‹ Histoire de l'Empereur Charles-QuintChapitre 8 sur 56 · HIST01BB DB CHÀ*LES-QCIHT · texte numérisé non relu

HIST01BB DB CHÀ*LES-QCIHT

aucun monument des nations de l'Europe qui remonte jusqu'à ce période éloigné, et il n'y a guère de lumières à tirer de ces misérables chroniques compilées par des écrivains qui ignoraient le véritable but et les objets essentiels de l'histoire.

Cependant cette nouvelle division des terres introduisit de nouveaux principes et des mœurs nouvelles ; et il en résulta bientôt une espèce de gouvernement inconnu jusqu'alors, et distingué aujourd'hui par le nom de système féodal. Quoique les nations barbares qui donnèrent naissance à ce gouvernement se fussent établies en différents temps dans les pays qu'elles avaient conquis ; quoiqu'elles fussent sorties de contrées différentes , qu'elles eussent des langages divers et qu'elles n'eussent pas les mêmes chefs , on remarque cependant que la police féodale s'introduisit, avec peu de variation, dans toute l'Europe. Cette étonnante uniformité a fait croire à quelques auteurs que toutes ces nations , malgré beaucoup de diversités apparentes , ne formaient originairement qu'un seul et même peuple ; mais il est bien plus naturel de chercher la cause de cette uniformité dans la ressemblance même de l'état de société et des mœurs primitives de ces barbares et des circonstances dans lesquelles ils se trouvèrent en prenant possession de leurs nouveaux domaines.

Les conquérants de l'Europe avaient leurs acquisitions à défendre, non-seulement contre ceux des anciens habitants à qui ils avaient laisséla vie , mais encore contre les irruptions redoutables de nouveaux aventuriers qui pouvaient venir leur disputer leurs conquêtes : leur» premiers soins durent donc se tourner vers les moyens de se défendre eux-mêmes , et il paratt en effet que ce fut l'unique objet de leunt premières institutions civiles. Au lieu de ces associations vagues qui, sans contraindre beaucoup l'indépendance des individus, suffisaient pour assurer la tranquillité commune lorsqu'ils vivaient dans leurs forêts et leurs déserts, ils sentirent la nécessité de s'unir d'une manière plus étroite , et de sacrifier quelques-uns de leurs droits personnels pour jouir d'une plus grande sûreté. Tout homme libre , à qui l'on assignait dans le partage des terres conquises une certaine portion de terrain , était obligé de prendre les armes contre les ennemis de la nation. Ce service militaire était la condition à laquelle il recevait et tenait sa terre; et comme on n'était soumis à aucune autre charge f cette espèce de possession , chez un peuple guerrier, devait être à la fois commode et honorable. Le roi ou le général qui avait conduit fat

nmoMcrioit. 3T

nation à la guerre, restant toujours le chef de la colonie, dirait avoir pour sa part la portion de terre la plus considérable ; il avait par là* un moyen de récompenser les services qu'on lui avait rendus , et d'acheter de nouveaux partisans : c'était dans cette vue qu'il distribuait' ses terres ; et ceux entre lesquels il les partageait étaient engagés à prendre les armes pour le défendre , et à le suivre au combat avec unnombre d'hommes proportionné à l'étendue du terrain qu'ils avaient reçu. Les principaux officiers imitaient l'exemple du prince ; et en partageant entre leurs suivants la portion de terre qui leur était échue,, ils attachaient à ce don la même condition. Ainsi un royaume féodal ressemblait plus à un établissement militaire qu'à une institution civile. L'année victorieuse se cantonnait dans le pays dont elle s'était' emparée , et chaque corps , subordonné à ses officiers , restait soumis à la discipline militaire. Les noms d'homme et de soldat étaient synonymes f. Tout propriétaire de terre, armé d'une épée, était toujours prêt à marcher sur la réquisition de son supérieur , et à se mettre estcampagne contre l'ennemi commun.

Mais si le système féodal paraît avoir été merveilleusement combiné pour défendre la société contre toute puissance étrangère , il était extrêmement défectueux dans tout ce qui peut assurer l'ordre public et la tranquiBité intérieure. Ce gouvernement, même dans saforme la plus parfaite , avait des germes visibles de désordre et de corruption qui se développèrent bientôt , et qui , en passant avec rapidité dans toutes les parties du système politique , y causèrent les plus terribles ravages. Le lien de l'union civile était très-faible et le» principes d'anarchie étaient innombrables. Les parties monarchiques et aristocratiques de la constitution n'étant contre-balancées par aucune force intermédiaire, se pénétraient les unes les autres et se combattaient sans cesse. Les vassaux puissants de la couronne obtinrent bientôt par la force que la possession des terres , dont la concession avait d'abord été gratuite et dont ils ne devaient jouir qu'aussi longtemps qu'il plairait au prince , leur fût assurée pendant leur vie. Ib n'eurent plus qu'un pas à faire pour compléter leurs usurpations et pour les rendre héréditaires (8) . Guidés par une ambition non moins audacieuse et plus absurde, ils s'arrogèrent des titra d'honneur comme des places de crédit et de confiance. Ces marques de distinc-

• DocaBge, GU>$., voe.

38 HISTOIRE BE CUA*USrQmCT.

tiou personnelle, dont l'admiration on U reconnaissance publique honore le mérite ou te* talents extraordinaires, furent attachée» à certaines familles , et se transmirent par succession t comme les fiefe, du père aux enfants.

Les grands vassaux» après s'être ainsi assuré la propriété héréditaire de leurs terres et de leurs dignités , entraînés par l'esprit même des institutions féodales , qui tendaient toujours à l'indépendance , quoique fondées sur la subordination » tentèrent avec succès , sur les prérogatives du souverain « des entreprises nouvelles et plus dangereuses encore. Ils obtinrent le pouvoir de juger souverainement dans leurs territoire» toutes les causes civiles et criminelles , le droit de battre monnaie, et le privilège de faire, en leur propre nom et de leur autorité privée , la guerre à leurs ennemis particuliers* Les idées de soumission politique se perdurent presque entièrement* et il resta à peine quelque apparence de subordination féodale* Les nobles, qui avaient acquis un pouvoir excessif , dédaignaient de se regarder comme sujets. Ils aspirèrent ouvertement k se rend** indépendants et brisèrent les nœuds qui unissaient à la eotaronae les principaux membres de l'État. Un royaume considérable par «a puissance et son étendue, était démembré en autant de principautés particulières qu'il y avait de barons puissants; et mille causes de discorde et de jalousie s'élevant de toutes parts, allumaient autant de guerres. Chaque contrée de l'Europe, que ces querelles sanglantes plongeaient dans la désolation, dans le trouble ou dans des alarmes continuelles, était couverte de châteaux et de forteresses, construits pour défendre les habitants non contre des forces étrangères, mais contre des hostilités domestiques. L'anarchie régnait partout t et substituait tous les désordres qui l'accompagnent aux douceurs et aux avantages que les hommes espèrent trouver dans la société. Le peuple , cette portion la plus nombreuse et la plus utile d'un pays, était réduit à un état de véritable servitude, ou traité comme s'il eût été réellement esclave (9). Le roi , dépouillé de presque toutes ses prérogatives, sans autorité pour former ou pour faire exécuter des lois salutaires • ne pouvait ni protéger l'innocent, ni punir le coupable. Le* nobles, qu'aucun frein ne retenait , s'épuisaient les uns les autres par des guerres éternelles, opprimaient leurs sujet», et humiliaient ou insultaient leur souverain. Pour mettre le comble à tous ces maux 9 le temps consolida et rendit même respectable cet absurda et

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funeste système de gouvernement , que la violence avait établi.

