Histoire de l'empereur
Je vais vous monliei , r dit le médecin à l'ofticier, en aiTivant dans une petite gorge par laquelle les deux cavaliers débouchèrent dans la grande vallée, un des deux soldats qui ^ont ^ revenus dans ce pays après la chute de Napo-
léon. Si je ne me trompe, nous allons le trouver à quelques pas d'ici recreusant une espèce de réservoir naturel où s'amassent les eaux de la montagne , et que les atterrissements ont comblé. Mais pour vous rendre cet homme intéressant , il faut vous raconter sa vie. — 11 a nom Gondrin, reprit-il; il a été pris par la grande réquisition de i792, à Tâge de dix-huit ans, et incorporé dans Tartillerie. Simple soldat, il a fait les campagnes d'Italie sous Napoléon, Ta suivi en Egypte, est revenu d'Orient à la paix d'Amiens; puis, enrégimenté sous l'Empire dans les pontonniers de la garde, il a constamment servi en Allemagne En dernier lieu , le pauvre ouvrier a été en Russie.
— Nous sommes un peu frères, dit l'officier de cavalerie; j'ai fait les mêmes campagnes. 11 a fallu des corps de métal poui résister aux fantaisies de tant de climats différents. Le bon Dieu a , par ma foi , donné quelque brevet d'invention pour vivre à ceux qui sont encore sur leurs quilles
après avoir traversé ritalie, l'Egypte, TAllemagne, le Portugal et la Russie.
— Aussi, allez-vous voir un bon tronçon d'homme , reprit le médecin. Vous connaissez la déroute, inutile de vous en parler. Mon homme, un des pontonniers de la Bérézina, a contribué à construire le pont sur lequel a passé l'armée, et pour en assujettir les premiers chevalets il s'est mis dans Teau jusqu'à mi-corps. Le général Eblé, sous les ordres duquel étaient les pontonniers, n'a pu en trouver que quarante-deux assez poilus, comme dit Gondrin, pour entreprendre cet ouvrage. Encore le général s'est-il mis à l'eau lui-même en les encourageant, les consolant, et leur promettant à chacun mille francs de pension et la croix de légionnaire. Le premier homme qui est entré dans la Bérézina a eu la jambe emportée par un gros glaçon , et l'homme a suivi sa jambe. Mais vous comprendrez mieux les difficultés de l'entreprise par les résultats : des quarante-deux pontonniers, il ne reste aujourd'hui que Gondrin ; trente-
neuf d'entre eux ont péri au passage de la Bérézina, et les deux autres ont fini nnisérablement dans les hôpitaux de la Pologne. Ce pauvre soldat n'est revenu de Wilna qu'en 1814, après la rentrée des Bourbons. Le général Eblé, de qui Gondrin ne parle jamais sans avoir les larnnes aux yeux, était mort ; le pontonnier , devenu sourd , infirme, et qui ne savait ni lire ni écrire, n'a donc plus trouvé ni soutien, ni défenseur. // est arrivé à Paris en mendiant son pain ; il a fait des démarches dans les bureaux du ministère de la guerre pour obtenir, non les mille francs de pension promis , non la (Toix de légionnaire, mais la simple retraite à laquelle il avait droit après vingt-deux ans de service et je ne sais combien de campagnes : il n'a eu ni solde arriérée, ni frais de route, ni pension. Après un an de sollicitations inutiles , pendant lequel il a lendu la main à tous ceux qu'il avait sauvés, le pontonnier est revenu ici désolé, mais résigné. Ce héros inconnu creuse des fossés à quinze sous la toise. Habitué à tra-
vailler dans les marécages , il a , comme il le dit, Tentreprise des ouvrages dont ne se soucie aucun ouvrier. En curant les mares, en faisant les tranchées dans les prés inondés, il peut gagner environ trois francs par jour. Sa surdité lui donne Tair triste; il est peu causeur de son naturel , mais il est
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plein (l'Ame. Nous sommes bons amis. 11 dîne avec moi les jours de la bataille d'Austerlilz, de la fête de l'Empereur, du désastre de Waterloo , et je lui présente au dessert un napoléon pour lui payer son vin de chaque trimestre. Le sentiment de respect que j'ai pour cet homme est d'ailleurs partagé par toute la commune , qui ne demanderait pas mieux que de le nourrir.
