si , par rteAneace psnakiaae de quelques miniatnes, il «'obstinait è y refoser osai ooassefteunt, plusieurs des -nobles «'engageaient à se joindre ans oeaftdéahyg Ty toréer1.

Mais les divisions qui agitaient les iaomtaaaéa la ligne eahaw ne leur permirent ni de délibérer ni de décala auec prodBBtt.ii plupart des cités qui étaient entrées dans la confédération étaW dévorées de cette basse jalousie et de cette défiance nui tarife qu'à* pirent trop souvent les rivalités de commerce et d'aaabitioe. b connétable avait su, par son crédit, et «es promeeacs détache* * * figue les habitants de Borges», et d'antres fpasftifehonHnei a«M ébranlé la fidélité de quelques-unes des petites vHfcs; ilnese**" dans les communes personne qui cet l'amenant élevée et des tdnb «Mec distingués pour être en état de gouverner tes affa^ea da p& Padffla, leur général, avait bien tontes les qualiiés peeprai**1" cHler la faveur du peuple, mais cette raison même ten était la** fiance des personnes du premier rang qui s'étaieut joteéas A ht lig^ Wrni autre oélé , te peuple , depuis la mauvaise conduite es G**» aa défiait de tous les nobles qui rfétafent réunis à M : on ne vit** toutes les démarches de la ligue qu'irrésolution , défiance lécipm* eftdéta* de génie. Après bien des «anféranoas tenues anr la «•" éMons que proposaient tes régente, fca comanoms sa teiaateaatldfe' ment aveugler par leur ressentiment contre la noblesse, que, rejetant

1 P. Martyr., Ep„ p. 605, 713. MisceU., tradwA. of £«Unu*. I**»

UVW 9* <15tt}. lit

toute idée 4'aGûûmmodemant, es la menacèrent «eue de la dé» pouiller de tous les biens de la cewenne 411e les nobles ou leur? ancêtres avaient usurpés, et de les réunir au domaine du roi. La ligua s'attacha avec la plusgmnde obstination à ce plan insensé, dent l'effet eût été d'anéantir ces mêmes libertés qu'elle voulait défendre» en rendant les rois de CastiUe absolus et indépendante de leurs sujets; de sorte qu'elle se récriait avec moins de véhémence contre les exactions des ministres étrangers que contre les richesses et le pouvoir immense des nobles, et qu'elle semblait former l'espérance de faire sa paît avec Charles en lui offrant les dépouilles de cet ordre Quelques succès que Padilla avait eus dans de légères reaeenbm, et la prise de quelques villes de peu d'iuyportauce, précipitèrent la ligne dans cette fausse démarche, en lui inspirant une si grande cen- : fiance dans la bravoure de ses troupes, qu'elle ne douta pas qu'il ne lui fût aisé de remporter la victoire sur les royalistes. Padilla , pour ne pas laisser son armée dans l'inaction, tandis qu'elle était animée par la prospérité, mit le siège devant Torrelobaton, place plus importante et plus forte qu'aucune de ceUesqu'il avait attaquées jusqu'alors, et qui était défendue par une garnison suffisante. Malgré la résistance extraordinaire des assiégés et les efforts que fit l'amiral pour la secourir, Padilla prit la ville d'assaut et la livra au pillage: s'il eût marché sur-le-champ avec son armée victorieuse à TordesiUm, où était le quartier principal des royalistes, il ne pouvait manquer d'avoir un grand avantage sur leurs troupes, que la promptitude de ses opérations aurait déconcertées, et qui n'avaient pas à heaucoup près des forces suffisantes pour donner .bataille. Mais Tir* résolution et l'imprudence de la ligne empêchèrent encore cette opération décisive. Également incapable et de continuer la guerre et die conclure la paix , elle écouta de nouvelles propositions d'accommodement, et consentit même à une courte suspension d'armes. Tandis qu'elle perdait le temps à cette négociation qui ne termina rien, un grand nombre de soldats de Padilla, peu accoutumés aux lois 4e la discipline militaire, quittèrent l'année et se retirèrent avec le butin qu'ils avaient fait à Torrelohaten ; d'autres, fatigués de la longueur extraordinaire de in campogip, désertèrent. Le connétable avait eu le temps d'assembler ses troupes * à Burgos, et de tout pré-

1 Sandov., p. 336.

MA H18T0UB w CIIM pppnr.