1W fet, depuis le septième jusqu'au oniième siècle, l'état de l'Europe, relativement k ^administration intérieure du gouvernement. Toutes les opérations que les différents Étala irent au dehors , pendant ce période, furent nécessairement très-faibles. Comment un royaume démembré , déchiré par les dissension», qui manquait d'un intérêt commun peur réunir ses forces* et d'un chef respecté pour les diriger, eAt-fl pu agir avec vigueur ? Les guerres qui se firent en Europe pendant ee période de temps ne furent presque toutes ni impartantes , ni décisives , ni marquées par des événements extraordinaires : eHes ressemblaient plutôt à des blousions rapides de pirates eu de brigands qtrt des opérations combinées de troupes régulières. Chaque baron , à la tète de ses vassaux , poursuivait quelque entreprise particulière, pour satisfaire sa propre ambition ou quelque sentiment de vengeance. L'État ainsi désuni restait dans l'inaction , ou ne tentait de faire quelque effort que pour mieux laisser voir son impuissance. H est vrai que le génie de Gbarlemagne réunit en un seul corps tous ces membres divisés, et rendit au gouvernement cette force, cette activité qui distingue son règne et en a rendu les événements dignes non-seulement de la curiosité , mais même de l'admiration de» siècles les plus éclairés. Mais cet état de vigueur et d'union n'était pas naturel au gouvernement féodal , aussi futril de peu de durée» A la mort de ce prince, le système vaste et hardi qu'il avait établi ^écroula , parce que ce système ne fut plus soutenu par l'esprit qui en animait toutes les parties. Son empire , déchiré et partagé entre plusieurs royaumes, ftit en proie à toutes les calamités qu'eutratnent la discorde et FaMitMe , et qui n'avisent fait que prendre une forte nouvelle. Depuis cette époque jusqu'au onzième siècle, les annales de toutes les nations de l'Europe se trouvent rempffifes et souillées par une suite d'événements atroces ou insensés ,-et par des guerres continuelles, aussi peu importantes par leur motif que par leurs conséquences.

On peut afooter à ces tristes effets de l'anarchie féodale la funeste Influence qu'elle eut sur les progrès de l'esprit humain. Tant que les hommes ne jouissent pas d'un gouvernement réglé, et de la sûreté personnelle qui en est une suite naturelle , il est impossible qu'ils cherchent à cultiver les sciences et les arts, à épurer leur goAt, à poBr leurs moeurs : ainsi le période de trouble , d'oppression et de

OU) HISTOIEB DB €«AM.BVQCIHT,

.rapine , que je viens de décrire, ne pâmait pas être favorable à k .perfection des lumières et de k sociabilité» Il n'y «fût pas encore un siècle que les peuples barbares s'étaient établis dans les pays conquis, et les traces des connaissances et de k politesse que les Roasaias avaient répandues dans toute l'Europe étaient déjà entièrement ef- .lacées. On négligeait ou l'on avait déjà perdu f non-seulement ces arts d'élégance qui servent au luxe et que le luxe soutient , mais ^encore plusieurs des arts utiles auxquels nous devons les douceurs et . les commodités de k vie. Dans ces temps malheureux, à peine connaissait-on encore les noms de littérature, de philosophie ou de goût ; ou si l'on en faisait quelquefois usage, c'était pour les prostituer à des objets si méprisables, qu'il parait qu'on n'en sentait plus guère k véritable acception. Les personnes du plus haut rang et chargées des emplois les plus importants , ne savaient ni lire ni écrire. Beaucoup ' d'ecclésiastiques n'entendaient pas le bréviaire qu'ils étaient obligés de réciter tous les jours* et quelques-uns n'étaient pas même en état de lire (10) . La tradition des événements passés était perdue, ou ne s'était conservée que dans des chroniques pleines de circonstances puériles -et de contes absurdes. Les codes de lois mêmes, publiés par les nations qui s'établirent dans les différentes parties de l'Europe 9 cessèrent d'avoir quelque autorité, et l'on y substitua des coutumes vagues et biiarres. L'esprit humain, sans liberté, sans culture, sans émulation, tomba dans k phis profonde ignorance. Pendant quatre cents ans , l'Europe entière ne produisit pas un seul auteur qui mérite d'être lu, soit pour l'élégance du style , soit pour k justese ou la nouveauté des idées ; et l'on citerait à peine une seule invention utile ou . agréable à k société , dont ce long période puisse s'honorer.

La religion chrétienne , dont les préceptes et les institutions -eont fixés dans les livres saints avec une précision qui ne semblait pas permettre de les altérer ou de les corrompre , la religion chrétienne elle-même dégénéra , pendant ces siècles d'obscurité , en une grossière superstition. Les nations barbares , en embrassant le christianisme, ne firent que changer l'objet de leur culte, sans en changer l'esprit. Ils cherchaient à se concilier la faveur du vrai Dieu par des moyens peu différents de ceux qu'ils mettaient en usage pour apaiser leurs fausses divinités. Au lieu d'aspirer à k sainteté et à k vertu , qui seules peuvent rendre l'homme agréable au grand auteur de ..tout ordre et de toute perfection , ils crurent remplir toutes les

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obligations qui leur étaient imputées, en observant scrupuleusement des cérémonies extérieures et puériles (11). La religion, suivant l'Idée qu'ils s'en étaient formée, ne comprenait rien de plus ; et ces pratiques , par lesquelles ils espéraient attirer sur eus les grâces du ciel, étaient telles qu'on pouvait les attendre des hommes grossiers qui les avaient imaginées et introduites. (Tétaient des puérilités qui outrageaient la majesté de l'Être suprême, ou des extravagances qui déshonoraient l'humanité et la raison (13). Charlemagne en France et Alfred le Grand en Angleterre , tâchèrent de dissiper ces ténèbres , et parvinrent à faire pénétrer au milieu de leurs peuples quelques rayons de lumière ; mais leurs efforts et leurs institutions trouvèrent des obstacles invincibles dans l'ignorance de leur siècle, et la mort de ces deux grands princes replongea les nations dans une nuit plus épaisse et plus profonde. <

Les habitants de l'Europe , pendant ces temps malheureux , ignoraient les arts qui embellissent les siècles policés , et n'avaient pas même les vertus qui distinguent les peuples sauvages. La force d'âme, le sentiment de sa dignité personnelle , la bravoure dans les entreprises et l'opiniâtreté dans l'exécution , le mépris du danger et de la mort, sont les vertus caractéristiques des nations qui ne sont pas encore civilisées ; mais elles sont le produit de l'égalité et de l'indépendance, que les institutions féodales avaient anéanties partout. L'esprit de domination avait corrompu la noblesse ; le poids de la servitude avilissait le peuple ; les sentiments généreux qu'inspirent l'égalité étaient entièrement éteints , et il ne restait plus aucune barrière contre la férocité et la violence. L'état le plus corrompu de la société humaine est celui où les hommes ont perdu leur indépendance et leur simplicité de mœurs primitives , sans être arrivés k ee degré de civilisation où un sentiment de justice et d'honnêteté sert de frein aux passions féroces et cruelles. C'est aussi dans l'histoire des temps dont nous parlons qu'on trouve un plus grand nombre de ces actions qui frappent l'imagination d'étonnement et d'horreur, qu'on n'en rencontre dans aucun autre période des annales de l'Europe. Ouvrons l'histoire de Grégoire de Tours et des auteurs contemporains, nous y rencontrerons une foule incroyable de traits révoltants d'inhumanité, de perfidie et de vengeance.

Mais il y a , selon la remarque d'un historien élégant et profond f t

1 D. Hume» HUt. ofEngland, vol. II, p. 142.

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un dernier degré d'abaissement , comme d'élévation humâmes « lorsqu'elles y sont armées , retournent m sans eeoteaiie» et qu'elles se passent presque jamais , ni dam leur progrès tour déeUn. Lorsque les défauts, soit dans ht forme, i l'administration du gouvernement , pmiuiaeat dans la société te

désordres eoceftife et intolérables, l'intérêt — n découvre et

emploie bientét les remèdes les plus propres à détruire le mtL Les hommes peuvent négliger on supporter longtemps de légers inconvénients; mais lorsque les abus Yiennent à un certain terme, il faut que la société périsse eu qu'elle les réforme. Les dus du gouvernement féodal , joints à la corruption du goût et des mœurs, qm en était la suite naturelle, n'avaient fait que s'accroître pendant une longue suite d'apnées; et il peraît qu'ils étaient arrivés, vers la fin du onzième siècle , au dernier terme de leur accroissement C'est à cette époque que l'on voit commencer la progression du gouvernement et des mœurs en sens contraire, et que nous pouvons faire remonter cette succession de cause et d'événements, dont l'influence plus ou moins forte * plus ou moins sensible, a servi à détruire In confusion et la barbarie, et à y substituer l'ordre , ht politesse et In régularité.

