‹ Histoire de l'Empereur Charles-QuintChapitre 7 sur 56 · SECTION I · texte numérisé non relu

SECTION I

Ifcbfetu ém progrès ée b société en Europe , relativement au goureniement

ialértair, «n lois «t sui aueurs.

Deux grandes révolutions 86 sont opérées dans l'état politique et dans les mœurs des nations européennes* La première fut occasiooée par les progrès de la puissance romaine ; la seconde par la destructfan <ie cette môme puissance. I^rtqw l'ecprit de conquête enduisit les années romaines au delà des Alpes» site trouvèrent tous les pays où elles entraient habitée par de* peuples Qu'elle! appelèrent barbares, mais qui étaient indépendants et braves, et qui défendirent le» anciennes possessions avec la valeur la plus opiniâtre. Ce fut la supériorité de la discipline et non celle du courage qui donna l'avantage aux Romains. Il n'en était paa de ocb barbares oomme dos habitante efféminés de l'Asie, où une seule bataille décidait dttsort d'un État Les vaincus reprenaient les armes avec une nouvelle audace , et leur bravoure sans discipline, mais animée par l'amour de la liberté, leur tenait lieu d'art et d'uni». Pendant ees longs et sanglants débats, ou l'on disputait d'un côté pour la domination , et de l'autre pour l'indépendance, les différentes contrées de l'Europe furent successivement ravagées : une grande partie des habitants périrent sur les champs de bataille; un grand nombre d'autres tombèrent en esclavage, et le

28 HISTOIM M ŒAftLtS-OtBfT.

reste, incapable de faire une ph» longue résistance, se soumît à rempire romain.

Après avoir désolé l'Europe, les Romains s'occupèrent à la civiliser . Ils établirent dans les provinces conquises une forme de gouvernement sévère mais régulière, et qui assurait la tranquillité publique. Ils donnèrent à leurs nouveaux sujets leurs arts et leurs sciences, lenr langue et leurs mœurs, faible dédommagement peut-être de la perte de la liberté. L'Europe commença à respirer, et k recouvrer quelques forces après les longues calamités qui l'avaient affligée. L'agriculture fut encouragée ; la population augmenta ; et on vit naître une apparence de prospérité, qui réparait à quelques égards les ravages de la guerre.

Cet état était cependant bien loin encore d'assurer le bonheur des peuples et de favoriser les progrès de l'esprit humain. Les mations vaincues étaient désarmées par les vainqueurs, et contenues sans cesse par des troupes soudoyées pour veiller sur tous leurs mouvements. Les différentes provinces abandonnées à la rapacité des gouverneurs qui les pillaient impunément , virent toutes leurs richesses dissipées par des taxes exorbitantes ; et ces impôts étaient distribués avec si peu de justice et d'humanité, que la charge en était ordinairement aggravée, à proportion que le peuple était moins en état de la supporter. Les hommes les plus industrieux forent obligés de quitter leur patrie pour aller chercher la fortune ou les honneurs dans une capitale éloignée , où ils s'accoutumèrent k soumettre aveuglément toutes leurs actions aux volontés d'un mattre. Dans ce concours de circonstances qui tendaient à avilir lés esprits, il était impossible que ces peuples conservassent la vigueur et la fierté de rame : l'amour de l'indépendance et de la guerre , qui avait distingué leurs ancêtres , s'éteignit dans la servitude. Ils perdirent non-seulement l'habitude , mais encore la capacité de régler eux-mêmes leurs volontés et leurs actions; la domination de Rome, connue celle de tous les granA empires, dégrada et flétrit l'espèce humaine (1*).

Une société ne pouvait pas subsister longtemps dans un état semblable. Le gouvernement romain , même dans sa forme la plus parfaite, avait des défauts qui préparaient sa dissolution. Le temps mArit

* LespreuTGs et éclaircissements indiqués par des chiffres arabes, se trouvent a la Sa de cette introduction.