par er pour se mettre en marche ; dès que la tiéve fat aphte, I! n joignit au corps du conte de Haro, malgré tous les efforts éefc dilla pour empêcher cette réunion : ces deux généraux stoancèrat aussitôt ve» Torretobaten. PadUla, aftiUi par la désertMafkm partie de ses troupes, n'osa risquer une bataille, et essaya de te ntirer k Toro : s'il eût pu y réussir, l'invasion que les Franchisaient alors dans la Navarre, et la nécessité où se seraient ikw trouvas les régents d'envoyer un détachement dam ce roymne, aurait pu le sauver du danger qui le menaçait ; mais Haro, qui sentit combien il était dangereux de le laisser échapper, marcha avec fut de célérité à la tète de sa cavalerie, qu'il l'atteignit près de Vfflùr, et commença l'attaque sans même attendre l'arrivée de son infanterie. L'armée de Padilla , fatiguée et découragée par sa retraite précipite qui ressemblait à une fuite, traversait alors un champ hbouri;h terre avait été tellement détrempée par une pluie abondante qà était tombée , que les soldats enfonçaient à chaque pas jœqn'w genoux ; et, dans cet état, ils demeurèrent exposés au feu de quelque pièces de campagne que les royalistes avaient amenées avec eex. Toutes ces circonstances réunies déconcertèrent et intimidèrent tellement ces soldats mal aguerris que, sans faire face k l'ennemi, etssss faire aucune résistance , ils prirent la faite dans le plus gnri désordre. En vain Padilla, avec un courage et une activité «ton*dinaires, s'efforçait de les rallier, la frayeur ne leur permit d'éconta ni ses instances ni ses menaces; enfin, ne voyant plus aucune t& source, il résolut de ne pas survivre au malheur de cette jonnfed k la ruine de son parti ; il se précipita au milieu des ennemis; n* étant à la fois blessé et démonté, il hit fait prisonnier. Ses principal officiers eurent le même sort; et les nbbtas, trop généreux pov égorger des hommes qui mettaient bas les armes , renvoyèrent te simples soldats, sans leur faire de mal ft.

Le ressentiment des ennemis de Padilla ne le laissa pns lanp* longtemps dans l'incertitude de son sort. Dès le lendemain iblecandamnèrent à perdre la tète sans aucune procédure réglée, support la notoriété de son crime suffisante pour dispenser de toute forme de procès. Il fut ausBitét conduit an supplice avec don Jean Bravo*

1 Sandoy., p. 345, etc. P. Mtrt., Ep., p. 7)0. Minitna, Conim., p. 95. tytW di lu PtdaykêrhotdelempeT. Cariai V,p*rD.Juan, Ani.d* F#rwy*imtj» ' " Madrid, 1617, p. 10.

UfWM m (1589). 145

don François Maldonada , qui commandaient , l'un 1m troupes de Ségovie, l'antre celles de Salamanqne. Padilla vit les approches de la mort avec la plus grande tranquillité et le plus grand courage ; et, lorsque Bravo, le compagnon de ses malheurs, laissa éclater son indignation en d'entendant donner publiquement le nom de traître, Padilla le reprit, en lui disant : « C'était hier le moment de montrer le courage d'un gentilhomme ; aujourd'hui, il faut mourir avec la dou- I ceur d'un chrétien. » On lui permit d'écrire à sa femme et à la i communauté de Tolède, lieu de sa naissance : la première lettre est i pleine d'une tendresse mâle et vertueuse ; la seconde respire la joie | et le transport que ressent un homme qui se regarde comme martyr I de la liberté de son pays *. Après avoir écrit ces deux lettres, il se

1 Ces deux lettres sont d'an style al éloquent et si noble, que j'ai cru faire plaisir • . aux lecteurs en leur en donnant ici la traduction.

I Lettre de don Jean de Padilla à sa femme»

| Madame,

Si tos peines ne m'affligeaient pas plus que ma mort, je me trouverais parfaitement heureux. H faut cesser de vivre; c'est une nécessité commune à tous les hommes; mais je regarde comme une faveur distinguée du Tout-Puissant une mort comme la

I mienne, qui ne peut manquer de lui plaire, quoiqu'elle paraisse déplorable aux

I hommes. 11 me faudrait plus de temps que je n'en ai pour vous écrire des choses qui pussent vous consoler; ums ennemis ne me raccorderaient pas, et je ne vaux pas différer de mériter Ut couronne que j'espère. Pleurez la perte que vous faites, mais ne

I pleurez pas ma mort; elle est trop honorable pour exciter des regrets. Je vous lègue mon âme; c'est le seul bien qui me reste, et vous le recevrez comme la chose que vous estimiez le plus eu» ee inonde. Je n'écris point à mon père Pero Lopez; je n'ose le (aire; car quoique je me fosse montré digne d'être son fils en sacrifiant ma vie, je n'ai pas hérité de sa bonne fortune. Je n'ajouterai rien de plus : je ne veux pas fatiguer la patience du bourreau qui m'attend, ni me faire soupçonner d'allonger ma lettre pour prolonger ma vie. Mon domestique Sofia, témoin oculaire de tout, et à qui j'ai confié mes plus secrètes pensées, vous dira ce que je ne peux vous écrire. C'est dans ces sentiments que j'attends le coup qui va vous affliger et me délivrer.

Lettre de Padilla à la ville de Tolède.