Dans la recherche de ces événements et de ces causes, il n'est pas nécessaire de s'attacher à l'ordre des temps avec une exactitude chronologique ; il est bien plus important de marquer leur liaison et tour dépendance mutuelle, et de faire voir comment un événement en n préparé un autre et a fortifié son influence. Nous avons suivi jusqu'à présent les progrès successifs de ces épaisses ténèbres qui ont couvert si longtemps l'Europe ; il sera plus agréable d'observer les prernsem rayons de la clarté renaissante, et de reconnaître les accroissements insensibles de lumière qui ont amené enfin le jour brillant dent noua jouissons.

Les croisades, ou les expéditions des chrétiens pour arracher ht terre sainte des mains des infidèles, paraissent avoir été le premier événement qui ait tiré l'Europe de la léthargie dans laquelle eHe était plongée depuis si longtemps; et qui ait contribué à changement dans le gouvernement et dans les mœui aux hommes de voir avec un sentiment de véuéntiea et es plaisir des lieux renommés pour avoir été la résidence de quelque grand personnage ou le théâtre de quelque action célèbre. Ce principe est

la source de la dévotion scrupuleuse avec toquée les cMMew, dès les premiers siècles de l'Église, s'étaient phi I visiter le pays que Dieu avait destiné peur l'héritage de soa peuple choisi, et dans lequel te Fils de Dieu avait accompli la rédemption du ^genre humain. Un pèlerinage ai kmg ne pouvait se faire sans beaucoup de dépasse, de fatigue et de danger ; il devait donc en être plus méritoire , et on le regarda bientftt comme on moyen d'mpier presque tous les crimes.

Vers la fin du dhtième siècle et le commencement du onaième, il «e répandit tout à coup en Europe «ne opinion qui fit bientôt des progrès incroyahtes et qui augmenta prodigieusement le nombre et le rite de ces débats pèlerins. On s'imagina que les mille ans f dont parte saint Jean étaient accomplis , et que la fin du monde allait arriver. Cette rêverie répandit une consternation générale parmi les chrétiens. Plusieurs renoncèrent à leurs biens , abandonnèrent leurs fitmilles et leurs amis , et se hâtèrent de se rendre dans la terre sainte où ils croyaient que te Christ devait apparaître bientôt pour juger tes hommes *. Tant que la Palestine avait été soumise à la domination deseaKfes, ees princes éclairés avaient encouragé les pèlerinages des chrétiens A Jérusalem ; c'était une tranche avantageuse de consacre* , qui faisait entrer dans leurs États beaucoup d'or et d'argent pour des reliques et de pienses bagatelles ; mais tes Turcs ayant conquis la Syrie vers le milieu du onzième siède, les pèlerins se virent exposés à toutes sortes (feutrages de la part de caapeuptes féroces. Cette révolution arriva précisément dans le même temps on te terreur panique dont f ai parlé rendait tes pèlerinages pfcm fréquente et plus nombreux ; eHe répandit l'alarme et eicita l'indignation dans toute l'Europe chrétienne. Ceux qui leienaient de la Palestine racontaient les dangers qu'ils avalent courus en visitant la terre sainte, et ne manquaient p<» d'exagérer ta cruauté et tes mauvais traitements des Turcs.

Les esprits des hommes étaient ainsi préparés, tonqû'ut moine fanatique conçut ridée de réunir tontes les forées de te chrétienté contra les iiffldètes, pour les chasser h main armée de la terreaainte, et tfest A son sèle que cette Maaite entieptim doit son exécution.

1 Revel, XX, 2, 3, 4.

* Chmmc. WH1. G«éelH, op. Bftuqu*, Recueil de$ tofrrif m d* F tome, t. X, p. 262. Vita Abbonis, ib., p. 332. Chronic. S. Pantaleonis, ap. Ecart, &*?• «*f • medii œvi, vol. I, p. 909. JntieHtfa $cm>, Ib., 0?S.

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Pierre l'Ermite (c'était le nom de cet ap6tre guerrier) courut, un crucifix à la main , de province en province , excitant les princes et les peuples à entreprendre la guerre sainte , et ses déclamations allumèrent dans tous les esprits le fanatisme qui l'animait* Le concile de Plaisance , auquel assistèrent plus de trente mille personnes , décida que le projet de Pierre avait été inspiré par une révélation immédiate du ciel ; et lorsqu'on en fit la proposition au concile de Clermont , qui était encore plus nombreux que celui de Plaisance , toutes les voix s'écrièrent : Dieu le veut ! Dieu le veut I Cette fureur épidémique gagna tous les ordres de l'État. Ce n'étaient pas seulement les seigneurs et les nobles de ce siècle guerrier qui prirent les armes avec leurs vassaux ; ils auraient pu être séduits par l'audace même de cette expédition romanesque ; mais on vit encore des hommes d'une condition obscure et pacifique , des ecclésiastiques de tous les rangs , des femmes même et des enfants s'engager à l'envi dans une entreprise qu'on regardait comme pieuse et méritoire. Si nous pouvons en croire les témoignages réunis des auteurs contemporains , six millions d'hommes prirent la croix l ; c'est la marque par laquelle se distinguaient ceux qui se dévouaient à cette sainte guerre , et qui lui a donné le nom qu'elle a conservé. V Europe entière , disait la princesse Comnène , paraissait comme arrachée de ses fondements et prête à se précipiter de tout son poids sur l'Asie *. L'ivresse de ce zèle fanatique, loin de se dissiper au bout de quelque temps, est aussi remarquable par sa durée que par son extravagance. Pendant deux siècles entiers l'Europe sembla n'avoir eu d'autre objet que de conquérir ou de garder la terre sainte , et ne cessa d'y faire passer successivement des armées nombreuses (13).

Rien ne pouvait résister aux premiers efforts d'une armée dont la valeur était exaltée par l'enthousiasme religieux. Une partie de l'Asie mineure , la Syrie et la Palestine , furent bientôt enlevées aux infidèles ; la bannière de la croix fut arborée sur la montagne de Skm ; un corps de ces aventuriers qui avaient pris les armes contre les mahométans, s'empara de Constantinople, la capitale de l'empire chrétien en Orient; et pendant la moitié d'un siècle, le trône impérial fut occupé par un comte de Flandre et par ses descendants. La

1 Fulcherius Carnotensis, apttd fiongarsii Gtsta Dei per Francot, vol. I, 387. êdit. Han. 1711.

1 Alertas, It'6. X. av. Biz. script, vol. XI, p.

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inattendue du premier choc des croisés rendit leurs premières conquêtes faciles; mais ils trouvèrent ensuite une prodigieuse difficulté à les conserver» Des établissements si éloignés de l'Europe , entourés de nations guerrières et animées d'un zèle fanatique qui ne le cédait guère à celui des croisés mêmes , étaient sans cesse exposés à une destruction prochaine. Avant la fin du treizième siècle , les chrétiens furent chassés de toutes les possessions qu'ils avaient dans l'Asie , et dont la conquête leur avait coûté des millions d'hommes et des trésors immenses. Ainsi la seule entreprise pour laquelle toutes les nations de l'Europe se soient jamais réunies et qu'elles aient soutenue avec autant d'ardeur que d'opiniâtreté , n'est plus aujourd'hui qu'un monument éclatant de la folie humaine.