S'il travaille, c'est par fierté. Dans toutes les maisons où il entre , chacun le salue et l'invite à dîner. Je n'ai pu lui faire accepter ma pièce de vingt francs que comme portrait de l'Empereur. L'injustice commise envers lui l'a profondément affligé, mais il regrette encore plus la croix qu'il ne désire sa pension. Une seule chose le console : quand le général Eblé présenta les pontonniers valides à l'Empereur, après la construction des ponts. Napoléon a embrassé notre pauvre Gondrin, qui sans cette acxîolade serait peut-être déjà mort ; il ne vit que par ce souvenir et par l'espérance du retour de Napoléon; rien ne peut le
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convaincre de sa mort, et, persuadé que sa captivité est due aux Anglais, je crois qu'il tuerait sur le plus léger prétexte le meilleur des Alderman voyageant pour son plaisir.
— Allons ! allons î s'écria Tofficier en se réveillant de la profonde attention avec laquelle il écoutait le médecin , allons vivement, je veux voir cet homme.
— L'autre soldat , reprit le médecin , est encore un de ces hommes de fer qui ont roulé dans les armées. Il a vécu comme vivent tous les soldats français, de balles, de coups, de victoires; il a beaucoup souffert et n'a jamais porté que des épaulettes de laine; son caraclère est jovial; il aime avec fanatisme Napoléon, qui lui a donné la croix sur le champ de bataille à Valoutina. Vrai Dauphinois , il a toujours eu soin de se mettre en règle ; aussi a-t-il sa pension de retraite et son traitement de légionnaire. C'est un soldat d'infanterie, nommé Goguelat , qui a passé dans la garde en 1812 Il est en quelque sorte la femme de ménage de Gondrin ; tous deux demeurent
chez la veuve d'un colporteur, à laquelle ils remettent leur argent ; la bonne femme les loge , les nourrit , les habille, les soigne comme s'ils étaient ses enfants. Goglelat est ici le piéton de la poste. En cette qua-
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lité ; il est le diseur de nouvelles du canton ; riiabitude de les raconter en a fait Torateur des veillées, le conteur en titre (iondrin le regarde comme un bel esprit, ( onune un malin. Quand Goguelat parle de Xapoléon, le pontonnier semble deviner ses paroles au seul mouvement des lèvres. (]e soir, à la veillée qui a lieu dans une de mes granges, si nous pouvons les voir sans être vus, je vous ferai entendre la véritable histoire de Napoléon , celle qui se conte au peuple. Mais nous voici près de la fosse, et je n'aperçois pas mon ami le pontonnier. »
I^e médecin et le commandant regardèrent attentivement autour d'eux ; ils ne virent que la pelle, la pioche, la brouette, la veste militaire de Gondrin auprès d'un tas de boue noire ; mais nul vestige de l'homme dans les différents chemins pierleux par lesquels venaient les eaux , espèces de trous capricieux presque tous ombragés par des petits arbustes.
<t II ne peut être bien loin. Ohé! Gondrin ! » cria Benassis.
il LES DEUX SOLDATS.
Le militaire aperçut alors la fumée d'une pipe entre les feuillages (Fun éhoulis, et la montra du doigt au médecin, qui répéta son cri. Bientôt le vieux pontonnier avança la tête, reconnut le médecin et descendit par un petit sentier.
«Hé bien, mon vieux! lui cria le médecin en faisimt une espèce de cornet acoustique avec la paume de sa main, voici un camarade, un Égyptien, qui t'a voulu voir. »
Gondrin leva promptement la téta vers (ienestas, et lui jeta ce coup d'œil profond et investigateur dont les vieux soldats ont pris riiabitude à force de mesurer promptement leurs dangers; il vit le ruban rouge du commandant, et porta silencieusement le revers de sa main à son front.
«Si le petit tondu vivait encore, lui cria Tofticier, tu aurais la croix et une belhî retraite, car tu as sauvé la vie à tous ceux qui portent des épaulettes et qui se sont trouvés de Taulre côté de la rivière le l*"' octobre 1SI2; mais, mon ami, ajouta
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le commandant en mettant pied à terre et lui prenant la main avec ime soudaine effusion de cœur, je ne suis pas ministre dv la guerre. »
En entendant ces paroles, le vieux pontonnier se dressa sur ses jambes après avoii" soigneusement secoué les cendres de sa pipe et ravoir serrée, puis il dit en penchant la tète : «Je n'ai fait que mon devoir, mon officier, mais les autres n'ont pas fait le leur à mon égard. Ils m'ont demandé mes papiers! Mes papiers, leur aije dit, mais c'est le vingt-neuvième bulletin.