A toi, la couronne d'Espagne et la lumière du monde entier; à toi, qui fus libre dès le temps des puissants Goths, et qui, en versant le sang des étrangers et celui des tiens, as recouvré ta liberté pour toi et pour les cités voisines : ton enfant légitime, Juan de Padilla, t'informe comment par le sang de ses veines tu dois renouveler tes

I anciennes victoires. Si le sort n'a pas voulu que mes actions soient placées au nombre des exploits fortunés et fameux de tes autres enfants, il faut l'imputer à ma mauvaise fortune, et non pas à ma volonté. Je te prie, comme ma mère, d'accepter la vis que

1 je vais perdre, puisque Dieu ne m'a rien donné de plus précieux que je puisse perdre pour toi. Je suis bien plus jaloux de ton estime que je ne le suis de la vie. Les révolutions de la fortune, toujours inconstante et mobile, sont infinies. Mais ce qui me donne la consolation la plus sensible, c'est de voir. que moi, le dernier de tes enfanta,

lift msTon* m rninanetunuT

muato teaMiqufllemtut à m ateatinée ■ lAfrinpait gnob, «rarateonéa à des idées sur te fo^rvgrnarnent «et te i^pate bien différas*» 4e celte qu'en a*ait du tenqp de PariMsi, ont montré tant de nMe pour Marner te oenae qu'il «mit «suÉvuaaée, qrïlsmt négligé «m cratei de rendre jiMttee à aesiwtiis; et. en flétrissant sa mémoire, ils ont cherchée lui dérober ce sentsmeat même de T*tié qu'on refuse rarement aux HkntrasflMlhmMHU

L&victeéwde Vattalar fat aussi décisive que complète. VadtesMid, la pi» a£ée de toutes les viites ligtiées, ouvrit aiminVtsqa vainqueurs* et la dmceur avec laquelle tes régente te engagera* ModiM^M-Gampo, Ségovie et fàuaten» matent «sites à suivre «an exenapleu Cette dtsaokrtiou* soudaine d'une ligue qm ne s'était pas formée pour de légers mécontentements ni pour des motils frivoles, dans laquelle étaft entré tout le corps du peuple, et qui «tait eu le temps de prendre un certain degré de consistance et de solidité en établissant un plan régulier de gouvernement, est une preuve frappante de l'incapacité de tes-chefe, nu l'eiet de quelques <ir secrètes qui désunirent ses membres. Quoiqu'une partie de 1*< qui «tenait de triompher des confédérés fût forcée, quelques joon «prisse nctetre, de marcher vers la Navarre pour auTéter les pcugrii que frisaient tes ftançaàs dan ce royaume, rien oa pat anuHMr fe courage des communes de Castille ni les déterminer î reprendre les atanespour profiter d'une si belle occasion d'obtenir enfin ces jpririîffmTtTTr Irïïfhi trmt rilrm n'Usinât iniinùirii ni jnhniMii

fl'finrt en excepter la seule Tille de TWêde, qu'animait -doua Afcria Pacheco, veuve de Padllla : cette femme, au lieu de s'abandonner 1 nendteiitenr pnriltenime et à vnaerdestenMantdriteannrln^Mrt A&soti epevK, se préparait a te ^vjngsr qft s seemenMr la JONUsuJunt fl avait été la victime. Les égards qu'on avait pour son-sene, oa 7*slBt l'admiration qu'inspiraient son courage et ses grandes qualités, 1a coinfaiftion ^'«citaient ses malheurs et la vénération que Rm

jeuÉisuittr *mm pour toi» «fMtinMi sénat*» état de me venger. Plusieurs tengoesiferonlle récit 4oçûbi« de ukn1«sjb/ob sjedeatlae et que j'ignore encore; ce que je sais, «c'est queaaa fin est prochain : elr amininquei était mon ^éair. liHnm us— suiainsii lawi imwan à te palins—n et la uteélienté. Je ne parie point de mon ooraa, il n'est pas à mot. Je ae pou «a davantage; car dans ee nosaeat asôase jeaeua le couteau ;poès ée mon scsa, tsuoté du déplaisir que tu vas ressentir que atomes prupra aaam. (Saadov., JTéjl, VOL*, p.*7&)