Ces expéditions , tout extravagantes qu'elles étaient, produisirent cependant d'heureux effets, qu'on n'avait pu ni attendre ni prévoir. Les croisés , en marchant vers la terre sainte , traversèrent des pays mieux cultivés et des États plus civilisés que les leurs. C'était en Italie qu'ils se rassemblaient dans les commencements. Venise, Gênes, Pise et d'autres villes avaient commencé à cultiver le commerce et se polissaient en «'enrichissant. Les croisés allaient ensuite par mer en Datmatie, d'où ils continuaient leur route par terre jusqu'à Constan- Unople. Il est vrai que l'esprit militaire était depuis longtemps éteint dans tout l'empire d'Orient, et qu'un despotisme de l'espèce la plus dangereuse y avait presque anéanti toute vertu publique ; mais Constantinople, qui n'avait jamais été ravagée par les nations barbares, était la plus grande , ainsi que la plus belle ville de l'Europe , et la seule où il restât encore quelque image de l'ancienne politesse et dans les mœurs et dans les arts. La puissance maritime de l'empire d'Orient était considérable, et des manufactures très-précieuses y subsistaient encore. Constantinople était l'unique entrepôt de l'Europe pour les productions des Indes orientales. Quoique les Sarrasins et les Turcs eussent dépouillé l'empire de plusieurs de ses plus riches provinces et l'eussent resserré dans des bornes fort étroites, cependant ces sources de richesses entretenaient à Constantinople non-seulement l'amour du faste et de la magnificence, mais encore un reste de goût pour les sciences ; et à cet égard l'Europe entière était fort au-dessous de cette ville fameuse. Les croisés trouvèrent dans l'Asie même les débris des sciences et des arts que l'exemple et les encouragements des califes avaient fait naître dans leur empire. Quoique les historiens des

M HISTOIRE Ml OUMM-QUINT.

croisade aeasant porté toute leur attention sur d'autres eb»ris que l'état de ta société et 4e» mœursparai les nations de l'Orient; quoiqae la plupart d'entre en n'eussent mène m aaset de goAt* ni esses de lumière» pour observer et pour bien peindre ce qu'ils voynieat, cependant ils noua ont transmis dei traita ri fripante de l'humanité et de la générosité de Saladia et de quelque» autres chefs des mahsmé» tanii qu'on ne peut s'empêcher de prendre de leurs mœurs ridée la phi» avantageuse. Il était impossible que lea cveisés parcourussent tant de pays, qu'Us vivent des lois et des centimes ri diverses, sana acquérir de l'instruction et des connaissances nouvelles. Leurs vues détendirent; leurs préjugés s'affaiblirent; de nouvelles idées germèrent dans leurs tètes ; Us virent en nulle oooarions combien leurs mmuis étaient grossières en comparaison de celles des Orientant policés ; et ces imprapsient étaient trop fortes pour s'effacer de leur mémoire lorsqu'ils étaient de retour dans leur pays natal* D'ailleurs il 7 eut» pendant deux siècles entiers, un commerce assas suivi entra l'Orient et l'Occident ; de nouvelles armées marchaient continuelle-* ment d'Europe en Asie, tandis que les premiers aventuriers revenaient chez eux et y rapportaient quelques-unes des coutumes» avecleatuellas ils s'étaient familiarisés par un long séjour dans ces terres étrangères* Aussi l'on peut remarquer que , même peu de temps après le commencement des croisedes, il y eut plus de magnificence à la cour des princes , plus de pompe dans les cérémonies publiques , plus d'élégance dans les plaisirs et dans les fêtes; le goût même des aventures devint plus romanesque et s'accrut sensiblement dans toute l'Europe. C'est à ces bizarres expéditions, effet de la superstition et de la folie, que nous devons les preariers rayons de lumière qui commencèrent à dissiper les ombres de l'ignorance et de la barbarie*

Mais ces effets salutaires des croisades ne se firent sentir que lentement. Leur influence sur l'état de la propriété territoriale, et par conséquent sur celui du pouvoir , fut plus immédiate et en même temps plus sensible.

Les nobles qui prirent la croix et s'engagèrent à marcher vers le terre sainte virent bientôt qu'ils avaient besoin de sommes considérables pour faire les frais d'une si longue expédition et pour être en état de paraître à la tête de leurs vassaux, avec la dignité qui leur convenait. Le génie du système féodal ne leur permettait pas d'imposer des taxes extraordinaires à leurs sujets, qui n'étaient pas eccou-

à an mer. 11 m leur mitait dose d'autoe lesnMuee pour te la mM dm* ib «méat besoin, que de mudre terne GmH tan lis esprits étaient ««Hé» par ta idées romnte «mquétas qu'il» espéraient frire » Asie, et par le désir 4e iuecm*rer h tare sainte, désir si ardmt qirtt faisait taire toute* tas passions , les asigneum abandeimèMt sans rVpupuuii» leurs béri-

et tas tendirent à vil prix, pour aller,, eu aeenturton, chercher établissement» dans de» pays incanmni. Aucun des <ttSè-

souverains de l'Europe ne s'était engagé daus la première i, et tous saisirent avec empressassent uue occasion si ferorafale peur réunir à peu de fiais à ta» couronnas des domaine* eenaidèiaMcs *. D'ailleurs plusieurs grands bavons étant morts dans la guerse sainte mas laisser d'héritiers , lettre flefi retournèrent de drast à tain aoaerains ; et oe» aoerotaenseutida propriété, aussi bien que de puissance^ ajoutèrent à l'autorité rafale tout ee que perdait eaflede l'aristocratie* D'un jmtre edté, l'absence de pluriel» vassaux pususiils, accoutumés à en imposer et souvent à donner la loi I leurs oowerams, offrit à ceuind une occasion d'étendre leur prérogative «et d'acquérir une mfliwce qu'ils n'avaient jamais eue auparavant. Ajouta à ces circonstances réunies que tous ceux qui prirent la erofat an mirent sous la protection immédiate de l'Église, qui lança ses plus «afeutebles anathènies contre quiconque voudrait nuire ou foire injure à ceux qui se dévouaient à cette sainte expédition. Les querelles ut tes hostilités particulière», qui jusqu'à!*» avaient banni l'ordre et la paix de tout état féodal, furent tout à ooup suspendues, ou s'éteignirent entièrement ; l'administration de la justice commença k prendre une forme plus solide et plus constante, et Ton fit enfin quelques pas vers rétablissement d'un système plus régulier <Fadmi- *fetr*tiofl et de police dans les différents royaume de l'Europe * (14). Les effets que les croisades produisirent sur rétaft du commerce de l'Europe ne furent pas moins sensibles que eenx dont je viens de parler. Les premières troupes qui s'euréttsent sous l'étendard de la croix, et que Pierre ffinmte et Godefroy de Bouillon conduisirent à Qoustentinopte par l' Allemagne et la Hongrie , eurent prodigieuse*

à souffrir, tant par la longueur de la marche que pur la férocité

1 Willelm. Malmesbur. Guibert. Abb.y apud BoDgars, vol. 1, 481. * Ducange, Glossar., voc* Cruce signatus. GuU, Abbas, ap. Bongars, roi. I, 400,

49 ntrora m ftniaa tyran».

route, et aimèrent sien aller par »er «ae 4e rttxpoaer an mêmes danger», Veohe, Gènes et Piie lenr fowairest les faètnmsde tnme» port sur lasque h ils s'embarquèrent. Go villes reçurent 4e «s années nombreuse» 4e cieieés 4ee sommes prodigienert pour le fat seul 4e kmn vaisseau '; ce ne fat cependant qu'une petite partie de Fargnt qu'elle» retirèrent des expéditions 4e la terre sainte. La crabes firent mâtvbéaveceUopovatoirde»profÎ0k>fMetde»mDiiiUoBs4egueri>«. Tandbque le» armée» s'avançaient par terre, les flotte» se tenaient av la cète, fournissaient an taoopes tout ce qui leur était nécessaire, et absorbaient tous les bénéfices de cette branche lucrative de commerce. Les succès qu'eurent d'abord les armes des croisés procurèrent aux villes commerçantes des avantages encore plus solides. Il existe encore des chartes par lesquelles on accorde aux Vénitiens, aux Pisans et aux Génois les immunités les plus étendues dans les différents établissements formés en Asie par les chrétiens. Toutes les marchandises qu'ils importaient ou exportaient étaient exemptes de toute imposition ; et on leur avait donné en propriété des faubourgs entiers dans quelques-unes des villes maritimes, et dans les autres de grandes rues et beaucoup de maisons. Ils avaient aussi , par ces mêmes chartes, le privilège de faire juger suivant leurs loin, et par dos juges qu'ils nommaient eux-mêmes, toutes les contestations élevées entre des personnes qui commerçaient sous leur protection ou qui étaient établies dans l'enceinte du terrain qu'on leur avait accordé *• Lorsque les croisés s'emparèrent de Gonstantinople et placèrent un d'entre eux sur le trône d'Orient , les Etats d'Italie surent mettre à profit cette révolution/ Les Vénitiens, qui avaient concerté l'entreprise et qui eurent beaucoup de part i l'exécution, ne négligèrent aucun des avantages qu'ils avaient droit d'attendre du auccès. Il se rendirent maîtres d'une partie de l'ancien Péloponèse dans la Grèce , et de quelques-unes des fies les plus fertiles de l'Archipel. Plusieurs brandies importantes de commerce, concentrées jusqu'alors à Gonstantinople , furent transportées à Venise, à Gènes ou è Pbe : ainsi divers événements occasionnés par la guerre sainte ouvrirent successivement plusieurs sources nouvelles de richesses, et

1 ttunieri inftf , totie. «•& •«*, vol. tl,p.SQ*. ~ * IW., p. «OG, etc.

les trésors qui en découlèrent ' dans les villes commerçantes d'Italie, concoururent, avec l'institution dont je vais parler, à établir sur une base solide leur indépendance et leur liberté.