— 11 faut réclamer de nouveau, mon camarade; avec des protections, il est impossible aujourd'hui que tu n'obtiennes pas justice.
— Justice!» cria le vieux pontonnier d'un Ion qui fit tressaillir le médecin et le commandant.
11 y eut un moment de silence, pendant lequel les deux cavaliers regardèrent ce <lébris des soldats de bronze que Napoléon
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avait triés dans deux générations. (jOdki?! était certes un bel échantillon de ceth' niasse indestructible qui se brisa sans rompre, (le vieil homme avait à peine ('in(|
pieds; son busie et ses épaules s'étaient prndiiiieusement élargis; sa figure, tannée,
sillonnée de rides, creusée, mais inusculeuse, conservait encore quelques vestiges de martialité. Tout en lui avait un caractère de rudesse; son front semblait un ({uartier de pierre, ses cheveux rares et gris retombaient faibles comme si déjà la vie manquait à sa tête fatiguée; ses bras, couverts de poils aussi bien que sa poitrine, dont une partie se voyait par l'ouverture de sa chemise grossière , annonçaient une force extraordinaire; enfin, il était campé sur ses jambes presque torses comme sur une base inébranlable.
— Justice ! répéta-t-il , il n'y en aura jamais pour nous autres! Nous n'avons point de porteurs de contraintes pour demander notre dû. Et comme il faut se remplir le bo- (^al , dit-il en se frappant Testomac , uous, nous n'avons pas le temps de l'attendre. Or, vu que les paroles des gens qui passent leur vie à se chauffer dans les bureaux n'ont pas la vartu des légumes, je suis revenu prendre ma solde sur le fonds commun, dit-il en frappant la boue avec sa pelle.
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— Mon vieux camarade, cela ne peut pas ixWev comme çaî dit l'officier. Je te dois la vie, et je serais inp;rat si je ne te donnais un coup de main. Moi, je me souviens d'avoir passé sur les ponts de la Bérezina, je connais de bons lapins qui en ont aussi la mémoire toujours fraîche, et ils me seconderont pour te faire récompenser par la patrie conmie tu le mérites.
— Ils vous appelleront bonapartiste! Ne vous mêlez pas de cela, mon ofticier. D'ailleurs, j'ai fdé sur les derrières, et j'ai fait ici mon trou comme un boulet mort. Seulement je ne m'attendais pas, après avoir voyagé sur les chameaux du désert et avoir bu un verre de vin au coin du feu de Moscou, à mourir sous les arbres que mon père a plantés, dit-il en se remettant à l'ouvrage.
— Ce pauvre vieux! dit le commandant.
A sa place, je ferais comme lui : nous n'avons plus notre père. Monsieur, dit-il au médecin, la résignation de cet homme me cause une tristesse noire ; il ne sait pas com-
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i)i('ii il m'intéresse, et va croire que je suis un de ces gueux dorés insensibles aux misères du soldat. )) 11 revint brusquement . saisit le pontonnier par la main , et lui cria dans l'oreille : « Par la croix que je porte , et qui signifiait autrefois honneur, je jure de faire tout ce qui sera humainement possible d'entreprendre pour t'obtenir une pension, quand je devrais avaler dix refus de ministre, solliciter le roi, le dauphin et toute la boutique! »
En entendant ces paroles, le vieil ouvrier tressaillit , regarda Tofticier, et lui dit : (1 Vous avez donc été simple soldat? m
Le commandant inclina la tête. A ce signe, le pontonnier s'essuya la main, prit celle du commandant , la lui serra par un mouvement plein d'âme , et lui dit : « Mon général , quand je me suis mis à l'eau làbas, j'avais fait à l'armée l'aumône de ma vie; donc il y a eu du gain, puisque je suis encore sur mes ergots. Tenez, voulez-vous voir le fond du sac? Eh bien ! depuis que l'autre a été dégommé, je n'ai plus goiit à
rien. Enfin, ils m'ont assigné ici, ajoulat-il gaiement en montrant la terre , vingt mille francs à prendre dont je me paie en détail.