IimOMCTION. S9

ces semences primitives de corruption , et ftt éciore de nouveaux désordres. Une œnsti tu tionvitieuse se lemtdétraite^ sans

aucun effort étranger ; mais l'irruption des Gotha , des Vandales, des Huns et des autres barbare» , accéléra cet événement et précipita la chute de l'empire. On vit naître, pour ainsi dire, de nouvelles nations qui semblaient accourir de régions inconnues pour venger sur les Romains les maux qu'ils avaient faits aux hommes. Ces peuplades barbares habitaient différentes provinces d'Allemagne qui n'avaient jamais été subjuguées par les Romains, ou elles étaient dispersées dans ces vastes contrées du nord de l'Europe et du nord-ouest de l'Asie, qu'occupent aujourd'hui les Danois, les Suédois, les Polonais, les Russes et les Tartares. On ne sait presque rien de leur état et de leur histoire avant cette invasion dans l'empire. Nous devons aux Romains tout ce que nous connaissons à ce sujet ; et comme ils n'ont pas pénétré bien loin dans ces pays affreux et incultes, Us ne nous ont laissé que des détails fort imparfaits sur l'état ancien des habitants. Ces peuples eux-mêmes, grossiers et sauvages, sans arts et sans monuments, n'ayant ni le loisir ni la curiosité qui porte l'esprit à la recherche des événements passés, conservaient peut-être le souvenir confus de quelques faits récents ; mais tout ce qui remontait au loin était perdu dans l'oubli, enveloppé de ténèbres ou altéré par les fables (2). Le grand nombre des essaims de barbares qui fondirent successivement sur l'empire depuis le commencement du quatrième siècle jusqu'à l'anéantissement de la puissance romaine, a fait croire que les pays d'où ils sortaient étaient surchargés d'habitants; et l'on a imaginé différentes hypothèses pour expliquer cette population extraordinaire qui a fait donner à ces mêmes pays le nom de laboratoire du genre humain ; mais nous faisons réflexion que les terres occupées par ces peuples étaient prodigieusement étendues , et couvertes en grande partie de bois et de marais ; que les tribus les plus considérables de ces barbares subsistaient par la chasse et le pâturage , et que dans ces deux états de société, il faut de grands espaces de terrain pour nourrir un petit nombre d'habitants ; enfin qu'aucun de ces peuples n'avait ni les arts ni l'industrie , sans lesquels la population né peut jamais faire de grands progrès, on verra évidemment que les pays qu'ils habitaient n'ont pas pu être anciennement aussi peuplés qu'ils le sont aujourd'hui , quoiqu'ils le soient encore moins que les autres parties de l'Europe et de l'Asie.

90 HISTOIEB M OUMfflS-QCINT.

Mais les mêmes circonstances qui bernaient la population ta peuples baitares, contribuaient à inspirer et à fortifier l'esprit guerrier qui les distinguait. Endurcis , par te rigueur du climat et la atteinte du sal , à des travaux qui augmentaient la force du corps et In vigueur de rame, accoutumés à un. genre de vie qui les disposait sans cesse h Faction , et méprisant toute autre occupation que celle de la guerre , ih entreprirent et exécutèrent leurs expéditions militaires avec une ardeur et une impétuosité dont les hommes amollis par les délicatesses d'une société plus policée ont de la peine k se former me Juste idée (3).

Les premières incursions de ces peuples sur le territoire de rempire romain furent Inspirées par l'amour du pillage plutôt que par le désir de former de nouveaux établissements. Excités à prendre las armes par quelque chef audacieux et populaire, ils sortirent de leurs forêts , fondirent sur les provinces frontières avec une violence inésistible, passèrent au fB de Fépée tout ce qui voulut s'opposer à leur choc, emportèrent les effets les plus précieux des habitants, ravagèrent avec le fer et la flamme tout le pays qu'ils parcoururent et retournèrent en triomphe dans leurs bob et leurs déserts, emmenant avec eux une multitude de captift. Leurs succès, le butin dont ils étaient chargés , la description qu'ils firent ta pays mieux activés ou plus heureusement situés qu'ils avaient parcourus, et le récit séduisant ta richesses et ta commodités Inconnues qu'ils y avaient trouvées, tout cela ne pouvait manquer d'exciter l'émulation et l'avidité d'autres aventuriers, qui allèrent successivement ravager les frontières romaines