Dans le même temps les villes se formèrent en communautés ou corporations publiques, qui obtinrent le privilège d'avoir une juridiction municipale : ce changement contribua peut-être plus qu'aucune autre cause à introduire et à répandre en Europe les principes d'un gouvernement régulier, de la police et des arts.

Le gouvernement féodal avait dégénéré en un système d'oppression. Les nobles, dont les usurpations étaient devenues excessives et intolérables, avaient réduit le corps entier du peuple à un état de véritable servitude ; et la condition de ce qu'on appelait les hommes libres n'était guère meilleure que celle du peuple. Cette oppression n'était pas le partage de ceux qui habitaient la campagne et cultivaient les terres de leurs seigneurs. Les villes et les villages relevaient de quelque grand baron, dont ils étaient obligés d'acheter la protection, et qui exerçaient sur eux une juridiction arbitraire. Les habitants étaient privés des droits naturels et inaliénables de l'espèce humaine. Ils ne pouvaient disposer des fruits de leur industrie, ni par un testament, ni par aucun acte passé pendant leur vie *. Ils n'avaient même pas le droit de donner des tuteurs à leurs enfants dans l'Age de minorité, et ils étaient obligés d'acheter de leur seigneur la permission de se marier *. S'ils avaient commencé un procès en justice, il ne leur était pas permis de le terminer à l'amiable, parce que cet accommodement aurait privé le seigneur, au tribunal duquel l'affaire se plaidait, des droits qui lui revenaient lorsqu'il rendait la sentence *. On exigeait, d'eux, sans indulgence et sans pitié, des services de toute espèce, souvent aussi humiliants qu'onéreux. L'esprit d'industrie était gêné dans quelques villes par des règlements absurdes, et dans d'autres par d'injustes exactions. Les maximes étroites et tyranniqùes d'une aristocratie militaire ne pouvaient manquer d'arrêter les progrès de toute industrie *•

1 Yfllehardouin, Hitt. de Constant., 105, etc.

f Dacherii Spiceleg., tome XI, 374, 375. Éd. in'%°.Ordonnancesdesrois de France, tome III, 904, n. 2, 6.

• Ordonnances dm rois de France, 1. 1, p. 22, t. III, p. 203, n. 1. Muratori* Aniiq. ital., vol. IV, p. 20. Dacherii, Spicel., vol. XI, 325, 341.

4 Dacherii, Spicel,, vol. IX, 821.

• Observ. sur Vhùt. de France, par M. l'abbé de Mably, tome II, p. 296.

59 HISTOIRE Ug CBABU9-QUIHT.

Ma dès que les villes d'Italie eurent commencé à tourner leur attention vers le commerce et à se former quelque idée des avantage qu'elles pouvaient en retirer, elles songèrent bientôt à secouer te joug des seigneurs insolents, et à établir un gouvernement libre et^gal, qui assurât parmi les habitants la proprié té des biens, et encourageât les arts et l'industrie. Les empereurs d'Allemagne, surtout ceux 4* maisons de Francooie et de Souabe, dont la résidence était éloignée de l'Italie , ne possédaient dans ce pays qu'une juridiction faible et bornée. Leurs querelles éternelles, soit avec les papas, soit avec lqpus propres vassaux, occupaient sans cesse leurs armes, et ne leur per» mettaient pas de fixer leur attention sur l'intérieur de ritalie. Cei circonstances encouragèrent, vers le commencement du onzième siècle, quelques-unes des villes d'Italie à s'arroger de nouveaux privilèges, à s'unir ensemble par des liens plus étroits* et à se former ep corps politiques qui se gouvernaient d'après dqs lois établies par lie consentement général des habitants1. Les droits que plusieurs villes acquirent par ces usurpations heureuses ou hardies» d'autres les achetèrent des empereurs, qui croyaient faire un marché très-avantageux en vendant, au poids de l'or, des immunités qu'ils n'étaient pasenétat de refuser. Quelques villes obtinrent gratuitement les mêmes privilèges de la générosité ou de la facilité des princes de qui elles relevaient. La grande augmentation de richesses que les croisades produisirent en Italie occasionna une nouvelle espèce de fermentation et d'activité dans les esprits, et fit naître une passion si générale et si vive pour l'indépendance et la liberté, qu'avant la fin de la dernière croisade toutes les villes considérables d'Italie avaient acheté ou extorqué de empereurs beaucoup de droits et de privilèges (15).

Cette innovation n'eut pas plutôt été établie en Italie, qu'elle commenta à s'introduire en France. Louis le Gros, jaloux d'élever une nouvelle puissance pour contre-balancer celle des grands Yassaw, qui souvent donnaient la loi au monarque même, adopta le premier l'idée d'accorder de nouveaux privilèges aux villes situées dansai* domaines. Par ces privilèges, appelés chartes de communauté, il affranchit les habitants, abolit toute marque de servitude, et les établit en corporations ou corps politiques, qui furent gouvernés par un conseil et des magistrats de leur propre choix G» magistrats ettKtt te droit

1 Muratori, Antiq. ital., vol. IV, p. 5.

wnowcuo*. il

fiémmàm la Êrtioe dan» l'enceinte de leur territoire de lever des tien, d'tefoqiomr f t d'ftnwnr li mitim i§ la viUf , qui, h ls pgnmtfirn iriptititMia 4» souverain, ae mettait en campagne , sous k» ordres d'NBrlcri wmwhi par la coraiiinaMté. Les grands bar**» suivirent f'^rimrirY te vmmmga^tX aaoprdéreot desemblaMcw immunités aux wllatdftteB»temtotfet»£puiaés ])p le* sommes îsuiensesfue leur <*ûté ta» expéditions do k terre sainte, il* adoptèrent avec un nouveau moyen de se procurer de l'argent en venchariot de liberté; et^uflûpie l'établissement des commur Muté» fàt an*i ONriraire 4 ieura principe* politiques que dangerent pour leur puissance, l'attrait d'un secours présent leur fit mépriser le danger éteigne. £a moins de deux siècles te servitude ftft abolie dans A* plupart ém bouga de France, <pii, privés jusqu'alors de liberté, dnparidietiea et de privilège, devineent par là des communautés indéjfrinnttf (tô) • C'est encore vers le même temps que les grandes wlfc» ifi BtiPiflir commencèrent à acquérir de semblables immu- «Ma» et à jeter laafoiMtementede leur liberté actuelle (17). Cet usage je rfpiadftt pronptement en Europe et fut adopté en Allemagne, en en Angleterre, en Ecosse et dans tous les États soumis au

féadal (18).

Ob m teida pas à sentir les bons effets de cette nouvelle institudont l'influence aussi puissante que salutaire s'étendit sur le et sur les mœufis* Un grand corps de peuple fut jffrtttct» de la servitude, autei Que de toutes tes impositions arbitraires «t tpfrçmflci au^nftUes leur misérable état les assujettissait aufwavaoft. LMjulte, en aflpiémnt le droit de communauté» devinrent «tant de petite* républiques gouvernées par des lois connues de tous km ntoyfi, et 4gal& pour tous ; la liberté était regardée comme une partie si essentielle de leur constitution, qu'un serf qui s'y réfugiait, et qui dswsïWervalle d'une année n'était pas réclamé, était aussitôt •dédaié honinetitee et admis au nombre des membres de la commit*

me partie du peuple dut sa liberté à l'établissement des comités « uoenutre partie lui fut redevable de sa sûreté. Les te l'Europe, durant piusieu» siècles, avaient été si

1 Statut. Huraberti Bellojoci, Dacher, Spicel., vol. IX , 183, 185. Charta* comit, Fièrent., ibid. 193.

52 HisTom n

-barbares, que tout homme était obligé, pour sa conservation péronnelle, de se mettre sous la protection de quelque baron puissant, dont 1e château, dans les temps de danger, était l'asile commun où chacun allait chercher sa sûreté. Mais des villes entourées de murs, dont les -habitants, régulièrement exercés à la discipline militaire se trouvaient unis par un intérêt commun, et s'obligeaient par les engagements les plus solennels à se défendre mutuellement , offraient au peuple des asiles beaucoup plus sûrs et plus commodes. Les nobles perdirent "bientôt de leur autorité et de leur considération, dès qu'ils cessèrent d'être les seuls appuis auxquels le peuple pût avoir recours pour se 'garantir de la violence.