— Allons, mon camarade, dit Tofticier, ému par la sublimité de ce pardon , tu auras du moins ici la seule chose que tu ne puisses pas m'empêcher de te donner. »
Le commandant se frappa le cœur, regarda le pontonnier pendant un moment, et remonta sur son cheval.
« Après le dîner, dit le médecin , vous verrez et vous entendrez Goguelat l'orateur. »
Racontée dans une Grange par un Vieux Soldat.
Allons maintenant à ma grange, dit le médecin à son hôte ; j'ai quelques compères qui doivent faire jaser Goguelat, notre piéton , sur le dieu du peuple.
Mon valet d'écurie nous dressé une échelle pour monter par une lucarne en haut du foin , à une place d'où nous verrons toute la scène. Croyez- ^^j -^^ifir- moi, ce ne sera
pas la première fois que je me serai mis dans le foin pour écouter un récit de soldat
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ou quel(|ut conte de paysan. Mais cacliunsikous bien! si ces pauvres i^'cns aperçoivent (juelqu'un d'étranger, ils font des façons, Ht ne sont plus eux-mêmes.
— Et moi, mon cher h(jte, dit Genestas, n"ai-je pas souvent fait semblant de dormir pour entendre mes cavaliers au bivouac?
Tenez, je n'ai jamais ri aux spectacles de Paris de si bon cœur qu'au récit de la dél'oute de Moscou , racontée en farce par un vieux maréchal-des-logis à des conscrits qui avaient peur de la guerre. 11 disait que l'armée française faisait dans ses draps ; qu'on buvait tout à la glace ; que les morts s'arrêtaient en chemin ; qu'on avait vu lu Russie blanche ; qu'on étrillait les chevaux à coups de dents; que ceux qui aimaient à j)atiner s'étaient bien régalés ; que les amateurs de gelées de viande en avaient eu leur snùl ; que les femmes étaient généralement froides, et que la seule chose qui avait été sensiblement désagréable était de n'avoir pas eu d'eau chaude pour se raser. Entin , il débitait d*'s gaudrioles si comiques,
qu'un vieux fourrier qui avait eu le nez gelé , et qu'on appelait Nezrestant , en riait lui-même.
— Chut ! dit Benassis, nous voici arrivés ; je passe le premier, suivez-moi. »
Tous deux montèrent à Téchelle et se blottirent dans le foin sans avoir été entendus par les gens de la veillée , au-dessus desquels ils se trouvaient assis de manière à les bien voir. Groupées par masses autour de trois ou quatre chandelles, quelques femmes cousaient, d'autres filaient, plusieurs restaient oisives, le cou tendu, la tête et les yeux tournés vers un vieux paysan qui racontait une histoire. La plupart des hommes se tenaient debout ou couchés sur des bottes de foin. Ces groupes, profondément silencieux, étaient à peine éclairés par les reflets vacillants des chandelles entourées de globes de verre pleins d'eau qui concentraient la lumière en rayons, dans la clarté desquels se tenaient les travailleuses. L'étendue de la grange, dont le haut restait sombre et noir, affaiblissait en
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core ces lueurs qui coloraient inégalement les têtes , en produisant de pittoresques effets de clair-obscur. Ici brillait le front brun et les yeux clairs d'une petite paysanne curieuse ; là des bandes lumineuses découpaient les rudes fronts de quelques vieux hommes, et dessinaient fantasquementleurs vêtements usés ou décolorés. Tous ces gens attentifs et divers dans leurs poses exprimaient sur leurs physionomies immobiles l'entier abandon qu'ils faisaient de leur intelligence au conteur. C'était un tableau curieux où éclatait la prodigieuse influence exercée sur tous les esprits par la poésie. En exigeant de son narrateur un merveilleux toujours simple ou de l'impossible presque croyable, le paysan ne se montret-il pas ami de la plus pure poésie?
« Voyons, Goguelat, dit le garde-champêtre, racontez-nous l'Empereur.
— La veillée est trop avancée, dit le piéton , et je n'aime point à raccourcir les victoires.
— C'est égal, dites tout de même ! Nous
les connaissons pour vous les avoir vu diie bien des fois; mais ça fait toujours plaisir à entendre.
— Racontez-nous TEmpereur! crièrent plusieurs personnes ensemble.
— Vous le voulez , répondit Goguelat. Eh bien ! vous verrez que ça ne signifie rien quand c'est dit au pas de charge. J'aime mieux vous raconter toute une bataille.