Lorsque les provinces limitrophes , entièrement dévastées pur de fréquente* irruption, n'offrirent plus rien à piller, les barbare pénétrèrent plus avant dans l'intérieur de l'empire ; et comme ils trouvèrent ensuite de la difficulté ou du danger à revenir sur leurs pas, ils commencèrent à s'établir dans les pays qu'ils avaient subjugués. Alors cessèrent ces courtes et subites excursions qui alarmaient et troublaient l'empire ; mais il se vit menacé d'une calamité plus redoutable. Des corps nombreux d'hommes armés , accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants, et suivisd'eselaves et de troupeaux, s'avancèrent comme des colonies régulières pour chercher de nouvelles habitations. Ces peuples qui n'avaient point de villes, qui souvent n'avaient pas même de demeure fixe , étaient si peu attachés à leur terre natale, qu'ils se transportaient sans répugnance d'un lieu à un

mmoDucTioa. 31

antre. De nouvelles peuplades suivirent les premières ; et les pays qu'elles abandonnaient étaient successivement occupés par d'autres barbares qui venaient de pays encore plus éloignés. Ceux-ci h leur Jour cherchèrent des centrées plus fertiles; c'était un torrent qui croissait sans cesse et qui entraînait tout ce qui s'offrait sur son passage. Depuis la première irruption, on vit en moins de deux siècle» des barbares , de noms et de races différentes, envahir successivement et ravager la Thrace, la Pannonie , les Gaules , l'Espagne , l'Afrique, enfin l'Italie et Rome elle-même. Ainsi <œ vaste édifice, que la puis» iance romaine n'avait élevé qu'avec le secours des siècles, fut renversé dans ce court espace , et détruit jusqu'en ses fondements.

Un concours de causes différentes avait préparé de loin cette grande révolution , et facilité le succès des nations qui envahirent l'empire. La république romaine avait conquis le monde par la sagesse de ses maximes de gouvernement et par la sévérité de sa discipline militaire. Sous le règne des empereurs, les ancienne* maxime* furent négligée* ou méprisées, et la discipline se relâcha par degrés» Les armées romaines , dans le quatrième et le cinquième siècle, n'avaient presque plus aucune ressemblance avec ces invincibles légions qui enchaînaient partout la victoire sur leurs pas. Ces hommes libres, à qui l'amour aeul de la gloire ou de la patrie mettait auparavant les armes à la main, étaient remplacés par des sujets et des barbares, qu'on enrôlait par force ou pour de l'argent. Ces soldats mercenaireaéiaient trop faibles ou trop orgueilleux pour se soumettre aux fatigues du service militaire ; ils se plaignaieut même du poids excessif de leurs armes défensives* et furent obligés de les quitter par l'impossibilité de les porter» L'infanterie, qui faisait autrefois la force des armées romaines, tomba dans le mépris. Les soldats des derniers temps, efféminés et sans discipline, ne pouvaient plus se mettre en campagne, à moins qu'on ne leur donnât des chevaux : c'est cependant à ces troupes seules, toutes méprisables qu'elles étaient, que la défense de l'empire était confiée* La jalousie du despotisme avait interdit au peuple l'usage des aimes ; et des sujets opprimés, privés des moyens de se défendre euxrmèmes, n'avaient ni la force ni la volonté de repousser un ennemi, de qui il* avaient peu à craindre , parce que leur condition ne pouvait guère devenir plus malheureuse. A mesure que l'esprit militaire s'éteignait, les revenus de l'empire diminuaient par degrés. Le goût pour les superfluités et le luxe de l'Orient avait fait tant de grogrès k la cour

33 H1STOIRB DE CHÀRLES-ÇC1OT.

impériale , qu'il absorbait des sommes immenses , qui allaient s'engloutir dans rinde pour n'en revenir jamais. Les énormes subsides qu'on payait aux nations barbares dérobèrent à la circulation une quantité d'espèces plus considérable encore. Les provinces de la frontière, ruinées par les fréquentes incursions des barbares, devinrent bientôt hors d'état de payer le tribut accoutumé ; et les richesses du monde , qui pendant si longtemps s'étaient concentrées dans la capitale de l'empire romain , cessèrent enfin d'y refluer avec la même abondance, ou furent détournées dans d'autres canaux. Ainsi cet empire, sans rien perdre de l'étendue de son territoire , perdit la force et le courage nécessaires pour se défendre, et vit bientôt toutes ses ressources épuisées. Ce corps immense, languissant et presque inanimé, touchait à sa destruction. Les empereurs, qui gouvernaient avec une autorité absolue, se plongèrent dans toutes les mollesses du luxe oriental, s'en* fermèrent dans les murs d'un palais, ignorant la guerre, fuyant le travail , et dominés par des femmes et des eunuques , ou par des ministres non moins lâches et non moins corrompus ; tremblants à l'approche du danger et dans les circonstances qui demandaient autant de vigueur dans le conseil que dans l'action, ils ne montrèrent partout que l'impuissante irrésolution qui caractérise la crainte et la stupidité.