Les privilèges accordés aux cités, en diminuant le pouvoir de la noblesse , augmentèrent celui de la couronne. Comme il n'y avait point de troupes régulières sur pied dans les gouvernements féodaux, le roi ae pouvait faire la guerre qu'avec les soldats que lui fournissaient les vassaux de la couronne, toujours jaloux de son autorité, et souvent révoltés contre lui ; et il n'avait d'autres ressources pour subvenir aux dépenses du service public que les subsides que ces mêmes "vassaux lui accordaient, presque toujours avec autant d'économie que de répugnance. Mais lorsque les membres des communautés eurent obtenu la permission de porteries armes, et qu'ils eurent appris à s'en 'servir, cette innovation remédia à quelques égards au premier inconvénient, en donnant au monarque la disposition d'un corps de troupes indépendant des grands barons. D'un autre cûté, les villes, par reconnaissance et attachement pour leurs souverains, qu'elles regardaient 'comme les premiers auteurs de leur liberté et les protecteurs de leurs privilèges contre l'esprit impérieux des nobles, accordèrent souvent è la couronne des secours d'argent qui donnèrent au gouvernement une force nouvelle * .

La jouissance de la liberté produisit un changement si heureux dans la condition de tous les membres des communautés, qu'on les vit bientôt sortir de cet état de stupidité et d'inaction , où les tenaient auparavant enchaînés l'oppression et la servitude. L'esprit d'industrie se ranima ; le commerce devint un objet d'attention , et commença à fleurir. La population augmenta sensiblement. Enfin , l'indépendance et la richesse se montrèrent dans ces villes , qui avaient été

1 Ordonnança dct roit de France, t. 1, 608, 785, t. II, 318, 43*.

îirfHODCCTÎON. 53

g} longtemps le siège de la pauvreté et de la tyrannie. La richesse amena le faste, pois le luxe qui marche toujours à sa suite; et quoique ce fét un faste sans goût , et du luxe sans délicatesse , il en résulta cependant plus de politesse dans les manières et plus de douceur dans les moeurs. Ce changement en produisit d'autres dans le gouvernement : la police se perfectionna ; k mesure que les villes devinrent plus peuplées , et que les objets de commerce réciproque entre les hommes se multiplièrent , on sentit la nécessité de faire de nouveaux règlements; et Ton comprit en même temps combien il était important pour la sûreté commune de faire observer ces règlements avec la plus grande exactitude , et de punir avec autant de rigueur que de célérité ceux qui oseraient les enfreindre. C'est dans les villes que les lois et la subordination , aussi bien que la politesse des mœurs , ont pris naissance ; et c'est de là qu'elles se sont répandues insensiblement dans les autres parties de la société.

Lorsque les habitants des villes eurent obtenu la franchise personnelle et la juridiction municipale, ils acquirent bientôt la liberté civile et quelque influence dam le gouvernement. C'était un principe fondamental dans le système féodal , qu'aucun homme libre ne pouvait être gouverné et taxé que de son propre consentement. En conséquence , chaque baron appelait tous ses vassaux à sa cour , pour y former , d'un commun accord , les règlements qu'ils jugeraient les plus avantageux à leur petite société ; et ils accordaient en même temps à leur seigneur des subsides proportionnés à leurs moyens et à ses besoins.

Les barons eux-mêmes , en vertu du même principe de gouvernement , étaient admis à l'assemblée suprême de la nation , et concouraient avec le souverain à la formation des lois et à l'imposition des taxes. Selon le système primitif de la police féodale , le seigneur suzerain conservait la propriété directe des terres dont il avait accordé pour un temps la jouissance à ses vassaux : lorsque , dans la suite , les fiefe devinrent héréditaires , la loi supposa toujours l'existence de cet usage primitif, et un baron continua d'être regardé comme le tuteur de tous ceux qui résidaient dans ses domaines. Le conseil général de chaque nation , soit qu'il prit le titre de parlement , de diète , de cortès , ou d'états généraux , était d'abord uniquement composé des barons et des ecclésiastiques en dignité , qui tenaient immédiatement de la couronne. Les villes, soit qu'elles fussent

$* histohu» m «iAauHHmiT.

avaient besei* de te prétention du ieignepr de fui etta» rfèrvaisrt. Elles n'avaient ni m titre légal, ai «m eustenee polilipse qm pAt les faire admettre dan» l'asseuMén lésislalftve* ou famr « dtfNMr quetyne autorité : étais dès qu'aUes furent affr anehîe» et fu'elles les*» mèrent de» eorporalioas , eue» dewueertt de» parties Itipalra et pendante» de 1* constitution, etjpuîrentde ton» le» denîts mat *»* bommœ Uteea. fce php einential de w droit» était enlui d* donner s* vo» pour Cure de nouvelle» le» et peur ejpwwder km subsides, et il était naturel qt'w pri*iW«e si ««portant ftt eoeharehi par des villes eoseutasuée» à m ferme de gotwemenMnt innalnpal, «livant lequel on ne pouvait sens leur eanseuteamint ai établir «ma règlonent nouveau ai lever de l'argent. La richesse ♦ le pouneâr^t la considération quelles acfuîrent en recouvrant leur liberté, donneront un grand poids à leui» prétentions ; plusievu* &/(mmmta tarant et distante» ôeoensteoee» feiwiUe* «eocMiweot à nu fyceèe.

L'Angleterre lut m des preeûera reyamnes où les des bourg» furent edttia au «ranci conseil de le nalion. Un qui prirent les arase» contre Henri IU* voulant ettaeher le peuple à leur parti, et éfenor une plu* leste barrière l'accroissement de la pnissencri royale* mitèrent ees rrprénnidnnli A venir an paitaacat En France, Ptulippe fe Bel* io«B«qm qui joignait beaucoup d'audac* à mtt grande *«aciÉ^ des villes comme des instruments dont il pourrait se servir avec vm égal avantage pour étende* 1* prérefatwe sojule, pnar i iméii fcriim cer le pouvoir enurhitaiit de» noble», et peur ferflânr l'impertiaa ée nouvelle» ta*es : ce fut deo» eette vue qu'il introduisit au étafe généraux de le nation , te représentent» de» vrtles qui aident été établie» en communauté» '. Eo Àlimuagnc , i» ridrese et ta inn^ Bité» des vile» impériale» les «trait Montât de usveru arec km membrea 4eê fim oamiiéérabto du corps grwaaniuue : onherifae ps* te sentiment de loirs forée» et de leur propre iinpcrtnoo demandèrent ensuite te privilège de former un baueeéperé , «t l'obtinrent $.

1 Pasquler, Recherches de la France, page M. Paris, 16G3.

« Pfeffci, A6r»^ ^e l JftiftHr* M Ai tfroil f u*tw éJUtonaf**, pa^ 40^ 4iU

UiXMUfiCTUMf. &5

Jte quelque manière que les députés des ville* eussent été «Am tiens les assemblées législatives, cette innovation influa beaucoup suc le gouvernement. EUe tempéra la rigueur de l'oppression aristoore* tique par un mélange de liberté populaire; elle procura au corps de la nation, qui jusque-là n'avait point eu de représentants , des défenseurs actifs et puisants, chargés de veiller à la conservation da ses droits et de ses privilèges; eUe établit entre le roi et les nobles une puissance intermédiaire # à laquelle ils eurent alternativement recour»; et cette puissance tour à tour arrêta les usurpateur de la couronne et réprima l'ambition de la noblesse. Dès que les représentante des communautés eurent acquis un certain degré de crédit et d'influence dans le gouvernement « les lois commencèrent à prendre un caractère différent de celui qu'elles avaient eu jusqu'alors* Les législateurs éclairés par de meilleurs principes, dirigèrent leurs vues vers d'autres objet*. L'égalité, le bon ordre» le bien public, la céforme des abus , devinrent des idées communes et familières dans Je société » et s'introduisirent bientôt dans tes règlements de la jusis» pnuUusw des nations européennes. C'est à cette nouvelle puissance introduite dans le corps législatif « qu'on doit presque tous les efforts qui se sont faits en faveur de la liberté» dans les différents Étais de i'fiuroye. £ mesure que les communes acquirent du crédit et de la considération, la rigueur de la domination aristocratique s'afiaihUt ; et les privilèges du peuple s'étendirent par degrés en proportion du décroissement de l'ancienne et excessive autorité des nobles (19).