Voulez-vous Champ-Aubert , où il n'y avait plus de cartouches, et où Ton s'est astiqué tout de même à la baïonnette?
— Non! l'Empereur! l'Empereur! »
Le fantassin se leva de dessus sa botte de foin, promena sur l'assemblée ce regard noir tout chargé de misère, d'événements et de souffrances , qui distingue les vieux soldats ; il prit sa veste par les deux basques de devant, les releva comme s'il s'agissait de recharger le sac où jadis étaient ses bardes, ses souliers, toute sa fortune; puis il s'appuya le corps sur la jambe gauche, avança la droite et céda de bonne grâce aux vœux de rassemblée. Après avoir repousse
ses cheveux gris d'un seul côté de son tronl pour le découvrir, il porta la tête vers le ciel, afin de se mettre à la hauteur dt^ l'homme dont il allait dire l'histoire.
(( Voyez-vous, mes amis, Napoléon est né en Corse, qu'est une île française, chauf-
fée jmr le so/cî/ d Italie, où tout bout
DE L'EMPEREUK. ±)
comme dans une fournaise, et où Ton se tue les uns les autres, de père en fils, à propos de rien : une idée qu'ils ont. Pour vous commencer l'extraordinaire de la chose, sa mère, qui était la plus belle femme de son temps, et une finaude, eut la réflexion de le vouer à Dieu , pour le faire échapper à tous les dangers de son enfance et de sa vie, parce qu'elle avait rêvé que le monde était en feu le jour de son accouchement. C'était une prophétie ! Donc elle demande que Dieu le protège, à condition que Napoléon rétablira sa sainte religion , qu'était alors par terre. Voilà qu'est convenu, et ça s'est vu.
« Maintenant, suivez-moi bien, et ditesmoi si ce que vous allez entendre est naturel.
« Il est sûr et certain qu'un homme qui avait eu l'imagination de faire un pacte secret pouvait seul être susceptible de passeià travers les lignes des autres, à travers les balles , les décharges de mitraille qui nous emportaient comme des mouches, et qui
;îo histoirk
avaient du respect pour sa tête. J'ai eu la
preuve de cela, moi particulièrement, à Eylau. Je le vois encore, monte sur une hauteur, prend sa lorgnette , regarde sa bataille, et dit : Ça va bien ! Un de mes intriirants à panaches qui Tembétaient considé-
lablenient ei le suivaient partout, même pendant qu'il mangeait, qu'on nous a dit, veut faire le malin, et prend la place de l'Empereur quand il s'en va. Oh! ratlé! plus de panache. Vous entendez bien que Napoléon s'était engagé à garder son secret pour lui seul. Voilà pourquoi tous ceux qui l'accompagnaient, même ses amis particuliers , tombaient comme des noix : Duroc , Bessières , Lannes , tous hommes fortscomme des barres d'acier, et qu'il fondait à son usage. Enfin , à preuve qu'il était l'enfant de Dieu , fait pour être le père du soldat, c'est qu'on ne l'a jamais vu ni lieutenant ni capitaine! Ah bien oui! en chef tout de suite. Il n'avait pas l'air d'avoir plus de vingt-trois ans qu'il était vieux général, depuis la prise de Toulon, où il a commencé par faire voir aux autres qu'ils n'entendaient rien à manœuvrer les canons. Pour lors, nous tombe tout maigrelet, général en chef à l'armée d'Italie, qui manquait de pain, de munitions, de souliers, d'habits, une pauvre armée nue comme un ver. —
« Mes amis , qui dit , nous voilà ensemble . Or, mettez -vous dans la boule que d'ici à quinze jours vous serez vainqueurs, habillés à neuf, que vous aurez tous des capotes, de bonnes guêtres, de fameux souliers; mais , mes
enfants, faut marcher pour les aller pren-
I)i: l/KMFKRIîriî. x\
(Ire à Milan, où il y en a. o Kl Ton a marché. Le Français écrasé , plat «îonune une punaise, se redresse. Nous étions trenle mille va-nu-pieds contre quatre-vingt mille fendants d'Allemands, tous beaux honunes, bien garnis, que je vois encore. Alors, Napoléon , qui n'était encore que BonaparU;, nous souffle je ne sais quoi dans le ventre. Et Ton marche la nuit, et Ton marche le jour, l'on fr le<i tape à MontenntU\ on courl