M.(ftS8$. 147

sercait peur k mémoire de £adilia,fi*ent passer à ta ¥euve*eut l'aa» cendant que son mari avait eu pendant sa vie sur le peuple» La prudence et la vigueur de sa conduite justifièrent la confiance qu'on lui avait donnée. EUe s'adressa au général français, dans la Navarre» pour l'engager à envahir la CastiUe, en lui promettant des secours puissants* Elle écrivit des lettres, «Ile fit partir des émissaires pour ranimer le courage et les eqtéranoes des autres cités *. Elle leva des soldats, et exigea du clergé de la cathédrale une grande somme d'argent pour fournir à leur entretien. Elle ne négligea rien de tout ce qui pouvait exciter et échauffer le peuple. Elle ordonna que ses troupes porteraient des crucifix au lieu de drapeaux, comme si elles eussent eu à combattre les infidèles et les ennemis de la religion. EUe marchait dans les rues de Tolède montrant son fils, encore enfant, vêtu d'habits de deuil, monté sur une mule, précédé d'une enseigne où était peint le tableau du supplice de son père *. C'est par de semblables artifices qu'elle sut tenir l'esprit des habitants dans un état d'agitation continuelle qui empêchait les passions de se refroidir, et qui les aveuglait sur le danger où ils s'exposaient en tentant de résister seuls à tout le poids de l'autorité royale. Tant que l'armée fut occupée dans ta Navarre, les régents ne furent pas en état de réduire Tolède par la force; et ils bornèrent leure efforts, soit à tâcher de diminuer le crédit de dona Maria sur le peuple, soit à la gagner par de grandes promesses et par les sollicitations de son frère, le marquis de Mondejar.; mais rien ne put la fléchir. Après que les Français eurent été chassés de la Navarre, une partie de l'armée revint dans la CastiUe et investit Tolède : le courage indomptable de l'intrépide Maria n'en fut pas Akrmé. EUe défendit la ville avec la plus grande vigueur; ses troupes battirent les royalistes dans plusieurs serties; Je siège n'avançait point, lorsque le dergé se déclara «ontoeele, à la nouvelle de la mort de Guillaume de Croy, arcbe*4que de Tolède. Les ecclésiastiques ne pouvaient pardonner à éana Maria de s'être emparée de feum biens ; et, comme la seule plainte qu'ils formaient contre l'empereur était fondée sur ce que cet archevêché avait été donné i un étranger, Chartes, en y nommant on Castillan, détruisit le principe de leur mécontentement» Ite persuadèrent a* pnupfequct

1 P. Mart., Ep., p, 727.

* StndoY., p. 375.

148 histoim h amoHcnr.

dona Maria n'avait acquis sur hii tant d'ascendant que par sessorittgs, qu'elle avait un démon familier qui la suivait mm cesse sooshfcme d'une négresse, et que les inspirations de ce démon réglaient toutes ses démarches * . Ce peuple crédule» fatigué de la longueur énittge, désespérant d'obtenir aucun secours des autres villes qui tâtmt d'abord liguées avec elle, et commençant à sentir le besoin de h pus, se souleva contre dona Maria, la chassa de la ville et se soumit m royalistes. Dona Maria se retira dans la citadelle, qu'elle défendit quatre mois entiers avec un courage étonnant : réduite enfin i h tanière extrémité, elle eut encore l'adresse de s'échapper à la km d'un déguisement, et se réfugia en Portugal où elle avait ptatan parents ft.

Aussitôt après sa fuite, la citadelle se rendit, et la tranqrilM fut rétablie dans la Castille. Cette tentative hardie des commun* eut le sort de toutes les entreprises de ce genre qui ne réastart pas ; elle ne servit qu'à étendre et à confirmer de plus en plus Fwtorité royale qu'elle avait pour but de limiter et d'affaiblir. Les coites continuèrent à faire partie de la constitution de Castille , et eto furent convoquées toutes les fois que le roi eut besoin d'argent; m au lieu de suivre l'ancienne et prudente coutume d'examiner la plaintes du peuple et de les appuyer avant d'accorder aucune tetfc d'argent , elles prirent le parti de faire leur cour au roi en comme»çant par accorder le subside ; et lorsque le souverain avait ofctew tout ce qu'il désirait , il m leur permettait plus de faire «km* recherche sur les abus du gouvernement , ni de tenter i*** réforme qui pût préjudicier à son autorité. Les privilèges Mt te villes jouissaient auparavant furent insensiblement restreints os M* à fait abolis : dès km leur commerce commença k décliner; devenant moins riches et moins peuplées , eHes perdirent le pouroir tf l'influence qu'elles avaient acquis dans l'assemblée des états.

Tandis que la guerre civile désolait la Castille , des factions pf* violentes encore déchiraient le royaume de Valence. La liguée -s'était formée dans la ville de Valence en 1590 , et qui avait pr* k nom de confrérie (Hermanado), continua de subsister après que Te» pereur eut quitté l'Espagne. Ce parti, sous prétexte de défendre I*

1 P.Mart., £p.,p. 727.

• ôandov., p. 375. P. Iftrt., Ep., p. 751. Ferrer., yui, p. 563

uvbb m (1522). 149

eûtes contre les descente» des corsaire» de Barbarie 9 et à la faveur de la permission que Charles avait eu l'imprudence de leur accorder, refusa de mettre bas les armes. Mais comme les plaintes des habitante de Valence avaient moins pour objet les entreprises injustes de Tau* torité royale sur leurs privilèges que les exactions et l'insolence des nobles , ce fut surtout contre ceux-ci que se tourna leur ressentiment. Dès qu'ils eurent la permission de rester armés , et qu'ils eurent appris à sentir leurs forces , ils ne songèrent plus qu'à se venger de leurs oppresseurs. Ils chassèrent les nobles de la plupart des villes , pillèrent leurs maisons , ravagèrent leurs terres et attaquèrent leurs châteaux. Ils élurent ensuite traie personnes , une de chaque compagnie de commerçants établie dans Valence, et leur donnèrent l'administration du gouvernement, pour réformer, disaient-ils, les lois, pour établir une manière uniforme de dispenser la justice sans partialité et sans égard à la distinction des rangs, et pour rapprocher ainsi les hommes de l'égalité primitive.