Lee habitants des villes ayant été déclarés libres par les chartes de communauté, la portion du peuple qui habitait dans la campqpeet qui était occupée aux travaux de l'agriculture , commença à obtenir sa liberté, par la voie de l'affranchissement. Tant que le gpuvern*meni féodal subsista dans toute sa rigpeuç, la masse entière du bse jteiqrie était , comme on l'a déjà remarqué, réduite à l'état 4e servitude. C'étaient des esclaves, attachés à la terre qu'ils cultivaient , et qu'on pouvait céder ou vendre avec la teixe même* à un nouveau propriétaire* L'esprit du système féodal n'était pas favorable à raflxandrôemeot, même de cette classe d'hommes - suivant une maxime généralement établie,, il n'était pas permis à un vassal de diminuer la valeur d'un fief au préjudice du seigneur de qui il l'avait reçu ; en ce— éqnenoe , en ne regarda pasaonme vaKdes les affranchissements accordés par l'autorité du maître immédiat ; et si l'acte

56 HISTOIRE m CHARLES-QUINT.

n'était confirmé par le seigneur suzerain de qui le mattre même fenaie sa terre , l'esclave n'acquérait pas un droit légitime à sa lfterté. II était donc nécessaire de remonter par toutes les gradations de la tenance féodale , jusqu'au roi qui était seigneur supérieur * . Une forme de procédure si longue et si embarrassée ne pouvait manquer de décourager la pratique des affranchissements. Les esclaves domestiques ou personnels durent souvent leur liberté à l'humanité ou h la bienfaisance des mattres à qui ils appartenaient en propriété absolue, mais la condition des serfs attachés à la glèbe était beaucoup plus difficile à changer.

L'indépendance et la liberté qu'une partie du peuple s'était procurées par l'établissement des communautés, inspira à l'autre portion le désir le plus vif d'obtenir les mêmes privilèges ; et les seigneurs» frappés des avantages qu'ils avaient eux-mêmes retirés des premières concessions qu'ils avaient faites, se montrèrent très-disposés à accorder des immunités nouvelles. L'affranchissement des esclaves devint plus fréquent. Les rois de France, cédant à la nécessité autant qu'au désir d'abaisser le pouvoir des nobles, s'occupèrent à en rendre la pratique universelle. Louis X, et son frère Philippe» rendirent des ordonnances, par lesquelles ils déclarèrent : « Que la nature avait fait tous les hommes libres, et que leur royaume étant appelé le royaume des Francs, ils voulaient qu'il le fût en réalité comme de nom ; qu'en conséquence ils ordonnaient que les affranchissements fussent accordés dans toute l'étendue de leurs États, à des conditions justes et modérées *. » Ces édita furent exécutés sur-lechamp dans les domaines de la couronne. Un grand nombre de nobles, excités par l'exemple de leurs souverains, et surtout par l'appât des sommes considérables qu'ils pouvaient se procurer par les affranchissements, donnèrent la liberté à leurs serfs, et l'esclavage s'abolit enfin insensiblement dans presque toutes les provinces de France (20).

Le gouvernement républicain qui s'était établi dans les plus grandes villes de l'Italie, y avait répandu des principes de gouvernement fort différents de ceux du système féodal ; ces principes, fortifiés par les idées d'égalité que les progrès du commerce y avaient

1 tuM$$mmu$d* §aku Louis, liv. U, chip. XXXIV. Oréommcn, U 1, 383; note a.

* Ordonnancée du rois, tome I, pag, 183, 683*

urrm*Bccn<m. 57

rendues familières, concoururent à y introduire l'usage d'affranchir les «Betei» enterai prédnmx. Dans quelques provinces d'Allemagne, les peroemiea qui avaient été soumises à cette espèce de servitude, furent anses en liberté, et dans d'autres provinces, l'état de ces esclaves fut adouci. L'esprit de liberté avait déjà fait tant de progrès eu Angleterre, que le nom et l'idée même de la servitude personnelle y furent anéantis sans aucun acte formel de la puissance législative.

Un changement si considérable dans la condition de la partie la plus nombreuse du peuple ne pouvait manquer d'avoir les suites les plus importantes. Le laboureur, disposant alors de sa propre industrie, et assuré de recueillir pour lui-même les fruits de son travail, devint le fermier des anciennes terres qu'il avait été forcé de cultiver auparavant pour le bénéfice d'un autre. Les noms odieux de maître et d'esclave, les plus humiliantes de toutes les distinctions pour la nature humaine, furent enfin anéantis. La liberté ouvrit une nouvelle carrière à l'industrie des affranchis, et leur fournit de nouveaux moyens de l'exercer et de l'étendre : l'espérance d'augmenter leur fortune et de s'élever à un état plus honorable, devint un aiguillon puissant pour animer leur activité et leur génie. Ainsi cette classe nombreuse d'hommes qui n'avaient auparavant aucune existence politique et n'étaient employés que comme de simples instruments de travail, devinrent d'utiles citoyens, et servirent à augmenter la force ou les richesses de la société qui les avait admis au nombre de ses membres.

Les différents moyens auxquels on eut recours pour introduire plus de régularité, d'égalité et de vigueur dans l'administration de la justice, concoururent efficacement à perfectionner l'état civil de la société. Il est difficile de déterminer avec certitude quelle était la manière particulière de dispenser la justice, en usage chez les différentes nations barbares qui inondèrent l'empire romain. Si nous en jugeons par la forme de gouvernement qu'elles avaient adoptée, et par les idées qu'elles s'étaient faites de la nature de la société, nous avons lieu de croire que l'autorité du magistrat y était fort limitée, et par conséquent que les individus y jouissaient d'une indépendance fort étendue. La tradition et les monuments qui remontent vers ces temps obscurs et éloignés, justifient cette conjecture ; on peut en conclure que les idées qu'on avait alors de la justice et la manière

HISTOOLV Ml CUftUEnS-QUINT.

«teuton l'exerçait dam toutes le» parti» 4* l'Europe, ne guère do ce qu'on trouve à cet égard cher les sauvages fui santsnmt dM l'état de arture. L'idée 4le maintenir l'oidra et la tmuquBliti de la société, en faisant exécuter régulièrement des lois cornues; dt {être poursuit re, eu nom et tous l'autorité de la république, 4a vm* gaance des crimes qui attaquent la sûreté et la peu des ieéMÉui;

destiné à prévenir les mêmes infractions aux lois ; cette idée, dis-jt, tient à des principes de gouvernement, trop déliés pour être safcti et surtout pour être mis en pratique par des herberes. Ou ne peuiait pas regarder le magistrat comme dépositaire de glaive de la justice; ce glaive était abandonné aux mains des particuliers» Le resMntimant personnel était presque le seul motif fui engageât à rechercher é poursuivre tes crimes, et fui réglait le châtiment des coupables L'offensé était le seul qui eût droit de poursuivre l'agresseur, etdtadgtf la punition, ou d'en dispenser. Un système de procédure judicisnt si barbare et si défectueux, qu'il pantt presque incompatible sue l'existence de toute société civile, ne pouvait pas manquer 4'êÉrt em asurce de désordre et d'anarchie. La superstition concourut, s* cette ignorance profonde sur la nature du gouvernement, à gêner l'administration de la justice, ou à en rendre l'exereace aihitoane et variable. Le principal objet de la législation et de la politique, pendant plusieurs siècles, fut de chercher des remèdes à de si grm* maux, en donnant à la justice un cours plus constant et plus régulier. Les règlements qu'on a faits pour remplir cet objet peuvent se réduira à trois moyens principaux, dont l'explication, le développement et l'influence forment un des articles les plus intéressant» ds l'histoire de la société politique parmi les nations de l'Europe*