L'état des nations barbares était à tous égards le contraire de celui des Romains : l'esprit guerrier s'y était conservé dans toute sa vigueur, et leurs chefs étaient pleins d'audace et de courage. Elles ignoraient les arts qui avaient énervé les Romains ; et , par la nature de leurs institutions militaires , elles pouvaient mettre sans peine des armées nombreuses en campagne, et les entretenir h peu de frais. Les troupes mercenaires et efféminées qui gardaient les frontières de l'empire , intimidées par la férocité des barbares , ou fuyaient à leur approche, ou étaient mises en déroute au premier choc. Les empereurs furent obligés de prendre à leur solde de gros corps de barbares , qu'ils opposèrent à ceux qui venaient tenter de nouvelles incursions ; mais ce dangereux expédient, au lieu de retarder la chute de l'empire, ne fit que l'accélérer . Ces mercenaires tournèrent bientôt leurs armes contre leurs mattres , et s'en servirent avec plus d'avantage qu'auparavant ; car en servant dans les armées romaines ils apprirent la discipline et Part de la guerre qui s'y étaient toujours conservés ; et cette connais* sance, fortifiant leur férocité naturelle, les rendit invincibles.

nmoMJcnoif. 3&

Ces différentes causes, jointes à plusieurs autres circonstances, concoururent à rendre très-rapides les progrès des nations qui détruis surent l'empire romain ; mais leurs conquêtes n'en étaient pas moins meurtrières : ces barbares portèrent partout le ravage et la désolation,, et firent couler des flots de sang humain. Des peuples civilisés qui prennent les armes de sang-froid, et animés seulement par des raisons de politique ou de prudence» soit pour se mettre à l'abri d'un danger qui les menace, ou pour prévenir quelque événement éloigné, se battent sans animosité : la guerre parmi eux est dépouillée de la. moitié de ses horreurs. Les barbares ne connaissent pas ces raffine* ments : ils commencent la guerre avec violence et la poursuivent avec férocité. Leur unique objet est de faire à leur ennemi tout le mal qu'ils peuvent, et leur fureur ne s'apaise que par le carnage et la des* traction. (Test ainsi que les sauvages de l'Amérique font encore aujourd'hui la guerre, et ce fut avec les mêmes dispositions que les sauvages, plus puissants et non moins féroces, qui habitaient le nord de l'Europe et de l'Asie, vinrent fondre sur l'empire romain.

Partout où ils marchèrent, leurs traces furent teintes de sang ; ils massacrèrent et ravagèrent tout ce qui se trouva sur leur passage : ilsne distinguèrent point le sacré du profane , et ne respectèrent ni le rang, ni le sexe, ni l'Age. Ce qui leur échappa dans les premières excursions, devint leur proie dans celles qui suivirent. Les provinces les plus fertiles et les plus peuplées furent converties en de vastes déserts, ou quelques ruines des villes et des villages détruits servirait d'asilesà un petit nombre d'habitants malheureux que le hasard avait sauvés,, ou que l'épée de l'ennemi , rassasiée de carnage , avait épargnés. Les premiers conquérants , qui s'établirent d'abord dans les pays qu'ils avaient dévastés , furent chassés ou exterminés par des conquérants nouveaux qui, arrivant de régions éloignées encore des pays civilisés, étaient encore plus avides et plus féroces. Ainsi l'Europe fut en proie à des calamités renaissantes, jusqu'à ce qu'enfin le Nord, épuisé d'habitants par ces inondations successives, ne fut plus en état de fournir de nouveaux instruments de destruction. La faim et la peste , qui marchent toujours à la suite de la guerre lorsqu'elle exerce ses horribles ravages, affligèrent toute l'Europe, et mirent le comble à la désolation et aux souffrances des peuples. Si l'on voulait fixer le période où le genre humain fut le plus misérable, il faudrait nommer sans hésiter celui qui s'écoula depuis la mort de Théodose jusqu'à l'établissement

34 histoire m ouaufrQunrr.

des Lombards en Italie * . Les écri tains contemporains qui Ml eu le malheur d'être témoins de ces scènes de désolation et de carnage, ont de la peine à trouver des expressions asseï énergiques pour en peindre toutes les horreurs. Ib donnent le noms de flému es Duo, da destructeur des nations, aux chefs les plus connus des barbares t et comparent les excès qu'ils commirent dans leurs conquêtes, m ravages des tremblements de terre, des incendies et des déluges, cale* mités les plus redoutables et les plus funestes que l'imagination puisse concevoir.