Les nobles furent obligés de prendre les armes pour se défendre. Les hostilités commencèrent de part et d'autre et furent poussées avec toute l'animosité qu'inspirait au peuple le ressentiment de Poppression , et à la noblesse l'idée de l'outrage qu'on faisait à sa dignité. Comme il ne se trouvait pas un seul homme de naissance, ou d'une éducation distinguée, qui entrât dans la Herrrumada, die n'avait à la tète de ses conseils et de ses troupes que de vils artisans ; et de pareils chefs ne pouvaient gagner la confiance d'une populace furieuse par la férocité de leur zèle et par l'extravagance de leurs procédés. Dans une telle société , les lois introduites par les nations civilisées pour borner et modérer les fureurs de la guerre devaient être inconnues ou méprisées ; aussi n'est-il point de cruauté et d'excès qu'ils ne commissent , ni d'outrages qu'ils ne fissent à l'humanité.

L'empereur, occupé à apaiser la révolte de la Castille , qui menaçait de plus près sa puissance et ses prérogatives , n'était pas en état de donner beaucoup d'attention aux soulèvements de Valence ; il laissa à la noblesse de ce royaume le soin de défendre comme elle pourrait sa cause particulière. Le comte de Melito, vice-roi , avait le commandement en chef des troupes que les nobles rassemblèrent parmi leurs vassaux. La Hermanada soutint la guerre pendant les années 1520 et 1521, avec plus de courage et de persévérance qu'on ne devait l'attendre d'une populace sans discipline , conduite par des

16ê HISTOIRE MB THàBl U**QCm.

chefs si méprisables. EUe défit toi nobles dans plnsiems artieae gel» sans être importante* , furent très-vives; elle les força dahaadenner toutes le» entreprises qu'ils tirent sur différentes villes* Hais lue aohta» qui étaient plus instruits dans l'art militaire, et dont les troupes étaient bien mieux aguerries, eurent l'avantage dans la plupart dts cosnbate. A. la fin, aidés d'un corps de cavalerie castillane que les régents envoyèrent à Valence , amsitét après la victoire qu'ils remportèrent sur Padilla à ViUalar, ce secours leur doua suie ai grande supériorité , qu'ils vinrent bientôt à bout de dissiper et de ruiner entièrement la Asmeeedo. Les chefs du parti furent mis i mort, et condamnés à tous les tourments que le ressentiment des iqjures récentes put faire imaginer k des ennemis irrités. Le gouvernement de Valence fut rétabli dans son ancienne forme *•

On vit aussi paraître en Aragon quelques symptômes de est esprit de mécontentement et de sédition qui régnait dans les antres royaumes d'Espagne ; mais le vice-roi, don Juan de I anima, duiflit avec tant de prudence , qu'il vint à bout d'étouffer ees de discorde avant qu'il y eût une révolte déclarée, il n'en Art même dans l'Ile de M qoique : les mêmes causas qui avateet exeMé les soulèvements y produisirent des eflbts non mains Thjrntiî lie peuple, las de supporter l'oppieraion où te tenait la juridiction reiise de la toblesse, prit les aimes, déposa le vice-roi, le del'lle, et msmacra tous tes nobles qui eurent In malheur de entre ees mains; et il persista dans m révolte anae «ne égile k la fureur qui l'y avait porté. U faUut des efforts ponr faire rentrer tes habitants de M ««orque dam l'ebéimasMe ; ai ce ne lut qu'aptes que le eahne ent été rétabli dans toute lHq^mu qu'en pet venir à bout de léduke cas insulaires * .

Quand ee observe casahien «et eiprit de mfriialiinto—ml était général parmi tes Espegneta* et mmhian de tas pester à ees moyens violents , dans la vue d'obtenir le aeat da Jours griefr, en peut s'étonner

1 Aigsnioli, Annal* d'Aragén, <efc. trtf , ac, xrax, «Kvm. lises, d'Aragon, ck ▼, xu, etc. P. Mwrt., £j»., lik unu t* xxxir» Herrar., Bi*. #£*•* pagn$, VIII, p. 542, 594, etc.

Argensola, Annalet d'Aragon, ch. crr. Ferrer» s, Bitt., vm, p. 8f& Sorts, Annales d'Aragon, ch. va, xi, Xït, lxkvi, ixxzu Paieras, Bnt., Tin, page gît,