I* La première opération importante qui contribua à établir ds l'égalité dans l'administration de la justice, fut ïaboHtiou du drstt barbare que les particuliers prétendaient avoir, de se faire la goeflt les uns aux autres, en leur propre nom et de leur propre autorité. Il est aussi naturel à l'homme de repousser les injures et de chercher un dédommagement aux torts qu'on lui Dut, que de cultiver l'amie Tant fue la société reste dans son état de simplicité primitive, te pf* mier sentiment est regardé comme un droit personnel, aussi inaliénable que le dernier. Le sauvage ne croit pas même avoir seulemeat le droit de venger ses propres injures : il embrasse avec la même ri*

vactté les queselle» de ses parents, de ses amis» desmoei 4e cm avec qui l'honneur, l'intérêt, ou 1b sang l'a lié» Il d'à te idée* otecurô et groestè^ politique;

mois il est vivement affecté de tous les seiOiments d'affe^ien sociale et deaettigatîeus qui dérivent te relations du sang. La seule appa» aonced'ua doanmage ou d'un affront, faite sa famille ou à sa tribu, allume te» sou cœur une fureur subite, et il eu poursuit les auteurs avec un ressentiment implacable. U regarderait comme uns lâcheté de remettre ce sein en d'autres mains que las siennes, et comme une infamie de laisser à d'autres le droit de décider quelle est la réparation qu'il doit exiger, ou la vengeance qu'il doit tirer.

Tentes les nations non civUfcées, et particulièrement las anciens Germains et les autres barbares qui ont détruit l'empire romain* ont eu sur la recherche et la punition des crimes, des maximes et des coutumes absolument conformes aux idées que je viens d'établir *. liant qu'ils ont conservé leur première simplicité de mœurs, et qu'ils ont été partagés en petites sociétés ou tribus, les défauts de ee système imparfait de jurisprudence criminelle (si toutefois on peqQri donner le nom de système), furent à peine sensibles. Lorsque ces marnes peuples vinrent à s'établir dans les vastes province» qu'ils «aient conquises et à former de grandes monarchies; lorsque de nouveaux objets d'ambition se présentant à leur esprit, contribuèrent à rendre leurs dissensions plus vives et plus fréquentes, ils auraient ék sans doute établir de nouvelles règles pour la réparation des tovts, et soumettre à des lois générales et équitables ce qu'on avait abandonné jusqu'alors au caprice du ressentiment penonneL Mais des chefs fiers et farouches, accoutumés à se venger eux-mêmes de ceux qui les avaient offensés, ne voulaient pu se désister d'un droit qu'ils regardaient comme un privilège de leur ordre et une marque de leur indé* pmdanre. Des lois qui n'étaient soutenues que par l'autorité de prinees sans puissance et de magistrats sans farce ne pouvaient paff inspirer beaucoup de respect. Gbex un peuple ignorant et grossier, ^administration de la justice n'était ai assea régulière, ni asses uniforme, pour imposer aux individus une soumission aveugle aux dédjmm» du magistrat. Tout baron qui se croyait insulté ou attaqué dans ses biens endossait son armure et allait, à la tète de ses vassaux, de-

4 Tacit., deMor. Germon., cap. 21, F#tt. Patorc., I*. II, cap. IIS.

40 H1STOIEE M CHABUS-QOUiT.

mander ou se faire justice. Son adversaire se mettait comme lin en état de guerre pour te défendre. Ni l'un ni l'autre ne songeaient à en appeler à des lois sans force, qui n'auraient pu les protéger. Ni l'un ni l'autre ne voulaient soumettre les intérêts de leurs passions les plus impérieuses aux lentes décisions d'une procédure judiciaire : c'était à la pointe de l'épée que devait se décider l'affaire : les parents et les vassaux des deux rivaux se trouvaient enveloppés dans la querelle et n'avaient pas la liberté de rester neutres. Ceux qui refusaient de se joindre au parti a qui ils appartenaient, non-seulement se vouaient à l'infamie, mais encore s'exposaient à encourir des peines légales.

Ainsi les différents royaumes de l'Europe furent en proie pendant plusieurs siècles à des guerres intestines, allumées par des animosités particulières et soutenues avec toute la fureur naturelle des hommes qui ont des mœurs féroces et des passions violentes. Le domaine de tout baron était une espèce de territoire indépendant et séparé de celui de ses voisins ; et c'était un sujet perpétuel de contestations entre les seigneurs différents. Le mal s'invétéra et jeta des racines si profondes, qu'on en vint à fixer d'une manière authentique la forme et les lois de ces guerres particulières ; ces règlements firent une partie du système de jurisprudence *, comme si cet usage eût été fondé sur quelque droit naturel de l'homme, ou sur la constitution primitive de la société civile.

Les calamités qu'entraînaient ces hostilités perpétuelles rendirent le mal si général et si pressant qu'on sentit enfin la nécessité d'y chercher un remède. Les princes tentèrent par différents moyens d'Ater aux nobles ce funeste privilège qu'ils s'étaient arrogé. 11 n'y avait point de souverain qui ne fût intéressé à abolir une pratique qui rendait presque nulle son autorité. Gharlemagne défendit par une loi expresse les guerres particulières , comme une invention du diable pour détruire l'ordre et le bonheur de la société * ; mais un seul règne, quelque vigoureux et quelque actif qu'il fût , était trop court pour extirper un usage si solidement établi. Au lieu de confirmer cette prohibition salutaire , les faibles successeurs de Gharlemagne osèrent à peine appliquer des palliatifs au mal. Ils déclarèrent qu'il ne serait

1 Bcaumanoir, Coutumeê de Beauvoisit, cbap. lu, et les noies de Thomassière, page «7.

* Capittd. À, D, SOI. Édit. Baluz., vol. II. page 371.

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permis à personne de commencer le pierre qu'après avoir envoyé un défi formel aux parents et aux vassaux de son adversaire ; ils ordonnèrent que, lorsqu'un délit commis donnerait lieu à une guerre particulière, l'offensé serait obligé de laisser écouler quarante jours avant que d'attaquer les vassaux de l'agresseur ; ils enjoignirent à tous les sujets de suspendre leurs querelles personnelles , et de cesser les hostilités dès que le roi serait engagé dans une guerre avec les ennemis de la nation. L'Eglise se joignit au magistrat civil et interposa son autorité pour anéantir une coutume si opposée à l'esprit du christianisme. Plusieurs conciles publièrent des décrets pour défendre les guerres particulières, et lancèrent les anathèmes les plus sévères contre quiconque oserait troubler la paix de la société, en réclamant ou en exerçant ce droit barbare. On fut obligé d'invoquer le secours de la religion pour combattre et pour adoucir la férocité des mœurs. Différentes personnes assurèrent que le Tout-Puissant leur avait fait connaître par des visions et des révélations qu'il désapprouvait cet esprit de vengeance, qui armait une partie du genre humain contre l'autre. On somma les hommes, au nom de Dieu, de remettre l'épée dans le fourreau , et de respecter les liens sacrés qui les unissaient comme chrétiens et comme membres de la même société. Mais cette réunion de la puissance civile et de l'autorité ecclésiastique, quoique fortifiée encore par tout ce qui pouvait imposer à l'esprit crédule de ces siècles barbares, ne produisit cependant d'autre effet que des cessations momentanées d'hostilités et des suspensions d'armes pendant certains jours et certaines saisons consacrées aux actes de piété les plus solennels. Les nobles continuèrent à soutenir leur dangereux privilège ; ils refusèrent d'obéir à quelques-unes des lois qui avaient été faites pour l'abolir ou limiter, et en éludèrent d'autres ; ils présentèrent des requêtes, firent des représentations ; enfin, ils disputèrent pour la conservation du droit de faire la guerre particulière , -comme pour la distinction la plus éclatante et la plus honorable de leur ordre. On voit que , jusque dans le quatorzième siècle, des nobles de différentes provinces de France réclamèrent encore l'ancienne méthode de terminer leurs différends par l'épée, et refusèrent de se soumettre à la décision juridique des tribunaux. Ce n'est pas tant à l'empire des lois et des statuts qu'il faut attribuer l'extinction entière de cet usage, qu'à l'accroissement successif de l'autorité royale et aux progrès insensibles de la raison et des lumières, qui ont donné des notions plus

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