Mais rien n'est plus propre à donner une juste idée des conquête destructives des barbares que le spectacle qui s'offre aux yeux d'us observateur attentif , en contemplant le changement général qui an fit dans l'état de l'Europe , lorsque les peuples commencèrent à ras* pirer , vers la fin du sixième siècle , et à goûter quelque tranquibté. Les Saxons étaient alors les mattres des provinces méridionales tas plus fertiles de l'Angleterre; les Francs s'étaient emparés des Gaulas, les Huns de la Pannonîe, les Goths de l'Espagne, les Goths et les Lombards de l'Italie et des provinces limitrophes. Il restait à peine sur la terre quelques vestiges de la politique, de la jurisprudence» daa arts et de la littérature des Romains : partout il s'était introduit de nouvelles formes de gouvernement et de nouvelles lois , de nouvelles mœurs, de nouveaux habillements, ne nouvelles langues, et de m»* veaux noms d'hommes et de pays. Un changement considérable «4 subit dans un seul de ces différents objets ne pouvait se Caire sans exterminer presque entièrement les ancien» habitants du paya; et sans oet aflteux moyen le plus habile et le plua redoutable oupaénart l'aurait vainement tenté (4). Ainsi la révolution totale que l'étaWaaar ment des nations du Nord a oceaskmée dans Fêta* de fltaaepe entière peut être regardée comme une preuve plue décisive encore que la témoignage des historiens contemporains, da taules les horreurs qui ont accompagné les conquêtes de ces barbares et ém raveges qu'ils ont faits d'une extrémité de cet hénrisphtoe jusqu'à l'autre (5^

C'est dans les ténèbres du chaos où ce désastre universel plongea les nations qu'il faut chercher les semences de l'ordre , et tàëher éa découvrir les premières traces des gouvernements et des lois qui sont

1 Théodose mourut en 395. Le règne d'Àlboin en Lombtrdîc commença en 971; de sorte que ce période est de cent soixante-seiie années.

aujourd'hui établis en Europe. Cest là que le» historianedeeitatadtf* ftrents de cette partie du globe ont tâché de chtrcher l'origine dm incitations et de» coutumes de leurs compatriotes; mais peub-ètit n'ont-ils pas porté dans leurs recherches tout le sein et toute fattei*tkm qu'exigeait l'importance de la matière. Je m me préposa pat de dernier un détail circonstancié des progrès de gouvernement et daa mœurs de chaque nation particulière, dont las événements sont l'objet de l'histoire suivante. Hais pour se former une juste idée de l'état de l'Europe au commencement du sehième siècle 9 il est nécessaire de remonter beaucoup plus haut, et de connaître l'état des peuples du Nord au temps de leur premier établissement dans les pays dont ils ^emparèrent. Il est nécessaire de suivre les pas rapides qu'ils Irent de la barbarie à la civilisation , et d'observer les principes et les événements généraux dont l'influence uniforme et puissante accéléra par degrés les progrès que ces nations auraient faits dans le gouvernement et les moeurs , au moment où Charies-Quint commença son règne.

Lorsque des peuples soumis au despotisme deviennent conquérants* tours conquêtes ne servent qu'à étendre le pouvoir et le domaine du éespote; mais des armées composées d'hommes libres veulent conquérir pour elles-mêmes, non pour leurs chefs; et tattes étaient celles qui renversèrent l'empire romain » et s'établirent dans ses différentes provinces. NoMenlement les nations diverses sorties du nord de l'Europe, qui a toujours été reconnu comme le siège de la liberté , mais encore les Huns et lesAMna, habitants d'une partie de ces contrées, qe'oea regardées comme le pays naturel de la servitude *, jouissaient d'un degré d'indépendance et de liberté qui paraît à peine compatible eme un état d'union sociale, ou avec le subordination nécessaire pour maint pmii cette union. Ces peuple* suivaient le chef qui le* menait* In conquête de nouveau* établissements, mm par contrainte, mais par ;non comme des soldats àqui il pouvait ordonner de marcher*

freemme des volontaires qui s'étaient offerts librement pou l'aneampsgner (6). Os considéraient leurs conquêtes comme une propriété commun* à laquelle chacun d'eux avait droit de participer, puisque chacun d'eux avait contribué à l'acquérir (7). Il est difficile de déterminer avec précision de quelle maniera et sur quels printipçs Usée partageaient les terres dont ils s'étaient emparés; nons ne connaissons

* 1* M*f* <fcs LoU, tou *VM> dt nu iv» eu*

Page 1