r eut* royaumes d'Espagne aient si mal conduit leurs opérations , sans aucun concert, et même sans -aucune communication .entre eux. S'ils avaient uni leurs aunes et leurs conseils, ils eussent qgi avec beaucoup plus de vigueur et de succès* L'apparence d'une confédération nationale aurait rendu cette ligue respectable aux jeux, du peuple et foraaidable au souverain. L'empereur n'aurait pas été en état de résister à leurs forces combinées* et se serait vu forcé d'accepter les conditions qu'il aurait plu aux chefs de lui prescrire. Mais plusieurs motifs empêchèrent les Espagnols de former un seul corps , et de se conduire sur un seul et même plan. Les peuples des différents royaumes» quoique sujets du même souverain, conservaient une antipathie nationale l'un pour l'autre. Le souvenir de leurs rivalités et de leurs hostilités anciennes était encore récent, et le ressenti- «Mot de leurs mutuelles iojuaes était ai entier, qu'il leur était impossible de je fier l'un k l'autre. Chaque nation aima mieux ne se reposer - queaur eUe-oème, et soutenir seule tout le choc, que d'implorer le secours àm nations voisines. D'ailleiut les formes de gouvernement,, dans les divers royaumes de l'Espagne» étaient si différentes, et les changements que -chaque peuple désirait étaient si opposés, qu'il n'teàt pas été facile de les faire concourir à l'exécution d'un plan commun. Ce fut à cette désunion que Charles fut redevable de la cOTiervatoi de ses couronnes d'JJfepogne; chacun de ces royaumes ngwasnt ainsi séparément, lis finirent par être tous obligés de se soumettre aux volontés de leur souverain.

L'arrivée de l'empereur en Espagne, jeta les plus vives alarmes dans le cmur de ceux de «es sqjets qui avaient pris les mmes contre lui : mais il calma bientôt ces cruelles inquiétudes par un acte de démenée qui fut autant l'effet de sa prudence que de sa générosité. Dana une révolte ai générale , qui avait lait tant de coupables, à peine y «en eut-il vingt «n Castille qu'il fit jumir du derniar.sqpplice. San conseil le sollicita vivement démontrer plus de sévérité; mais H refusa constamment défaite verser plus de sang par les mains des haumaux, et publia une amnistie jjéaégale qui détendait à tous les crimes commis depuis le commencement de la rébellion. Il n'en excepta que quatre-vingts personnes : encore ne parut-il les nommer que pour intimider les autres , et sans avoir aucun demain de les poursuivre. En effet, tin officieux courtisan lui ayant offert de lui découvrir où était caché un des plus considérables des proscrits , il

153 histoibe m ghablb9-qcint.

rejeta son offre par une plaisanterie pleine de générosité : € Aller 9 lui dit-il , je n'ai rien à craindre de cet homme ; mais il a des raisons pour s'éloigner de moi , et vous feriez bien mieux de lui dire qoe je suis ici que de m'instruire du lieu où il est '. » Cette apparence de magnanimité, le soin qu'il prit d'éviter tout ce qui avait offensé les Castillans pendant le séjour qu'il avait fait au milieu d'eux ; son aptitude h adopter leurs mœurs 9 à parler leur langue , à se plier à leurs opinions et à leurs usages , tout cela lui donna bientôt sur eux un ascendant que n'avaient jamais eu leurs souverains espagnols , et les engagea à le seconder dans toutes ses entreprises avec un zèle et une valeur qui contribuèrent particulièrement à ses succès et à sa grandeur •.

Dans le temps que Charles abordait en Espagne , Adrien quittait ce royaume pour aller en Italie prendre possession de sa nouvetto dignité. Depuis longtemps le peuple romain attendait impatiemment son arrivée ; mais lorsqu'il vit ce nouveau souverain , il ne put cacher sa surprise et son mécontentent. Les Romains , accoutumés au faste royal de Jules II et à l'élégance brillante de Léon X , virent avec mépris un vieillard humble et simple dans son maintien , de mœurs austères , ennemi du faste , sans goût pour les arts , et qui n'avait aucune de ces qualités extérieures et imposantes que le vulgaire s'attend toujours à trouver dans les hommes élevés au premier rang *. Ses vues et ses maximes politiques ne parurent pas moins étranges k ses ministres. Il reconnaissait et déplorait les vices qui s'étaient introduits dans l'Église et dans la cour de Rome, et il se prépara à réformer l'une et l'autre. Il ne laissait voir aucun désir d'élever sa famille ; il se fit même un scrupule de retenir les territoires que quelques-uns de ses prédécesseurs avaient acquis par fraude ou par violence plutôt que par aucun titre légitime ; en conséquence il établit François-Marie de la Rovère dans la possession du duché d'Urbain , dont Léon X l'avait dépouillé , et rendit au duc de Ferrare plusieurs places que l'État de l'Église lui avait arrachées 4. Des hommes si peu accoutumés à voir les princes régler leur conduite sur les maximes de la morale

1 Sandov., p. 377, etc. Vida del imper. Carlos V, por D. /. Ant. de Veray Xuniga, p. 30.

* Ulloa, Vit* de Carlos V, p. 85.

* Gaicb.,liv. xv, p. 138. Jovius, Vita Adriani, p. 117. Bellefor., Èptir. des prime. > page»*.

4 Guich., lit.xv, p.MO.

uvm m (1522). 153

et sur le» principes de l'équité ne pouvaient manquer de regarder ces actions du nouveau pape comme des preuves incontestables de sa faiblesse et de son inexpérience. Adrien , de son côté , ignorant absolu* ment le système vaste et compliqué de la politique italienne , et ne pouvant accorder sa confiance à des personnes dont la subtilité raffinée dans les affaires s'alliait si mal avec la simplicité et la candeur naturelle de son caractère, se trouvait souvent embarrassé et irrésolu dans les délibérations ; l'opinion de son iucapacité se confirma de Jour en jour , et sa personne , comme sa conduite politique , devint bientôt un objet de mépris pour ses sujets * .

Adrien , quoique dévoué à l'empereur , faisait cependant tous ses efforts pour prendre le caractère d'impartialité qui convenait au père commun de la chrétienté; il n'épargnait aucune démarche pour réconcilier les princes divisés et pour les engager à se liguer tous contre Soliman , devenu plus formidable * que jamais à l'Europe par la conquête récente de nie de Rhodes ; mais cette entreprise était trop au-dessus de ses talents. Pour démêler tant de prétentions opposées , pour concilier tant d'intérêts qui se croisaient , pour éteindre toutes les passions que l'ambition , la jalousie et le ressentiment avaient allumées , et pour amener tant de puissances ennemies à suivre le même plan avec vigueur et avec unanimité , il ne suffisait pas d'avoir un coeur droit et des intentions pures , il eût encore fallu une grande supériorité d'esprit et beaucoup d'habileté.

Les États d'Italie ne désiraient pas moins vivement la paix que le pape lui-même. L'armée impériale , que commandait Colonne , était encore sur pied ; mais , comme les revenus que l'empereur pouvait tirer de l'Espagne , de Naples et des Pays-Bas, avaient été ou épuisés, ou appliqués à d'autres objets, elle dépendait entièrement des Italiens pour sa subsistance et sa paye. Une grande partie des troupes avait ses quartiers dans les États ecclésiastiques, et le vice-roi de Naples levait tous les mois des contributions sur les Florentins , les Milanais , les Génois et les Lncquois. Tous se récriaient également contre ces exactions, et n'attendaient que l'occasion de s'en affranchir; mais la crainte des maux plus grands que pouvait leur causer ou la

1 Joy., YtiaAdr., p. 118. P. Mari., Ep.f p, 774. Hnscelli, L$Wre d$princ.,yQ\. I, p. 87, 96, 101.

1 Bellefor., Ep., p. 86.

1U HJSTOIM H CJUWJtt^UINT,

fureur de l'armée ou le ressentiment de l'empereur, te eUigaè se soumettre '.

Cependant les instances du pape et la pahlicatian d'une fade, par laquelle il exhortait tous les princes chrétiens à cooseatiràue trêve de trois ans, eurent assez d'effet pour déterminer te cwfl d'Espagne, de France et d'Angleterre à envoyer à leur» autant deurs des pouvoirs pour traiter cet objet; mais* tandis que ces ministres perdaient leur temps en négociations stériles, leuasMn* rains continuaient leurs préparatifs de guerre* Les Vénitien* s'étaient maintenus jusqu'alors avec fidélité dans l'alliance qu'ils avaient faite avec François ; mais, voyant que ses affaires en Italie étaient dans une situation désespérée, ils se liguèrent contre lui avec l'empocar. Adrien même, à l'instigation du vice-roi de Napies. Charles de Law»ï» son compatriote et son ami , qui lui persuada que la paix ne tramât d'obstacles que dans l'ambition du roi de France, entra JueatAt te la même ligue. Les autres États d'Italie suivirent leur exempkt d François se trouva abandonné à ses propres forces, n'ayant pb* 0 seul allié pour tenir tète à tant d'ennemis , dont les arme» me* çaient ses États de tous côtés * .

On devait croire qu'une ligue si redoutable allait obliger Frucoi de se tenir uniquement sur la défensive , ou qu'elle lui itérait Ai moins toute idée d'entrer encore en Italie. Mais tel était learactto de ce prince, qu'il se relâchait trop aisément et se négligeait ttte dans les occasions ordinaires, au lieu qu'il se ranimait k l'approche du danger, et qu'il savait non-seulement le braver avec iatarépdMé, qualité qui ne l'abandonna jamais , mais encore le préveair et le repousser avec autant d'activité que d'adresse. Avant que «sewewJ fussent en état d'exécuter aucun de leurs projets , Français «nit d^jà rassemblé une nombreuse armée. Il avait aur «es sujets u* autorité bien plus absolue que celle que Charles et Henri eseipM dans leurs États. Us dépendaient de leurs parlements pour 1s te* des subsides , et on ne leur accordait ordinairement que des «orna* modiques, avec beaucoup de lenteur et après bien des difficulté. François pouvait demander à sa nation des impôts bien plus considérables, et les percevait plus vite ; en sorte que, dans cette caropagtt

1 Gutch., tiv. xy, p. 238.

* Ibid., p. 2*1, 248.

uvu m (1523). lfi&

comme dans les précédentes, son année était déjà en marche que ses ennemis cherchaient encore des expédients et des ressources pour rassembler des troupes. François, qui sentait ses avantages , se flatta de feùeéchouer tous les plans de l'empereur , en conduisant lui-même son aimée dans le Milanais ; et cette démarche hardie 4 d'autant plus redoutable pour ses ennemis qu'ils s'y attendaient moins , ne pouvait guère manquer de produire l'effet qu'il en espérait. L'avant-garde de son année était aux portes de Lyon , et il la suivait déyà lui-même à la tète de la seconde division de ses troupes , lorsque la découverte d'une conspiration domestique , qui mit le royaume à deux doigts de sa perte , l'obligea de s'arrêter et de changer de mesures.

L'auteur de ee complot dangereux était Charles, duc de Bourbon, connétable de France. Sa haute naissance , son immense fortune et l'autorité que lui donnait sa charge , le rendaient le plus puissant sujet du royaume» comme il en était le plus illustre par ses grands talents, également propres au conseil et à la guerre, et par les services importants qu'il avait rendus à la couronne. La réunion de plusieurs qualités fui lui étaient communes avec le roi, la même passion pour la guerre, la même émulation pour se distinguer dans les exercices du corps , l'égalité d'âge et les liens du sang qui les unissaient tous deux, devaient naturellement lui assurer la faveur du roi ; malheureusement Louise , mère de François, avait conçu une aversion violente contre la maison de Bourbon, sans autre raison que l'inclination particulière qu'avait pour cette branche de la famille royale Anne de Bretagne , femme de Louis XII , que Louise avait toujours haïe, François, trop esclave des impressions qu'il recevait de sa mère* avait appris d'elle à considérer les actions du connétable avec un sentiment de basse jalousie indigne de IuL Ses exploits et sa conduite à la batailla de Marignan n'avaient pas été assez récompensée; on l'avait «appelé du gouvernement de Milan sur des prétextes asses frivoles, et on lui avait fait un accueil très-froid que ne méritait pas la sagesse avec laquelle il s'était conduit dans ce poste difficile ; le payement de ses pensions avait été suspendu sans aucune bonne raison ; et, durant la campagne de 1581, lexoi, comme on l'a déjà dit, lui avait fait un affront en présence de toute l'armée, en donnant le commandement de l'avant-garde au duc (TAlençon. Le connétable smQ>orta d'abord ces injustices avec plus de modération qu'on n'eu devait attendre d'un prince fier, qui sentait ce qu'on devait à son rang et à ses services.

156 HISTOOŒ DB CHÀRLBS-QUINT.

A la fin, les injures multipliées épuisèrent sa patience, et, pkrâ Wh de vengeance, il se retira de la cour, et commença h établir une correspondance avec quelques-uns des ministres de l'empereur.

Vers ce même temps, la duchesse de Bourbon Tint à mourir» laisser de postérité. Louise , que son tempérament ne portait p moins à l'amour qu'à la vengeance, et qui, à l'âge de quarantMhw, était encore susceptible d'une passion tendre, commença à voir me d'autres yeux le connétable, qui joignait aux qualités de l'esprit tov les avantages du corps et de la figure ; et, malgré l'inégalité de Ftp, elle forma le projet de l'épouser. Bourbon eût pu attendre de la frit passion d'une femme qui gouvernait son fils et la France la plus haute fortune ou puisse aspirer un ambitieux ; mais soit qu'il ne pût passer, comme la reine, si subitement de la haine à l'amour, soit qull fk trop grand pour s'abaisser à dissimuler son aversion et h feindre k l'amour pour une femme qui l'avait persécuté si longtemps et s injustement , il ne se contenta pas de refuser le mariage qu'on hi proposa, il mêla encore à son refus des railleries amères sur lapersonne et le caractère de cette princesse. Le dépit de voir routage ajouté au mépris changea en haine la plus violente son amour dédaigné, et, voyant qu'elle ne pouvait épouser Bourbon, elle résolut de le perdre.

Dans ce dessein , elle se concerta avec le chancelier Duprat , tonroe qui , en prostituant bassement ses grands talents et sa connaissance profonde des lois, était parvenu à cette place éminente. Par sonars on intenta au connétable un procès en forme , qui ne tendait pas * moins qu'à le dépouiller de toute la fortune qui appartenait à lanwson de Bourbon. Une partie fut réclamée au nom du roi, comme ét&t tombée dans le domaine de la couronne ; et l'autre , au nom * Louise , comme la plus proche héritière, par sa naissance, de la feoe duchesse. Ces deux prétentions étaient également dénuées de tout droit légitime ; mais Louise, par ses sollicitations et son autorité, 4 Duprat, à force d'artifices et de chicanes, parvinrent à obtenir dtf juges le séquestre des biens de la maison de Bourbon. Ce jugemeoj inique jeta le connétable dans le désespoir, et lui fit prendre on part que le désespoir seul pouvait lui faire adopter. II renouvela ses intrigues avec la cour impériale , et , se persuadant que toutes w injustices qu'il avait essuyées l'autorisaient à employer tous les moyetf d'en tirer vengeance, il offirK à l'empereur de le reconnaître pour i»

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